ACTE QUATRIÈME
qu'il est, tout ce qu'il a lui vient de moi... Je lui ai sacrifié mon nom, ma fortune, payé toutes ses dettes... Elle m'a coûté plus cher que Mousseaux, la restauration de ce gentilhomme !... Et maintenant que je n'ai plus rien, qu'il m'a tout pris, pour me remercier de ce que j'ai fait, en prix de mon amour et de mes tendresses, voici ce qu'il m'apporte à boire... la mort!... la mort à moi qui lui ai donné plus que ma vie,
PAUL ASTIER, farouche, croisant les bras. ,
Eh bien! faites, appelez!... Vous figurez-vous que j'ai ^ur? (Baa et tout près d'elle.) Mais Comprends donc, malheureuse femme, que si j'en suis venu là, c'est toi, c'est ta faute. Pourquoi t'es-tu acharnée? Pourquoi me barrer la route? Il fallait que je saute ou que je t'écrase. J'ai manqué mon coup, tant pis pour moi! Appelle, mais appelle donc, qu'est-ce qui te retient?
MARIA-ANTONIA
Oui, oui, tu es fort, tu es brave, tu es sûr que je ne dirai rien. Tu ne t'es pas trompé, tiens!... Voilà! (Eiie
iSait un pas yers la croisée et Jette le verre. Rerenant vers lui.) Tu
voulais divorcer, c'est fait!... En finir avec moi, tu y es arrivé !... Il n'y a plus d'épouss ici, plus d'amantCj rien qu'une mère, une tri^te mère en cheveux gds, prête à tous les mensonges, à toutes les hontes, pour t'éparçner, à toi, la honte suprême, pour que tu ne soi* pas un assassin. Et tu le serais, tu l'es déjà ! Tu as hésité une première fois, mais à la seconde tu n'hésîlerais plus; et tu te ferais prendre, car on est toujours pris. Alors, ce serait comme dans cette horrible histoire qu'Herscher est en train de lire, tu connaîtrais les terreurs que ces deux misérables ont connues, ces remords, ces angoisses, cette agonie de sang. Et peut-être
que de la tourbe immonde entourant ton supplice, une yoix le crierait comme à l'autre : « Bravo, Paul Astier ! » parce que tu aurais tenu la tête droite jusque sur
Téchafaud... (cachant sa figure dans ses mains.) Toi SUr Téchaf...
Jamais I jamais !
PAUL ASTIKR, lui prenant la main d'an geste brasque, l'effleure d'un baiser, en courbant la tète comme une bète traquée. Tout bas.
Pardon ! pardon I
MARIÂ-ÂNTONIA; se détournant pour cacher ses larmes.
Oh ! moi, toujours pardon, mais c'est la vie qui m pardonne pas... Oh! sois bon, sois bon, sois honnête; tu ne sais donc pas que tout se paye, pauvre enfant, tout se paye!... toutl