ACTE PREMIER
CHEHINEAU.
Consentit un bail dérisoire...
VAILLANT
Qui a permis à la veuve de payer toutes les dettes et d'élever ses trois enfants.
ANTONIN, à demi voix, essuyant arec son moachoir le Terre de ses lanettes embuées.
Vous l'y avez aidé, parrain.
VAILLANT
Tais-toi donc. J'ai fait ce que voulait le père, tu n'a pas été commerçant.
PAUL ASTIER
C'est beau, pourtant, le commerce; mais il faut avoir la taille des affaires, et le pauvre M. C^ussade...
ANTONIN, colère sooroe.
U s'est tué pour ses enfants.
VAILLANT
Ce n'est déjà pas mal comme hauteur de taille.
ANTONIN
Pauvre père! s'il avait eu seulement le... le... enfin, n'est-ce pas?
CHEMINEAU
Eh! précisément, jeune homme... c'est ce qui lui a manqué!...
PAUL ASTIER, à Vaillant, montrant Antouin.
Monsieur est médecin?
YAILLAJiT.
Chef de laboratoire de chimie à la Charilé, très savant, très fort, mais gagnant à peine de quoi vivre, et ne pouvant encore venir en aide à la maison. Voilà pourquoi on s'adresse à vous, monsieur Astier.
CHEMINEAU
Enfin, c'est la rente de douze cent mille francs que vous nous demandez.
VAILLANT
C'est l'exécution d'une promesse faite; madame la duchesse Padovani m'a dit à moi. Vaillant, sur le grand perron de Mousseaux, que, tant qu'elle vivrait...
Je ne connais pas la duchesse Padovani, mais j'ai pleins pouvoirs de madame Paul Astier, ma femme, pour la gestion de ses biens, et je trouve que le bail fini n'est plus renouvelable dans ces conditions. D'abord, savez-vous si cet argent ne nous fait pas faute à nousmêmes?
VAILLANT, souriant.
Oh! monsieur.
PAUL ASTIEK.
Et puis, en affaires, il n'y a pas de sentiment. C'est la loi de Darwin qui gouverne, (a Anionin.) Vous qui vous occupez de science, vous la connaissez, cette belle formule de la lutte pour la vie.
ANTONIN
Oui. Il naît plus d'individus qu'il n'en peut vivre... le... le... enfin... Extermine-moi ou je t'extermine.