‹ La lutte pour la vie; pièce en cinq actes, six tableauxChapitre 34 sur 119 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MADAME DE ROCANÈRE.

Quand je m'ennuie trop, crac ! (sue aui le geste de se piquer au bras.) Tout de suîte, c'cst uu bercement, une griserie, on ne pense à rien, ou plutôt à mille choses à la fois, toute votre âme s'éparpille comme quand on regarde longtemps la mer. Vous n'avez jamais essayé?

MARIA-ANTONIA

Tais-toi. Tu ne sais donc pas ce qu'il y au bout de ce lâche apaisement, la folie, l'abdication de soi. Comment peux-tu?...

MADAME DE ROCANÈRE.

Bah! On a bien exagéré. D'abord, j'ai soin de ne pas augmenter la dose.

MARIA-ANTONIA

Non, non... vois-tu, ma pauvre enfant, il n'y a que d'être aimée qui compte dans la vie*

MADAME DE ROCANÈRE, sobitemeDt sôrieose.

Vraiment? Vous croyez! (Baissant la Toix.)Eh bien, moi aussi. (d*uii ton narré.) Ah! sl mou mari avait voulu!...

MARIA-ANTONIA

Tu peux encore espérer; tu as la jeunesse. Moi> c'est fini... fini... jamais plus.

MADAME DE ROCANÈRE.

Pourquoi?... Peut-être votre ruine sera-t-elie au contraire, une occasion de rapprochement?

MARIA-ANTONIA, Tirement.

Dieu m'en préserve! J'ai trop souffert. Oh! ces deux ans passés ensemble. Sentir que je ne lui plaisais plus,

et l'écart de nos^ deux âges s'agrandissant de jour en jour. Je devenais jalouse, jalouse à en mourir, jalouse à tuer. Je révais de vendettes sanglantes comme dans nos maquis, de potées de vitriol dans des figures de femmes qu'il trouvait belles et que je m'imaginais rûiîant autour de mon bonheur.

MADAME DE BOCANÈRE, effroi comiqae.

C'est Jerrible, dites donc.

MARIA-ANTONIA

Et lui, au lieu de soigner ce mal épouvantable, samusait à l'exaspérer, songeant peut-être à s'en servir comme d'un moyen de délivrance, d'un prétexte à dïvoree». 11 est si subtil!... Mais ma dernière blessure, la pluij cruelle, la plus outrageante... c'a élé cette Lydie Vaillant, tu te rappelles...

MADAME DE ROC AN ÈRE, stupéfaite.

Lydie!... Comment! la fille de notre ancien receveur?.**

MARIA-ANTONIA

Je ne la soupçonnais pas, celle-là, mon Dieu... j'avais élé si bonne pour elle, pour son père... toujours près de moi, choyée comme mon enfant... puis un jour, j'ai eu la preuve... et quelle preuve!... cynique, brutale... une étreinte à pleins bras, à pleines lèvres, surprise entre deux portes... Et quand je l'ai eu chassée, celte malheureuse, sais-tu ce qu'il a fait, mon cher, mon loyal mari?... 11 a donné de l'avancement au père, appelé sa maîtresse à Paris... C'était encore plus commode, tu comprends... Notre rupture date de Ih,

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