‹ La lutte pour la vie; pièce en cinq actes, six tableauxChapitre 53 sur 119 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PAUL ASTIER, sourianU

Je ne vous dirai pas, selon la niaise formule courante: a Vous n'êtes pas parlementaire. » Vous êtes au contraire dans le Ion, tout à fait dans le ton... Continuez donc, je vous prie... Je vais me croire en séance, (n s'assied.) Ainsi, vous me connaissez à fond, Maria-Antonia? Et depuis combien de temps?

MARIA-ANTONIA

C'est vrai, je m'emporte, je m'emporte et puis je perds tout dans mes violences. Toi, tu es calme, tu es fort... Voyons, je vais essayer, moi aussi. (Eiie s'assied.) Depuis quand je vous connais, mon cher Paul? Il y aura trois ans à la fin d'octobre, dans six mois.

PAUL ASTIER, sourianU

Vous êtes précise au moins. Alors, c'est d'avant notre mariage ?

Oui... ce jour-là, nous nous promenions dans le parc, (euc montre le parc.) Vous me parliez de votre amour; moi, je vous racontais ma vie avec le duc, mon premier mari, et le long martyre que j'avais enduré jusqu'à sa mort. Il faisait un temps très doux, un soleil voilé traînant sa pâle lumière sur les pelouses dégarnies. En bas, près du pavillon, nous nous sommes assis. Et pendant que vous me disiez des phrases tendres, tout contre vous, ma main dans votre main, votre tête sur mon épaule; tout à coup, à une parole... était-ce même une parole... J'ai vu clair, j'ai compris... Ce qui vous tentait en moi, c'était ce splendide domaine, la fortune, les influences, mais rien de la femme... Vous ne m'aimiez pas... (souri.e navré.) Vous

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no nraiîuîez pas... J'di eu là une minute horrible. Mes yeux se sont fermés comme devant la mort. Voire voix î}e m'arrivait plus que très lointaine, très confu5G, et j'entendais en même temps, sous la brise d'automne, les feuilles tomber dans tout le parc, les unes Icnlenierit, encore lourdes de sève, les autres furtives, légères. Autour du pavillon, on aurait dit des pas, un piétinement de foule silencieuse, une armée en déroute qui fuyait. Celait moi, tout cela, le désastre de mon beau rêve,

PAUL ASTIER

Je vous ai si bien comprise, ma chère amie, que je suis parlî le lendemain matin.

MARIA-ANTONIA, vivement.

Oui, [^arli pour qu'on vous coure après î... Ce que j'ai fiiit du reste. Eh bien! même ce matin-là, dans celte tftilopade furieuse à travers champs, penchée sur le cou de ma bête, à guetter le train qui devait vous cmporlLT, savez-vous ce que je me disais : « Tu es bien Iblle de fant te presser, ma pauvre duchesse! Tu irais au pïis, au tout petit pas, que tu serais encore sûre de rallelndrc, puisqu'il est Ion mauvais destin, celui qu'on u'évile jamais. » Vous voyez si je vous connaissais, mou cl:tT Paul!

PAUL ASTIER

Toujours j'e ne suis rentré ici que sur vos instances. Vous m'a\ ez prié, supplié : « Je serai ta femme, reviens. ??

MARIA-ANTONIA

J'ai 6lB votre femme; j'ai donné au monde ce spectacle, rabaissement de la duchesse Padovani en

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