ACTE DEUXIÈME
madame Paul Aslier épousant son architecte, qui ne Taimait pas. Et de tous les jours de ma vie, qui en a vu pourtant de sombres, de lamentables, aucun ne m'a étreint le cœur comme le jour de mon mariage. Vous rappelez-vous, à la mairie, cet employé me regardant, bien en face, et me disant avec un bon sourire: a Nous n'attendons plus que la mariée !...» C'était moi, la mariéel... Et à Téglise donc 1 Celle chapelle de la rue de Vaugirard, tout allumée, pleine de fleurs, et déserte... et le prélat mondain, en pèlerine violette, nous lisant un discours imprimé qui ne parlait que « des traditions d'honneur de l'époux, des grâces juvéniles de l'épouse ». (Bire amer.) Commo C'était trouvé ! Voyons, si je ne vous avais pas connu, me serais-je aperçue de ces choses?... Croyez-moi, allez ! J'avais mesuré le gouffre, et je m'y suis jetée les yeux ouverts, pour ne pas manquer à ma parole.
PAUL ASTIER
Non, Maria-Antonia ! simplement parce que vous m'aimiez... Et c'est indigne à vous de renier, de blasphémer l'amour... Tant de femmes meurent sans le connaître !
MARIA-ANTONIA
Oui, j'ai goûté l'amour, mais je l'aï payé de cruelles souffrances... Oh! je ne me plains pas, je n'accuse pas, je ne demande rien... Regardez seulement cette terrasse et souvenez-vous que je n'ai jamais menti. Quand je me suis réfugiée ici, il y a trois mois, aux premiers temps de mon exil et de ma solitude, tous les jours la môme tentation folle de passer par-dessus la rampe et de me briser la tête, en ba^, sur le perron... Heureusement, je suis croyante, et puis, qu'aurait dit le monde?... A mon âge... une femme de mon rang..*
ce suicide de grisetle abandonnée!... Dieu aidant» j'ai pu FUS îâ ter, tne calmer dans la nature, dans la prière, vous oublier enfin.
PAUL ASTIER, se ra.^prochant.
M'oubiier... Est-ce que c'est possible I Deux êtres qui ont élé l'un à Taulre aussi profondément que nous, pûuvént-ilâ s'oublier jamais! Non! non! Je ne vous crois pas. Même à l'heure où vous priez, je me glisse dans vos piières; et le soir, toute seule ici, quand vous regfai'dez les étoiles à travers vos larmes, je suis sûr que lç5 tÎÉQîles vous parlent de moi.
MARIA-ANTONIA, frissonnante.
Ah! mon Dieu, le voilà revenu. Il va me torturer encore!... Mais laissez-la donc tranquille, cette pauvre crcatiire, qui a tant souffert par vous!
PAUL ASTIER, de tout près, bas.
Et sî Jf ne veux plus qu'elle souffre, si je veux réparer les peines que je lui ai causées!
MARI.\-.\NTONIA, se dégageant d'an effjrt ènergiqu3.
Ce n'es[ pas vrai! Ce que vous venez faire ici, ce que TOUS voukz obtenir de moi, je le sais, je vais vous le dire : Je vous gêne dans la vie, je suis l'escabeau qui ne sert plus et qu'on repousse d'un coup de botte! Le divorce, n'est-ce pas? (Les dents swréw.) Pour pouvoir épouser [on Autrichienne tout en or.
PAUL ASTIER, un peu surpris de la Toir si bien renseignée.
Comment? Qui vous a fait ce racontar? Je me suis trouvé deux ou trois fois avec mademoiselle de Sélény k l'ambuasade d'Autriche, mais jamais de la vie...