CHAPITRE VII
Le soulagement universel de 1884.
Mécontentement général du pays contre la politique du ministère. — La campagne électorale de 1884. — Les libéraux. — Les catholiques. — L'< Union nationale. '■ — Le programme. — Les élections du 10 juin. — Eclatant triomphe des catholiques. — Conclusion : la lutte scolaire doit nous servir d'exemple puur les luttes d'aujourd'hui, d'avertissement pour les combats de demain. — Bienfaits réalisés par le parti catholique au moyen de la liberté. — Les libéraux* d'aujourd'hui. — Leurs aveux; leurs manœuvres. — Ce que serait une nouvelle lutte scolaire. — Continuons à lutter pour notre enseignement catholique et libre.
T.e mécontentement contre la politique du ministère devenait général. Pendant les six années de sa domination, le gouvernement libéral avait épuisé toutes les forces vives, exploité toutes les ressources du pays; il avait foulé aux pieds notre passé national et compromis l'avenir. Le pays en avait assez de son intolérance, de son mépris du droit commun, de sa haine contre la liberté, de sa servilité à l'égard du radicalisme. Il lui reprochait la centralisation à outrance du pouvoir, l'usurpation de l'autonomie locale, le désarroi sans pareil introduit dans l'administration. Il réprouvait ses falsifications intéressées du régime électoral, l'impéritie et les gaspillages de sa gestion financière, la
crise économique et immobilière qui en était le naturel contre-coup. Il lui en voulait d'avoir, pendant six ans, tout sacrifié à des intérêts de parti, d'avoir réservé ses places et ses faveurs aux créatures de la franc-maçonnerie, d'avoir traité en ennemis ou en suspects tous ceux qui pensaient autrement que lui, d'avoir introduit dans toutes les fonctions, et jusque dans la magistrature et l'armée, le servilisme et l'esprit de combat. Mais il lui reprochait surtout la persécution religieuse et scolaire qui avait été la préoccupation dominante et l'objectif principal de sa politique.
La traque aux prêtres, aux fabriques d'église, aux œuvres charitables; les spoliations accomplies, celles, bien plus graves encore, dont toutes les institutions religieuses étaient menacées; les parades d'impiété et de libre-pensée renouvelées chaque jour avaient ouvert les yeux des moins clairvoyants et démontré la nécessité de sauvegarder au plus tôt la foi, la charité et la liberté contre les sectaires qui avaient juré de les exterminer. Quant à la loi de malheur, elle succombait sous l'universelle réprobation, et avec elle étaient condamnées les vexations de tout genre qui avaient accompagné son exécution. Les populations en avaient assez de la guerre scolaire, des prodigalités scolaires, de l'enquête scolaire; elles étaient excédées de la pression administrative, de la délation systématique et de l'hostilité violente au moyen desquelles on s'efforçait d'asservir les consciences et de ruiner l'enseignement privé; elles étaient irritées de cette politique anti-catholique et anti-nationale qui mettait le libéralisme partout et ne laissait la liberté nulle part. « Le véritable objet de la lutte de demain, écrivait la Gazette, à la veille des
élections de 1884, ne l'oublions pas, c'est la loi scolaire (i). »
Beaucoup de libéraux modérés et d'éléments intermédiaires, effrayés ou dégoûtés de la lutte et résolus à ne pas laisser sacrifier tous les intérêts vitaux que compromettait leur parti, se détournaient euxmêmes du gouvernement (2) ; le pays entier demandait du calme, du repos, des économies, du respect pour les droits de chacun; le besoin de réaction et de réparation se manifestait de toutes parts.
C'est dans ces conditions que s'ouvrit la campagne électorale de 1884 (3).
Les libéraux étaient divisés : ils se sentaient d'avance condamnés et moralement vaincus. Comme
(1) La Gazette, 9 juin 1884.
(2) Ecoutons M. Pirmez se lamenter à la Chambre sur la situation créée par le gouvernement libéral :
« Ce conflit est certainement le fait le plus dc'plorable de notre politique.
« Il n'a produit aucun bien; il a produit beaucoup de mal. IJ a amoindri l'enseignement... Il a poussé au paroxysme les luttes de parti. Dans cette Chambre, le conflit scolaire, avec ses tenants et aboutissants, a tout envahi! Le Parlement est devenu ainsi stérile... Cetie stérilité... diminue chaque jour sa considération.
« Au dehors, les luttes politiques se traduisent en haines qui s'enveniment partout; elles divisent les communes, elles séparent les familles...
« Il semble qu'il ne faille considérer que ce qui profite aux partis, sans égard au juste et au vrai, devenus les petits côtés des questions. Le culte de la liberté disparaît et les idées de tolérance semblent d'un autre âge. »
(3) Le 10 juin 1884, la moitié du corps électoral était convoquée aux urnes pour conférer le mandat législatif à 68 députés et à un sénateur. C'était, comme on disait vulgairement, la mauvaise moitié du pays, celle où les catholiques avaient le moins à gagner et le plus à perdre. En dehors de la capitale, 39 représentants catholiques étaient soumis à réélection, contre 13 libéraux seulement; à ces derniers, il fallait joindre les 16 députés de Bruxelles, la citadelle du libéralisme. 23 sièges furent disputés aux catholiques : ceux-ci marchèrent à l'assaut des 29 positions libérales.
s'ils eussent voulu achever d'éclairer les esprits, ils dépensèrent tout ce qui leur restait de force en un dernier accès de rage sectaire; la campagne, de leur côté, consista surtout à étaler dans les journaux et les réunions publiques leurs haines anticléricales et leurs querelles intestines. M. Bara se fit à la Chambre un titre de gloire de toutes les mesures vexatoires et tracassières dont les catholiques, et en particulier le clergé, avaient eu à souffrir sous son règne (i). A Bruxelles, les radicaux socialistes et les ministériels se déversèrent mutuellement des injures pendant plusieurs semaines. « Jamais, depuis 1830, écrivait le National, la Belgique n'a eu un ministère plus indigne; il restera légendaire et sera justement flétri dans l'hisioire de notre pays sous le nom de « ministère des incapables. » Il s'en ira avec l'aversion de ses anciens amis et sans avoir l'honneur d'emporter l'estime de ses adversaires; il sera précipité dans la tombe, honni et conspué par l'immense majorité des citoyens belges et, en tête de ceux-ci, par tous les vrais libéraux! (2). A ces invectives la presse ministérielle répondait en traitant les radicaux de la capitale de « lourdauds, » de « hâbleurs de cabarets, » de « disciples du grand écart » et de « valetaille indiscrète. » Elle les accusait de « pervertir complètement le sentiment public. » — « L'arrondissement de Bruxelles, déclarait-elle, se prépare la gloire assurément nouvelle d'envoyer aux assemblées délibérantes des représentants capables d'y entrer en marchant sur les mains ou en faisant le saut périlleux (3).
(i) Séance du 7 février 1884.
(2) Le National, 9 juin 1883.
3) Le Précurseur, mai 1884.
Dans les meetings préparatoires aux élections,, doctrinaires et progressistes rivalisèrent d'intolérance religieuse. Les premiers reprochaient aux seconds de mettre leurs revendications démocratiques au dessus de leur anticléricalisme. Un M. Hanssens faillit échouer au poil de l'Association libérale de Bruxelles : on lui reprochait d'avoir fait donner à sa fille des leçons de catéchisme, mais, heureusement pour lui, il se trouva que l'accusation était fausse. M. Picard se vit imputer à crime d'avoir parfois défendu des catholiques devant les tribunaux. Vainement allégua-t-il sa qualité de membre de la Libre-pensée, un enterrement civil auquel il avait fait procéder à la campagne, la défense faite à un instituteur de parler de religion à ses enfants, lesquels d'ailleurs n'allaient pas à la messe et n'avaient pas fait leur première communion. M. Picard fut écarté ; un poil ingénieusement combiné le renversa, lui et les quinze autres candidats sortants. Ce fut alors que M. Picard lança contre le gouvernement doctrinaire la philippique indignée ou il annonça « les élections du 7népris. » Ces excès tapageurs achevèrent de déconsidérer la majorité. A Bruxelles, les honnêtes gens des deux partis résolurent de secouer le joug des clubs et des associations t le Parti Indépendant fut formé.
Tandis que les libéraux s'efforçaient de terroriser le pays par cette agitation factice, les catholiques, de leur côté, se préparaient aux élections.
L'ardeur déployée dans l'organisation de l'enseignement libre et dans la lutte contre la persécution religieuse avait été la préparation lointaine — et salutaire entre toutes — de la campagne de 1884,
Dès 1882, M. Beernaert pouvait s'écrier, en contemplant les progrès de son parti : « Jamais les catholiques belges n'ont été aussi unis! » Cette union dans la lutte et dans les œuvres alla en se fortifiant. En 1883, au fort du Kultiirkampf scoXsàre, quelques catholiques résolurent de la sceller par une institution nouvelle : ils créèrent l' Union nationale pour le redressement des griefs. L'idée fut accueillie avec faveur. Des comités se formèrent dans les principaux centres d'activité du pays, et bientôt l' Union nationale compta des milliers d'adhérents. L'élan qu'elle donna aux protestations des catholiques et les meetings qu'elle organisa partout contribuèrent beaucoup à la victoire de 1884.
En même temps s'élaborait un programme de réformes immédiates et urgentes, que M. Jacobs formula en ces termes à l'Association conservatrice d'Anvers (i) :
I. Réforme scolaire, abolition d'une loi qui gaspille pour des écoles dont plus de la moitié du pays ne veut pas, le double de ce que coûtaient des écoles qui convenaient à tout le monde (2).
(1)2 février 1884.
(2) Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici les idées qui furent mises en avant, au sujet de la réforme scolaire, par quelques-uns des chefs de la Droite.
M. Lammens, défendant les idées chères à beaucoup de catholiques, proposait de mettre c l'Etat hors de l'école. » — « C'est précisément la neutralité de l'Etat moderne, disail-il au Sénat, qui engendre son incompétence en matière d'enseignement. Pour enseigner, il faut affirmer; or, toute affirmation, comme toute négation, implique une violation de la neutralité. L'enseignement suppose des principes arrêtés en religion et en morale; pour enseigner, il faut posséder une doctrine. Or, c'est précisément là ce qui manque à l'Etat moderne, et il s'en fait gloire. Qu'on nous
2. Réforme électorale ayant pour but d "étendre le droit de suffrage dans les limites constitutionnelles, en balayant les tricheries et les chinoiseries qu'on a accumulées depuis cinq ans.
3. Réforme ayant pour but d'étendre l'autonomie des provinces et des communes.
Ce programme devint celui de tout le parti catho-
dise ce que l'Etat pense en religion, en philosophie, en morale, en histoire même; le plus fervent des adeptes de l'enseignement officiel serait très embarrassé pour nous répondre, et dans tous les cas il serait impuissant à nous donner une définition acceptée par un groupe quelque peu nombreux de ses propres partisans. Non, l'Etat comme Etat n'a pas de religion ; l'Etat, en tant qu'Etat, n'a pas de s5'mbole. En matière de doctrine, l'Etat est indifférent; en fait de dogme et de croyance, de matérialisme et de spiritualisme, l'Etat ne nie ni n'affirme ; il est neutre. Comment alors, n'ayant, comme Etat, ni doctrine, ni symbole, ose-t-il afficher, comme Etat, la prétention d'enseigner? ^J abstention de l'Etat en matière d'enseignement, telle est la formule exacte et vraie de sa neutralité. Les libéraux veulent-ils un enseignement libéral, qu'ils le payent et qu'ils l'organisent à leurs frais, comme les catholiques, a leurs frais, organisent et payent un enseignement catholique. Dans ces conditions seulement, la lutte sera égale et loyale. »
MM. Woeste et Malou se déclaraient favorables aux principes de la législation anglaise. « Deux grands principes la dominent, disait M. Woeste à la Chambre : le premier, c'est qu'il ne faut nulle part faire la guerre à l'enseignement libre et que les bureaux scolaires ne peuvent intervenir que là où la liberté est insuffisante; le second, c'est que le trésor public doit subsidier les écoles libres, les écoles ciéées par les particulieis, par les communions religieuses, écoles qui sont en harmonie avec les sentiments de la grande majorité de la population. V'oilà les deux principes fondamentaux dont parlait M. Malou, voilà les deux principes que nous proclamons avec lui, voilà les deux principes que nous nous réservons d'appliquer lorsque nous reviendrons au pouvoir. »
« Nous laisserons la commune libre d'organiser son enseignement primaire comme il lui plaira, déclarait M. Jacobs à Charleroi, pourvu que ce soit sur des bases sérieuses. Veut-elle l'école dite neutre.^ Que sa volonté soit faite. Veut-elle l'école confessionnelle ? Que sa volonté soit respectée. L'Etat subsidiera l'une comme l'autre, si l'inspection constate que l'une et l'autre sont des écoles dignes de ce nom. L'Etat ne peut abdiquer toute tutelle, — je le veux bien, — mais, au lieu d'être, comme aujourd'hui, la règle, cette tutelle deviendra l'exception, î
lique. Les journaux le reproduisirent et le commentèrent à l'envi. Les orateurs en firent le thème favori de leurs discours, pendant la campagne électorale.
Les troupes catholiques arrivèrent au combat admirablement organisées, unies, disciplinées, pleines de résolution. Chacun fit son devoir. On vit des électeurs accourir de Constantinople, du Caire, d'Alexandrie, pour déposer dans l'urne un bulletin de vote.
La journée du lo juin dépassa toutes les espérances. Le ministère fut battu à Bruges, à Ypres, à Ostende, à Nivelles, à Louvain ; il le fut à Anvers, à Namur, à Philippe ville, à Marche; il fut battu à Neuf château, où le prêtrophobe Bouvier n'échappa au désastre qu'à une équivoque majorité de sept voix; il fut battu enfin à Bruxelles, où les indépendants renversèrent toute la députation radicale. Deux ministres restèrent sur le champ de bataille : MM. Van Humbeeck et Olin; quant aux catholiques ils entrèrent à la Chambre av'ec 34 voix de majorité. « Ce n'est pas une défaite, s'écria la Gazette, c'est un écrasement. »
D'un bout à l'autre du pays un cri d'allégresse retentît. On respirait enfin. Dans les campagnes, la victoire du 10 juin fut célébrée par des réjouissances populaires, au milieu d'un enthousiasme impossible à décrire. Les petites villes des Flandres firent chanter le Te Deum sur les places publiques; les directeurs des comités scolaires, les membres du Denier des écoles, les instituteurs démissionnaires, entourés de tous les enfants de leurs classes, furent acclamés et remerciés pour l'énergie de leur résistance. C'était vraiment le « soulagement universel! »
Notre tâche est terminée.
Plus de vingt-cinq ans se sont écoulés depuis les élections du soulagement universel, et les catholiques ont conservé intact l'héritasse que leur ont transmis les vainqueurs de 1884. A la politique d'intolérance et de persécution du cabinet Frère-Orban ils ont fait succéder une politique d'apaisement et de réparation ; telles ont été la sagesse et l'impartialité de leur gestion que leurs adversaires demeurent impuissants à formuler contre eux le moindre grief sérieux. En même temps, les catholiques ont gardé leur vitalité, leur enthousiasme, leur forte organisation ; la liberté, mise au service de convictions religieuses inébranlables, a continué de produire dans nos rangs des fruits remarquables; elle est, plus que jamais, le principe vital de nos œuvres. Détenteurs du pouvoir, nous n'avons eu garde de retomber dans les errements des cathoHques de 1850. Nous avons conservé la plupart de 710s écoles libres et chaque année nous dépensons pour leur e7itretien au-delà de cinq millions. De pareils résultats sont réconfortants; ils sont plus étonnants, par leur perdurance après vingt années de pouvoir, que l'effort gigantesque réalisé pendant quelques années de lutte, sous l'empire d'une nécessité pressante.
Cette situation brillante est, pour une large part, le fruit de la lutte scolaire. C'est à l'école de la persécution que le parti catholique belge s'est retrempé dans l'usage de la liberté; ce sont les vaillants lutteurs de 1879quiontfait.de notre parti ce qu'il est. Notre devoir, en déposant la plume, est de leur apporter le témoignage public de la reconnaissance de ceux qui les ont suivis. Ce sentiment est pour jamais ancré au
cœur de leurs contemporains; puisse-t-il être partagé par les générations qui se lèvent : c'est pour elles surtout que ces pages ont été écrites.
Mais la reconnaissance, ici, doit se traduire par autre chose que par des hommages : la lutte scolaire doit nous servir d'exemple pour les luttes d'aujourd'hui, d'avertissement pour les combats, plus ardents peutêtre, de demain.
Que feraient nos adversaires, si les hasards du scrutin les ramenaient jamais au pouvoir ? Ils reprendraient l'œuvre néfaste de iSjg; ils la recommenceraient en l'aggravant encore. Depuis 1884 les libéraux belges n'ont rien appris ni rien oublié. Ils n'ont, semblet-il, qu'un seul regret : c'est de ne pas s'être montrés assez violents lorsqu'ils étaient les maîtres (i); ils ne manifestent qu'une ambition : c'est de reconquérir le pouvoir pour persécuter les catholiques et détruire le sentiment religieux (2). Les solutions les plus radicales ne les effraient plus : investis du pouvoir, ils décréteraient la neutralité absolue de l'école publique; ils imposeraient au pays l'enseignement obligatoire; ils feraient à l'enseignement libre une guerre sans merci; ils fouleraient aux pieds la liberté des pères de famille et l'autonomie des communes; ils s'attaqueraient à la liberté d'association. Pour réaliser
(1) « L'histoire ne se répète pas toujours, écrivait le Petit Bleti, en octobre 1904; si les libéraux de 1879 avaient fait preuve de phi s d'énergie, si le gouvernement de M. Frère-Orban avait eu de la poigne, la comédie cléricale aurait sombré dans le ridicule. Experientia docet. »
(2) « C'est le sentiment et l'esprit religieux qu'il faudrait entamer directement, déclaraient, en décembre 1902, V Indépendance et la Chroniqîie. »
ce programme, qui est celui de tout leur parti (i), les libéraux n'hésiteraient pas à faire cause commune avec les socialistes. Aujourd'hui déjà ils ferment volontiers
(i) Le programme scolaire du parti libéral a été doctoralement exposé par M. Janson dans \ç. Ralliement du 24 février 1904; en voici les points principaux :
1° Les communes de second ordre perdront ati profit de V Etat leur autonomie actuelle en matière d'enseione/nent primaire.
« Ce serait à coup sûr une réforme dont l'expérience du passé a montré la nécessité et la légitimité, que celle qui. dans les communes d'une population en dessous d'un chiffre déterminé, investirait l'Etat seul de la mission de pourvoir aux frais et à l'organisation de l'instruction publique. »
2^ L'Etat seul pourra fortner les instituteurs.
€ La liberté d'enseignement n'implique à aucun titre que des instituteurs ou des professeurs formés par l'enseignement libre pourront être appelés à supplanter le personnel auquel l'Etat, après l'avoir recruté et formé dans ses propres établissements, a conféré, avec toutes les garanties nécessaires, des diplômes de capacité. »
30 Suppression des subsides aux écoles libres.
« La liberté d'enseignement n'implique pas davantage que l'Etat, la province et la commune auront à subsidier l'enseignement libre et à susciter et favoriser ainsi sa concurrence à l'enseignement public. •»
4° Les élèves sortis des établissements libres seront exclus non seulefnent des fonctions publiques^ mais de toutes les professions libérales.
« La liberté d'enseignement n'implique pas non plus que des institutions libres puissent, comme c'est le cas aujourd'hui, délivrer les diplômes donnant accès aux fonctions publiques ou à l'exercice de professions dont les titulaires, dans un intérêt social supérieur, doivent justifier d'une capacité dont il appartient à l'Etat d'apprécier le degré et la mesure. »
Tous les grands organes libéraux, y compris V Indépendance^ ont applaudi à ce programme.
Quant à la hberté d'association, elle ne serait pas plus épargnée par l'opposition victorieuse que la liberté d'enseignement.
La Déclaration des gauches du 21 décembre 1900 disait : « L'accroissement considérable des richesses mobilières et immobilières des corporations religieuses nécessite des mesures législatives destinées à arrêter l'expansion de la main-morte cléricale. »
Dans un récent article [Revue de Belgique, 1904, p. 206) M. Goblet d'Alviella annonçait que la Ligue de propagande libérale avait déjà tracé le plan d'une enquête sur la main-morte des congrégations religieuses. « Il y aurait, écrivait-il dans la Démocratie, à prendre une série de mesures-
les yeux sur les parties les plus subversives du programme révolutionnaire; demain ils suivraient le drapeau rouge lui-même, pourvu que celui-ci les conduise à l'assaut de nos droits les plus essentiels. Quant aux socialistes, ils exploitent, dès à présent, avec succès la passion antireligieuse de ces complaisants auxiliaires ; ils sont prêts à accueillir leurs avances sur le terrain scolaire (i); un de leurs chefs l'a dit: « l'école neutre est la pépinière du socialisme. ■>>
La coalition anticléricale, voilà l'idéal politique de nos communs adversaires. Pour déchristianiser
pour faire rentrer dans !a circulation les énormes richesses possédées par les corporations religieuses en fraude de la loi. » ^3 janvier 1904.)
M. Janson écrivait, de son côté, dans le Ralliement du 24 janvier 1904 : « Il est légitime de supprimer la liberté de main-morte qui accumule des richesses au profit de la liberté d'enseignement. »
Et le i""' avril 1903, M. Hymans déclarait à la Chambre : « La liberté d'association resterait entière; mais le moment viendra peut-être où il faudra dégager l'association de la main-morte et parer aux développements de la propriété clandestine des congrégations religieuses par des mesures de prévention et de contrôle. »
(i) En matière d'enseignement, les socialistes ne restent pas en arrière des libéraux.
Le Parti ouvrier formule ainsi son programme scolaire : « Instruction primaire intégrale, laïque et obligatoire aux frais de l'Etat. Entretien par les pouvoirs publics des enfants fréquentant les écoles. Instruction supérieure et laïque aux frais de l'Etat. »
< Si nous étions les maîtres, s'écriait à la Chambre, le 31 mars 1903, M. Terwagne, député socialiste d'Anvers, nous ferions de l'enseignement un véritable service public, à l'abri des falsifications de l'enseignement religieux. »
Et l'organe des socialistes gantois, le Voortcit, ajoutait, quelques mois plus tard : « Nous voulons qu'il n'y ait qu'une école, où tous les citoyens doivent envoyer leurs enfants. Dans un pays libre, l'école officielle devrait seule être possible. Il est des libertés qui tuent, qui renferment plus de poison que de nourriture, — de ces libertés qui sont la cause que la liberté d'autrui est exposée et enchaînée sans cesse. Telle est la liberté d'enseignement. »
l'école, pour arracher des âmes à l'Eglise, pour mettre à sac l'enseignement libre, il y aurait à l'instant accord parfait entre les libres penseurs de toute nuance; tous rivaliseraient d'ardeur pour formuler les solutions les plus voisines du monopole et pour instaurer en Belgique une « politique à la française. » Que disonsnous? Dès aujourd'hui les représentants les plus qualifiés des partis d'opposition proclament ouvertement leurs sympathies pour la politique persécutrice qui sévit en France (i). Dans la plupart des grandes villes et dans bon nombre de communes industrielles de la partie wallonne du pays, le bloc anticlérical est même déjà formé et nos adversaires, tant socia-
(i) «Je ne suis plus un modéré, disait, en 1902, AI. Vanderkindere, à un banquet des étudiants de l'université de Bruxelles; je n'ai plus leuergie d'avoir de la modération... Il y a des moments où la guerre est nécessaire : la France l'a senti; elle a pris ses armes de guerre contre la loi Falloux (loi garantissant la liberté de l'enseignement moyen en France). Elle s'en sert vigoureusement. Quanta moi, j'applaudis. »
La presse libérale fit écho à ces paroles de M. Vanderkindere :
« M. Vanderkindere, dit la Réforme, a eu le très rare mérite de dire tout haut ce que les libéraux pensent. »
« M. Vanderkindere, écrivit la Gazette, & rappelé à beaucoup ce qu'il y a d'excessif dans la « modération » et leur a fait comprendre que la tolérance peut devenir une simple forme de sottise. «
« M. Vanderkindere a raison, déclara V Indépendance; cette parole-là vient à son heure et, pour notre part, nous ne lui trouvons aucune exagération dans l'expression... C'est le sentiment et l'esprit religieux qu'il faudrait entamer directement... Tant pis si cette tactique froisse certaines susceptibilités. »
« Jusqu'au bout ! s'écria la Chronique. M. Combes y est à peu près arrivé, et quand il y sera, il y restera. Bien des gens, dans notre pays, crient « bravo ! » avec M. Vanderkindere. »
« Bravo ! disait encore la Chro7iique, parlant de la politique française. Toutes ces décisions du gouvernement de M. Combes sont des mieux justifiées. Il nous reste à souhaiter que pareille politique puisse bientôt être appliquée chez nous. Mais quand? » (3 décembre 1902.)
listes que libéraux, se sont mis à l'œuvre. Ils essaient, sur le terrain de la politique communale, de faire en petit ce que leurs prédécesseurs ont fait en grand; ils s'efforcent de ramener aux principes de la loi de malheur les dispositions de notre législation actuelle; ils soutiennent par tous les moyens un enseignement dont le plus clair résultat, de l'avis de ses partisans eux-mêmes, est de former des générations de libres penseurs; ils se dépensent en efforts pour arracher aux familles dont les enfants fréquentent les écoles officielles, la dispense du cours de religion.
Ce sont là des avertissements Sjalutaires et qui commandent aux catholiques une vigilance sans cesse en éveil.
Sans doute, la perspective d'une nouvelle lutte scolaire ne serait pas pour nous décourager : nous pourrions en envisager l'issue finale avec autant de confiance que les catholiques de 1879. Le sentiment religieux est encore profondément enraciné au cœur de nos populations. Le parti catholique est plus actif et mieux organisé qu'il ne l'était à la chute du cabinet Malou : ce qu'il a fait alors, il le recommencerait avec une générosité et une énergie au moins égales. Le pays, enfin, est, moins que jamais, disposé à se prêter aux vexations d'un gouvernement oppresseur; il ne supporterait pas longtemps les excès auxquels nos adversaires, maîtres du pouvoir, se laisseraient infailliblement entraîner.
Mais, pour brève qu'elle serait, une nouvelle période de lutte causerait des ruines effroyables. Notre devoir est de les prévenir et de préserver avec un soin jaloux ceux de nos droits que l'ennemi menace davantage.
L'enseignement catholique occupe le premier rang dans les antipathies de nos adversaires : c'est lui que nous devons avant tout sauvegarder. Il est la plus belle conquête que la liberté ait faite sous le feu de la persécution libérale ; il est le rempart inexpugnable contre lequel se brisent, aujourd'hui encore, les attaques de l'ennemi; il est notre ancre de salut dans l'avenir et le gage assuré de nos triomphes futurs. Ne le laissons pas dépérir, et continuons à lutter pour lui, en nous souvenant que la liberté ne garde que ceux qui savent la garder.