II. — Les gaspillages scolaires
But des gaspillages scolaires. — Création d*écoles inutiles.
— Nomination d'instituteurs parasites. — Accroissements insensés des budgets scolaires des communes.
— Coût de l'enseignement officiel. — Traitements plantureux des instituteurs conmiunaux. — Crise financière des communes. — Résistance des administrations locales. — < L'autorité scolaire. > — La délation. — Les annulations. — Dilapidation des finances des provinces et de l'Etat. — Accroissement de l'ensemble des dépenses scolaires. — > L'emprunt.
— Le déficit.
€ Nous avons institué un hystème scolaire, s'éiaic écrié à la Chambre un haut dignitaire de la Lo^^e, M. le Hardy dç Beaulieu; nous devons le soutenir. » Et, &>ans souci de la volonté que lui signifiait le pays, le gouvernement se mît en devoir d'exécuter l'ukaze de la franç-maçonnerie.11 commença par mettre au pillage les caisses des communes, en leur imposant des charges scolaires exorbitantes, véritables contributions de guerre.
Le but poursuivi était double : d'une part, on avait chance, en fortifiant la machine gouvernementale, de décourager, à la longue, les contribuables catholiques, forcés de payer deux fois; d*auire part, on se vengeait des communes récalcitrantes en les ruinant, on les punissait de leur résistance en détruisant leur autonomie. Ce procédé, — on s*en rendait parfaitement compte dans les hautes sphères, — n'aurait pas pour résultat immédiat de peupler les écoles désertes; mais ainsi du moins il apparaîtrait aux yeux de tous que le gouvernement n'entendait pas reculer.
Saigner le pays aux quatre veines» pour le mieux com* battre, tel fut donc le mot d'ordre de la politique scolaire maçonnique. Les communes furent désormais rançonnées, non pas à raison des nécessités réelles d'un service public, mais i raison des préférences et des sympathies que leurs habitants accordaient à l'enseignement libre. De nouvelles écoles furent décrétées précisément dans les communes où renseignement officiel était le plus abandonné, — corvées sans cesse alourdies et dont le caractère vindicatif n'était pas même dissimulé. Quant aux maîtres parasites, on vit leur nombre s'accroître à mesure que diminuait la population de leurs classes; ils devinrent des garnisaires ministériels, vivant aux frais des habitants. Bref, il semblsdt que le gouvernement eût pris pour maxime que moins l'enseignement officiel était fréquenté dans une commune, plus il importait d'y multiplier les dilapidations scolaires.
La presse catholique et les chefs de la droite, dans leurs discours à la Chambre et au Sénat, firent connaître au pays, dans leur détail, ces splendeurs de la politique libérale. Tous les ans, lors de la discussion du budget de l'instruction publique, un véritable réquisitoire était ain» dressé contre le gouvernement et ses effroyables gaspillages. A la Chambre, l'attaque était menée principalement par M&L Jacobs, Beernaert, Woeste, van Hoorde, Cornesse, van den Peereboom et Tack; au Sénat, c'étaient surtout MM. Solvyns, Lammens, Casier, qui harcelaient l'adversaire.
On me permettra d'emprunter à ces exposés bourrés de faits quelques traits particulièrement saillants.
Un mot d*abord sur les écoles. La règle est qa*on en crée de nouvelles partout, même lorsque la nécessité ne s'en fait nullement sentir. Là où une école suffit, on en établit une seconde. Là où une école mixte répond à tous les besoins, on ordonne aux communes d'ouvrir des écoles de filles, on prescrit l'établissement d*écolcs gardiennes, d'écoles d'adultes. A Hoorebeke*Sainte-Marie, commune de moins de 1600 âmes, on exige deux écoles de filles, deux écoles de garçons et deux écoles gardiennes. A Oostakker, l'école officielle était mixte; elle avait 1 1 élèves, 9 garçons et 2 filles; le ministre ordonne à la commune de créer une école de filles. A Beveren, près de Roulers, il y a un élève à l'école officielle; le ministre impose d'office la construction d'une deuxième école. En Limbourg, la population scolaire dès établissements publics était autrefois de 25.000 élèves ; elle est tombée en dessous de 5000; cela n'empêche pas le ministre de décréter la création de plus de cent écoles nouvelles.
Ces vexations étaient surtout fréquentes dans les campagnes ; cependant bien des petites villes n'étaient pas traitées avec plus de ménagements. A Saint-Nicolas, on comptât, en 1880, 18 écoles neutres et 8 écoles catholiques. Dans les 10 classes officielles, il y avait 270 élèves, contre 2408 dans les 8 écoles libres; les premières pouvaient recevoir le triple d'élèves. Que fait M. Van Humbeeck? il ordonne l'érection : 1® d'une nouvelle école pour garçons; 2^ d'une école centrale pour filles; 3® d'une section gardienne. A Enghien, il y avait en tout quatre petits garçons fréquentant l'école primaire
communale. Le 31 mai 1880, le ministre de llnstruction publique prend un arrêté ordonnant la création d'une école gardienne, c Vu, disait Tarrêté, le rapport de Tinsprction scolaire, d*où il résulte qu'une institution destinée à recevoir les enfants de 3 à 6 ans est indispensable à Enghien^etc... (i). »
Mainte de ces constructions scolaires affichait un luxe insensé ou se faisait remarquer par ses dimensions absolument exagérées. Telle école primaire, située en rase campagne et presque vide d'élèves, comptait vingt fenêtres de façade au rez-de-chaussée. Au milieu des bruyères de la Campine, dans de pauvres hameaux composés de quelques chaumières et éloignés de tout village important, s'élevaient de véritables palais scolaires, construits en matériaux de choix. A Bruges, le gouvernement édifia une école normale dont le coût dépassa un million et demi. Blankenberghe se vit doter d'une école primaire tellement vaste que, pendant la saison balnéaire, l'instituteur et l'institutrice y louaient des appartements: dans cette même commune, on éleva une école moyenne de 200,000 francs. A Grammont, le gouvernement imposa la construction d'une école primaire qui coûta plus de 300,000 francs.
De 1879 à 1^84, il fut dépensé, rien que par les communes, plus de 26 millions en constructions scolaires.
(I) M. Van Hnmbeeck alla ju*-qu*â soutenir en pleine Chambie cette thèse irctoyable que le nonibre des élèves ii*avait aucun rappoit avec le développement des bâiimeois d'écoles et que les con»tiuctions nouvelles pouvaient et devaient s'étendre en raÎMn tnveise de la diminution de la population scolaire. <Séance dn I9jnin 1885.)
Les nominations d'instituteurs donnaient lieu à des abus encore plus révoltants. Elles se faisaient presque toujours d'office» la plupart des communes refusant de prêter la main au gaspillage éhonté de leurs deniers. Le gouvernement finit par imposer ses instituteurs, sans plus même consulter les administrations communales jugées hostiles!
On vivait sous le régime du bon plaisir. Qu*on en juge par ces quelques exemples, A Swevezeele» il y avait un instituteur pour deux enfants; cela ne suffit pas; le ministre nomme un sous-instituteur. A Oostroosebeke, il n*y avait qu'un enfant à l'école officielle. Il semblait qu'un instituteur dût suffire; la commune le pensait ainsi. Elle se trompait, -car le gouvernement lui en imposa un second. Et ce ne fut pas tout : l'unique élève quitta l'école, de telle sorte que les deux instituteurs passèrent désormais leurs journées à se regarder. A Opbrakcl, village de 1,750 âmes, l'école communale de garçons était vide; l'école de filles contenait une fille étrangère à la commune. Or, il y avait, pour cette seule fille, un instituteur en chef, un sous-instituteur, une sous-institutrice. Le ministre installa une seconde sous-institutrice. A Bruges, on nomma, en novembre 1880, une douzaine de nouvelles maîtresses et, notamment, une institutrice et six sous-institutrices pour une école dont le local n'était pas encore construit!
Ces charges purement vexatoires imposées aux communes les plus pauvres faisaient monter les budgets scolaires dans des proportions invraisemblables.
Ainsi, à Bavichove et à Bellegcm, il n'y avait, en 1879»
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pas un seul élève dans Técole. et cependant la première de ces deux communes est obligée de payer annuellement 2,950 francs pour l'enseignement, tandis que la seconde est forcée d*en dépenser 4,597. A Saint-Paul, à Hamme (Sainte- Anne) et à Belcele, les budgets scolaires pour 1882 s'élèvent respectivement à 3591 francs, 3,200 francs et 5,971 francs, bien que les écoles de ces trois communes ne soient fréqueotées par aucun élève. A Anseghem, l'école officielle comptait^ en 1880, deux élèves; le budget s'élevait alors à 4,290 francs» £n 1882, ces deux enfants cessent de suivre les cours, l'école est complètement vide; c'est le moment de réduire la dépense. Mais le ministre veille au grain; il inscrit d'office au budget de 1882 une somme de 5.384 francs» soit une augmentation de plus de mille francs I
Dans l'arrondissement de Courtrai, les dépenses scolaires s'élèvent, en 1882, à 21,379 francs pour cinq cornmunes dont les écoles officielles ne contiennent pas un seul élève; elles atteignent 46,121 francs dans 14 communes qu} ont ensemble 68 élèves dans leurs écoles.
En 1881, le service ordinaire de l'enseignement primaire dans la Flandre Occidentale passe de 991,292 francs, chiffire de 1875, à 1,354,994 francs, et cela malgré une perte de 65,633 élèves; en â*autres termes, les dépenses ordinaires de l'enseignement primaire, qui, en 1875, revenaient à 11 francs par élève, montent, en 1881, à 77 francs par tête, et les dettes des communes augmentent de près de 9 millions de francs»
En Limbourg, il est établi par les documents officielsque l'enseignement public coûte, en 1880, 661,980 francSr
sans les dépenses extraordinaires ou indirectes; or» les écoles primaires ne sont fréquentées que par 4,680 élèves et les classes gardiennes par 79 enfants ; il en résulte que chaque élève qui fréquente une école publique en Limbonrg coûte annuellement aux contribuables 142 francs 21.
Un relevé des écoles des deux Flandres qui sont les moins peuplées donne un total de 724 instituteurs pour 432 élèves; les traitements globaux des maîtres s*élevant à 1,089720 francs, ces 432 élèves coûtent, en moyenne, rien qu'en traitements, chacun 2,520 francs.
Et ce n'étaient pas seulement les dépenses obligatoires et soi-disant normales qui encombraient les budgets scolaires des communes : ccUes-d se voyaient tous les jours imposer d'office des dépenses légalement facultatives, pour fournitures classiques, pour chauffage et entretien des locaux, pour aménagement de classes nouvelles, pour augmentation da traitement des instituteurs.
Il n'était pas d*interprétation arbitraire à laquelle on n*eût recours pour grossir sans cesse les émoluments de ces intéressants fonctionnaires. Le gouvernement ne se contentait pas des sommes qui leur étaient allouées par les communes dans les limites fixées par la loi; partout il les majorait, et, la plupart du temps, sans aucune espèce de fondement
A l'école officielle de Lendelede, il n'y avait plus» en 1880, que trois élèves. La commune, qui, jusque là, entretenait un instituteur en chef à 1,520 francs et un sousinstituteur à 1,100 francs, crut de bonne administration de
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congédier le sous-instituteur. Cette décision parut inadmissible à rautorité centrale. Le budget de Lendelede fut annulé et c réorganisé : » l'instituteur en chef vit porter son traitement à 2491 francs; le sous-instituteur fut rétabli et reçut 1,225 francs; en y ajoutant 225 francs de frais divers, le budget scolaire s*éleva à 3.941 francs» soit 1,313 francs par élève.
A SIeydinghe, tous les enfants en âge d*école suivaient l'enseignement catholique, sauf quatre, dont deux garçons et deux filles, appartenant tous à la même famille, celle d*un fermier du très libéral châtelain de Moerbeke, M. Lippens» député de Gand. L'administration communale croyait avoir fait très largement les choses en allouant à l'école des garçons un budget de 1,725 francs et à celle des filles des allocations s'élevant au même chiffre. L'autorité centrale se montra plus libérale des deniers des contribuables : elle éleva le budget de l'école des garçons à 4,275 francs et celui de l'école des filles à 4,075 francs. Chacun des quatre petits fermiers de M. Lippens coûta dorénavant à la commune de SIeydinghe la modeste somme de 2.087 francs par an.
Pour grossir le traitement de ses pédagogues, l'autorité supérieure recourait aux prétextes les plus saugrenus.
L'école officielle de Thielrode comptait un élève, une fille, qui recevait l'instruction d'un maître et d'une maîtresse. Le premier touchait de ce chef un traitement de i,Soo francs, plus 100 francs pour l'enseignement du catéchisme; on lui ajouta 200 francs pour... une école d'adultes
qui ne fut jamais fréquentée que par lui-même. Quant à rînstitutrice« elle touchait 1,200 francs; -^ si bien que I^n* struction d'une seule petite fille coûtait à la commune, rien qu'en traitements, la bagatelle de 3,3oo francs.
A Burst, on nomme d'office une maîtresse de couture, — c'est la femme de Tinstituteur, ^ bien que l'école officielle ne soit fréquentée que par trois garçons.
A Laeme, l'école officielle compte 22 élèves, filles et garçons, y compris les 4 enfants du maître ; parmi la population scolaire masculine il y a de tout petits bambins encore en jupons. La place de sous-instttuteur étant devenue vacante, le conseil communal la supprime au budget de 188a M. Van Humbeeck s'empresse de la rétablir; il choisit pour cette fonction un des fils du maître d'école. Ce dernier, qui a trois, fits, est laissé libre de confier la place à celui d'entre eux qui lui convient le mieux. L'aîné a 13 ans, mais il préfère son second fils, qui compte 12 années et qui suivait encore les leçons de l'école paternelle. Le ministre avait attaché à la place de sous*instituteur un traitement de 1,200 francs : superbes débuts pour un jeune homme qui passe ainsi d'un bond du banc des élèves au pupitre du magister. Ce n'est pas tout. M. Van Humbeeck, qui tient à prouver qu'il affectionne ses maîtres, nomme encore la femme de l'instituteur aux fonctions de c maîtresse d*ou* vrages manuels, t ce qui lui vaut 500 francs pour apprendre à tricoter à deux filles, dont l'une est la sienne propre. •Cette tribu privilégiée de rondeurs émarge donc i conciir«
rence de 3,900 francs par an au budget de la commune de Laeme.
Rappelons encore le cas de la commune de Meulebeke, un des plus frappants, et qui fut souvent cité à la Chambre.
Les écoles officielles de cette commune de 9000 âmes contenaient, au début de 1880, vingt-cinq élèves (i), tous dépendant, par leurs familles, du bon plaisir de Tadministration centrale ou de certains industriels libéraux; de ces 25 élèves, quatre ont dépassé Tâge légal de 14 ans, onze ne Font pas atteint, puisqu'ils n*ont pas 6 ans; parmi les inscrits figure même une enfant née le 29 janvier 1879. Pour instruire cette intéressante génération, la commune a été contrainte de dépenser 90,000 francs en constructions scolaires; elle entretient trois instituteurs et trois institutrices au traitement global de 10,500 francs; l'ensemble du budget scolaire s^élève à 14,916 francs, ce qui constitue une dépense de près de 600 francs par élève. Cependant, M. Van Humbeeck juge la dépense insuffisante : il met l'administration communale en demeure de construire cinq nouvelles écoles. Ce n'est pas assez. L'instituteur en chef, appuyé par le gouverneur de la province, réclame des augmentations de traitement s'élevant à plus de 4000 francs, pour lui et les membres de sa famille qui collaborent à l'instruction des 25 bébés officiels. Or, voici le décompte de ce que la
(1) Lei écoles catholiqoct de Meulebeke étaient fréquentées à la même date par dcuMe cents enfanta.
commune de Meulebeke avait déjà à payer k cette famille privilégiée :
Traitement de M. Théophile Viaene fir. >454
M. Prudent Viaene
M»>« Mêlante Viaene
» 2.jy>
M"* Emilie Viaene
M^ Marie Viaene
École
M. Théophile Viaene
d'adultes
M"« Mélanie Viaene
» 5cx>
Total:
fr. 9.054
La commune refusa de satisfaire les ambitions nouvelles de ce clan coûteux. Sa résistance énergique eut partiellement raison des injonctions de l'autorité supérietire.
L'exemple de la famille Viaene ne resta pas isolé. A partir de 1880, on vit figurer aux Annales parlementaires d'innombrables pétitions d'instituteurs réclamant l'amélioration de leur sort : presque toutes demandaient que le revenu (sic) de ces rentiers du département de l'instruction publique ivx fixe au lieu d'être calculé sur la population scolaire. M. Van Humbeeck finit par leur donner raison : un règlement du 31 décembre 1883 décida que les traitements des instituteurs seraient dorénavant gradués c en raison de l'importance de la population des communes. »
Ces dilapidations provoquaient une indignation générale dans une foule de communes. Blessés dans leurs convictions intimes, les contribuables se voyaient, d*autre part, gravement atteints dans leurs intérêts matériels. Pour subvenir aux
dépenses nécessitées par les écoles vides et par les maîtres parasites, bon nombre de communes avaient été forcées de négliger des dépenses utiles ou même de créer des taxes nouvelle? . Uétat des trésors locaux devenait détestable ; les souffrances de Tagriculture s'accentuaient chaque jour davan* tage ; la rentrée des impôts était loin d'être aussi régulière qu'auparavant ; des milliers de familles ne les acquittaient plus qu*avec peine, surtout dans les campagnes.
Mais ce n'était pas seulement dans les communes rurales que régnait la gêne ; les plus grandes villes du pays, surtout celles qui étaient pourvues d'administrations libérales, voyaient le plus clair de leurs ressources servir à alimenter le gargantua scolaire (i). Il ressort des comptes des 21 com** munes du pays dont la population dépassait 20.000 âmes, qu'en une année, de 1879 à 1880, les impositions communales furent majorées de 2,878,000 francs, tandis que les dépenses scolaires augmentaient de 3,250,000 francs. Dans dix de ces communes, le service de l'instruction publique
(I) Xulle part, croyoas^DOut, les gaspillages Kolaires n'atteignirent des proportions ans&i fabuleuses qu'à Bruxelles. VEtoiU Belge elle-même signala des chiffres qui font rêver: tel instituteur gagnait, en 1883, 6,750 francs, tel autre 7,8oOr un autre 8,300, un quatrième 9,300. Un ménage dont le mari et la femme étajent directeurs d*ècole encaissait 13,100 francs; un autre couple se faisait annuellement 14,300 francs dans renseignement. Plusieuts instituteurs recevaient des « indemnités spédalcs > pour des ouurs qu'ils ne donnaient pas on poor des « travaux extraordinaires » de pure fantaisie; l'un d'eux se voyait allouer 1300 francs par an pour diriger une école israClite supprimée quaue ans au* paravant ; ses émolumenu montaient à un total de 9,900 francs. VEtoiU vcralnt bien reconnaître que ces traitements étaient c prodigieux » et t qu'on pouvait les qualifier d'abus. » {EtoiU Belgt^ 30 février 1883.)
dévoraitp et même au-delà, tout le produit des impôts communaux, c*est-à-dire que les ressources natureUes de ces. communes, seule base stable de leur existence financière^ étaient confisquées soit volontairement, par la complicité d'administrations de parti, soit violemment, par une sorte de brigandage d*Etat. Conséquence : les principales communes du pays devaient vivre d'aumônes gouvernementales ou solder leur budget en défidt
Les administrations soucieuses des intérêts de leurs commettants luttaient aussi longtemps que passible et réâstaient de leur mieux aux exigences du ministère (i). Parfois elles obtenaient gain de cause, grâce à l'énergie et à la persévérance de leur opposition (2), mais le plus souvent leurs protestations se butaient, impuissantes, aux forces coalisées de la centralisation et de la bureaucratie; elles ne réussissaient qu'à attiser les colères et à provoquer de nouvelles vexations, telles que l'envoi de commissaires spéciaux aux communes les plus opiniâtres.
(1) Les mdmioistratioot commuDales de Reoaix, Andenarde, Brnget, Saint* Nicolas, Nivelles, ^font-Saint-Amand se distinguèrent paiticalîirenient par U Tigueur de lèaistance.
(2) La ténadtè victorieuse de la petite ville de Laroclie est restée célèbre dans les Ardennes. En léponse aux injonctions ministéf telles, le conseil oommniud de Laroche décida successivement de supprimer l'école des filles, de ne pas accueillir les sous-instittttrioes intérimaires imposées par le gouvernement, de ne pas payer leurs traitements; il adres&a à ce sujet des protestations à la Chambre, au Sénat, an Roi lui-même, tint bon devant les menaces du commissave d'anondissemest, de rinspecteur cantonal et du ministre Van Humbeeck, ei obtint finalement un gain de cauM partiel par la suppression des places de sous-instituteur et de sons-institutrioe (30 mars 188^
Il semblait qu'un quatrième pouvoir se lût établi dans l*Etat, pouvoir absorbant tous les autres^ s*imposant à tous et s*intitulant lui-même l'autorité scolaire. Devant le despotisme de cette autorité tout devait plier et tout pliait : elle escomptait à Tavance la signature ministérielle et même la signature royale. On cherchait en vain à connaître quelles étaient les règles qui guidaient cette < autorité soo* laire, > quels étaient les principes sur lesquels elle se bassdt, qui la dirigeaient» qui la portaient à majorer le traitement de tel instituteur de 200 francs, les émoluments de tel autre de 300, de 400 francs, alors que la position de ces instituteurs était parfaitement identique : ils se trouvaient tous ou presque tous devant des écoles vides. Ennuyer les communes € cléricales, > contrecarrer renseignement libre, espionner, dénoncer les fonctionnaires, les bourgmestres et jusqu'aux magistrats trop indépendants pour se faire les serviles complices du ministère, telle était au fond Toccupaftion unique de ce pouvoir mystérieux; à cela s'employaient les gouverneurs de province, les commissaires d'arrondissement, les inspecteurs, les membres des comités scolaires» les instituteurs pourvus de lucratives sinécures. La délation sévissait partout. Les instituteurs qui voulaient plaire la considéraient comme le chemin de l'avancement: ils savaient qu'en espionnant, en dénonçant, ils se faisaient bien noter, et ils espionnaient, ils dénonçaient à outrance. Non seulement les délations étaient accueillies, mais elles étaient sollicitées, provoquées par les agents du gouvernement. Souvent elles donnaient lieu à des enquêtes administratives ou judiciaires.
On vit un gouverneur partir en guerre contre une adroini» stration communale réputée factieuse, et cela sur la fm de dénonciations anonymes (i). Quant à Tautorité scalaire supérieure, elle agissait envers les pouvoirs locaux exactement comme si elle se fut trouvée en pays conquis Poussée par les délateurs à sa solde, elle faisait ou défaisait les budgets des communes, bâtissait ou agrandissait les écoles» multipliait sans cesse le personnel scolaire et introduisait d'office ses créatures dans les grasses prébendes de Tensdgnement officiel (2),
La commune n'avait plus rien à dire dans ses écoles. La loi lui attribuait la nomination des instituteurs; or» dès qu'une nomination déplaisait, l'inspecteur refusait la prestation de serment à l'élu et faisait nommer par le gouvernement un de ses protégés, en violation flagrante de la loL Un instituteur est accusé par la rumeur publique de vivre en relations adultérines avec une cabaretiére chez qui fl demeure. Le fait est porté par le bourgmestre à la connaissance de 1* « autorité scolaire. > L'instituteur porte plsdnte contre le bourgmestre et l'accuse de calomnie. Une enquête judiciaire a lieu : elle doit révéler des faits graves a charge de l'instituteur, puisque sa plainte est repoussée. Que fût
(1) DénoDciations contre radmiDistration commanale d'Andeiurde (avrilfnai 1882).
(2) On est fiappè de voir oombien, à viagKioq ans de disunoe, les procèdes mis CD œuvre tous le gouverocroeot de M. FièreOrbao Rsaembleot à cens qui fleuiisscot actuellement en France. La délatioD ètigèe l la faaateor d'une institatioa officielle est un 1 ouveau uait d'analogie entre les deux régimes. A ces sigoes <m reconnaii l'inspiration commune de la fraDC-ma^nnerîe.
le ministre? H nomme celle que la rumeur publique accuse de complicité, il la nomme maîtresse de couture dans Técole de cet instituteur. M. Jacobs dénonça le fait à la Chambre.
Il n'était pas même possible aux contribuables d'avoir connaissance de l'emploi de leur argent : ce fut ainsi que la Belgique étonnée put lire au Moniteur du 20 janvier 18A1 un arrêté annulant la délibération d'une députation permanente qui, pour affirmer son droit de s'intéresser aux affaires de la province {^sic\ avait décidé que les budgets scolaires des communes seraient dépesés sur son bureau (1).
Jamais période ne fut plus féconde en arrêtés d'annulation. En un seul exercice, Je gouverneur de la Flandre Orientale prit de 600 à 700 recours contre des décisions de conseils communaux relatives aux écoles; le gouverneur de la Flandre Occidentale avoua une proportion analogue. Il n*était pas rare de voir au Moniteur des arrêtés royaux annulant globalement une cinquantaine de délibérations émanées d'autorités locales.
Les provinces n'étaient pas traitées avec plus de ménagements que les communes. Dès 1879, les' six conseils provinciaux ayant une majorité catholique avaient rayé de leurs budgets, comme constituant des dépenses non obligatoires, les subsides aux écoles gardiennes et d'adultes et ceux qui leur étaient demandés pour construction de bâtiments d'école Le gouvernement, violant sa propre loi scolaire, imposa d'office
(1) Délibération de la dèpoution perinaDeote de la Flandre Ocddentale (13 janvier iSSi).
aux provinces les dépenses dont elles ne voulaient pas se charger. Les provinces tinrent bon : elles refusèrent unanimement de voter les crédits sollicités. Leurs budgets furent remaniés de fond en comble; le déficit s*y introduisit et y régna bientôt à l'état chronique.
Quant aux ressources de TEtat; le gouvernement y puisait avec une désinvolture d*autant plus insouciante qu'aucun obstacle n'était ici dans son chemin. Nous n'entrerons pas dans le détail de ces prodigalités que stigmatisaient même certains journaux libéraux. Signalons seulement, à titre exemplatif, les abus de Tinspection scolaire, avec ses traitements de 12,000 à 15,000 francs, ses frais de route et de séjour d'une exagération fabuleuse, ses € suppléments » encaissés sous les formes les plus variées et sous les prétextes les plus futiles. Rappelons encore les millions inutilement engloutis dans la construction des écoles normales, et ce Musée scolaire, une des plus célèbres créations de M. Van Humbeeck, qui absorba en un seul exercice 60,000 francs, sur lesquels 47,000 passèrent en gratifications au personnel supérieur de l'instruction publique et en c indemnités pour travaux extraordinaires. » N'oublions pas, enfin, l'hôtel de celui qui présidait à ce noble emploi de l'argent des contribuables et la Mupeur de ceux-ci lorsqu'ils apprirent que Tameublement du ministère de l'instruction publique avait coûté 442,000 francs:
Le budget de l'instruction publique s'élevait, en 1877, à 11,582,041 francs; en 1&84, ce même budget atteignait le chiffre de 22,107,013 francs.
Uannée 1877 soldait les dépenses de renseignement primaire par une somme globale de 26,260,214 francs; à cette époque, 597,624 élèves fréquentaient les écoles commu* nales ou inspectées. En 1883, tous les pouvoirs publics consacraient au même service la somme de 35,028,1 16 francs» alors que la population des écoles primaires officielles était descendue à 346,012 enfants. Ainsi, la dépense, qui revenait à 43 francs 80 par élève» en 1877, sclevait« en 1884, grâce aux gaspillages scolaires, à 101 francs 20 par tête.
Pour couvrir ces dépenses, le gouvernement fit appel à Timpôt. Il commença, en 1879, par se faire allouer 12 millions, sous prétexte de combler le déficit prétendument laissé par le ministère Malou. Les dépenses augmentant et le déficit devenant cette fois indéniable, le cabinet, dans la session de 1882-1883, proposa un ensemble d*impôts s*élevant à 19 millions et frappant l'agriculture, le commerce et Tindustrie. Il dut renoncer à un impôt projeté sur les cafés, vit rejeter des droits d*entrée sur le vinaigre, mais Tensemble des impôts votés ne s'éleva pas moins à un total de 1 2 millions.
L'emprunt se développa progressivement. Au 31 décembre 1878,1a dette publique du royaume s*élevait à 1,253,994,648 francs. Au 31 décembre 1884, elle était de 1,768,022,048 francs. Ainsi, en six années, le capital de la dette s'était augmenté de 514,027,400 francs» soit par an, en moyenne, de 85,671,233 francs.
Le déficit suivit la même progression. U était de 3 millions en 1879; il n'était plus que de b8,ooo francs en 1880 : il fut de 6 millions en 1881 et s'éleva l'année suivante à 15 millions;
il atteignit, pour Tensemble des six années de la domination libérale, le chiffre de 59,767, 177 francs.
. III. — Les appâts.
La gratuité absolue de renseignement primaire est décrétée par les administrations locales dans les communes libérales, par le gouvernement dans les communes catholiques. — Résistance des communes et des députations permanentes catholiques. — Les inspecteurs scolaires sont chargés de la revision des listes d'indigents. — Inscription fictive, sur ces listes, d'élèves qui fréquentent les écoles libres, d'enfants appartenant à des familles aisées. — Charges exor-. bitantes imposées de ce chef aux bureaux de bienfaisance.
Les gaspillages scolaires du gouvernement n'avaient réussi qu'à exaspérer le pays. Beaucoup d'administrations communales libérales crurent plus habile de flatter l'esprit d'économie des familles, en décrétant la gratuité absolue dans les écoles placées sous leur direction.
Aussi prodigue des fonds qui ne lui appartiennent pas qu*avare de ses propres ressources, le libéralisme n*a jamais hésité à imposer au public les charges dont il est personnellement le bénéficiaire. Cette fois encore on vit les libéraux fsdre les généreux aux frais des contribuables catholiques et payer avec l'argent de ces derniers la gratuité des écoles neutres.
Les grandes villes donnèrent l'exemple; les conseils de village suivirent. A Boitsfort, l'administration libérale
ne se contenta pas de donner gratuitement renseignement; elle compléta cette mesure en décidant que tous les enfants de la classe ouvrière fréquentant les écoles officielle^ seraient habillés aux frais de la commune. A Neufchâteau, on promit des livrets à la caisse d'épargne, à Hodister, des gratifications annuelles. A Ruetîe, on décréta la gratuité absolue des fournitures classiques, sauf pour les garçons dont les sœurs allaient à Técole libre. L'administration de Pamele (14 élèves et 4 instituteurs) fit aux parents des distributions de linge ; aux enfants elle remit des tambours et des poupées. A Montzen, le bourgmestre fit servir ostensiblement aux bam- bins officiels, le jour de l'ouverture des classes, un déjeûner au chocolat; chaque enfant reçut en outre un gros sac de friandises destiné à ses parents. Le clou de la propagande scolaire revient cependant à Verviers : les édiles de l'endroit ne trouvèrent rien de mieux, pour attirer les enfants dans les écoles communales, que d'y instituer un service dentaire gratuit à l'usage des élèves!
Cependant, les députations permanentes catholiques veillaient avec un soin jaloux à ce que la rétribution scolâdre, dans les écoles officielles, fut fixée à un taux suffisamment élevé et à ce que l'admission gratuite des enfants y demeurât dans des limites convenables. Elles modéraient le zèle des communes qui décrétaient la gratuité absolue ou grossissaient les listes d'indigentf, et cassaient leurs délibérations. Mais ces résistances réu«sis>aient rarement à arrêter l'effet des mesures votées par les adminibtrations libérales. A son tour, le gouvernement annulait impitoyablement les déci-
sions des députations permanentes, prétextant qu'elles étaient € contraires a Tintérêt général » ou € dénuées de tout fondement en fait et en droit, » et déclarant € que la commune est mieux à même que personne de savoir qui doit recevoir renseignement gratuit »
Par contre, un grand nombre de communes se refîi* saient i faire figurer sur leurs contrôles les enfants non indigents; alors c^était llnspecteur scolaire qui protestait, et cette fois le gouvernement donnait raison à llnspection : c La commune, disait-il, nVntend rien à ces choses-li; elle ne sait comment doivent être dressées les listes des enfants en âge d*école; il n*y a pas lieu de s'arrêter à son avis. > Le cabinet maçonnique finit ainsi, au mépris de sa propre le», par imposer la gratuité absolue à une foule de communes» tandis qu'il interdisait aux autres les plus légères augmentations de la rétribution scolaire. Sur ce dernier point encore l'autonomie locale fut systématiquement foulée aux pieds. Les délibérations les plus anodines des conseils communaux étaient annulées sous des prétextes absolument futiles oa même sans aucune espèce de motif. A Saint-Médard, l'administration communale avait augmenté de quelques centimes la rétribution à payer par les élèves de l'école officielle; celle-ci étant fréquentée par deux enfants, l'augmentation montait â I franc lo par mois. I^ décision de la commune fut cassée, € parce que, parait-il {sic), cette augmentation aurait pu nuire k l'école officielle et favoriser dans l'avenir les écoles libres en voie de création. »
Pour faciliter encore, en ce domaine^ la tâche de X c au-
torité scolaire, # M. Van Humbeeck envoya aux gouverneur» de province, le .5 juin 1880, une circulaire destinée à annihiler complètement les droits des députations permanentes r il était enjoint aux inspecteurs cantonaux de reviser dorénavant eux-mêmes les listes d*indigents dressées par chaque commune et de les compléter, le cas échéant, avant qu'elles eussent été soumises à la députation permanente. De leur côté, les gouverneurs étaient invités à se pourvoir auprès du Roi contre les décisions des députations, € chaque fois qu'elles ne seraient pas conformes aux propositions des inspecteurs. ►
En fait, la gratuité scolaire fut décrétée presque partout. Mais c'était peine perdue ; les catholiques en faisaient autant dans leurs écoles, et les établissements officiels continuaient de se vider. Alors 1* € autorité scolaire » inscrivit fictivement sur les listes ofiîcielles d'indigents des enfants qui fréquentaient les écoles libres. On arrivait ainsi à gonfler le chiffre de la population scolaire libérale, si bien que, dans le Limbourg, par exemple, au dire du chevalier Schaetzen, député de Tongres, plus de 1.000 enfants figuraient à tort sur les relevés des inspecteurs de l'Etat pour l'exercice 1881; on se retournait ensuite vers les bureaux de bienfaisance; on les forçait à grossir les émoluments des pédagogues officiels, en proportion des indigents vrais ou faux inscrits sur leurs listes, et c'était un spectacle révoltant de voir, en une foule d'endroits, ces fonctionnaires parasites bénéficier d'allocations indûment prélevées sur le patrimoine des pauvres.
Ce qui D*était pas moins odieux. c*est qu*on inscrivait sur les contrôles des indigents des enfants appartenant à des familles aisées, voire même des morts... A Eecke, ou Técole ne comptait pas un seul élève, l'instituteur sig^nala, comme secouru par l'assistance publique, le fils de M. Edmond De Bock, avocat à Gand et propriétaire d*une maison de campagne dans la localité. A Evergem, un échevin payant 192 francs de contributions vit également figurer son fils sur la liste des enfants indigents. A Eyne» le ministre inscrivit d*ofifice les enfants du bourgmestre et du notaire. Un inspecteur de Saint-Trond renseigna sur sa liste la fille d'un grand propriétaire foncier, éligible au Sénat!
On ne tenait d'ailleurs aucun compte des réclamations des intéressés. A Rommershoven, les noms de cinq enfants aisés avaient été inscrits par arrêté royal sur les contrôles des admissions gratuites. Les parents avaient protesté. L'administration communale prit la délibération suivante :
« Le collège déclare illégales et inadmissibles les inscriptions prescrites par l'arrêté royal du 24 février 1883. Une administration communale pourrait faire erreur; mais des inscriptions illégales^ comme celles qui nous occupent, sont injustifiables; elles ont en outre pour effet de priver de leurs ressources les pauvres et les infirmes, qui se trouvent dans le plus grand besoin. »
On pouvait croire que le ministre de l'instruction publique, ayant été mal informé une première fois, allait revenir sur sa décison. Il n'en fut rien. Un arrêté royal du 4 juin 1885 annula purement et simplement la décision rectificative du conseil communaL
L'entretien de ces indigents fictifs constituait pour les
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communes et pour les bureaux de bienfaisance une charge exorbitante. Qu*on en juge par ce qui se passait, à Hal en i88a
Au moment où la loi de 1879 avait été votée, il y avait dans cette ville une école gardienne dirigée par des Sœurs. Cette école recevait chaque année du bureau de bienfaisance un subside de 300 francs pour distribution de soupe; elle était fréquentée à cette époque par 200 enfants. A la suite du vote de la loi du 1^' juillet» Técole des Sœurs perdit son caractère semi-officiel ; le subside de 300 francs lui fut en conséquence retiré. Le i*' octobre 1879, une école gardienne officielle est établie à Hal; elle est fréquentée par 13 enfants, dont un seulement appartenant à une famille recevant des secours publics. La députation permanente du Brabant est informée de cette situation ; aussitôt elle ordonne au bureau de bienfaisance de Hal d'allouer, pour la population scolaire réduite de rétablissement officiel, le même subside du chef de distribution de soupe qu*il accordait autrefois aux 200 élèves de l'école des Sœurs. Le bureau de bienfaisance s'y refuse : € Considérant, dit-il, que l'école officielle ouverte au mois d'octobre de cette année n'était fréquentée que par frtize élèves, dont irois d'une autre commune et ufz seulement dont les parents sont à charge de la bienfaisance, le bureau décide unanimement de ne pas rapporter au budget la somme de 300 francs. > Nouvel arrêté de la députation : elle persiste dans sa première résolution et allègue pour tout motif € que les raisons énoncées dans la délibération du bureau de bienfaisance
ne justifient pas la suppression dont il s'agit » Cependant, le bureau continue à ne donner aucune suite i rinjonctioo de la députation. Le gouverneur le menace d*un commissaire spécial. Le bureau répond au gouverneur: € Notre administration de bienfaisance est parfaitement disposée k payer pour les enfants qui fréquentent Técole gardienne du gouvernement mais seulement, selon la règle de justice, potir ceux qui sont à charge de la bienfaisance. Notre conscience et le mandat dont nous sommes investis nous défendent de disposer du denier des pauvres en faveur d*enfants qui ne sont pas indigent». »
Il n*y avait rien i répondre à cela. Mais la force se soucie peu de bonnes raisons. Le gouverneur envoya à Hal ' un commissaire spécial, et le subside refusé fut inscrit d*office au budget du bureau de bienfaisance, absolument comme si Tunique élève officiel ayant droit aux secours publics avait consommé autant de soupe que les 200 élèves des Sœurs.