‹ La lutte scolaire en BelgiqueChapitre 19 sur 34 · IV. — Rîen n'est changé I · texte numérisé non relu

IV. — Rîen n'est changé I

Le mot d'ordre du cabinet libéral. — Zèle religieux du ministre de l'instruction publique, des instituteurs officiels, des bourgmestres libéraux et des fonctionnaires de tout rang. — Attitude des catholiques. — La presse. — Chanson : Jiîen n*csl changé, — Résistance des administrations communales catholiques et de quelques instituteurs officiels. — Mécontentement des radicaux contre le gouvernement.

Si le gouvernement finissait par obliger les contribuables à payer les frais de ses écoles, il n*avait pas les mêmes moyens CDôrc'.iifs pour contraindre les familles à y envoyer

leurs enfants. H comprenait trop tard la faute politique qu*il avait commise en heurtant de front le sentiment religieux des populations; devant les répugnances gêné* raies que sa loi soulevait, il se décida à la modifier administrativement, pour en masquer le caractère antireligieux.

Déjà avant la discussion parlementaire de la loi, on avait pu démêler dans Tattitude du cabinet les premiers indices de cette tactique. A mesure que le conflit s'aggrave et que devient plus manifeste la répulsion du pays pour renseignement neutre» le gouvernement s^engage plus avant dans le système des concessions; il use de tous les subterfuges pour endormir la défiance des familles. Montrant ce que serait renseignement religieux dans les écoles officielles, sous Tempire de la nouvelle loi scolaire, M. Frère-Orban s*écrie à la Chambre, quelques jours avant le vote: € On fera comme aujourd'hui ; Un* y a rien de changé. > — € Rien n'est changé, reprend IL Van Humbeeck, si ce n*est qu*on ramène le pouvoir civil à son indépendance (i). >

Rien n'est changé: tel est le mot d'ordre qui désormais va être colporté comme un message de paix, en tout lieu et en toute occasion. < Rien n'est changé ! disent les circulaires lénifiantes de M. Van Humbeeck; c'est l'organisation de 1842 qui continue; l'enseignement de la religion dans^ les écoles publiques sera donné exactement comme par le

(t) Chambre d«t représeatantt, séance du 4 juin 1879. {Annales parU/aen' Saires^ p. 12 iS.)

passé; il sera même obligatoire, sauf en cas de. désaveu formel des parents. > — € Rien n'est changé 1 » répètent en chœur les agents du gouvernement, et aus^tôt la bonne nouvelle est annoncée partout; elle est commentée dans les instructions confidentielles adressées aux fonctionnaires de tout rang; elle est communiquée aux parents par les inspecteurs et les membres des comités scolahres; les orateurs de distributions de prix en font le thème préféré de leurs discours.

Pour montrer Timportance capitale qu*il attache à renseignement de la morale dogmatique, M. Van Humbeeck ne recule devant aucun sacrifice. Il achète en une fois pour 300,000 francs de catéchismes et les fait répandre à profuâon dans toutes les communes. Il fixe à 100 francs par année et par classe l'indemnité à payer à ceux qui seront chargés de renseignement religieux dans les écoles officielles (i). Il prescrit aux instituteurs de donner le cours de catéchisme aux heures accoutumées, alors même que les parente ne l'auraient pas formellement demandé; il les encourage à conduire leurs élèves à Téglise comme par le pai»sé, à veiller à ce que les prières soient récitées régulièrement avant et après la classe. Il engage, il contraint même les autorités communales à maintenir dans leurs écoles les emblèmes religieux qui s'y trouvaient autrefois. Les ouvrages classiques, dans beaucoup d'endroits, restent les mêmes; les livres de lecture, les livres de prix approuvés par le clergé demeurent

(I) Cifculaire ministérielie du 14 août 1879.

en usage; on se borne à y introduire de légers change* ments (i).

Ces dispositions édifiantes du minbtère trouvent un écho immédiat dans le corps enseignant. On voit se produire partout des conversions inattendues et presque miraculeuses; où avaient échoué tous les efforts des inspecteurs ecclésia* stiques et des curés, les circulaires de M. Van Hurobeeck réussissent du premier coup. En les lisant, des maîtres d*ëcole fort peu dévots ju^ue là se sentent touchés de la grâce et se mettent à pratiquer avec ferveur. La messe du dimanche ne leur suffit pas: on les aperçoit presque chaque jour a l'église; aux prières ordinaires de Técole, qu'ils font dire avec une régularité inusitée, ils ajoutent quelquefois le

(I) Ceiuiof pèdasogoes ofllicids Uouvèrcot dans ce remaDÎeineot des oavTa^e» classiques un moyen très lucratif de faire oublier leur « diiicalisnie > de b veille. Cest ainsi que deux fonctionnaires supérieurs de renseignement primaire, M. Genonceauz et M. Germain, qui avaient publié de nombreux ouvrages soo* làires sous le régime de la loi de 184s, se mitent k réviser leurs manuels, biffant partout les mots Dï^u et Providence^ ainsi que le nom de Jésu^Christ^ et s'évenuant A donner k leurs livres, jusqu'alors pleins d'onction, l'allure que réclamaient les besoins de renseignement neutre. On leur sut gré de leur soumission, et on maintint les li\Tes ainsi expurgés au programme des écoles officielles, pendant que, d'autre part, sous leur ancien costume, ils étaient icçds sans délîuLce dans les écoles libres. Ces sélés fonctionnaires publièrent, enu'autres, un livre de lecture dont il existait deux éditions, une édition à couverture verte et une autre à couverture jaune. Les deux éditions paraissaient identiques. Mais rédition jaune éuit destinée & pénétrer dans les écoles où la rcligioo était en honneur; aussi trouvait*on à la page .O3 un chapitre IV intitulé* La JUligton. L'édition verte^ au contraire, était destinée aux écoles où le rationalisme remplaçait l'atmosphère religieuse; cette éditîoc-lù ne contenait pas un mot de religion» et le chapiue IV, page 63, éUit intitulé: L'homme. L'humonité,

chapelet; bref» ils s'efforcent de prouver au public étonné qu*il8 sont meilleurs chrétiens que les c cléricaux, > leurs adversaires. Un M. Palmaerts, directeur d'une école offictella à Louvain, annonce par voie de circulaire c que son enseignement et ses livres classiques seront les mêmes qu'auparavant et qu'il n'aura jamais en vue que d*élever chrétiennement ses élèves. > Un autre, instituteur communal à Bevere, écrit i ses concitoyens : < Je déclare solennellement que jamais je n'agirai autrement que depuis 36 années de professorat, et qu'en fait de livres ou de morale, rien ne sera jamab enseigné ou expliqué qui n'ait son fondement sur les dix commandements de Dieu et sur les cinq commandements de la Sainte Eglise. > A la Hulpe, la directrice de l'école communale oblige toutes ses élèves à assister au cours de catéchisme. A Hollain, l'institutrice, suivie de ses élèves vêtues d'un costume excentrique, prend place, malgré les injonctions du curé, dans une procession du Saint-Sacrement, où sa présence cause d'ailleurs un véritable scandale; elle s'obsUne à y rester jusqu'à ce que le curé, excédé, se voie obligé d'arrêter la cérémonie et de rentrer à l'église.

Certains bourgmestres gueux forcent encore la note. Jaloux de faire étalage de leur zèle pour c Tauguste religion de leurs pères, » les plus enragés prennent des airs tolérants, dévots; ils transforment les écoles neutres en espèces de chapelles; ils y parlent le langage le plus respettueux : c Soyez persuadés, déclare le bourgmestre libéral de Willaupuis, dans une circulaire-réclame adressée à ses adminbtrés, soyez persuadés que vos enfants verront, comme

par le passé» devant eux, dans l'école, Timage vénérée et respectée de Notre-Scigneur Jésus^Christ et de sa dtoine Afère, la Sainte^Vterge. Leurs maîtres continueront, avec plus de zèle encore, à les entretenir de Dieu, de Tâme, des grandes vérités de la religion...; ils leur montreront que le témoignage d*une bonne conscience est le plus grand bienfait de Dieu et la plus chère consolation de la vie » A Mechelen-sur-Meuse, le bourgmestre place au frontispice de récole officielle une pancarte portant les mots : € Ecole communale catholique. » Dans une autre commune, on voit se détacher sur la façade de Técole cette inscription édifiante : € Ici l'on apprend à servir Dieu et la patrie. »

Ailleurs, les administrations libérales accentuent le caractère religieux de leurs écoles, en y installant force emblèmes de piété. Dans une commune des environs d*An vers^ l'administration fait connaître par voie d*affiche qu'elle a placé dans l'école officielle c deux crucifix, deux statues de la Sainte- Vierge Marie, une statue de Saint Joseph, une statue de la Sainte Enfance de Jésus. > — c On vit, raconta à la Chambre M. Wasseige, certain bourgmestre, des plus libéral, traverser en plein jour la place du village, tenant entre ses bras la la statue de la Sainte* Vierge, pour la placer lui-même dans l'école communale. D*autres bourgmestres, dans l'arrondissement de Philippeville, distribuent des chapelets en pleine école. » A Péruwelz, le comte Oswald de Kerchove, gouverneur du Hainaut, présidant une distribution de prix« parle, avec des larmes dans la voix, de t Timage vénérée du Christ, cette douce consolation des affligés, cet exemple saint

de dévouement et de bonté. » — c Soyez tranquilles» ajoutet-il» elle continuera à occuper la place d*honneur a Técolel >

Dans une commune des environs de Gedinne, le bourgmestre,, un libre-penseur de village, écrit à son curé : < Je' crois devoir vous rappeler que c*est à l^égUsc que vous devez donner le catéchisme pour tous les enfants indistinctement, et non dans une maison particulière. J*ajoute que si vous continuez à vous y refuser et à ne pas admettre à la première communion les enfants qui la réclament^ ayant Tâge et les dispositions nécessaires^ non seulement vous manquez à votre devoir, mais vous ne remplissez pas les obligations imposées par la commune en vous accordant un supplément de traitement que vous acceptez. > Après le catéchisme laïque, la première communion obligatoire!

Toute la gent officielle exécutât les mêmes variations sur Tair connu : Rien n*est changé. Le bureau de bienfaisance de Wavre fit savoir officiellement c aux pères de fAmiile pauvres dont les enfants fréquentaient les écoles communales et qui étaient menacés, pour ce motif, de ne pas faire leur première communion, qu'en cas de refus il se chargerait d'habiller tous les enfants de ii ans assez instruits pour pouvoir approcher de la Table sainte, et qu^ conduirait ceux-ci, aux frais de la ville, à Bruxelles, où se ferait — en ce cas — la sainte cérémonie. > A Coiu-t-Saint- Etienne, Tinstituteur communal, ayant fait la même promesse, partit pour Bruxelles avec quatre petites filles jugées par le curé inaptes à faire leur première communion, et se vanta, à son retour, de les avoir fait admettre à recevoir pour la première fois TEucharistie.

M* Heyvaert, gouverneur de la Flandre Occidentale, ayant une petite fille en âge de faire sa première communion,, fit annoncer par les journaux gueux qu*il babillerait douze enfants des écoles communales faisant également leur première communion. Le zèle religieux se compliquait id d^une générosité tout-à-fait contraire aux us et coutumesdu libéralisme en général et de M. Hey vaert en particulier. Ce mystère fut bientôt éclairci : on apprit que le successeur de M. Ruzette avait fait circuler dans les bureaux de la province une liste de souscription destinée à payer les frais de sa largesse; tous les employés avaient signé, quelques-uns par principe, les autres par crainte de perdre leur place.

Cette indigne comédie ne réussissait pas à tromper les populations. Les évêques, le clergé» les comités, tout ce qui, de loin ou de près, s'occupait à propager et à défendre l'enseignen.ent libre, ne cessaient d*appeler Tattention des catholiques sur le véritable esprit de la € loi de guerre » et sur le caractère transitoire et précaire des dispositions par lesquelles on tempérait momentanément sa rigueur. La presse et les tracts populaires faisaient quotidiennement justice des habiletés ministérielles, c Si rien n^est changé dans le régime de l'école, écrivait le Bien Public, pourquoi fallait-il remplacer la loi de 1842, signée avec bonheur par Leopold I^, par la loi de 1879, que les hommes d'Etat les moins suspects d'exagération ont qualifiée de loi de guerre et de malheur?... En réalité, tout est changé. On a plus ou moins respecté la façade de l'organisation scolsdre.

mais la distribution intérieure du bâtiment est complètement modifiée. *

Une chanson très populaire dans les provinces wallonnes retraça, en ces termes excellents, le tableau des hypocrisies libérales:

Rien n*e8t changé.

Kirn n*esi change dans nos neutres écoles^ Disent en chœur les ministics du Roi :

Nous respectons, ô piètres, vos symboles; Rtcn n'est change par la nouvelle loi.

Il est vrai qu*en dépit de T Eglise, Hors de l'école on jette le clergé :

C'est un détail; nou!i crions, quoi qu*on dise : Rien nUsi changé. Messieurs, rien n'esi changé!

Hier encor, reste du Moyen- Age, L'instituteur prônait le crucifix; De la Madone il vénérait Timage; Le Décalogue avait aussi son prix...

Autant d'abus, marques d'intolérance.

C'est bien prouvé par Bara, par Berge!

Au lieu du Christ nous mettrons la science.

A part cela. Messieurs, rien n'esi changé!

• Nous suppriuàons, du coup, le catéchisme, Livre inventé pour former des crétins, Qu'importe, un jour, si nous créons un schisme, £t si nos hls deviennent des gredins!

Un lourd cadavre a pesé sur le monde.

Cadavre infect par les dogmes rongés; Nous le poussons vers la fosse profonde: Sauf ces détails, ma foi, rien n'esi changé!

Nous avons mis le prêtre hors de Técole,

Et c*cn est fiait de son autorité;

Mats des parents le saupule est frivole;

Donnons le change i leur crédulité ;

Qu'il vienne avant, qu'il vienne après les classes»

Hors du local, sans être dérangé;

Et les gamins lui feront des grimaces.

Vous le voyez. Messieurs, rien n*est changé!

Rien n*csl change, familles catholiques; ' Nous respectons vos dogmes, votre foi.

Vos syllabus, vos sombres eix:ycliques; Rien n'est changé par la nouvelle loi!

I! est bien vrai, nous clioisirons les livres, Et le pr<.)gramme est un peu dérangé; Pour le budget, nous vous coupons les vivres. Sauf CCS détails, Messieurs, ritn n'ai changé!

C'est un mensonge, hypocrites sectaires!

Tout est changé par la loi de malheur!

Oui, votre loi, c'est une loi de guerre; Le vrai pays la voit avec douleur.

Nous maudissons cette loi qui nous navre.

Qui foule aux pieds l'Eglise et le clergé; Et nous disons : Fossoyeurs du cadavre.

Tout est changé! cafards, tout est diangé!

Les communes catholiques secondaient cette propagande, et, tandis que le gouvernement s'efforçait de voiler le principe et les tendances de ses écoles, bourgmestres et conseillers s'appliquaient, au contraire, à les faire ressortir chaque fois que Toccasion s'en présentait.

Plusieurs administrations communales, se référant au texte de la loi, refusent de voter des fonds ppur Tachât des des catéchismes destinés aux écoles publiques, et le gouvernement doit inscrire d*office cette dépense à leurs budgets. Le bourgmestre et les échevins de Bruges interdisent aux instituteurs officiels de faire réciter les leçons de religion par leurs élèves; cette décision est suspendue par le gou« verneur Hey vaert. A Eecloo, le conseil prend la résolution suivante : c Vu la lettre de M. le curé-doyen de cette ville, par laquelle l'administration est informée que le clergé ne peut se charger de donner llnstruction religieuse dans l'école communale officielle, le conseil, à l'unanimité, se^ déclare incompétent pour charger une autre personne du susdit enseignement >

A DufFel, le collège échevinal, après avoir pris une délibération du même genre, et voulant marquer plus for^ tement le cachet de neutralité que la loi imprimait aux établissements officiels, fait enlever de ses écoles les crucifix et les statues de la Vierge qui s'y trouvaient. Le gouvernement, instruit par ses limiers de l'effet que cette manifestation a produit dans la commune, et estimant que les autorités locales ont agi dans un esprit d*hostilité, ordonne que les emblèmes religieux soient remis en place. Les partisans de l'école officielle, conduits par les notabilités libérales du lieu, rapportent les emblèmes et les installent triomphalement. L'arrêté royal qui casse la délibération du collège est un modèle du style administratif de l'époque :

Attendu que Tccole de Duffd CRt fréquentée exclusivement par des élèves appartenant à la communion catholique; qu*il n'y a donc aucun motif d*eh faire disparaître les emblèmes de cette communion;

Considérant que les chefs de famille ont formellement exprimé le désir de voir réciter les leçons de religion par leurs enfants à l'école communale, et qu*afîn d'obtenir que les emblèmes religieux soient placés dans toutes les salles où ces récitations ont lieu, ils en ont fait Tacquisition de leurs propres deniers;

Attendu : i» Qu'en faisant enlever les s}Tnbolcs religieux des salles de classe, l'administration communale à méconnu le vœu des pères de famille;

2« Que l'acte posé par cette administration est de nature à nuire à l'enseignement offidel et à tromper les parents, en leur faisant croire que cet enlèvement est imposé par la loi du. i» juillet 1879, à laquelle un caractère d'hostilité envers le culte catholique serait ainsi injustement attribué;

Vu la protestation des ])ères de famille, en date du 16 octobre 1879, contre Tenlèvement des spnbolcs dont il s'agit;

Vu l'article 87 de la loi communale et attendu que la délibération susmentionnée blesse "Vintérct général;

La délibération susdite est annulée.

Parmi les instituteurs ofRciels restés en place, un certain nombre, profitant de la faculté que la loi leur laissait, refu* sèrent, eux aussi, de se prêter aux hypocrites manœuvres du gouvernement. L'autorité centrale le? pressant de revenir sur leur décision, quelques-uns cédèrent devant ses menaces; les autres furent cassée impitoyablement.

L'instituteur communal de Cueme, M. Thomas Catry^ s'était refusé à donner la leçon de religion dans son école, d*ailleurs complètement déserte dès les premiers jours d'octobre 1879. P«« àe temps aprè«, il s'abstient de prendre part à une manifestation orpranisée en Thonneur d'un magister des environs. Aussitôt il est signalé au ministère comme suspect; voici l'arrêté qui le révoque :

Vu IcH rapports du gouverneur de la Flandre Occidentale et de rînspcction scolaire, concluant à la rcv-ocatiim du sieur Catry Thomas;

Attendu: i» que l'instituteur en cause se range publiquement du coté des adversaires de renseignement public; 2^ qu'il saisit toutes Jes occasions de donner cours à son antipathie pour cet enseignement; 3«que par son fait il a provoque la désertion de Técole communale; et 40 qu'il ne conserve ses fi>ncti(»ns officielles que pour jouir de Vcxemption résultant de Tart. 28 § '3 de la loi sur la milice, etc.

Chose remarquable, les instituteurs dont on pouvait soupçonner que leur abstention s*appuyait sur des motifs de conscience étaient moralement contraints d'enseigner le catéchisme; leur refus devenait aussitôt une trahison. Mais d'autres refusaient d'obtempérer aux sollicitations ministérielles, parce qu'ils professaient des idées radicales en matière de religion, — telle cette institutrice de Hervé, qui se vantait publiquement de ce que son école c était et resterait une école sans Dieu : » ceux-là étaient laissés libres; on savait qu'ils n'agissaient ainsi que par excès de zèle.

On observait d*ailleurs la même distinction entre les communes. Tandis que les délibérations des administrations de Bruges, d'EecIoa de Duffel était improuvées, annulées» déclarées actes de rébellion, les décisions toutes pareilles de rédilité bruxelloise étaient reconnues légales et appliquées. Les autorités de la capitale pouvaient à leur aise décréter la neutralité absolue dans les écoles primaires, en proscrire tout exercice religieux, y présider à l'enlèvement des emblèmes de pieté (1). Le conseil communal de Schaerbeek

(I) Janvier 1881.

protestait impunément contre les circulaires édulcorées de M. Van Humbeeck et déclarait s*en tenir au texte pur et simple de la loi, c'est-â-dire c à la séparation franche et complète de l'enseignement scientifique et de l'enseignement, religieux. »

Cest qu'en effet l'hypocrisie du cabinet n'excitait pas seulement le dégoût des catholiques; elle irritait profondément les radicaux. Ceux-ci se demandaient chaque jour si, après avoir détruit par la loi le régime scolaire confessionnel, le pouvoir allait le rétablir en fait, sans tirer d'ailleurs de ses concessions aucun avantage sérieux, c Rien n'est plus comique à nos yeux, disait la Chronique, que ce ministère libre-penseur reculant devant les conséquences de la loi qu'il a proposée, et se faisant professeur de caté* chisme et collectionneur damages, avec un zèle pieux que n'eurent jamais les cléricaux les plus fanatiques. > Parlant de l'arrêté royal qui avait ordonné le rétablissement du crucifix à l'école de Duffel, XEtoile belge écrivait : c Cest le monde à l'envers, le renversement de toutes choses : les fanatiques expulsent Dieu de l'école, et les gueux, les iconoclastes l'y font rentrer. » La Flandre avouait tout net qu'elle avait lu cet arrêté c avec une certaine humiliation. > '— c La loi, écrivait- elle, ne fait nullement un devoir au gouverne* ment d'écouter, au point de vue de l'enseignement religieux, les vœux des pères de famille. Bien au contraire...; et ce serait s'engager dans une voie pleine de contradictions et sans issue que de provoquer leurs vues et d'y satisfsdre en dehors des limites de l'article 4. ^ Nous, libres-penseurs, nous

voulons r école strictement, rigoureusement neutre , qui seule aura pour résultat inévitable d^arracher les âmes au joug dégradant que V Eglise fait peser sur elles i »

Au début, le gouvernement rési^^ta à ces sollicitations. Il doutait, avec raison, du bon effet des mesures coèrcitives sur des hommes aussi résolus que les catholiques belges. Il n'entrait pas, d*ailleurs, dans sa politique de se donner les apparences d'une persécution religieuse, alors justement qu*il s'efforçait d'étouffer le bruit fait autour de la malheu* reuse loi du i**' juillet. Peu à peu, cependant, il va glisser sur la pente du radicalisme et recourir aux voies de rigueur réclamées par les libéraux avancés; bientôt, nous le verronSiil ne mettra plus de frein à son intolérance et à son sectarisme.

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