‹ La lutte scolaire en BelgiqueChapitre 7 sur 34 · I. — Les évéques et la loi de malheur · texte numérisé non relu

I. — Les évéques et la loi de malheur

LrC devoir des catholiques au lendemain du vote. — Difficultés de la tâche qui s'offrait à eux. — Le rôle des évéques. — L' c échange de vues » avec Rome. — Les c Instructions pratiques à l'usage des confesseurs. » ^ Exécution des c Instructions > par le clergé.

Le moment était venu pour les catholiques belges de transporter sur le terrain des œuvres la lutte, plutôt politique, qu'ils avaient soutenue jusque là contre la l<ri de malheur; aux pétitions, aux discours, aux manifestations devaient succéder des actes : il s'agissait d^entrer en lice •contre l'enseignement officiel.

Ce sera l'immortel honneur des catholiques d'avoir, i, ce moment décisif, exactement mesuré l'étendue de leurs devoirs et envisagé sans faiblesse la gravité de leurs obligations.

Au fond, on ne combat un enseignement que par un autre, et une école que par l'école rivale : la seule manière

vraimeni efficace de contre^balancer llnfluénce des établissements officiels, c'était d'ouvrir dans chaque commune^ en face de Fécole sans* IXeu, une école catholique et libre; d*opposer aux professeurs» aux écoles normales, au budget et au système scolaire de l'Etat, des maîtres dévoués i l'Eglise, des établissements normaux entièrement religieux, un budget alimenté par les dons volontaires des fidèles, une organisation relevant uniquement des familles chrétiennes et du dergé.

Mais que de difficultés dans cette entreprise! Les écoles créées par les efforts du pays entier et, le plus souvent, par rinitiative des catholiques, c'était désormais le gouvernement qui en gardait la jouissance; pour compléter son organisation, l'Etat se disposait à puiser à pleines mains dans son budget et dans ceux des communes; et c'était à la fin des vacances, dans moins de trois mois, qu'il fallait se trouver prêt à lutter contre un adversaire si fort, si riche, si bien armé. Trois mois pour réunir l'argent par millions et les maîtres par milliers, pour couvrir la Belgique de nouvelles écoles, pour créer au grand complet un enseignement dont il n'existait que les cadres et les premiers éléments!

Les catholiques ne reculèrent pas devant cette tâche. Ils crurent que, lorsque la foi est en péril, un peuple chrétien ne doit reculer, pour la sauvegarder, devant aucun sacrifice et aucune épreuve. Ils étaient d'ailleurs guidés par de hautes vues d'avenir. Une longue expérience leur avait permis de mesurer les inconvénients inhérents à tout

enseignement officiel, dans un pays où le pouvoir peut être détenu par des mains indifférentes ou hostiles à la vérité religieuse; le vote de la loi de malheur venait de dissiper leurs dernières illusions à cet égard. Ils n'étaient plus liés par aucune transaction, ils n*avaient aucun mena- ' gement à garder; une rupture, qu'ils n^avaient point provo* quée» leur rendait leur pleine indépendance. Ils résolurent d*en profiter pour mettre l'éducation religieuse du peuple à Fabri des attaques ultérieures, en créant un enseignement qui leur offrirait toutes garanties et qui ne dépendrait que d*eux seuls.

Les libéraux avaient fait leur loi scolaire contre ITglise; ce furent les chefs de TEglise qui prirent en mains la direction de la résistance et l'organisation de renseignement catholique. Cétait leur droit et leur devoir; les évêques n*y faillirent point, et cela en dépit des difficultés terribles qui leur furent suscitées au cours de leur mission.

Ces difficultés, qui rendirent si délicat le rôle de Tépiscopat pendant les débuts de la lutte scolaire, remontaient déjà à plus d'une année lorsque la loi de malheur fut votée.

Dès les premiers jours de son avènement au ministère, M. Frère-Orban avait compris que les évêques seraient inflexibles sur la question de renseignement primaire et que de leur opposition irréductible viendrait le danger. Il eut alors un trait de génie. L'épiscopat et les populationscatholiques étaient contre lui, mais, s'il avait Rome pour loi.

— Soda coup il serait maître du pays entier : par Rome U. désar* merait les évêques et les gouvernerait; par les évêques et le clergé il asservirait les consciences.

Pour s'assurer le concours du Saint-Siège, M. Frère eut recours à un moyen dont il jugeait le succès infaillible. A diverses reprises déjà il avait fait entendre qu'il entrait dans les intentions du minbtère de supprimer la légation belge près du Vatican. Il savait, d'autre part, l'importance que Léon XIII attachait au m^ûntien de ces relations diplomatiques; il se résolut donc à exploiter ces dispositions en tâchant d'amener Léon XIII» par la menace perpétuelle de supprimer la légation» à des déclarations qui eussent paralysé toute l'action de l'épiscopat : la désapprobation par le Souversdn Pontife des actes des évêques devait» en effet, mettre ceux-ci en contradiction avec Rome et ruiner» dans le pays entier, l'autorité morale de leur résistance à la loi scolaire.. Le calcul du ministre n'était pas difficile à pénétrer. Si, comme la chose était probable, le Pape refusait de se laisser tromper par la fausse enseigne de la neutralité scolaire, M. Frère invoquait cette résistance même comme une preuve de l'intransigeance pontificale» et il en concluait à la nécessité d*une rupture. Si» au contraire, le Ssdnt-Père avait seulement l'air de donner tort à l'épiscopat sur la question scolsdre, le gouvernement libéral pouvait tirer de ce désaveu apparent une force morale considérable et l'opposer au clergé et aux catholiques zélés comme une digue élevée par le Saint- Siège lui-même contre le c fanatisme des évêques » et les progrès de l'enseignement religieux et libre.

Tels furent l'objet et le bat du célèbre Echange de vues qui se poursuivit entre M. Frère et le Saint-Siège depuis juillet 1878 jusqu^en juin 1880, pour aboutir à la rupture des relations diplomatiques.

Nous ne retracerons pas les phases de cette négodation irritante. Elle ne fit que mettre en lumière ces trois |x>ints : la parfaite communion didées qui régnât au sujet de la loi scolaire entre la cour de Rome et Tépiscopat belge; la volonté formelle du Pape de laisser aux évêques pleine liberté d'action dans leur résistance à la loi; la duplicité de M. Frère-Orban lorsqu'il afiirma devant la Chambre que le Souverain Pontife blâmait la conduite des évêques.

Convaincu de mensonge sur ce point, trompé, d'ailleurs^ dans son attente sur l'issue des négociations, le chef du cabinet jugea inutile de prolonger les pourparlers avec Rome; par dépêche du 5 juin 1880, il rappela le représentant de la Belgique près du Vatican.

Le Souverain Pontife, de son côté, abandonnant la réserve dans laquelle, par esprit de conciliation, il s*était tenu jusqu'au moment de la rupture, fit paraître le 10 juillet 1880 un exposé, avec pièces à l'appui, de toutes les négociations avenues entre le cabinet de Bruxelles et le Saint-Siège. Ce fut le dernier mot de V c échange de vues : > le document pontifical démasqua l'inqualifiable déloyauté du gouvernement belge et le système de men* songe qui avait présidé aux négociations; il établit que l'accord le plus complet n'avait cessé d'exister entre le Saint-Siège et les évêques ; il confirma les catholiques bel*

.\, grès dans leur ré^tance à la loi scolaire» sous la directioii

de réfnscopat

On le voit, ce fut donc en toute liberté que les évêques purent prendre les dispositions pratiques jugées par eux les plus opportunes pour prémunir les fidèles contre la loi de malheur. Déjà, le 14 juillet 1879» le cardinal de Malines avait adressé à son cleYgé un règlement diocésain, qui fut complété peu après par une lettre pastorale ; dans le courant d'août, il réunissait en synode les 48 doyens de son diocèse pour leur donner des instructions encore plus détaillées. Ses suffragants imitèrent son exemple; Tévcque de Liège, invité par l'administration communale de cette ville à donner son concours au nouveau régime scolaire, lui répondit par un refus énergiquement motivé; les autres évêques firent connaître, par diverses voies, leur décision. Enfin, Je 1^ septembre, les évêques communiquèrent à leur clergé, sous le titre àîlnsinutwns pratiques à ffusage des confesseurs, une déclaration collective qui résumait tous leurs actes précédenu et qui devint la formule définitive de Tinterdiction prononcée contre renseignement ofiicieL

c Sous le régime de la nouvelle loi, disaient en substance les Instructions, les écoles publiques sont, de leur nature, mauvaises et nuisibles, parce que, par elles-mêmes, elles mettent les élèves qui les fréquentent dans l'occasion •de perdre la foi et les mœurs. La tradition constante de l'Eglise, les décisions du Souverain Pontife, les jugements

-^"•^ T-t'mê^uv^mxim^'^m^imt.

portés par les évêques étrangers ont fait ressortir, en d*autres circonstances, le péril et la culpabilité de dispositions semblables à celles de la loi de 1879; aucun chrétien ne peut donc concourir, directement ou indirectement» à Vexécutian de cette loi; en d'autres termes, il n*est permis dorénavant ni de fréquenter, ni d'établir, ni de diriger les écoles offidelleSb

c Les prêtres n'iront donc pas donner l'enseignement religieux dans les locaux que la loi leur réserve. Ils se serviront de la chaire, des visites pastorales et des entretiens particuliers pour détourner les fidèles de toute partidpatioa k renseignement neutre, en évitant toutefois de laisser échapper la moindre parole injurieuse pour les instituteurs et les représentants du pouvoir et en se gardant même de faire •en chaire aucune mention spéciale de ces personnes. Sous peine de manquer gravement à leur devoir, les curés mettront tous leurs soins à procurer une école catholique, a leur paroisse.

€ Les parents qui enverront leurs enfants aux écoles officielles se rendront coupables de péché grave; s'ils persévèrent dans leur conduite, ils seront exclus de l'absolution sacramentelle. Exception est faite pour les cas où les parents auront une grave raison d'en agir ainsi et lorsque l'occasion prochaine de perdre la foi et les mœurs, inhérente à ces écoles publiques, sera susceptible de devenir une occaâon -éloignée seulement

« Los instituteurs ne peuvent continuer à exercer leurs fonctions dans les écoles officielles, si ce n*est pour des raisons particulières; ainsi, pourront être dispensés : l'insti-

— ço -

tuteur exempté du service militaire i raison de ses fonction» et qui doit professer quelque temps encore pour échapper définitivement à la conscription; l'instituteur âgé qui se trouve dans le cas de pouvoir bientôt toucher sa penâon; Instituteur qui ne pourrait résigner ses fonctions sans être réduit à la misère. Ces exceptions à la règle devront d'ailleurs être soumises au curé de la paroisse, et celui-ci en référera à révêque du diocèse, seul juge en dernier ressort. Il faudra aussi, pour que la dispense puisse être accordée» qu'il y ait de solides motifs de présumer que la loi sur l'enseignement ne sera, défait, pas appliquée dans l'école, principalement en ce qui concerne la morale; enfin, l'instituteur dispensé devra promettre de donner sa démission dès qu'il sera empêché de conformer son enseignement aux prescrip» tions des autorités ecclésiastiques; il s'engagera i ne faire aucun effort pour attirer les enfants dans son école s'il existe dans sa paroisse une école catholique; il se refusera absolu* ment à donner l'enseignement du catéchisme.

c Quant aux fonctions d'inspecteur de l'enseignement public, elles ne peuvent être l'objet d'aucune dispense, par la raison qu'en vertu même de leur charge, ces fonctionnaires s'engagent à faire exécuter la loi condamnée. Tout manquement grave à ces dispositions, de la part des instituteurs comme des inspecteurs, entraîne le refus de l'absolution, sauf promesse d'amendement »

Les Instructions des évêques constituèrent l'acte décisif de la lutte scolaire.

Tout en faisant fléchir la règle en faveur de juste»

exceptions, elles déjouaient le plan du ministère et portaient un coup mortel à sa loi Les évêques. en les édictant» avaient eu la perception très nette de ce qu*eût été la tactique du cabinet s*ils s*étàient contentés de porter contre la loi une condamnation mitigée, selon ce que M. Frère avait proposé à Rome. A la rentrée des classes, en 1879, à peu près aucune école n*eût été trouvée mauvaise et n*eût perdu ses élèves. La loi serait entrée ainsi dans les mœurs; son effet général n*eût pas été enrayé. Fatalement, Técole offi* cielle fût devenue antireligieuse, et les catholiques n'auraient commencé à~s*en apercevoir que lorsquMl eût été trop tard pour organiser avec succès renseignement libre. Au bout de quelques années, le régime scolaire de 1879 eût porté ses fruits de mort.

Pour déjouer cette tactique, il fallait détruire la loi elle-même; il fallait Tattaquer directement, partout ou elle était en vigueur, par cette raison seule qu'elle existait et qu'elle constituait un danger certain, prochain et général Les circonstances en faisaient aux évêques un devoir impérieux; tout leur commandait de retremper les forces catholiques dans l'action, plutôt que de les laisser dépérir dans une inertie sans dignité et dans une sécurité trompeuse. Cest pourquoi ils s'engagèrent à fond dans la bataille, en publiant leurs Instructions.

Les événements ne tardèrent pas à leur donner raison, et jamais les catholiques belges ne seront assez reconnaissants à leur épiscopat d'avoir envisagé leurs obligations avec une pareille clairvoyance et de les avoir remplies avec une aussi courageuse fermeté.

Les Instructions furent exécutées à la lettre dans tous les diocèses. Elles reçurent une publidté immense; toutes les chaires, toute la presse catholique les propagèrent; tirées à, des centaines de mille exemplaires et distribuées danstoutes les familles, elles devinrent la charte où chacun pouvait trouver sans peine Texposé de ses devoirs*

Le clergé, docile à la voix de ses chef*^, répondit par un refus unanime à l'invitation d'avoir à se rendre dans les écoles publiques pour y donner rinstruciion religieuse. Doyens et curés, en notifiant par écrit leur refus aux administrations communales, exposaient leurs raisons et y joi- ^naient d'ordinaire une protestation formelle contre tout enseignement religieux qui serait donné par l'instituteur ou par toute autre personne, sans délégation de leur part. Ces lettres étaient lues et commentées au prône du dimanche, et fréquemment la presse locale les reproduisait

Les libéraux, qui avaient d'abord affecté de tourner en ridicule les € foudres de carton > de l'épbcopat, ne tardèrent pas à se raviser. L'apparition de la leitre collective des évêques, les protestations énergiques du clergé dans les divers diocèses et l'effet très marqué que ces actes produisaient sur l'opinion publique, leur ouvrirent les yeux; à leurs sarcasmes succédèrent des cris de colère. Fidèles à leur vieille tactique, ils cherchèrent à jeter la division dans les rangs du clergé, en opposant à la conduite des prêtres qui avaient été les premiers à agir l'exemple des ecclésiastiques « sages et tolérants » qui avaient jusque là gardé le silence. Ceux-ci s'empressaient naturellement de

protester contre des éloges aussi compromettants. A la fin de septembre, le cler^^é belge tout entier avait fait sa profession de foi au sujet du nouveau régime scolaire; le gouvernement savait que non seulement il ne prêterait aucun concours aux écoles neutres, mais qu*il les combattrait sans relâche.

IL — Les comités scolaires catholiques.

Initiative des évéques. — Les comités de paroisse. — Les comités de doyenné. — Les comités provinciaux.

Les évêques avaient dénoncé le danger, tracé le plan d'action. Il restait à l'exécuter.

Les écoles officielles étaient condamnées. Il fallait, si l'on voulait empêcher qu'elles fussent fréquentées, les rem* placer par autant d'écoles catholiques, recruter pour celles-ci une légion d'instituteurs, leur assurer des ressources immenses.

Ici le rôle des évêques devait nécessairement se restreindre à une sorte d'initiative générale : ils devaient faire agir plutôt qu'agir par eux-mêmes. Mais, en cela encore» bien que leur main n'apparût pas dans l'accomplissement pratique i

de la tâche quotidienne, leur intervention ne laissa pas d'être nécessaire et décisive. I

Au lendemain du vote de la loi scolaire, l'organisation de l'enseignement catholique se trouvait déjà ébauchée. Les comités de résistance qui avaient si vigoureusement conduit la campagne des premiers mois de 1879 ne s'étaient

Tpas dissous; dès la fin de juillet/ la plupart d*entre eux, se transformant en comités scolaires, s'étaient mis à Tœuvre spontanément, sans attendre aucun mot d'ordre; dans toutes les provinces on avait commencé à recueillir des fonds et à préparer la création de nouvelles écoles libres. Les évêques intervinrent alors, chacun dans son diocèse, pour introduire plus d'ordre et de régularité dans le mouvement scolaire» pour créer des liens entre les diverses associations locales autonomes, pour en établir de nouvelles dans les endroits où elles faisaient encore défaut

Leurs Instructions pratiques indiquaient au clergé parois- ^al la conduite générale à observer à cet égard* D'autres règlements sanctionnèrent la composition et les attributions des comités scolaires; ceux-ci couvrirent bientôt toute la surface du pays et se subdivisèrent en comités de paroisse, de doyenné et de province; ils devinrent, avec les inspecteurs diocésains et cantonaux, les autorités dirigeantes de l'enseignement catholique.

A la base de cette organisation étaient placés les comités paroisdaux; ce furent eux qui accomplirent presque exclu»vement le travail matériel de la création et de Tentretien des nouvelles écoles. Chaque curé choisissait dans sa paroisse quelques laïcs, ordinairement de cinq à dix, désignés par le zèle qu'ils avaient déjà montré pour les œuvres catholiques. Ainsi constitué, le comité, dont le curé faisait partie de droit, nommait son président, son trésorier et son secrétaire; ces deux fonctions éuient souvent remplies par la même personne.

Les attributions des comités paroissiaox étaient nombreuses et variées. Faire comprendre aux parents qu*ils avaient le devoir d'envoyer leurs enfants aux écoles catho» liques; multiplier dans ce but les visites à domicile et les sollicitations privées; combattre la pression du gouvernement et des administrations communales; répandre les brochures et les journaux favorables à l'enseignement libre; créer des caisses scolaires et aviser aux moyens de les remplir; construire, aménager et entretenir des écoles; payer et surveiller les maîtres : telle fut la tâche des comités paroissiaux jusqu'en 1884. C'étaient eux aussi qui nommaient les instituteurs, à moins que l'école fût due à la générosité d'un fondateur qui se réservait ce droit Les maîtres étaientensuite présentés par l'inspecteur à l'évêque diocésain, qui les agréait

Immédiatement au dessus des comités paroissiaux venaient les comités de doyenné. Le doyen en recrutsdt les membres parmi les adhérents de tous les comités paroissiaux du doyenné ; lui-même en faisait partie de droit Les comités de doyenné n'avaient pas, en général, d'attributions financières. Ils se bornaient à se rendre compte de l'état des écoles dans les diverses paroisses de leur circonscription, à contribuer par leurs avis à la bonne tenue de ces écoles^ à résoudre les difficultés qui étaient au dessus de la compétence des notabilités locales et à servir d'intermédiaire entre les associations paroissiales et les comités de province.

Ceux-ci se composaient généralement de vingt à trente membres, quelques-uns ecclésiastiques, la plupart laïques;

recrutés dans les divers arrondissements de chaque région, ils se réunissaient à époques fixes aux chefs-lieux de pro- ^nce. Des hommes politiques, des jurisconsultes et des journalistes, des propriétaires et des industriels influents y figuraient à côté des représentants du corps enseignant.

Chacune de ces assemblées avait son bureau, siégeant au chef-lieu de la province et se réunissant fréquemment pour rexpédition des affaires courantes. Plusieurs d*entre elles comprenaient des sections ou commissions spéciales pour rétude des diverses questions scolaires. Outre Tétude des intérêts généraux de l'enseignement primaire, les comités provinciaux avaient dans leur domaine la correspondance avec les comités locaux de la région, la formation d^une caisse centrale, dont les fonds étaient répartis entre les écoles les plus nécessiteuses, enfin le soin des écoles normales diocésaines.

Auprès d'eux se trouvaient placés les inspecteurs provinciaux et cantonaux laïques, chargés d'examiner la partie technique de l'enseignement, et les inspecteurs ecclésiastiques^ qui surveillaient, comme par le passé, l'éducation morale et religieuse.

Telle était cette organisation à la fois souple et forte, qui permit de concilier l'unité d'action et l'indépendance, Tinidative du clergé et celle des représentants des familles, le travail des paroisses et l'influence directrice de Tépiscopat. Toutes les classes de la société se trouvaient représentées dans, ces cadres et appelées à exercer les fonctions pour lesquelles elles marquaient le plus d'aptitude, ^aristocratie,.

les professions libérales, la haute bourgeoisie dominaient dans les comités de province; le petit commerce, les artisans avaient fourni la plupart des membres des comités de paroisse; et la diversité de ces éléments, loin d'altérer leur bonne harmonie, contribuait, au contraire, au succès de leurs efforts communs. Le recrutement avait d'ailleurs été des plus facile; car il existait partout quelques hommes prêts à se dévouer corps et âme à la cause de Tensi ignement libre.

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