‹ La lutte universelleChapitre 19 sur 85 · I 18. — MALADIE AIGUË · texte numérisé non relu

I 18. — MALADIE AIGUË

Dans une maladie aiguë, l'un des deux adversaires disparsLit forcément à la lin de la lutte. Appelons l'un deux hôte et l'autre parasite; la maladie se terminera par la mort de l'hôte ou par la mort du parasite. Et cependant, l'on ne pourra pas iire, en général, que Tun des combattant» a entièrement triomphé de l'autre. Le triomphe parfait aurait consisté à assimiler son adversaire sans subir soi-même aucune modification. Or, si c'est le parasite qui l'emporte, il sort de la lutte avec une . modification que l'on appelle augmentation de virulence; si c'est l'hôte qui l'emporte, il guérit avec une modification que l'on appelle immunité.

L'augmentation de virulence et l'immunité sont, l'une et l'autre, avantageuses pour celui des êtres qui en est atteint, c'est-à-dire que, ayant triomphé de A, ranimai B sortira de la liitte plus apte à lutter de

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nouveau contre un microbe de même espèce, et que, réciproquement, le microbe A ayant vaincu B sortira de la lutte plus apte à vaincre un autre animal B. Cependant, pour être avantageuses, ces modifications n'en sont pas moins des modifications; elles sont avantageuses au point de la continuation possible de Texistence individuelle, mais au point de vue de Tintégrité des caractères personnels, elles sont la rançon de la victoire. >

Et c'est là un phénomène biologique absolument , général; même quand il ne s'agit pas de la lutte d'un être vivant contre un autre être vivant, mais seulement de la lutte d'un être contre des conditions nouvelles d'existence; quand un animal continue à vivre dans une ambiance modifiée, il subite par là même, une transformation que l'on exprime en disant qu'il s'est habitué aux circonstances ; vivre, c'est s'habituer ! Et par conséquent, la victoire de l'être vivant n'est jamais parfaite; il évolue sous l'influence des variations extérieures, et le mot assimilation n'est rigoureusement applicable que dans les cas où les circonstances ambiantes restent longtemps les mômes.

Dans le cas d'une maladie aiguë, la présence de l'ennemi microbien dans Thôte est une des circonstances importantes de la vie ; si les autres circonstances ne se sont pas modifiées en même temps, on peut attribuer à la seule présence du microbe les variations résultant de la maladie après guérison et, de fait, ces variations sont spécifiques par rapport au microbe considéré, c'est-à-dire (|ue l'animal guéri est plus apte à résister à une attaque d'un microbe de la même espèce et non d'une autre.

Réciproquement, la variation du microbe vain-

queur est spécifique par rapport & Tespôce de ranicnal vaincu, c'est-à-dire que le microbe est devenu plus virulent par rapport à cette espèce animale et non pour une autre.

Cette spécificité de la variation de virulence a pu passer inaperçue pour certaines maladies, le charbon par exemple, dans lesquelles une augmentation de virulence par rapport à Tun des mammifères employés dans les laboratoires (souris, cochons d'Inde) se trouvait être également augmentation de virulence par rapport au lapin bu au mouton ; mais cela prouve • seulement que, au point de vue de la bactéridie charbonneuse, les conditions qui déterminent la victoire dans la lutte contre un de ces mammifères sont à peu près les mêmes pour les autres ; de même Timmunité acquise contre un microbe A a pu se trouver valable contre un autre microbe A', pour des faisons analogues.

En revanche, dans d'autres cas, il n'çn a pas été de même, et la spécificité de la virulence ou de l'immunité a été manifeste; par exemple, chez le rouget du porc, Taugmentation de virulence pour le lapin s'accompagne d'une diminution de virulence pour le cochon.

C'est précisément cette spécificité des transformations résultant de la victoire, soit pour Thôte, soit pour le microbe, qui s'explique aisément dans le langage de l'assimilation physique et paraît au contraire invraisemblable dans le langage de la digestion. Celui des deux adversaires qui l'emporte a imposé à l'autre son état physique. Ta assimilé physiquement, et c'est précisément de celte assimilation physique incompatible avec la vie de l'espèce attaquée, que résulte la mort du vaincu.

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Le protoplasma du vaincu avait, besoin, pour vivre, de se trouver dans un certain état; le vainqueur lui en impose un autre et il menrt; c'est ensuite seulement que Tassimilation a lieu; Tennemi doit être tué avant d'être incorporé.

Et Ton comprend aisément que la lutte donne un résultat spécifique par rapport à l'ennemi; dans la rupture d'équilibre qui constitue la maladie, ce n'est pas tout Vétat physique de l'être attaqué qui est menacé, mais précisément la partie de cet état physique qui est antagoniste d'une partie correspondante de l'état physique de l'adversaire. Nous ne saurions pas parler de ces parties d'un état physique dont nous ignorons la nature, si la lutte de l'être vivant contre les divers agents de destruction ne décomposait en diastases transportables, spécifiques à chaque cas, l'ensemble non analysable autrement de l'activité physique individuelle. C'est la lutte actuelle, dans les conditions actuelles, qui introduit dans le milieu cette activité physique que nous appelons diastase et qui, l'animal restant vivant, lutte précisément contre ce qui, dans le milieu, menaçait la vie de l'animal. La lutte développe donc, dans l'animal restant vivant, le quelque chose d'inconnu, l'organe, qui correspond à la production de cette diastase dans l'ambiance; c'est encore la variation quantitative à laquelle j'ai été conduit ailleurs*, par des méthodes toutes .différentes ; c'est Vassîmiîaiion fonctionnelle 2 développant, au cours d'une lutte, précisément les parties de l'individu qui fonctionnent dans cette lutte.

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