LE SOUVENIR ET LA VICTOIRE PARTIELLE DU MILIEU
IL faudra d'ailleurs toujours distinguer la lutte directe de la lutte indirecte.
La lutte directe serait le phénomène par lequel on s'efforce d'imposer au milieu ambiant telle ou telle particularité de son état personnel; Je corps vivant réussirait, par exemple, à imposer tout son état aune portion croissante du milieu lorsqu'il grandit par suite du phénomène d'assimilation.
La lutte indirecte serait le phénomène par lequel des modifications de l'ambiance, résultant de la vie d'un être mais n'ayant pas le caractère d'assimilation du milieu par cet être interviennent dans les conditions de vie d'un autre individu; telle, par exemple, la lutte
LUTTE d'un corps VIVANT CONTRE UN CORPS VIVANT 109
alimentaire dans laquelle un individu qui s'empare d'une nourriture en prive son voisin; telle aussi la lutte balistique dans laquelle un individu qui lance
> un projectile blesse son voisin.
I La lutte vraiment directe ne se manifesterait guère
que dans les cas de maladie, où Tun des ennemis est [ introduit dans l'autre; car, du moins pour les êtres
qui vivent dans le milieu aérien, les influences assimilatrices, môme physiques, se réduisent à fort peu de choses; on peut même dire que, propageant uniquement par la voix ou la lumière, des sons ou des formes, les êtres vivants ne sont guère mieux traités que les corps bryts qui émettent aussi des formes j visuelles et des sons. La perception, par l'être vivant
I des caractères optiques ou acoustiques des corps qui
i Tentourent lui est manifestement utile pour la conser-
> vation de sa vie ^ mais on peut dire néanmoins, au point de vue de la lutte directe, que cette perception par l'être est en quelque sorte une victoire du milieu sur lui.
Un homme qui se promène les yeux ouverts et les oreilles non bouchées, dans un milieu quelconque, est, par cette voie de ses yeux et de ses oreilles, soumis à certains côtés au moins de l'activité extérieure ; il n'est pas maître chez lui, et il n'arrive à le devenir qu'en se désarmant par rapport aux dangers du milieu, en bouchant ses oreilles et en fermant ses yeux; il ne peut cependant pas ne pas respirer et les odeurs au moins où le goût de l'ambiance s'imposent à lui. Bien plus, ces influences du milieu ne sont pas toutes passagères ; certaines formes visuelles ou auditives s'im-
1. V. Le8 Influences ancestrales, Bibl. de philos, scient. Paris, Flammarion.
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priment dans le souvenir de Thomme, et ainsi se prolonge plus ou moins longtemps la victoire du milieu sur l'individu vivant; le souvenir est d'ailleurs une partie de Tadaptation, de révolution qui amoindrit le Iriomphe de l'homme sur la nature, mais l'homme en tire parti dans la lutte pour la conservation de sa vie; il est donc obligé de faire des concessions et de I énoncer à l'intégrité de ses caractères personnels, I our éviter la mort.
Et cela est vrai, non seulement de l'homme, mais de tout animal vivant; on définit justement l'intelligence V la faculté de tirer parti de son expérience »; tout être qui s'adapte fait acte d'iulelligence, c'est-àdire quïl profite des défaites qu'il a subies ^ pour se préparer de nouvelles victoires, dans lesquelles il sera toujours obligé de faire de nouvelles concessions; il n'y a pas de triomphe absolu.
Il y aurait maintenant deux chapitres qui prendraient place naturellement à la suite de cette question de la lutte d'un être vivant contre un autre être vivant; ce serait d'abord l'histoire des cas où la lutte directe ne se termine pas par la mort d'un des combattants, mais par une paix armée ou môme une paix parfaite ; on dit alors qu'il y a maladie chronique ou symbiose; nous aurons besoin, pour étudier ce cas, de connaître l'histoire de la liitlo d'un corps vivant contre un corps de la deuxième catégorie; il faut donc renvoyer ce chapitre plus loin.
1. V. Les Lois naturelles. Paris, Alcan. Je discote dans ce volume' la manicrc dont Tliomme a fondé la science à son usage, en tirant partie de son expérience propre et de celle de ses ancêtres. C'est pour cp'a que la sciqnce est humaine et ne peut conduire à aucune notion absolue.