S 22. — LES ORQANES DES SENS ET LA LUTTE CONTRE LE MILIEU
Un corps vivant est limité par un contour qui le sépare de Tambiance, mais qui le met aussi en relation avec Tambiance, puisque c'est seulement à travers ce contour que se font les échanges physiques et chimiques dont résulte la vie de Tindividu ; et Ton peut affirmer qu'aucun point de la surface du corps n*est iodiiTéreut à tous les phénomènes extérieurs ; en n'importe quel point de la peau peut, par exemple, pénétrer la pointe d'un poignard. Mais, si aucun point de notre contour n'est indifférent à tous les phénomènes extérieurs, aucun non plus n'est sensible à tous ces phénomènes ; la lumière qui frappe notre main ne nous donne aucune impression, et il en est de même du son qui arrive à notre œil. Certaines régions superficielles de l'animal sont particulièrement sensibles à telle ou telle partie de l'activité ambiante, c'està-dire que leur état d'équilibre se trouve modifié par tel ou tel facteur d'action, et c'est même à cause de Texistence de ces régions spéciales ou surfaces sensorielles que nous analysons, comme nous le faisons actuellement, l'activité extérieure, et que nous en appelons telle partie « lumière », telle partie « son ». La première condition pour qu'une surface soit sensorielle est donc que son état d'équilibre puisse être troublé par une variation extérieure de tel ou tel agent naturel. Mais cela n'est pas suffisant; il faut encore que nous soyons avertis, d'une manière précise, de la rupture d'équilibre produite et de sa nature propre; en d'autres termes, il faut que celte rupture d'équilibre retentisse, d'une manière qui lui soit pro-
pre, sur Téquilibre de nos centres conscients. C'est là l'histoire de toutes les actions à distance ; pour inventer la sonnerie électrique, il a fallu trouver deux ; choses : d'abord un moyen de déterminer une rupture ^ d'équilibre dans ce quelque chose dont nous ignorons la nature et que nous appelons un courant électrique ; ensuite un moyen de manifester cette rupture d'équilibre en un autre point du courant, par un phénomène accessible À nos moyens d'investigation. La sonnerie électrique est un appareil grossier; le téléphone est un appareil bien plus remarquable, car ce qui se transmet en lui est bien plus précis, bien plus nuancé, car le mécanisme transmetteur d'une part, le mécanisme récepteur d'autre part, sont des instruments bien plus délicats.
Une surface sensorielle est comparable au mécanisme transmetteur du téléphone ; mais elle ne joue son rôle effectif que si ses variations sont transmises à notre cerveau ; de même, un transmetteur téléphonique ne joue son rôle effectif que s'il est relié à un récepteur convenable. Un filet nerveux est une traînée de substance colloïde qui, à une de ses extrémités, peut subir une modification d'équilibre capable de se transmettre avec ses caractères propres à l'autre extrémité du filet; si l'une des extrémités est une surface sensorielle, la modification d'équilibre qui s'y produit est en rapport avec l'agent extérieur correspondant ; si la forme sous laquelle se manifeste à nos centres conscients celte rupture d'équilibre est ce que nous .
appelons impression lumineuse^ nous appelons lumière '
Tagent extérieur qui a frappé la surface sensorielle. «
Et nous créons ainsi un langage particulier dans lequel nous traduisons tout ce qui, de l'activité extérieure,
LUTTE d'un corps vivant CONTRE UN CORPS VIVANT 107
parvient à nos centres conscients avec des caractères reconnaissables.
Existe-t-il, dans ce langage particulier, quelque chose qui corresponde aux activités émanées des autres individus vivants? nous voyons leurs mouvements avec nos yeux, nous entendons avec nos oreilles le bruit qu'ils produisent, de même que nous percevons les mouvements et les bruits ayant pour origine des corps inanimés. Ne sommes-nous pas tenus au courant de ce qui se passe en eux en dehors des phénomènes susceptibles de se manifester à nos yeux ou à nos oreilles ? C'est là la question de la télépathie. Le fait qu'ils sont vivants et que nous sommes vivants ne crée-t-il pas entre nous un lien plus parfait que celui qui existe entre nous et les corps bruts? Y a-t-il dans l'activité spéciale à la vie quelque chose de transmissible à l'ambiance avec des caractères précis, et ce quelque chose peut-il, dans certains cas, rompre l'équilibre d'un autre être vivant de manière à être analysé par lui? Il me semble impossible de nier a priori la possibilité de ces actions à distance ; nous n'avons pas, que nous sachions, de surface sensorielle adaptée à ces « radiations vitales » particulières ; si nous les percevons, nous ne savons pas par où ; nous ne savons pas même si elles ne sont pas directement portées à nos centres conscients^ qui seraient des résonnateurs de centres analogues. Ce que Ton
1. Si cela était, on comprendrait pourquoi ces phénomènes de Communication à distance semblent plus fréquents chez les hypnotiques; les centres nerveux étant provisoirement débarrassés de leurs relations normales avec les organes des sens qui leur communiquent des impressions violentes, écouteraient, dans un sUencd relatif, l'activité de centres nerveux analogues situés dans d'autres indindus et auxquels ils peuvent servir de résonnateurs.
peut affirmer, c'est que, dans les cas normaux, les phénomènes de télépathie ne jouent pas dans notra vie un rôle bien important, c'est que, du moins, leur influence est beaucoup moindre que celle des agents extérieurs dont nous percevons les variations par le moyen de nos organes des sens.
Quand deux hommes sont dans une même chambre la pensée de Tun ne gène guère la pensée dé Tautre; il n'y a pas, à ce point de vue, lutte directe entre eux; la lutte ne peut s'établir, en dehors du corps à corps, que par des projectiles matériels, ou encore par la parole et par le geste qui atteignent Touïe et la vue ; il peut y avoir conflit indirect^ et le conflit direct ou télépathique est, s'il existe, beaucoup moins considérable.