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S 35. — L'AVENIR DE LA TUBERCULOSE CONSIDÉRÉE COMME SYMBIOSE

En attendant que la question de la tuberculose entre dans la voie scientifique, ne négligeons pas les mesures d'hygiène que nous suggèrent les découvertes empiriques. Nous savons que presque tous les milieux habités par les hommes sont infectés de tuberculose ; évitons que cette infection devienne plus considérable et prescrivons l'usage méticuleux du crachoir. De plus, puisqu'il y a de la contagion à craindre presque partout, n'oublions pas que toutes les causes d'affaiblissement prédisposent à la contagion ; vivons autant

1. Au moment même où ces lignes paraissaient à 1^ Revue de Paris, le professeur Behring annonçait au congrès de la tuberculose qu'il avait obtenu la solution du problème. Les expériences sont actuellement en cours; 'mais il suffit de lire la communication du célèbre professeur pour voir que le produit dont il attend la cure de la tuberculose est précisément cette activité morphogène, cette diastase formative dont j'ai parlé plus haut (v. p. 92) et qu'il a pu rendre transportable dans un liquide mort. Attendons la fin des expériences et constatons seulement ici l'intérêt théorique de la question. (V. Introduction à la Pathologie générale, op, cit,, pp. a55-359.)

que possible dans des milieux bien aérés, puisque nous savons que raération nous est utile.

La question de Tbérédité de la maladie est discutée, et il est à peu près certain, en effet, que le bacille ne se transmet jamais de père en fils, mais il est vrai> semblable aussi que l'accoutumance acquise se transmet et que les enfants de tuberculeux sont plus facilement tuberculisables ; les enfants vivant avec les parents, on peut toujours se demander s'il y a réelle* ment, chez eux, prédisposition, ou si, simplement, vivant dans un milieu plus particulièrement infecté, ils ont plus de chances de contamination ; nous avons vu que l'hérédité de la prédisposition rendrait même plus particulièrement dangereux pour les enfants les bacilles provenant de leurs parents. Mais, pour être plus aptes à acquérir la maladie, les descendants de tuberculeux ne sont-ils pas aussi plus habitués à ses dangers et plus capables d'y résister? L'humanité n'est-elle pas en train de devenir, sous l'influence du développement considérable du tléau, une humanité nouvelle dans laquelle le bacille de Koch serait pour nous un commensal anodin ou même utile? Il y a lieu de l'espérer, sans quoi l'avenir serait bien sombre ; le nombre des gens atteints est si considérable qu'on se demande vraiment quelle médication nouvelle suffirait à sauver l'espèce.

De même que pour les maladies aiguës, l'hygiène individuelle serait, dans le cas de l'accoutumance progressive, en opposition avec l'hygiène spécifique. Peut-être certaines espèces sont-elles aujourd'hui réfractaires à certains microbes, parce que leurs ancêtres, ne prenant aucune précaution hygiénique, ont été décimés par ces microbes et que la sélection

naturelle n'a conservé que les individus ayant acquis l'immunité. Dans le cas des maladies chroniques, il faudrait au contraire que tout le monde fût atteint; il n*y aurait pas d'immunité d'espèce, mais seulement une accoutumance ; et par conséquent les individus qui, par l'emploi des précautions requises, évitent la tuberculose, nuiraient au progrès général I C'est là, aujourd'hui encore, du pur roman, mais il est permis de se leurrer d'espérances chimériques quand la réalité paraît trop douloureuse.

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