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de la toxine tétanique à l'un de ces animaux et il pourra la « digérer > dans son intérieur sans en être incommodé; seulement, chose très importante, cet animal qui a digéré sans effort la toxine tétanique ]
aura, par là même, fabriqué dans son sérum quelque chose qui, inoculé à un animal sensible, le rendra réfractaire à cette toxine : de même quand, au lieu ^
d'une toxine, on injecte un microbe à un animal |
réfractaire à ce microbe, le microbe est digéré et le 1
sérum de l'animal devient capable de rendre réfractaires les animaux dépourvus d'immunité naturelle.
Ces deux particularités, déjà fort remarquables, le deviennent encore plus quand on constate que l'immunité acquise contre un microbe est différente de . rimmunité acquise contré la toxine du microbe ; et cela d'ailleurs n'est pas surprenant, car, nous l'avons vu, le fait de digérer un microbe est tout autre que le fait de digérer sa toxine ou ses excréments, comme le fait de digérer un morceau de viande de vache est différent de celui de digérer son lait.
On a pu songer à exploiter dans là tuberculose cette fabrication, par des animaux naturellement réfractaires, de sérums conférant l'immunité ; mais il faut remarquer immédiatement que, quand il s'agit d'une affection symbiotique, le mot immunité n'a plus la signification qu'il a dans le cas des affections aiguës, où il y a lutte efficace et non alliance. Un sérum qui serait utile à un animal dans une lutte contre un envahisseur n'a plus de raison d'être actif quand il \
s'agit de signer un traité de paix. En outre, nous avons constaté que Ton doit considérer comme parasite, dans une tuberculose établie, non pas le bacille de Koch lui-même, mais le lichen, l'association
formée du bacille et du phagocyte. Un sérum qui serait capable de détruire ce lichen formé pour moitié de substance d^homme ne serait-il pas fatal à l'homme? En d'autres termes, les conditions de vie de la substance d'homme et de la substance de bacille étant tellement semblables, est-il possible de réaliser des conditions défavorables à l'une de ces substances sans qu'elles soient également mortelles pour l'autre ?
Tout cela n'est pas consolant, et il ne semble guère que les méthodes convenables aux maladies aigucs puissent fournir la solution du problème de la tuberculose. Cependant, nous ne devons pas oublier que l'action nuisible du bacille comporte deux phénomènes tout à fait distincts : d'une part, la destruction mécanique de la coordination de l'homme par la multiplication des tubercules, d'autre part l'influence toxique, sur les divers tissus de Thomme, des excréments du parasite tuberculeux. Si, dans certains cas, l'effet nuisible de la toxine est le plus important, on pourrait songer à fabriquer, par digestion dans un animal réfractaire, un sérum capable de lutter contre celte toxine.-'Mais ce sérum ne s'opposerait nullement à la prolifération des bacilles de Kpch dans l'organisme ; il la favoriserait même peut-être, étant donné le véritable antagonisme que l'on constate ordinairement entre une cellule et ses excréments. Les expériences faites dans ce sens^ n'ont pas donné de résultat bien net, parce que leurs auteurs ne s'étaient pas posé avec précision le problème à résoudre ; ils avaient peut-être espéré une destruction du bacille, alors qu'il ne pouvait être question que d'une action an ti toxique.
Une autre confusion s'est manifestée dans les remarquables expériences de Koch. On n'a pas oublié la nouvelle retentissante qui révolutionna le monde scientifique, il y a une quinzaine d'années : le remède à la tuberculose était trouvé 1 Malheureusement, l'expérience ne conûrma pas l'assertion du savant allemand; mais sa iuberculine continue à jouer un rôle important dans les études relatives à la terrible maladie.
La tuberculine de Koch est un extrait glycérine de cultures du bacille de la tuberculose ; mais cet extrait glycérine ne contient pas seulement les excréments du bacille, il en contient même peut-être extrêmement peu ; il résulte d'une trituration des corps des bacilles ; il ressemblerait plutôt au jus de viande qu'à l'urine du bœuf. Que cet extrait glycérine de bacilles écrasés possédât quelques-unes des propriétés spéciQques du bacille vivant, c'est ce qu'on n^aurait pas pu affirmer a oriori^ car on ne sait jamais a prioH si telle particularité d^une substance vivante est transportable dans un liquide extrait de cette substance. Mais l'expérience a prouvé que ce liquide, cette « lymphe de Koch » a une action remarquable sur les régions tuberculeuses; seules, en effet, les régions envahies par le bacille « réagissent » à l'injection de la tubereulinC; et c'est même un bon procédé de diagnostic précoce de la tuberculose chez les bestiaux.
La réaction particulière des régions envahies par le bacille, lorsqu'on injecte la tuberculine à un malade, peut se rapprocher du phénomène de Koch dont nous parlions tout à l'heure, et dans lequel un individu infecté se montre réfractaire à une nouvelle infection. Il y a là toute une série de questions complexes et
qui tiennent aux problèmes les plus ardus de la biologie générale. Il est possible que, dans peu de temps*, une méthode nouvelle nous arme contre les ravages de la tuberculose ; c'est au moment même où Ton constatait les difficultés presque insurmontables d'une lutte contre la diphtérie ou le tétanos que la sérothérapie a été découverte; mais il est vraisemblable qu'il faudra pour cela une méthode nouvelle et que les essais tentés avec les procédés applicables aux maladies aiguës resteront sans résultat.