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CHAPITRE XVI Les corps de la troisième catégorie

s 67 — CHIRRIE ET PHYSIQUE

Dans la troisième catégorie, il reste tous les corps qui ne sont jamais capables d'une victoire; ce sont les corps que Ton étudie dans la chimie et dans une grande partie de la physique. Je me contenterai de signaler l'intérêt possible du langage de la lutte dans différents cas.

L'inertie est la constatation de la lutte pour l'espace ou, si l'on veut, pour la forme du mouvement; mais jamais il n'y a victoire parfaite, du moment qu'il y a lutte ; un corps ne peut imposer à un autre corps son état de repos ou de mouvement; si un corps doué d'une certaine vitesse rencontre un autre corps doué d'une vitesse autre, aucun des deux n'impose à l'autre sa vitesse propre; le résultat de leur choc est une vitesse différenle pour l'un et l'autre corps. C'est là l'origine obscure de la vérité connue sous lé nçm de principe de la conservation de l'énergie et peut-être aussi du principe de Carnot*.

1. J'ai développé ces considérations dans un livre récent : L Lois naturelles, Paris, Alcan.

La même chose se produit pour la température; un corps chaud étant mis au contact d'un corps froid, le corps froid s'échauffe, mais jamais jusqu'à atteindre la température initiale du corps chaud; les deux corps sont vaincus dans la lutte au point de vue température.

Le contact de deux corps différents produit une force électromotrice, et c'est là encore une forme, la plus intéressante peut-être, de la lutte des corps de la troisième catégorie; ce phénomène si remarquable de rélectrisation de contact est Tune des choses qui contribuent le plus à combattre chez nous la notion nuisible des corps au repos; il n'y a pas de corps au repos. La physique des électrons arriverait presque à nous faire définir un corps : une distribution d'électricité dans un espace donné; et il est vraisemblable que tous les phénomènes de lutte, quels qu'ils soient, se ramènent en définitive à des manifestations électriques;

C'est à ce point de vue que nous pouvons parler de l'état spécifique d'un corps ; le fer est à l'état fer et transporte avec lui l'état fer; de même l'alcool ou l'acide sulfurique. Les corps non vivants ne peuvent jamais imposer à d'autres corps leur état personnel ; dans toute réaction chimique non vitale, les deux ennemis sont vaincus et remplacés par des corps nouveaux.

Dans tous les cas de lutte vitale, nous avons été amenés à distinguer péniblement les phénomènes physiques des phénomènes chimiques. La plus grande difficulté consistait en ce que, le plus souvent, il y avait retentissement du physique sur le chimique et réciproquement. Dans la chimie ordinaire des corps

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bruts nous trouTons tout au contraire une indépendance totale des phénomènes physiques et des phénomènes chimiques. Ou moins cela sembiait-il être, autrefois. La découverte de la dissociation a montré que, au-dessus d'une certaine température, il y a, au contraire, relation de cause à effet entre les réactions chimiques et certains phénomènes physiques; des variations de pression ou de température ne peuvent se produire alors dans un mélange de corps sans déterminer des destructions ou des constructions de molécules, et réciproquement. Il y a, entre Tétat chimique et l'état physique des relations directes d'équilibre.

Il est vraisemblable que la plupart des phénomènes vilaux se passent dans des conditions analogues à celles qui sont réalisées pour les corps de la chimie brute au-dessus de la température de dissociation^. C'est pour cela que les .actions diastasiques, quoique étant, en réalité, d'ordre physique et ayant pour résultat direct de modifier les états colloïdes des corps, se traduisent souvent en fin de compte par des réactions chimiques, parce que les substances chimiques dont nous étudions les mélang<?s colloïdes ont, à chaque instant, une constitution moléculaire qui est en équilibre avec l'état colloïde dans lequel elles se trouvent. Et ainsi, des luttes physiques directes se dissimulent derrière des réactions chimiques que nous constatons plus aisément. La condition physique de la vie est précisément cet état protoplasmique dans lequel il y a des relations de cause à effet entre la nature chimique des corps

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