V.ïp
besoin; la lutte n'est pas une image, mais une réalité. Dans un bec de gaz dont je me suis longtemps servi, le robinet ne fermait pas exactement; quand je tournais la clef autant que possible, dans Tintention d'éteindre la flamme, il restait toujours une minuscule gouttelette bleue que le moindre vent eût pu éteindre, mais qui, protégée par un globe de verre, durait aussi longtemps que je le voulais; cette petite flamme se nourrissait ainsi en appelant à elle le gaz du robinet; en effet, si je la soufflais, je ne pouvais plus la rallumer ensuite en approchant une allumette du bec. Évidemment la pression naturelle du gaz était trop faible pour vaincre la résistance de Torifice infiniment petit où des forces capillaires entraient en jeu; l'attraction alimentaire de la flamme réussissait à entretenir un courant.
* g 66. — DIASTA8E8 ET TOXINES; COLLOÏDES
La partie la plus importante du présent ouvrage a été consacrée à Tétude de la transportabilité dans les milieux morts d'une partie de l'activité vitale des êtres vivants ; on donne le nom de diastases à ces particularités actives transportables; je rappelle seulement ici l'existence de ces corps qui sont aujourd'hui l'objet de recherches très nombreuses; c'est par l'intermédiaire des diastases que les êtres vivants luttent ordinairement les uns contre les autres; c'est même pour ces diastases que s'est affirmée l'utilité du langage de la lutte. Le type le plus net de la lutte des diastases est la lutte de l'antitoxine fabriquée par un animal qui lutte contre une toxine définie: cette lutte peut se constater in vitro : elle se termine par le
triomphe de Fantitoxine. On peut dire que l'antitoxine est la diastase spéciûque de la toxine considérée cotnme un colloïde quelconque; l'antitoxine est à la toxine ce que la présure est au lait; la présure peut d'ailleurs être considérée comme l'antitoxine fabriquée par le veau contre le lait.
Nous avons été conduits, pour la symétrie du langage, à parler de la diastase formative ou oiorphogène de ceux des colloïdes qui se font reconnaître de nous patr un caractère morphologique; c'est en luttant contre cette diastase formative que les diastases digestives déterminent la destruction morphologique de ces colloïdes.
Ainsi, les mots colloïdes et diastases deviennent inséparables; seulement un colloïde donné n'est considéré comme diastase que si nous connaissons un autre colloïde contre lequel il lutte victorieusement'^ s'il n^y avait pas de lait, la présure ne nous paraîtrait pas différer des colloïdes ordinaires; la convention symétrique qui nous a permis de parler de la lutte des diastases a seulement consisté à parler de diastase dans le corps vaincu comme dans le corps vainqueur ; alors, c'est l'existence de la diastase victorieuse qui caractérise la diastase du colloïde vaincu, comme l'antitoxine peut caractériser la toxine. Une diastase, victorieuse dans un cas (comme une toxine qui tue un animal) est vaincue dans un' autre cas (comme une toxine qui est vaincue par son antitoxine).
Quand il s'agit de la toxine et de l'antitoxine, on connaît à la fois le cas de la victoire et le cas de la défaite ; pour la présure victorieuse contre le lait on connaît aussi Tantiprésure victorieuse contre la présure; pour le lait vaincu par la présure, on ne connaît
pas de cas de victoire; ce n'est pas une raison pour ne pas parler de la diastase formative du lait, seulement cette diastase n'est caractérisée que par sa défaite*.
Les colloïdes occupent une place intermédiaire à deux points de vue; d'une part, ils sont à mi-chemiu entre la vie et la mort, et c'est pour cela que nous les appelons corps de la deuxième catégorie; d'autre part, ils sont à mi-chemin entre Tétat solide et l'état liquide, et c'est pour cela qu'ils manifestent si souvent des phénomènes morphogènes.
Voici un exemple grossier et macroscopique qui peut être considéré comme donnant un modèle d'action diastasique digestive.
Dans un verre plein d'eau de savon, je souffle avec une paille; j'obtiens ainsi une masse boursoufflée formée de bulles polyédriques emprisonnant de Tair; l'air emprisonné dans ces bulles est comparable aux parties du lait qui sont emprisonnées dans lecoagulum produit par la présure. La masse boursoufflée formée d'eau de savon et d'air a l'aspect d'un corps bien défini; sa morphologie est évidente; or, nous connaissons un facteur de cette morphologie, la tension superficielle de l'eau de savon au contact de l'air. Introduisons, dans l'eau de savon, un agent physique qui annule cette tension superficielle ou qui la modifie sensiblement, nous réaliserons une digestion de la masse boursoufflée considérée.
En réalité, le phénomène que j'ai pris là pour
1. J'ai fait remarquer plus haut que la diastase n'est complètement définie ni par son origine seule ni par son résultat seul; il faut dire « de la toxine de tétanos contre cobaye » pour avoir une définition complète.
■•np"-
exemple est, dans Féchelle des grandeurs, à un niveau plus élevé que les phénomènes colloïdes; le vrai colloïde de la masse boursoufflée considérée, c'est l'eau de savon, et d'ailleurs, un agent physique qui modifie la tension superficielle de Teau de savon doit être considéré comme ayant là une action de Tordre des actions diastasiques.
En résumé, ce qui définit, une diastase, c'est une lutte. Dans le langage courant, on ne définit la diastase que par la lutte victorieuse; j'ai proposé de la définir aussi par une défaite quand nous ne connaissons pas de victoire à son actif; la défaite est aussi spécifique que la victoire; la présure est aussi nettement caractérisée par sa défaite au contact de l'antiprésure que par sa victoire au contact du lait.
Mais, c'est seulement quand on la définit par une lutte victorieuse, par une assimilation physique, que la diastase mérite d'être considérée comme un corps de la deuxième catégorie.