‹ La lutte universelleChapitre 78 sur 85 · ÉCONORRIE, SENTIMENT ET RAISON · texte numérisé non relu

ÉCONORRIE, SENTIMENT ET RAISON

Il serait étrange que, dans un ouvrage intitulé la Lutte universelle y il ne fut pas question de ce à quoi l'on pense d'abord quand on emploie le mot lutte : la lutte des hommes entre eux. Et cependant, c'est là le côté le moins philosophique de la question.

La véritable lutte, la lutte directe, c'est la lutte de l'homme contre le milieu; cette lutte, c'est la vie*; elle se manifeste de la même manière chez les vers de terre, les oursins et les salades.

Secondairement, â cause de la limitation du stock

1. Le langage a déjà consacré cette manière de voir dans un cas particulier, celui de la fin do la vie de l'homme. Le mot « agonie » v«ut dire lutte en grec; c'est la lutte finale, dans laquelle l'homme se défend, non avec ses biceps et ses ongles, mais avec tous ses moyens caches de vaincre. On peut aussi rappeler à ce propos l'ancienne définition : t< La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».

d'aliments disponibles; il s'établit une lutte alimentaire entre les divers êtres vivants qui ont les mêmes besoins. C'est cette lutte alimentaire que Darwin a envisagée sous le nom de lutte pour Texistenee; il l'a d'ailleurs étudiée au point de vue indirect, tandis que Lamarck, sans employer le môme vocable, l'avait considérée plus en face.

Si l'on emploie le langage général de la lutte, comme nous l'avons fait ici, la lutte alimentaire contre les autres individus vivants entre dans le même cadre que la lutte directe contre le milieu, car, pour un être vivant considéré à part, tous les autres êtres vivants font partie .du milieu; j'ai montré précédemment*, à propos du fonctionnement, qu'aucun cas n'était plus favorable à une définition claire de la fonction que celui de la lutte directe contre un ennemi individualisé; c'était inclure dans la môme catégorie le milieu et les êtres habitant le milieu, et c'est ainsi qu'il faut faire pour donner son maximum de généralité au principe de Lamarck : « La fonction crée l'organe ».

Dans un autre ouvrage de cette collection 2, j'ai expliqué comment l'égoïsme, lai de la vie, avait trouvé son compte dans l'association avec des êtres de même espèce. Les hommes, en s'unissant pour lutter contre le milieu et contre les autres espèces vivantes, se sont peu à peu assuré la domination du monde.

Mais aujourd'hui, l'homme, roi de la terre, s'est multiplié au point que là lutte pour Texistencc divise naturellement les hommes eux-mêmes. Les

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