Les Influences ancestrales^ op. cit
fondement scientifique. Au lieu de le reconnaître franchement, les fondateurs de religions ont préféré promettre aux hommes qu'ils sont immortels, et qu*après la mort de leur corps, leur âme assoiffée d'équité sera satisfaite.
Outre les luttes entre hommes pour la posession du numéraire *, il y a aussi des luttes entre groupements d'hommes réunis par des intérêts ou des sentiments communs. Les sentiments ont joué autrefois un rôle prépondérant dans la genèse des guerres ; aujourd'hui, (a lutte économique semble prendre la première place. Mais les moyens par lesquels on fait maintenant la guerre sont tellement scientifiques que la valeur individuelle ne s'y développe plus; de ce côté-là comme de tous les autres, les progrès de la civilisation semblent entraîner fatalement l'abâtardisse., ment de l'espèce. La fonction crée l'organe, a dit Lamarck; la lutte développe la résistance, ajouteronsnous: la civilisation, en évitant à l'homme les efforts ancestraux, lui enlèvera petit à petit la résistance ancestrale ; les paletots et les calorifères feront de nous une race d'enrhumés et de grelottants.
«... Audaœ omnia perpeti.
Gens humana mit per vetitum nefas» >
dit le poète latin.
Si Ton se place au point de vue scientifique, on n'attache que bien peu d'importance aux destinées
1. Je ne parle pas ici de la lutte des mâles pour la possession des femelles et des, autres luttes de sentiment ; j'ai dit quelques mots de la genèse du sentiment amoureux, à la fln d'un autre livre : Les Influences ancestrales, op. ciL
humaines. « La vie, dit M. Poincaré *, n'est qu'un court épisode entre deux éternités de mort et, dans cet épisode même, la pensée consciente n'a duré et ne durera qu'un moment. La pensée n'est qu'un éclair au milieu d'une longue nuit. Mais c'est cet éclair qui est tout ». Pour être vraiment sage il faudrait conclure au contraire que cet éclair lui-même n'est rien et affirmer avec l'Ecclésiaste que tout est vanité.
Il est évidemment plus philosophique de redescendre sur la terre et de ne pas s'attarder dans les nuages séduisants de la généralisation. La science de rhomme, toutes les œuvres de Thomme ne sont intéressantes que pour l'homme. Une philosophie qui s'élève assez haut pour ne plus tenir compte des contingences humaines est une philosophie inutile ou même nuisible.
Redescendons donc de notre pays d'utopieet constatons que la lutte est la loi universelle, la condition même de toute existence. Mais n'oublions pas non plus que l'homme est un homme, et que, à côté de ses tendances utilitaristes, il a des sentiments altruistes et généreux ; ces sentiments dérivent d!erreurs ancestrales ; soit I mais ils font partie de la nature de l'homme, et nous ne pouvons pas faire comme s'ils n'existaient pas. Helmholz disait de l'œil humain que si un fabricant lui avait fourni un aussi mauvais appareil d'optique, il aurait changé d& fournisseur. Cela ne Ta pas empêché de se servir de ses yeux, n'ayant rien de mieux à mettre à la place. Faisons comme . lui pour nos sentiments ; ils sont trompeurs peut-être, mais ils existent et nous devons en tenir compte. Le