‹ La lycéenneChapitre 33 sur 78 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BOUVARD. k Voilà ! (11 onvre le contrat.) Voyons, qu'est-ce qu'il raconte, ce machin-là ?.… (Subitement.) Ah ! pardon !.. Il se lève et fait À Finette une série de signes muets avec les mains, » FINETTE, en réponse aux signes de Bouvard.

Oui!

Etonnement général, MADAME BICHU.

Quoi, oui ? Pourquoi dis-tu oui ?

SABOULOT.

Et pourquoi lui faites-vous des signes ?

Ce sont des signes cabalistiques.. ça se fait toujours aux contrats. et on doit répondre : Oui.

MADAME BICHU, à Bichu.

Tiens, il me semble que ça ne se faisait pas de notre temps, dis, Dulcissime?

BICHU.

Non, Galathée.

SABOULOT.

Oh! alors, c’est mon tour, vous allez m'en faire aussi ! BOUVARD.

Comment donc !.… Tous deux se lèvent et Bouvard fait des signes à Saboulot,

FINETTE, après avoir suivi les signes.

Crétin !

Elle rit sous cape, à SABOULOT, avec conviction.

Oui!

£ ' BOUVARD

C'est très bien.

Ils se rasseyent.

CARLIN, arrivant à la droite de Bouvard.

Cest égal,... c’est extraordinaire... Je vous ferai remarquer, monsieur...

SABOULOT, brusquement, Oh ! mais il est embêtant, cet animal-là! Vous n'allez

pas vous taire.

Rumeurs parmi les invités.

CARTER üi es, :- PIE EC ST EE Ve LCR Rue ©

CGARLIN, très intimidé.

Ah! oui, monsieur.

« ALEXANDRIN, à demi-vois à Finette.

- Eh bien, êtes-vous un peu émue, mademoiselle ? Hein! SABOULOT, ayaut vu le jeu d'Alexaudrin,

1 lui a parlé bas, il a du toupet. (11 va à Alexandrin, et lui dit à mi-voix.) Vous ! quand vous serez l'amant de ma femme, je vous tuerai !

ALEXANDRIN, ahuri.

Hein ! il déménage.

SABOULOT, regagne sa place, à Bouvard.

Allez, maitre.

CARLIN

Mais alors, qu'est-ce que je viens faire ici?

Un petit temps.

BOUVARD, sentencieux à Saboulot.

Accusé, levez-vous !

Hein?

TOUS

; SABOULOT, se levant.

Moi... accusé, comment ?

BOUVARD, même jeu. Vous jurez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

GARLIN, timidement.

Mais, pardon, mon cher ami... vous vous trompez... Nous ne sommes pas ici.

BICHU, brusquement, se levant.

Ab ! mais dites donc, en voilà assez... Vous n'allez pas lui apprendre...

Tout le monde s'est levé contre Carlin.

CARLIN, de plus en plus ahuri.

Ah! oui, monsieur.

Il lève au ciel des yeux désespérés, on se rassied, BOUVARD.

Comment vous appelez-vous ?

SABOULOT, debout, Saboulot, Joseph !

5 : dE: fre à LORS 7€ ; 9 4 Ca LS L < 27 £ Tree D e + Dé” £ D'E = = r ACTE PREMIER * 4 ; BOUVARD.

- Joseph, ça ne m'étonne pas.

SABOULOT.

Joseph, Alphonse !

BOUVARD

Joseph, Alphonse! Faudrait s'entendre, cependant! Joseph et Alphonse, c’est contradictoire ; on est Joseph ou Alphonse | SABOULOT.

Cependant !.….

BOUVARD

Eh bien, faisons une moyenne, mettons Eugène... Eh bien ! Saboulot Joseph, plus Alphonse, égal Eugène... Mettez-vous là, au milieu... (Saboulot très ahuri gagne le milieu de la scène.) Et maintenant, chantez-nous « Le cannibale

et l'horizontale, » TOUS, Hein !

BOUVARD

C'est un usage, maintenant. A la signature du conrat, le mari doit chanter : « Le cannibale et l'horizontale. » SABOULOT.

Elle est raide, celle-là !

| BICHU.

Mais, je n'ai jamais vu ça.

BOUVARD

Vous, parbleu! il y a vingt ans que vous êtes marié, vous êtes en arrière... (A Saboulot.) Allons, voyons... SABOULOT.

Mais, jamais de la vie.

BOUVARD

Soit! alors, le mariage est nul...

11 fait mine de replier ses papiers.

TOUS

Ah!

Dr mis à (4 à ; de

SABOULOT, vivement, Hein! non! Eh là! attendez... Comment, alors, sérieusement?

BOUVARD, très sérieux.

Est-ce que j'ai l'air d’un monsieur qui plaisante ? SABOULOT.

Non! c’est curieux! Eh bien! je n'aurais jamais cru... enfin, puisqu'il le faut! Mais, dites donc, c’est encore de la chance que je l'ai appris. hein! c’est ça qui est un pressentiment... Voyez-vous! sans ca, on aurait dù reculer le mariage. Eh bien, soit!

Saboulot chante,

Le Cannibale et l'horizontale.

Un cannibal'dans la Cannibalie….

Dans la Cannibalie, un cannibal'!

Se dit un jour, avant d’quitter la vie, Je veux croquer un'helle horizontal’!

(est l’cani, cana, C’est l’cani, cana.

C'est le can’, le cannibale, Qui croqu'ra l'hori, qui croqu'ra l'hora, Qui croqu’ra l'horizontale.

Mmiam! mmiam! mmiam! mmiam! mmiam !

Parlé avec un soupir, Triste!

On fit venir l’horizontal'de France, De France, on fit venir l'horizontal' Le cannibal'se dit : quelle bombance, J vais la gober, se dit le cannibal’ C'est l’cani, cana, (bis) C’est le can’, le cannibale, Qui goba l'hori, qui goba l’hora, Qui goba l’horizontale.

Mmiam! miam! mmiam! mmiam! mmiam | Parlé, Triste!

J1 la goba tell'ment le cannibale,

Le canniba/’, tell’ment il la goba, Qu'quand il voulut manger l'horizontale, Le cannibal’n'avait plus d'estomac.

C'est l’hori, l'hora, (bis) C’est l’hori, l'horizontale, Qui claqua l’cani, qui claqua l’cana Qui claqua le cannibale.

Mmiam! mmiam! mmiam! mmiam! mmiam!

Parlé.

Gail TOUS, riant.

Bravo! bravo!

BOUVARD, après la chanson.

Eh bien! voilà! Qu’est-ce que vous voulez? C’est un usage!... c’est un usage... pour montrer à la femme jusqu’à quel point son mari peut se rendre ridicule.

SABOULOT.

Hein !

BOUVARD, parcourant le contrat, Voyons un peu... Devant nous, maitre Carlin, notaire. CGARLIN.

Présent !

BICHU, à Cariin.

Qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie-là? Voulezvous vous taire !

CARLIN

Ah! Oui, monsieur. (A part, avalant une des consommations.) Ma foi je vais attacher le grelot, moi aussi!

BOUVARD, lisant.

Ont comparu : d’une part, le sieur Saboulot, Joseph,

Alphonse, âgé de cent quarante-sept-ans.

. SABOULOT, vivement.

Comment! cent quarante-sept ans.

Non, pardon... c’est une barre que j'ai prise pour un

un... Non, 47 ans. Comment, vous n’avez que #7 ans?.… Oh! comme vous êtes abimé pour votre âge...

SABOULOT, vexé.

Eh bien! dites donc, est-ce que ça vous regarde? BOUVARD, continuant la lecture.

Et la demoiselle Finetle Bichu, âgée de 17 ans... 17 ans! (A Saboulot.) Vous n’avez pas de honte... une enfant. une enfant à peine nubile.

SABOULOT.

Ah! mais, il m'ennuie!

FINETTE, futée,

Qu’est-ce que c’est que ça, nubile?

MADAME BICHU.

Rien, c’est du latin.

BOUVARD

C’est comme qui dirait l’âge de raison ; l’âge de raison, où l’on commence à faire des bêtises.

BICHU.

Que] drôle de notaire!

BOUVARD, à Saboulot.

Vieillard libidinieux !

[SABOULOT, impatienté.

Ah! mais! Vous savez!

BOUVARD

Passons aux apports. Voyons un peu ce que vous apportez en dot. (Lisant,) Le futur apporte à la communauté son traitement de professeur. (Parlé.) C'est pas lourd, ça. (Lisant.) 11 apporte en outre une tante très riche et très âgée! (A Saboulot.) Ah! ah! vous jouez du cadavre, vous.

SABOULOT, se montant.

Ah! ça dites donc, est-ce que cela vous regarde! BOUVARD.

Silence! on n'interrompt pas la loi. Au tour de la fiancée, maintenant. (Lisant.)La future épouse apporte en dot quatre cent mille francs... (A Saboulot.) Mazette, vous faites une affaire, vous! (A Kinette.) Vous savez, mademoiselle, il fait une affaire... C’est dégoûtant!

(ACTE PREMIER 45 SABOULOT, éclatant.

Ah! mais j’en ai assez, et ça va finir.

BOUVARD

Vous dites.

Tout le monde s'est levé.

- SABOULOT.

Ah! c’est que la moutarde me monte au nez... Je lui casserai la figure à maître Carlin… GARLIN, qui a gagné le devant de la scène, son plateau toujours à la main et qui se trouve à la hauteur de Saboulot, - À moii Oh! mon Dieu pourquoi? Oh! ne faites pas ca! SABOULOT, furieux.

Qu'est-ce que vous voulez, vous? Qui est-ce qui vous parle? Est-ce vous, qui vous appelez maitre Carlin…

CARLIN

Mais oui! :

TOUS

Hein!

CARLIN

Maitre Carlin, notaire, pour lire le contrat quand vous serez disposé.

TOUS, Le notaire!

SABOULOT, | Mais, alors, lui... Qui est-il?

BOUVARD

Pincé! .

FINETTE

Ah! mon Dieu!

BOUVARD, embarrassé,

Je vais vous dire. Je suis ce qu’on appelle un en-toutcas. N'est-ce pas, on a des ombrelles quand il fait beau et des parapluies pour quand il pleut... et puis, il y a les entout-cas, qui servent àtout... Eh bien, je suis un en-toatcas,

BICHU.

Ah! mon Dieu! c'est peut-être un filou!.… Grand mouvement parmi les invités.

SABOULOT.

Il faut le chasser. Sortez!.….

BOUVARD

Ne me touchez pas!

SABOULOT; à Carlin.

Monsieur le notaire, vous êtes officier ministériel. Arrètez-le..

GARLIN

Pardon, je ne suis pas commissaire.

TOUS

A la porte! A la porte!

FINETTE, s’interposant.

Qu'on le touche donc!

TOUS

Quoi!

FINETTE

Monsieur, est M. Apollon Bouvard! C’est lui que j'aime ! (Elle prend le contrat et le déchire.) et je serai sa femme, ou à personne.

TOUS

Ah! :

BICHU.

Quel scandale!

MADAME BICHU.

Dès demain, tu entres au Lycée.

FINETTE

Que m'importe! Apollon je t'aime !

BOUVARD

Oh! ma Finette, je t'adore!

LA

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