‹ La Lydie et ses voisins aux hautes époques [microform]Chapitre 13 sur 14 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Dans tout l'Orient, le deuxième millénaire avant notre ère a été une époque singulièrement brillante, malheureusement traversée de trop d'expéditions guerrières ayant l'allure de guerres de rapine.

( 1 ) 11 a été publié en premier par Longpérier, Musée Napoléon III, pi. XXI. 2; cf. Perrot et Chipiez. lU. fig. 304. Le musée de Berlin possède un bronze assez semblable provenant, dit-on, de Sidon.

plus que de conquête, qui ont abouti, pour l'humanité, à un véritable désastre. Tandis qu'au IIP millénaire domine sans partage, dans TAsie antérieure, la civilisation suméro-accadienne et qu une paix relative règne dans le grand empire suméro-accadien. au II* millénaire de puissants Etats se constituent qui réagissent violemment contre l'hégémonie que maintenaient depuis longtemps les dynasties de Kish, d'Agadé et d'Ur. Le Mitanni. au nord de la Mésopotamie, puis les Hittites en Asie Mineure, s'organisent militairement. D'autre part. l'Egypte, dès la XIV dynastie, mais surtout à partir de la XVIII', porte au loin ses armes et son influence. Pendant ce temps, au sein de la mer Egée se développe la civilisation minoenne dont la richesse éveillera la convoitise des Achéens à qui on ne peut refuser d'avoir joué un rôle de premier plan, quoique funeste.

Dans le cadre de TAsie Mineure, auquel nous nous sommes restreint ici. il y a lieu de considérer avant eux. puis à côté d'eux, d'autres peuples que les Hittites. Celui de Troie était célèbre et les fouilles de ce site ont mis en évidence son rôle aux IIP et II" millénaires. Nous avons tenté de montrer que Tactivité des habitants des riches vallées du Méandre, du Caystre et de THermus remonte également à une haute époque. L'éveil de cette région à la civilisation s'est produit sous l'action directe que les Suméro-Accadiens firent sentir pendant tout le troisième millénaire en Asie Mineure, autant par leurs installations commerciales en pleine Anatolie que par l'action de leurs armées qui. à plusieurs reprises, parcoururent le pays et maintinrent la suzeraineté du pays d'Accad.

Les Suméro-Accadiens ont apporté en Asie Mineure tout ce qui était utile à leur commerce, depuis l'écriture accadienne jusqu'au char sumérien à quatre roues, attelé avec des ânes, ce qui implique qu'ils ont dû ouvrir les premières routes carrossables dans le pays. Les textes de Boghaz-Keui témoignent que tout l'effort des Hittites s'est porté vers l'est, ce qui a permis à la Lydie de rester indépendante. C'est là un fait historique qui a été méconnu, mais qui ne souffre aucune discussion. Les monuments ne peuvent se dresser contre l'histoire et nous avons vu. en effet, qu'ils la confirment. Il en résulte que l'influence mésopotamienne qui se fait sentir dans le bassin de la mer Egée, notamment en Crète, dès la fin du troisième millénaire, a vraisemblablement été véhiculée par les pré-Lydiens.

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R. DUSSAUD

et non par les Hittites, en pr^nant notamment la voie du grand emporium que constituait alors la ville de Troie.

Cependant, l'accueil si libéral qu'ils ont réservé aux modes, aux coutumes et jusqu'à la langue et à l'écriture de la Mésopotamie, n'ont pas empêché les pré-Lydiens de conserver leur originalité et l'essentiel de leurs cultes. La preuve en est que, dans les rapports qui s'établirent entre eux et les Égéens, ils transmirent à ces derniers non seulement des éléments suméro-accadiens. mais également, et surtout, des éléments proprement asianiques.

Une transformation de la civilisation prélydienne commence à l'arrivée das Achéens (civilisation mycénienne); elle s'accentuera avec la venue des Grecs de l'âge du fer, notamment des Ioniens. Même alors, le vieux fonds asianique ne disparaît pas complètement et les cultes de la Grèce asiatique en restent lourdement

chargés.

Ainsi, en Asie Mineure, et au point de vue propagation de la civilisation à haute époque, les migrations de peuples n'ont pas été déterminantes, mais tout au contraire les relations commerciales et la pénétration pacifique. Les migrations de peuples ne joueront un rôle décisif qu'à la fin du deuxième millénaire, mais pour détruire l'édifice que l'humanité avait mis au moins deux mille ans à édifiei et dont les assises reposaient sur la vieille civilisation sumérienne.

René DUSSAUD.

Le Gérant : PAUL GEUTHNER.

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