‹ La Lydie et ses voisins aux hautes époques [microform]Chapitre 12 sur 14 · A LA FIN DE L'AGE DU BRONZE · texte numérisé non relu

A LA FIN DE L'AGE DU BRONZE

Nous avons vu que, dès l'époque de Troie II. la voie commerciale était ouverte qui. de Chypre, gagnant la Pamphylie et traversant la Lydie, amenait à Troie le cuivre de la grande île. Mais de même que les richesses accumulées sur les rives du Scamandre devaient éveiller les convoitises des tribus guerrières et amener, en dépit d'une acropole solidement fortifiée, la ruine de la grande cité qui gardait l'entrée de l'Hellespont, de même la richesse minière de Chypre devait amener les conquérants les plus turbulents à, s emparer de cette île. Jusque là. Chypre avait accepté la suzeraineté lointaine qu'exerçaient tour à tour l'Egypte et l'empire hittite, mais ce fut dès lors une occupation de vive force par une population qui. apportait sa langue (l'achéen) et sa civilisation (art mycénien) . Ces peuples suivaient le mouvement vers l'est, — c'est-à-dire vers

( I ) Frankfort, Studies, II, p. 66, d'après le phénomène général constaté par M. Hall.

( 2 ) W. Leaf, Troy, a study in Homeric Geography, Londres, 1 9 1 2 ; cf. Rostovtzeff, dans Anatolian Studies presented te Sir William M. Ramaay, p. 362.

MWH

R. DUSSAUD

la civilisation et les richesses accumulées, — qui avait déjà entraîné les Hittites au pillage de Babylone, puis à la mise en coupe réglée de la Syrie du nord ( I ) .

Les Annales égyptiennes signalent la progression de ce qu'elles appellent les peuples ds la mer, qui entraîna la dissolution de l'empire hittite et dont l'élan ne fut brisé, dans la Syrie méridionale que par les efforts concertés de la flotte et de l'armée de Ramsès III, vers le temps de la chute de Troie.

Cette grande défaite des peuples de la mer, au début du Xir siècle, avait été précédée d'une marche en avant dont les textes de Boghaz-Keui ne sont pas sans nous fournir un écho. Cependant, bien avant le raid de Madduwattash en Chypre ( 2 ) , l'île ^ était soumise aux attaques, notamment des Lyciens ( 3 ) . La fondation ou le développement de Salamis (Enkomi) en Chypre, dès le début de la XVIIl dynastie, signale l'Introduction dans l'île d'une civilisation nouvelle, la civilisation mycénienne. Le mouvement s'est propagé jusqu'en Syrie.

Une découverte récente en Syrie, qui nous a été signalée par M. Virolleaud, directeur du Service des Antiquités en Syrie et au Liban, et qui, depuis, a fourni l'occasion d'une brillante découverte à MM. Schaeffer et Chenet, nous donne les raisons de la remarquable prospérité de Salamis : c'est que les Chypriotes avaient débordé en face sur la côte syrienne et qu'il y occupaient le point de départ d'une importante route de pénétration.

Le site en question porte actuellement le nom de Ras Shamra, sur la côte un peu au nord de Lataquié (Laodicée-sur-Mer) , auprès de l'excellent port naturel de Minet el-Beida (port blanc) que nous avons proposé d'identifier avec le Leukos Limen du Stadiasme (4) . » Ras Shamra est un tell à proximité de la côte et la dominant. Entre le tell et le rivage s'étend la nécropole où l'on a mis au jour des tombes de formes variées. Dans quelques-unes, bien construites, on accède par une sorte de couloir qui tient le milieu entre un puits

( 1 ) Le meilleur exemple est fourni par la destruction de Qatna.

(2) Voir ci-dessus.

(3) Knudtzon, El-Amarna Tafeln, 38, 10 : « Chaque année, écrit le roi de Chypre (Alasia) au Pharaon, les Lyciens (Lukki) prennent une petite ville de mon royaume. »

(4) Notre Topographie historique de la Syrie antique et médiévale, p. 417.

peu profond et un dromos menant à une chambre funéraire de plan rectangulaire couverte en encorbellement ( 1 ).

Ce type de tombe se retrouve identique à Chypre. Nous citerons notamment la tombe 93 des fouilles anglaises d'Enkomi (Salamis) : court dromos et chambre rectangulaire voûtée en encorbellement (2). Or, la tombe 93 est datée de la seconde moitié du \V millénaire par sa céramique (bol chypriote à décor en échelle) et d'une manière plus précise par le scarabée n" 608 portant le cartouche de la reine Tii, femme d'Aménophis lll, donc du XIV* siècle avant notre ère.

La céramique relevée dans la nécropole de Ras Shamra est caractéristique à Chypre des Xlll' et Xll" siècles. On en conclura qu'à cette époque Minet el-Beida et la ville qui s'élevait à Ras Shamra étaient occupés par les Chypriotes et que cette installation était en relation étroite avec Enkomi (Salamis). Du coup nous comprenons l'extraordinaire développement pris, à l'époque mycénienne, par Salamis qui possédait ainsi sur la côte syrienne lui faisant face, à Minet el-Beida, un port placé au débouché de la grande voie de communication venant de la vallée de l'Oronte.

Les découvertes de MM. Schaeffer et Chenet ont considérablement étendu nos connaissances à ce sujet. Les produits apportés à Ras Shamra témoignent de l'importance du contingent achéen. Nous ne pouvons anticiper sur la publication que M. Schaeffer prépare dans Syria, X, fasc. 4, d'un premier exposé de ses découvertes, suivi de la publication des tablettes par M. Ch. Virolleaud. Nous nous en tenons ici à des faits généraux et notamment que les marchandises venues d'Occident ou simplement les produits chypriotes, transportés de Salamis à Minet el-Beida, remontaient de là la vallée du Nahr el-Kebir, parcourue aujourd'hui par la route carrossable de Lataquié à Djisr esh-Shoghr. De ce pont sur l'Oronte on peut se diriger directement sur Alep. Karkémish et la Mésopotamie, soit obliquer vers le sud et remonter à Hama et Homs.

(1) Voir Syria, 1929. fasc. 4.

(2) Murray, Smith et Walters. Excavations in Cyprua { 1900). p. 5. Ce type de tombe se perpétue à Chypre, ainsi à Xylotimbo ( Ohnef aUch-Richter, Kypros, pi. CLXXV, 6 et 7) jusqu'à une époque assez tardive où le puits d'accès est remplacé — comme en Phénicie — par des escaliers; cf. ihid.. pi. CLXXXIX.

JL

R. DUSSAUD

Cette dernière route est celle qu'ont suivie les vases chypriotes trouvés par le comte du Mesnil du Buisson à Mishrifé-Qatna dans le temple de la déesse Nin-Egal, antérieurement à 13 75, date de la destruction de ce temple, et aussi les fragments de vases mycéniens que M. Charbonneaux a reconnus comme provenant de Rhodes ( 1 ) .

Le British Muséum conserve un rhyton en faïence, d'époque mycénienne, figurant une femme, identique à ceux d'Enkomi(2) et qui a été trouvé à Assour. 11 n'est pas douteux que ce rhyton a pris la voie Salamis, Minet el-Beida, Djisr esh-Shoghr, puis la route vers Alep et l'Assyrie.

Il est possible que l'enclave que s'étaient réservée les Chypriotes ne fût pas limitée au port de Minet el-Beida et à la ville de Ras Shamra. On peut se demander si les Chypriotes n'ont pas fondé la ville qui est devenue Laodicée-sur-Mer et qui paraît très anciennement avoir porté le nom, certainement pas sémitique, de Mazabdan(3).

La confirmation de l'existence d'une colonie chypriote et égéenne sur la côte syrienne est apportée par une curieuse légend-î conservée par Malalas ( 4 ) et elle se reflète sur les cylindres découverts sur l'emplacement de Ras Shamra et dont nous devons communication à l'obligeance de M. ViroUeaud, que nous remercions vivement. Ce lot de cylindres a été découvert à Ras Shamra antérieurement aux fouilles récentes.

N" I. Ce cylindre (pi. \\\ I) présente un rare intérêt à cause de l'inscription cunéiforme que M. ViroUeaud déchiffre ainsi :

M a-at-ru-un-na,

fille de Ap-la-ha-an-da,

servante du dieu Ku-ba-ba.

De l'avis de M. ViroUeaud, on peut lire tout aussi bien « de la déesse Kubaba » et le rapprochement avec Kybébé vient aussitôt à l'esprit. Nous avons trop insisté sur les rapports de commerce

(1) Syria, 1928. p. 133.

(2) Pour le rhyton d'Enkomi, voir nos Civil. préhelL, 2^ éd., p. 246, fig. 177.

(3) Notre Topogr. hist. de la Syrie, p. 413.

(4) Voir notre Note additionnelle dans Syria, X, fasc. 4.

entre Chypre et la Lydie par la route qui traversait la Pamphylie. pour être surpris de trouver dans un milieu chypriote une adoratrice de Kybébé ( 1 ) . Toutefois, il faut prendre garde qu'il existe un dieu Kybabos, attesté par Hésychius, qui paraît être le prototype de Combabos de Lucien (2). Ce dernier a été rapproché du Humbaba des textes accadiens ( 3 ) .

S'il s'agit, sur le cylindre de Matruna, du dieu Kybabos, ce ne peut être qu'une forme d'Attis. Ainsi, de toute manière, sommesnous ramenés à une divinité, proprement lydienne à l'époque classique, mais dont le culte aux temps prélydiens a pu être beaucoup dIus répandu.

Le nom de Matruna, peut être Mataruna ou Materuna, prête à des comoaraisons intéressantes. M. Kretschmer acceote l'exolicalion de M. F ck qui, dans nombre de noms propres théophores ou à acception religieuse, considère le suffixe âFôn non comme un véritable suffixe, mais comme un nomen agentis de av (lat. aveo) Il en tire l'explication du nom des Méoniens, Meones, Maiones. qui dériverait de Mâ-âFones a ceux qui adorent (la déesse) Ma (4) ». On peut sur ce modèle restituer pour Mataruna un primitif Matar-âFona et comprendre u celle qui adore (la déesse) Matar », autrement dit la grande déesse Mère anatolienne, la Matar Kybilé ou Kybébé, qu'un bel ivoire mycénien, découvert par MM. Schaeffer et Chenet dans la nécropole de Ras Shamra, nous montre entre deux boucs dressés. On a déjà reconnu que la Matar Kybilé des Phrygiens représentait un emprunt que ceux-ci avaient fait aux populations locales primitives (5 ) ; le cylindre de Ras Shamra en apporte la démonstration.

( I ) G. Radet, Cybébé. Etude sur les transformations plastiques d'un type divin, 1909, et Quelques remarques nouvelles sur la déesse Cybébé, dans Revue des Etudes anciennes, 1 9 11 . p. 75. avec le compte rendu d'A.-J. Reinach, dans Revue de VHist. des Religions, LX. p. 357; cf. Graillot, Le Culte de Cyhèle, p. I 7, et Ch. Picard, Ephèse et Claros, pp. 499 et suiv.

(2) Graillot, op. cit., pp. 291 et 566; Picard, op. cit., p. 226, note 6.

(3) Ce dieu a des fonctions sans aucun rapport avec le rôle de Combabos, même en admettant les enjolivements de Lucien, de dea syra. Sur Humbaba, voir Thureau-Dangin, Revue d' Assyriologie, 1925, p. 23.

(4) P. Kretschmer, Der Name der Lyhier und andere kleinasiat. Volkernamen, dans Kleinasiatische Forschungen, de Sommer et Ehelolf. I. pp. 2-5.

(5) Graillot, Le Culte de Cybèle, p. 16.

Le nom d'Aplahanda est aussi de bonne physionomie anatolienne. Nous pensons qu'il s'agit du père et que le titre de «. servante du dieu » s'applique au premier nom propre.

La représentation figurée qui flanque les trois colonnes en cunéiforme consiste en uns femme et un homme qui s'affrontent audessous du disque ailé; ils sont séparés par le diablotin à tête d'oiseau et le poisson, fréquents sur la glyptique qu'on appelle syrohittite. Le personnage masculin, coiffé d'une calotte sphérique, est barbu, mais avec une façon très particulière de rendre la barbe; un riche manteau muni d'une bordure lui couvre le corps.

On rapprochera un cylindre de la Bibliothèque Nationale où se voient deux personnages semblables ( I ) : même coiffure haute, même vêtement, même geste d'imploration chez la femme. Quant au personnage masculin, il porte la même coiffure et également la barbe, mais son geste est quelque peu différent car il tient une arme, sorte d'épée courte, dans la droite. Il s'agit évidemment d'une adoratrice en présence de son dieu et la même explication s'impose pour le cylindre de Ras Shamra. Aussi, bien qu'il faille se défendre de relier le texte à la représentation figurée, on peut se demander si Matruna n'a pas choisi cette image parce qu'elle correspondait à son état.

N" 2. Nous désignerons ce cylindre (pi. IV, 2) simplement comme syrien (2). Les deux petits personnages assis, un diablotin entre eux, ne sont pas des mortels, mais des personnages célestes, car une étoile figure au-dessus de chacun d'eux. Le registre, immédiatement au-dessous, comporte deux sphinx affrontés, séparés par une étoile. Le grand dieu, devant qui est posté l'annimal-attribut, taureau à bosse ou zébu, est vêtu à l'égyptienne et tient dans la droite une harpe; c'est le Hadad syrien.

Au-dessus du taureau, mais sur un autre plan — comme on s'en convaincra en se reportant à notre figure 2 — et n'ayant aucun

(1) Delaporte, Cat. Bihi Nat., n« 435; O. Weber, Altorient. Siegelhilder, n*^ 29; Contenau, Glypt. syro-hittite, n" 158. On retrouve ici le sacrifice du taureau avec la tresse .«»ous l'aiiimal, symbolisant peut-être récoulement du «ani<

(2) On peut rattacher au même groupe syrien les cylindres Contenau, Glypt. syro-hitt. n"" 138. 140. 143 (= Weber, 449. attribué par cet auteur au troisième quart du deuxième millénaire), 146. 157. 186 et 187.

rapport avec cet animal, la déesse nue, parèdre de Hadad, donc la déesse syrienne, écarte ses voiles.

N" 3. Ce cylindre (pi. IV, 4) est également du type syrien. Les trois principaux personnages sont la déesse nue qui prend ici une importance particulière, un dieu assis tenant en main un vase à panse sphérique et sans anse, enfin, par derrière, un dieu secondaire devant lequel se tient le diablotin habituel.

Au-dessus des uns des autres s'étagent trois animaux : la chèvre accroupie aux cornes droites, peut-être l'attribut du dieu assis, sorte d'Ea ou de Ba' al-Shamim, le lion attribut de la déesse, et le griffon aux trois aigrettes, attribut du troisième personnage. Ce dernier pourrait être le dieu solaire, car dans le haut, et devant lui, figure le soleil constitué par un point entouré de huit autres points. Audessus d'Ea ou de Ba'al-Shamim, un poisson.

N" 4. Ce cylindre (pi. III, 1 ) est encore plus nettement syrien que le précédent, à croire qu'il provient de l'intérieur de la Syrie. Par sa coiffure évasée, déformation bien connue en Syrie de la double couronne égyptienne, son costume, les deux mains armées — une hache simple dans la droite et une lance courte dans la gauche — on reconnaît le dieu, certainement Hadad, tel que le montrent des figurines trouvées près d'Emèse.

Un homme offre un animal à cornes ou à bois — dont Tarrièretrain est visible derrière le personnage — au dieu devant qui se tient un serviteur tenant dans la doite un trident ( 1 ) à court manche, comme ceux qui ont été trouvés dans les tombes royales de Byblos, et dans la gauche une cruche terminée en pointe. Derrière le dieu, un diablotin.

Le même cylindre comporte une autre scène d'offrande. Un dieu barbu et assis, coiffé de la tiare à cornes et vêtu du kaunakès, derrière lequel se dresse un petit personnage (diablotin?), reçoit l'offrande d'une femme, un animal à cornes et un oiseau. Devant le dieu se voit un vase sans anse, légèrement ovoïde et ce que Ton

( l ) Le trident apparaît dans la main du dieu sur le cylindre du Louvre, Delaporte, Catal., A. 868. A en juger par la représentation du cylindre de Ras Shamra. il est vraisemblable qu'il s'agit d'une fourche à trois dents pour le maniement de la viande. Si, à Byblos, on était en présence d'une arme, comme le pense M. P. Montet, cet ustensile eût été enfermé dans le sarcophage, comme la harpe, et on ne l'eût pas trouvé parmi la vaisselle ayant contenu les offrandes en victuailles.

mmmmm

R. DUSSAUD

appelle le bâton de mesure. Au-dessus du dieu plane le disque dans le croissant. On peut tenir ces attributs pour ceux de Ba'^al-Shamim que nous avons vu être assimilé à Éa.

Derrière la femme se tient un personnage difficile à définir : la tête est bien gravée, mais à la place du corps on voit six globules disposés de haut en bas. D'après ce que nous avons reconnu plus haut, à propos du cylindre Tyszkiewicz, il n'est guère douteux que c'est là une représentation de l'eau et la tête, figurée au-dessus, doit être celle d'un génie des eaux. Sa présence, entre les deux offrants, est là pour exprimer la prière adressée au Ba' al-Shamim aussi bien qu'à Hadad à l'effet d'obtenir la pluie.

Le seul point qui peut faire hésiter à accepter notre interprétation est la qualification de « génie des eaux » donnée au personnage placé entre la femme et l'homme. On objectera que souvent le graveur dispose de simples têtes dans le champ, sans autre intention apparente que de remplir un espace vide. Il n'en est pas de même ici, car il a éprouvé, tout au contraire, de la peine à loger son génie des eaux et les globules qui le caractérisent. Nous retrouvons le même personnage aquatique sur un autre cylindre du Louvre où la tête humaine surmonte le corps d'un amphibie(l). Ici aussi se voient les six globules, représentation de l'eau, mais la place a permis de les figurer au-dessus du génie, de manière à ne pas masquer le corps caractéristique.

Il est rare de pouvoir expliquer un cylindre, qui compte plus d'une demi-douzaine de personnages, avec précision et d'y reconnaître la double prière accompagnée d'un double sacrifice à deux des plus importantes divinités syriennes, Ba' al-Shamim et Hadad, qui sont précisément celles que Zakir, roi de Hama, invoque avec le plus de ferveur (2). Aussi, de même que le cylindre Tyszkiewicz avec sa scène complète, a permis de comprendre d'autres cylindres où la figuration est moins détaillée, de même ce cylindre, grâce à l'ordre et la netteté de la représentation, per-

( 1 ) Delaporte, CrAal. Louvre, A. 865, le définit ; « être fantastique formé d'une tête humainf, à un corps d'insecte (?) ». Le point d'interrogation est mis par l'auteur.

(2) Les principaux dieux invoqués par Zakir sont d'abord Ba'^alsamin, puis Iluwer qui est une appellation sumérienne de Adad. L'influence sumérienne en cette région ne surprendra pas après les découvertes de Mishrifé- Qatna.

met d'expliquer tout une classe de cylindres syriens qui matérialisent la prière destinée à obtenir l'eau du ciel.

N'^ 5. On doit encore ranger comme syrien, le cylindre (pi. III, 3) figurant un dieu assis ou Ba^al-Shamim tenant un sceptre audessus duquel plane le disque dans le croissant. Un adorant se tient debout devant le dieu. Le pendant de cette scène est formé par deux personnages du type d'Enkidu portant la tiare et affrontés de part et d'autre d'une hampe surmontée du disque solaire.

N" 6. Le style de ce cylindre (pi. IV, 5) est très particulier et le motif paraît emprunté à un répertoire qui n'est pas le répertoire oriental. Deux hommes, de part et d'autre d'un lion, attaquent vigoureusement l'animal à la lance, tandis qu'un chien saute sur le dos du fauve. Dans le champ vole un oiseau. Les deux chasseurs sont séparés par un personnage debout, mais placé la tête en bas, simple figure de remplissage.

Ce cylindre paraît être chypriote ou égéen; son style libre et sa composition remettent en mémoire la fameuse fresque de TiTynthe figurant une chasse au sanglier que les hommes attaquent à la lance aidés de chiens ( I ) .

N" 1. Ce cylindre (pi. IV. 6) figure aussi une scène de chasse; mais les deux chasseurs sont aux prises avec des animaux moins dangereux. Un homme se saisit d'un oiseau dont le long bec et les ailes font songer à un oiseau d'eau (grue, héron?). Le second chasseur tient un bouquetin par la corne et se campe en arrière, dans une attitude très libre, pour obliger le bouquetin à se dresse^ sur ses pattes de derrière devant une plante stylisée en forme de palmette.

Nous avons là tous les éléments qui se développent à Chypre et y jouiront d'une vogue considérable : les oiseaux d'eau qui reviendront à satiété sur les vases chypriotes de l'âge du fer. la palmette chypriote dont on a ici le prototype, le bouquetin qui sera représenté par paire, affronté de part et d'autre de la plante sacrée.

N" 8. Egalement chypriote, ce cylindre (pi. IV, 3) montre un lion assis levant la patte sur une antilope dont l'allure disloquée est bien dans le style mycénien. Derrière le lion se tient un génie ailé à tête d'animal tenant des attributs indistincts.

(I) Cim\. préheîl, 2« éd.. p. 162. fig. 121 et restitution en couleur planche C.

R. DUSSAUD

N" 9. Ce cylindre (pi. IV, 7) doit être un produit local qui réunit des motifs disparates sans aucun lien entre eux. On y voit d'abord deux quadrupèdes ailés et superposés; puis, dans le sens perpendiculaire, deux hommes à la coiffe démesurée combattent avec des épées; entre eux et en bas une étoile. A leurs pieds et dans le sens perpendiculaire une antilope et une étoile. Visiblement toutes ces figures ont uniquement été gravées pour couvrir le plus possible la surface du cylindre.

N" 10. Ce cylindre (pi. IV. 8). à en juger tout au moins par Tempreinte, semble inachevé; c'est peut-être un raté. Il figure un personnage assis sur une chaise à dossier recourbé, levant une main. Les dix cylindres étudiés et provenant de Ras Shamra sont sensiblement contemporains et doivent se rapporter aux XIII -XIT siècles avant notre ère.

Ils donnent une image fidèle de la population composant à cette époque la ville de Ras Shamra, constituée par un mélange de Chypriotes, d'Anatoliens, d'Égéens et de Syriens. Sous ce terme de Chypriotes, il faut entendre des habitants venus de Chypre, mais qui n'étaient pas tous des indigènes établis dans l'île de longue date et qui. à une ou plusieurs générations, avaient déjà émigré d'Asie Mineure et même des régions grecques.

On s'explique dès lors la découverte près de Lataquié — peutêtre même à Ras Shamra — d'un beau bronze (pi. V) de style asianique conservé au musée du Louvre ( 1 ). Datant vraisemblablement du XIV" siècle, il conserve dans le système des bras rapportés, un ancien procédé égyptien et témoigne plus qu'aucun autre des documents découverts jusqu'ici à Ras Shamra d'une forte influence hittite.

Page 1