LES RAGES EN GONFLÏT
le temps de faire sentir ses effets d'une façon sérieuse, puisque deux ans après la conquête de la Vielle Serbie, presque toute la Macédoine serbe se trouvait aux mains des Bulgares. Au lieu d'exercer une influence, les colons yougoslaves eurent à subir la plus rude bulgarisation.
De ce que la Macédoine est actuellement fort peu serbisée, il ne faudrait pas conclure qu'elle ne soit pas serbisable. L'élément serbe lutte difficilement contre l'élément bulgare sur un territoire librement ouvert aux deux influences et nous avons exposé leâ causes de son infériorité. Mais, en pays conquis, lorsque la propagande adverse peut être combattue par des moyens radicaux, ces causes s'atténuent jusqu'à disparaître. Les paysans macédoniens, ceux du moins, et ils sont nombreux, qui n'ont pas subi l'empreinte bulgare ou hellène, accepteraient aussi bien qu'une autre la patrie serbe si celle-ci installait près d'eux des nationaux dévoués à sa
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cause. Or, la tentative faite en igiS a montré qu'un courant d'émigration yougo-slave pouvait se porter vers la Macédoine aussi bien que vers toute autre partie du monde. D'autre part, la faiblesse résultant de l'absence d'Eglise nationale serbe n'a pu se faire sentir qu'à raison de l'hellénisme du clergé orthodoxe. Il suffirait pour la voir cesser que les prêtres grecs fussent remplacés par des prêtres serbes et c'est évidemment facile sur des territoires attribués politiquement à la Serbie. La population se trouverait ainsi soumise à une nouvelle influence, sans aucune lutte et sans avoir à changer de confession. En quelque sorte, sans s'en apercevoir, l'action religieuse hellène serait ainsi éliminée. Quant à l'action du clergé bulgare, à supposer qu'elle puisse matériellement s'exercer, die serait désavantagée puisqu'elle exige pour condition préalable le passage des populations de l'orthodoxie à l'exarchisme.
La propagande serbe a, d'ailleurs, dans ce pays des éléments de succès dont elle n'a pu tirer parti jusqu'ici et qu'il serait injuste de
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passer sous silence. Elle peut évoquer de grands souvenirs historiques chantés par une poésie brillante. L'empire du tsar Douchan a compris toute la Macédoine et connu le plus noble éclat. Les chansons de geste qui disent les exploits des héros de Kossovo, ceux de Kralievitch Marko ou des Haïdent, ont franchi le Ghar-Dagh. Il n'est pas rare d'en entendre quelques fragments au pied du Kaïmakalan ou du Peristeri.
Les chansons sont une chose et la politique, la politique orientale surtout, en est une autre. Pourtant pour rallier à une nationalité des consciences qui, au surplus, n'y sont pas réfractaires, de pareils instruments ne sauraient être méprisés. Le Bulgare positif et utilitaire ne les possède pas.
Si la future politique ou le sort des armes rendaient à la Serbie un morceau de la terre macédonienne, il est fort probable que le serbisme s*y pourrait développer ; sans les faire disparaître complètement il pourrait combattre avec avantage et peut-être primer les influences contraires.
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