‹ La Macédoine et les MacédoniensChapitre 16 sur 47 · III. -r Les Qrecs · texte numérisé non relu

III. -r Les Qrecs

Bulgares et Serbes sont si proches parents du MaoédoniejQ, que nous avons eu à les étudier seulement par différences avec ce dernier.

Dans les Hellènes, nous trouvons une race toute nouvelle. Elle se distingue des premières, non seulement par l'origine, le caractère, le parler, mais par tous les détails de la vie individuelle et sociale, par toute la façon de vivre.

Alors que les Slaves balkaniques sont avant tout dea paysans, le Grec e§t esseniiellemcnt commerçant ou marin. Sans doute, il ne dédaigne pas la terre, il la célèbre au besoin ; mais elle lui paraît d'autant plus aimable qu'elle demande moins d'efforts. Les jardins, les olivettes, les vergers, les vignobles, voilà ce qui l'intéresse. Il sait bien, s'il a de* lettres, que Gérés porte une gerbe de blé, que Triptolcme inventa la charrue, que pour avoir la première, il faut pousser la seconde ; mais il estime au fond que les poètes hellènes ont asseï fait en chantant ces travaux et que les autres peuples sont bons pour les exécuter.

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Aussi, pour le Grec, les ressources du sol ne sont-elles qu'un accessoire ; s'il exploite quelque bien, c'est dans les loisirs que lui laissent des occupations autrement lucratives. Encore fait-il exécuter les travaux les plus durs par quelque domestique macédonien : c'est ce dernier qui pioche les vignes, tourne le moulin à huile, ramasse et transporte le bois. La famille grecque recueille les olives, fait les vendanges et y trouve prétexte moins à labeur qu'à d'honnêtes et gracieuses réjouissances.

Aussi les Hellènes habitent-ils peu la pleine campagne, mais la ville et lea gros villages dont ils peuplent des quartiers distincts. Dans certaines régions seulement, la vallée de la Vistrica, par exemple, se trouvent de vrais paysans grecs. Ce sont d'ailleurs des régions de culture facile ; aux vergers, aux vignes, se joignent quelques champs de maïs.

Le Grec cultivateur est le plus souvent, en même temps, propriétaire. Le rôle de métayer ne saurait lui convenir et ses moyens lui permettent d'acquérir dans la banlieue de H ville

quelques parcelles de terrain. S'il connaît le Tsiflik, ce n'est pas comme tsiflidji, mais comme bey. De grands domaines vendus par les Musulmans sont acquis, nous l'avons dit, par des capitalistes hellènes ; mais la possession du sol ne fait pas le terrien. Notre bcy chrétien ne voit dans son acquisition qu'une bonne affaire ; elle l'est toujours, si défectueuse que soit l'exploitation, étant donné la modicité du prix d'achat; il escompte surtout une revente magnifique ; la propriété n'est entre ses mains qu'un objet de spéculation (i).

Pas plus que vers la culture, le Grec n'est porté vers l'industrie. Celle-ci ne reste entre ses mains qu'à l'état embryonnaire et, en Macédoine, on ne trouve même que peu d'Hellènes

(1) Une intéressante monographie de M. {r.\zambuja : « Le Conflit des races en Macédoine » montre quelle source de profits était sous le régime turc pour les gens avisés, la spéculation sur les t<îrres. Aux propriétaires musulmans embarrassés (et ils le sont souvent), les Hellènes faisaient des avances sous forme d'achats anticipés de leurs biens; los Turcs, la plupart du temps, se trouvaient hors d'état de s'acquitter à l'échéance ; la terre tombait ainsi entre les mains du Grec qui la revendait avec un formidable bénéfice à des paysans macédoniens ou à des Bulgares.

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parmi les ouvriers et les artisans. Parcourez la rue principale d'une petite ville, de Florina, par exemple, et vous constaterez que la plupart des métiers : ceux de cordonnier, de menuisier, de forgeron, sont tenus par des Turcs et des Macédoniens. En revanche, derrière les comptoirs des échoppes où l'on ne fait que vendre, sont assis des Périclès ou des Thémistocle. Si l'on demande la profession d'un Grec, la réponse à peu près invariable, est : <( Il a un magasin », sans spécifier d'ailleurs ce qu'il y vend. Le marchand hellène n'a pas, en effet, un genre de commerce déterminé, il fait négoce de ce qu'il trouve avantageux à un moment donné. Concurremment au boutiquier, existe le colporteur, le mercanti qui parcourt les campagnes, vendant au paysan les rares objets que ce dernier est obligé d'acheter.

Les commerçants grecs de Macédoine sont en général de condition assez modeste : marchands au détail ou au demi-gros, on n'en trouvait de quelque envergure, avant la guerre actuelle, qu'à Monaslir ou à Salonique. Il a fallu l'occu-

pation alliée pour faire brusquement d'un certain nombre d'entre eux « de nouveaux riches ».

Les aptitudes commerciales du Grec sont connues et ne passent pas pour du meilleur aloi ; ce que nous appelons netteté en affaires lui échappe complètement ; il n'oublie pas que, pour les grands ancêtres, Hermès, dieu du commerce, était en même temps dieu du vol. 11 ne conçoit guère que, dans un marché, il n'y ait pas une dupe, et il entend naturellement ne pas jouer ce rôle. Gela lui a été jusqu'ici assez facile étant donné l'espèce de gens avec laquelle il était en rappoiis : rien de plus aisé à rouler qu'un Turc ; le Bulgare, le Macédonien sont plus défiants, mais si ignorants, si primitifs.

Ces habitudes de fourberie peuvent, au contraire, s'atténuer jusqu'à disparaître lorsque le Grec se trouve dans un milieu où non seulement elles ne profitent pas, mais nuisent. C'est le cas pour les « hétérogènes » , pour les Grecs établis dans les grands centres commerciaux d'Occident. Ceux-là, s'ils veulent être pris au sérieux, doivent s'astreindre à la même iccti-

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