I.RS iMONOPOl.ES
Les cinq monopoles auxquels il a été fait allusion plus haut sont ceux des pétroles, des alcools, des allumettes, des cartes à jouer, du papier à cigarettes.
POINT UK VUE TliCIINIQUIi ET F I NA N C I K i( laS
Avant d'expliquer ce qui a été tenté pour l'obtention de deux de ces entreprises, la remarque générale suivante s'impose.
Pour que la concession de ces monopoles pût donner au gouvernement turc des bénéfices sérieux, il faudrait (jue les articles similairescuropéens puissent être frappés, à leur entrée en Turquie, de droits prohibitifs, comme cela alleu pour les tabacs. Il faudrait par conséquent que les traités de commerce fussent préalablement modifiés dans ce sens; or, nous venons de constater les difficultés de l'opération. Tant qu'elle ne sera pas un fait accompli, le uiuiiopole que poui'ra accorder le gouvernement consistera seulement dans le privilège, pour le concessionnaire, de la fabrication en Turquie de l'article soi-disant monopolisé.
Si la Porte, voulant accorder de vrais monoiiolcs, entendait, à l'expiration des traités de commerce en vigueur, pratiquer à sa convenance des droits prohibitifs ou trop élevés, les puissances répondraient par des représailles d'autant plus ruineuses pour la Turquie que cette dernière ne vit pour ainsi dire que de ses exportations (1).
Dans les conditions qui viennent d'être expli- (|uées, le concessionnaire, (|ui s'exposerait à de
(1) L'exportation représente en Turquie 85 pour 100 du mouvement commercial. L'importation jusqu'à ces dernières années fournissait Ir-s 15 pour 100 restant. Ce cliillrc a tendance à diminuer par suite de la misère générale.
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gros risques, devrait noccssiairomeril domandcM' ii riitat des eoinpeiisidions qui réduiraient singulièrement la |)art |)ou\ aiil, revenir à ce dernier.
Ivxaniinons mainlcnant successivement cliacnn des monoi)oles envisagés.
J'rtrolca. — Bien qu'il existe en Turquie d'Asie de nombreux gisements de pétrole, pas un seul n'est ^ncore exploité. J^e snllan a adjug('' à sa liste civile, c'est-à-dire à lui-même, la proi)riété de vingt-quatre de ces gisements qu'il a l'ait sonder et étudier par des ingénieurs allemands, et il parait attendre pour les exploiter que la contrée soit desservie par le nouveau réseau allemand. Il est donc très peu probable (|u'il consente à donner, pour le moment, à qui f|ue ce soit, b^ monopole de la vente des pétroles.
La plus grande parlie, on peut même dire, la presque totalité des pétroles consommés en Turquie est fournie par la Russie. L'Améi'ique n'en envoie presque plus, ne pomant lairc concurrence au bas prix de l'article russe, lequel lutte facilement contre le pétrole roumain, qui est de médiocre qualité. Si le monopole de la vente du pétrole en Turquie venait à être concédé, il s'ensuivrait forcément que le prix s'en élèverait dans de fortes proportions et que toute la classe pauvre, ainsi qu'une grande partie de la classe moyenne, ne brûleraient plus que du pétrole roumain, toujoui's meilleur marché que le pétrole russe.
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(î'cst celte ('■vonliialili' qui porte la Russie à suivie (!<' très près la question du monopole de vente des pétroles en Turquie. Au cas où le sultan, ce qui est improi)able, comme il a été expli(|ué plus haut, se ([l'ciderait à le donner, la Russie chercherait é^•idemment à empêcher cette concession.
Alcools. — Il y a quelques années, le délégué français à la dette publique voulut organiser îe monopole sur les alcools. Il estimait que son administration trouverait là de grands avantages. Après avoir été soigneusement étudiée, l'affaire fut abandonnée comme trop aléatoire.
Allumettes, cartes à jouer, pajiier à cigarettes. — En 1901, quelques capitalistes viennois ont demandé le monopole des allumettes. Après d'assez longues négociations, l'affaire échoua, les demandeurs déclarant inacceptables les conditions posées parle gouvernement.
Depuis, un sujet austro-hongrois dont le nom n'est pas inconnu à Paris a demandé ce monopole.
Tout récemment enfin on assurait que M. Gwinner, directeur de la Deutsche Bank de Berlin, a oi)tenu pendant son séjour à Constantinople la concession des cinq monopoles susénoncés.
Admettons que le fait soit exact, que la Deutsche Baril,-, poursuivant son travail d'accaparement, vienne d'obtenir cette nouvelle concession. Si elle la fait prospérer, ce qui est loin d'être certain, la jiart qui reviendrait à l'État ne représenterait évi-
(leinmont (|u'uno bien l'aible parlio de la somme nt'-cessaire au service do la garantie kiloniélriquo du réseau de Bagdad.