‹ La Macedoine; Le chemin de fer de BagdadChapitre 30 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'aLLEMACNE et la TURQUIE APRÈS I."aCHÉVE- MENT DU RAILWAY DE BAGDAD

I. Avantages ue la Ttrouie a l'exéciîtion ipes voies kerkées d'Asie. — Au poini de vue adminislralif. Extension du pouvoir du Sultan. — An point de vue mililaire. Accroissement des facultés de mobilisation et de concentration.

II. Intérêts certains de l'Allehacne a la réalisation de l'entreprise. — Les risques sont limités Caractère allemand bien marqué de l'entreprise. — Divers ijuins sont assurés. Comment la Turquie d'Asie sera dans une certaine mesui'e un nouveau débouché pour le commerce et pour la colonisation allemande. Importance de la mainmise sur la route la plus courte de Hambourg vers l'Extrême-Orient. Combinaisons militaires générales facilitées. Consolidation de l'inlluence allemande en Turquie.

Le peu (le sécurité financière que présente l'entreprise n'a point échappé aux Allemands.

Dans son rapport, le consul g^énéral Stemrich, chef de la mission d'études, s'appuyant sur l'insécurité de la région à traverser et surtout sur son absence de population, en dépit de la fertilité du sol, n'a point hésité à déconseiller la construction.

Ce conseil, basé sur des considérations strictement économiques, n'a pas et ne pouvait pas arrêter l'enthousiasme à Berlin. L'idée première adominé.

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La l(''n;u'ilt' iicriiiaiiifuic on a poursiiixi la l'ôalisalion.

A la (in de iléccniljic I'.t02, M. Gwinnor, directeur de la DeatscliP Baiil,, \ int à Paris pour s'entendre avec les financiers parisiens intéressés déjà à Taffaire du railwav de Bagdad, puis le 1 1 février 11103 l'on apprit ipie la construction de la première section de la nouvelle ligne allait pi'orhainenient commencer.

Voici, d'après des renseignements particuliers, ce qui se serait passé.

Au commencement de janvier 1903 les Allemands déclarèrent, au palais d'ahord, puis à la Porte et au ministère des travaux publics ensuite, qu'ils ne pouvaient attendre plus longtemps la découverte des aii'ectations s})éciales destinées à couvrir la garantie kilométrique du réseau à établir, qu'il fallait donc accepter une nouvelle combinaison, etcjue cette combinaison consistait en la construction (lu réseau aux frais de l'État.

Donc, toujours d'après ce projet allemand, la Porte devrait, pour la construction de dix sections (2.000 kilomèti-es environ) (1), délivrer d'abord à la société d'Anatolie des titres pour une valeur nominale de o40 millions. Ces titres, une fois le taux d'émission convenu, seraient placés par les soins

(1 ) D'après ce projet, la ligne n'atteindrait pour le moment que Bagdad ; la construction de certains embranchements serait différée.

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(le l;i société au fur cl k mesure des besoins de la construction, ladite société ne devant jamais être tenue à débourser ipioi que ce soit pour cell(> construction.

Le ministre des travaux publics, ell'rayé par le seul énoncé de S40 millions, fit remarquer qu'il n'était pas d'usage qu'un gouvernement confiât d'avance à une société les titres représentant une pareille somme pour une entreprise (|ui ne pouvait être exécutée avant plusieurs années. 11 ajouta, non sans d'excellentes raisons, que d'ailleurs le gouvernement était bors d'état de gager dès maintenant le service des intérêts et de l'amortissement d'un semblable capital.

La question fut portée au palais. Le Sultan demanda avec insistance aux Allemands de se montrer conciliants. Finalement, on est arrivé à l'arrangement que voici :

La Porte fournira immédiatement à la société pour o4 millions nominaux de litres.

Le produit de ces titres sera exclusivement affecté à la construction de la première section du nouveau réseau, c'est-à-dire à la partie de Kgne comprise entre Konia et Eregli; le taux de leur émission sera fixé d'un commun accord.

Ces S4 millions porteront 4 pour 100 d'intérêt et un amortissement de 0,08733 pour 100.

Cet intérêt et cet amortissement exigeront un

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service annuel de 11.030 francs par kiloinètri!. Cette somme sera gagée sur le boni laissé par les allcctations couvrant la garantie kilométrique de la ligne Isniidt-Angora, boni qui est fort important, les recettes de ladite ligne s'approchant beaucoup de la garantie kilométrique. Les 4.500 francs de frais d'exploitation (voir p. 9!)) seront également gagés sur ce même boni.

En vertu de cet accord, la société, après avoir construit la iiremière section avec l'argent produit par l'émission des titres, touchera les 1 1.036 francs par kilomètre qu'exige le service de ces titres, dont elle distribuera elle-même le montant aux détenteurs.

Elle gardera naturellement pour elle les 4.500 fr. par kilomètre pour les frais d'exploitation.

Quant à la part revenant au gouvernement sur les recettes du réseau, elle reste à peu près telle que l'a fixée l'article 35 de la convention de janvier 1902.

La société a exigé la modification, à son propre avantage bien entendu, de quelques articles de ce document.

Le service des bateaux à vapeur entre la capitale et Haïdar-Pacha, par exemple, sera immédiatement exploité par la société d'Anatobe.

On assure encore qu'en vertu d'un article nouveau, la société allemande aura, dans toute la zone que desserviront ses lignes, le droit Je s'intéresser à

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toute ('iitrcjirise, (jiielli' quelle soit, pur racquisltiim îles actions de ladite ou desdites sociétés.

D'après l'opinion d'hommes fort bien renseignés, eet arliele, si inofi'ensif en apparenec, a une portée considérable.

En somme, en Turi|uie même, il n'est (b'f'endii à personne de s'intéresser, de se substituer même aune société, en Ini achetant ses actions.

Seulement on a \oulu ici aller au-i!e\ant des difficultés qu'un sultan remplaçant Abd-ul-Hamid. et moins germanophile (|ue celui-ci, pouriait opposer à l'envahissement de la Tur(iuie d'Asie par l'industrie allemande. Dorénavant, les Allemands, quand une entreprise quelconque leur semblera avantageuse, pourront la faire monter par des hommes de paille, des Ottomans de préférence, puis quand l'épreuve, faite à bon compte, leur aura prouvé que l'affaire est rémunératrice, ils aviseront officiellement l'État que ladite affaire leur appartient, du fait qu'ils ont acheté ses titres, alors qu'en réalité ces titres seront toujours restés dans les caisses desdits Allemands. Des mainmises partielles et nouvelles pourront ainsi être réalisées sans que le public, la presse et surtout les ambassades de Constantinople, autres que celle d'Allemagne, aient pris l'éveil.

Cette clause servira surtout à l' Alleuuigne [,our tourner lu promesse qu'elle a dû faire au Sultan de ne point chercher à coloniser l'Asie turque.

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En retour des avantages qui pri'crdcnl. lu socirlé il'Anatolic s'est engagée :

1° A se charger de la conversion de l'emprunt des pêcheries, dont le solde non amorti est à peu près de 20 millions île francs. L'intérêt de cet emprunt. (|ui était de 5 pour 1(1(1. sera ramené à 4 pour 1(10 et son amortissement de '2 pour 100 à 1/2 pour 100;

2° A faire au Trésor une a\ance de oOtt. 000 livres turques portant 4 pour 100 d"inti''rét et 2 pour 100 d'amortissement.

Cette convention financière distincte contient une clause précisant qu'elle ne sera exécutoire pour la société qu'autant et après (|u'uu firman impérial aura sanctionné les modifications appor tées à la première convention de janvier 1902.

La dénomination applicable à la ligne de Bagdad et à ses crnbrancliements est changée. Elle ne sera plus désignée par l'appellation de « nou\ eau réseau », mais prendra le titre de Chemin ilf frr hiipén'al ottoman de Bagdad.

Au moment de conclure, c'est-à-dire vers le milieu de février 1903, quelques difficultés se produisirent encore.

La société d'Anatolie admettait i)ien (|ue l'intérêt des 54 millions et leur amortissement fussent pris sur les affectations destinées à couvrir la garantie kilométrique de la ligne Ismidt-Angora, mais elle trouvait excessif que le service des inté-

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