‹ La Macedoine; Le chemin de fer de BagdadChapitre 32 sur 54 · L'ALLEMAGNIC ICI" LA TURQUIE · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNIC ICI" LA TURQUIE

seulement sur le marché de Berlin, mais encore sur le marché de Paris.

l/inslant du premier ell'orl de réalisation est donc imminent, dette hâte a ses raisons.

Les AUemantls trouvaient dangereux de tarder plus longtemps à faire acte de possession.

Pour ces réalistes, le premier coup de pioche au delà de Konia signifie le commencement de la mainmise.

Puis(]ue l'uniliration de la dette ottomane n'avait pu ahoutir malgré les elTorts de 31. Rouvier, puisque les affectations nécessaires à la garantie kilométrique de la ligne totale ne pouvaient se trouver, il fallait imaginer un moyen de commencer quand même le réseau de Bagdad .

On vient de voir par quel procédé la difficulté a été tournée.

La société d'Anatolie a obtenu du gouvernement turc que la garantie kilométrique de la premin'e section fût payée sur l'excédent que laissent actuellement les ressources affectées à la garantie kilométrique de la ligne Haïdar-Pacha-Angora. Cet excédent est en effet suffisant à garantir 200 nouveaux kilomètres, et comme la société allemande a huit ans devant elle pour l'achèvement de cette première section, elle compte trouver d'ici là une solution définitive quanta la garantie kilométrique indispensable à la construction du reste de la ligne.

Cette explication a son intérêt, mais elle est en-

corc insiiffisaiilo ])oiir i-i'-pondro à ci'llc (jucslion (|iril l'iiul |)()S('r : [ioiir(|ii()i, diiiis r(''tal d'incertitude actuollo, les Allemands n'Iit'silent-ils poiiit à conimencer la lig-nede Bagdad"?

Si l'on fait abstraction totale de la valeur de l'entreprise au point de vue (inaricier. point unique intéressant les porteurs de tilres qui verseront le capital, et le seul qui ait été e-nimiiié (Unis le clnipitre précédent, on arrive à constater (|ue le nouveau railway doit procurer des avantages certains aussi bien à la Turquie qu'à l'Allemagne.

Reciicrchons (|uels sont ces bénéfices. Cessons complètement de nous préoccuper du côté financier, abordons maintenant le domaine des considérations commerciales, politiques et militaires.

Actuellement le Commandeur des croyants n'est suzerain de la Turquie d'Asie que tbéoriquement.

Sur cet immense territoire, plusieurs fois grand comme la France, l'autorité d'Abd-ul-Hamid est parfois simplement nominale.

Si en Syrie, en Palestine et en Anatolie la volonté du sultan est à peu près transmise et res-

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pectée, en Mésopotamie, en Arménie et en Arabie le pouvoir de Constantinople n'est bien souvent (ju'une fiction.

Dans ces régions, sans communications régulières avec la capitale, il existe encore, en eli'et, un grand nombre de tribus touraniennes ou arabes qui ne connaissent la Padischab que de nom, et vivent en pillant ses fonctionnaires aussi résolument que les vulgaires caravanes.

Sur ce monde indiscipliné et turbulent, la voie ferrée exercera une action répressive; elle permettra aux fonctionnaires turcs d'avoir des administrés qui ne soient plus inaccessibles et de les amener progressivement à une plus réelle obédience.

Sans doute le backcliich verra étendre son domaine ; en raison de l'état actuel des choses, il en résultera malgré tout un progrès véritable pour la Turquie. Le bénéfice administratif du railway de Bagdad ne paraît donc pas contestable.

-Mais le grand résultat qu'Abd-ul-Hamid tirera du futur railway et dont le désir ardent l'a surtout déterminé à faire aux Allemands la concession qu'ils demandaient, c'est un renforcement considérable de la puissance militaire de la Turquie.

.actuellement, l'Asie est pour le Sultan une magnifique réserve de soldats, mais pratiquement l'absence de routes, la quasi-impossibilité de les

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concentrer rapidement renil ces troupes infatigables à peu près sans emploi.

Dans la guerre contrôla Russie, le G° corps d'armée turc, dont le quartier général était à Bagdad, n'arriva à la frontière russe qu'après deux mois de marches forcées, ayant perdu une partie de ses effectifs et trop tard pour entrer en ligne utilement.

Ecoutons le lieutenant-colonel Rogalla vou Biberstein :

« Au point de vue militaire, ce chemin de fer permettra, le cas échéant, une concentration plus rapide des forces de la Turquie d'Asie, soit à (lonstantinople, soit sur la frontière nord-est de l'Asie Mineure, contre la Russie.

« Évidemment, si ce nouveau chemin de fer passait par Angora, il aurait permis à la Turquie, en cas de guerre avec la Russie, de jeter une armée sur Erzeroum pour soutenir le i° corps d'armée turc, qui se trouva seul pour couvrir la frontière.

« Peut-être, d'ailleurs, cette ligne sera-t-elle construite plus tard. D'un autre côté, une fois la ligne du sud construite, le G" corps d'armée (Bagdad) et le 5' (Damas) pourront être transportés bien plus vite qu'aujourd'hui en Asie Mineure et sur la frontière russe. Il est d'autant plus nécessaire de renforcer très rapidement le 4" corps d'armée (Erzindjan), que ses trois divisions sont très dispersées

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ot que ses (ii bataillons de rédifs sont stationnés très loin dans l'intérieur de l'Anatolie.

« De plus, le cannp retranché d'Erzcroum, tout en étant très fort, est exposé à une attaque précoce des forces russes du Caucase (3 divisions d'infanterie et 3 divisions de cavalerie).

« Le 6' corps d'armée turc, qui tient garnison h Bagdad et dans les environs, est continuellement sous les armes pour parer aux rapines des bandes pillardes des Bédouins et des montagnards kurdes; c'est un des meilleurs de l'armée turque.

« Il y aurait donc grand avantage, le cas échéant, à pouvoir le transporter en peu de temps soit à Constantinople, soit à Erzeroum. Il y aurait le même avantage à transporter avec la plus grande célérité le 3° corps de Damas à Aïntab ou à Mardin, et enfin, après l'achèvement du chemin de fer de la Mecque, la division du Hedjaz et le 7' corps (vilayetdu Yémen).

M Comiiic de noml)reuses lignes secondaires doivent se détacher de la principale de Bagtiad, la concentration des troupes turques sera rendue notablement plus facile, et le poids de la guerre, qui jusqu'à présent pesait particulièrement sur les provinces de la mer Noire et de la Méditerranée, et les dépeuplait, pourra, comme von der Goltz le déclare, être ré'paili à l'avenir d'une façon plus égale ([). »

(1) V. Rente du Cercle militaire, 2!l mars 1902, n» 13, p. 358.

2ÛS LK CIIKMIN l)i; Fl.ll liK UAGDAI)

D'après l'obcrleutiMiant Kiurhoir, Irtat-inajor turc, en cfl'et, voucli'ait voir tHablir eu 'l'urqiiie d'Asie un réseau complet de chemins de fer. Il réclame notamment la construction à voie normale des lignes suivantes :

1° Angora-Kaisarioh-Sivas-Erzcrouni, 2° Konia-llamidié-Aïntab-Alep, 3° Kyrschir-Maden-Diarbékir-.AIossoul-Kiiarpout et Bagdad (1).

L'importance considérable du railway de Bagdad se dégage de ce qui précède.

Pour l'apprécier mieux encore, il faut comprendre en outre que si le seul établissement de la voie ferrée constituera déjà en lui-même une œuvre militaire, elle sera complétée par l'application de l'article 45 de la convention turco-allemande.

Par cet article, en effet, la société d'Anatolie s'engage à dépenser quatre millions de francs pour la construction de stations militaires {sic) sur les points de la ligne que lui indi(|uera le ministre de la guerre.

On m'a assuré que cet article se trouve explicitement confirmé par une lettre signée du directeur général T. Zander et de son adjoint Huguenin, et adressée au ministre des travaux publics.

Dans ce document, ceux-ci déclareraient que la

(1) Oberleutenant Kî'rchhopf, Eisenbalinen und Eisenbnlinplàne i'i Klein utid Millel-Asien, Persien und Afglianislan, iQ Geographische Zeitschrift, p. 6â3. Novembre 1901.

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cli'poiisodc ([ualrc inillimis soi'nit. l'aile par la socirti' cl a[ipli(|ui''c à la coi/slrnctioii de j'oiiijintliimn sur le littoral ilii iinlfc l'craitjnc que (Irsif/iirrii If iiiinislrc de la (juerre.

Bien que ce renseignement provienne de source tout à fait sérieuse, je le donne sous réserves. Il est évident d'ailleurs que le (dieinin de fer de Bagdad doit être considéré comme un formidable instrument de guerre mis dans la main de la Turquie.

Le Connnandcur des croyants l'a bien compris, et c'est cette considération puissante qui lui a fait admettre l'entrée des clirétiens d'Occident au cœur de son empire d Asie.

Quant à l'Empire allemand, il est appelt' à bénéficier du raihvay de Bagdad beaucoup plus encore que la Turquie.

Guillaume II peut sans hésiter lancer son pays dans l'aventure; ses sujets ont inlinimcnt plus à y gagner qu'à y perdre.

Les banquiers allemands sont sûrs de toucher leurs courtages sur l'émission des titres ; les ingénieurs allemands, les employés allemands du futur raihvay sont assurés d'être payés de leurs traite-

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