CHAPITRE VI
I. L'attitude nu gouvernement a Paiiis. — Les dcclarations de M. Dclcassé, ministre des affaires étrangères. L'action de M. Con.'stans, ambassadeur de France à Conslantinople et de M Rouvier, ministre des finances.
II. Les Français et l'entreprise ue BAcriAU. — Le Parlement et la presse. Quels Français ont à gagner à l'exécution du nouveau railwaj? Quels Français ont à y perdre?
m. L'affaire de Bagdad et la politique extérieure de la France. — Ses conséquences sur .■ 1° L'e.vtension française à venir en Turquie. — 2° Le protectorat français en Orient. — 3" L'alliance franco-russe.^ 4" Le problème de l'Europe centrale.
La France doit prêter à l'entreprise du clicmin de fer de Bagdad une attention presque égale à celle que lui accorde la Russie.
Malgré ses désastres de I87U, la France, jusqu à ces derniers temps encore, a su conserver en Orient une situation considérable. Son prestige moral est la base des intérêts matériels de la République dans le Levant.
Ces intérêts, quelques ciiiffres permettent d'eu apprécierlétendue. Extraites des rapports adressés au minislère des affaires étrangères par les agents dipioniatiipics et consulaires de la Réj)ublique sur
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« Les capitaux i(''Uiiis jiai' les maisons ilc ('(iiiimorcc i'raiiçaisos en Tiin|iiit' il'Asie (h'passi'iit 30 millions de francs. Sur ce chiHVc, 22.;j(l0.00() IV. sont absorbés parles maisons françaises de Smyrno ; celles-ci sont au nombre de quarante-cinq : bazars, maisons d'exportation (lapis, réglisse, opiuni) et d'importation (charbon, farine, drogues et mercerie)...
« Les propriétés françaises en Turquie d'.\sie représentent o4 millions de francs. Les biens des communautés religieuses entrent dans ce cbilfro pour plus d'un tiers, et ceux de l'alliance universelle israélite pour une fraction presque aussi importante...
« Les entreprises des ports de Beyroutb el île Suiyme représentent ensembli> 2tl.S00.(l00 francs de capital français.
« Des capitaux importants, environ 202 millions de francs ont été engagés par la France dans les chemins de fer construits ou en construction dans l'Asie Mineure, et notamment dans les entreprises suivantes :
« 1° — Moudania à Brousse, ligne livrée à l'exploitation en 1892 : capital français, 3.400.000 fr. ;
H 2° — Mersina-Adana. ligne ouverte au Iralic en IXHI!. longueur 67 kilomètres : capital français, environ i millions;
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« .■}" — Bcvroiilli-Dainas-llnui'an. sociéli'' coiislitiK'c (Ml \H\)2. lifiiio h voie iiiii(|U(' cl à ei'(''in;iilli'ro; (•n|Hlal fi aurais, (iI.2:iO.(IOO tVaiirs.
(1 i'' — Tramways libanais, clc\ aiil relier rripuli, Heyroulli cl Saïda; quel(|nes sections sont livrées il l'exploilalion; capital français, 3.7oO.ÛOO francs;
« .")" — Jaffa à Jérusalem, société constituée à Parisen 188!l: ligne de H7 kilomètres, à voie éti'oite unique, inauiiurée en 1892: ciipital français, 14 millions:
« ()" — Sm\ rne-('.ass;ilia. compagnie nouvelle constituée en 18!)i : le ciipital liançais engagé est d'environ ll(i millions:
« Nous avons environ 30 millions dans les entreprises minières, parmi lesquelles il faut signaler la société des mines de charbon d'Iléraclée, dont le capital el les obligations représentent pr<'sque les d(Hix tiers île ce cliilfre.
« C'est à une dizaine de millions que s'idèvcnt, en dehors des crédits mentionnés plus haut et des entreprises des ports et quais de Beyrouth et de Smyrne. les industries françaises en Turquie d'Asie : minoteries, tanneries, huileries, boulangeries, filatures de soie, manufaclurcs de coton et fabriciues de farines...
« Au total, les intérêts fiançais s tdèvciil. pour la Turquie d'Asie, à 354 millions de fiancs. .
« Si à ce chiffe de 354 millions [lovu- la Tur(|iiic d'Asie, on ;i joute criui de 318 millions auquel on
■2i\; LK CIIKMIN l)K VV.U l)K MACDAI)
t''\iiliic les iiili'iils IV.inrais dans la Tiir(|ui(' iI'Imil'opc, on aiiivr. |i(iiir 1 i'ii.scriiljl(' de 1 oin|iiiH' olloiiiaii. au lolal icspcclahlo de itl'2 millions, l'incoro (•(-s(i72 iiiillioiis ne re|)i'(''S('iiU'nl-ils (|ii('les caiiilaiix iVaiirais coiiinii'rciaiix. iiidusiricis ou ininudiilicis. On sail que nous a\iins de plus dans les loiids d'IÙat lui-cs une paii ronsiilrralile d'(Mi\ii-un l.iJOO millions. C'csl ilonr |ilus de 2 milliards d'argent Iranrais qui, sous une forme ou sous une autre, particij)ent à la \ic ('■(■onomii|ue el linancière de rEmpire olloman (1) ».
Il est |ilus (pi'('\ident (|u'en pi'i'sence d'un pai'cil état de choses, le gouvernement f'raneais a l'ini'luctable devoir de s'éclairer exactement sur une enln'prise susccplible de porter, au profit des Allemands, le plus grave préjudice au.x Français de Sniyrne. aux compagnies françaises de chemins tie fer en Turquie, et d'une façon plus générale, à la silualion morale et matéfi(dle de tout Français élaldi dans l'Empire ottoman
Cet examen une l'ois l'ail, si l'on cslime que la France doit i)articiper linancièrement à l'entreprise, il reste encore à savoir si la République française bénéficiera sûrement de cette coopération dans une mesure correspondant au moins à l'apport financier de ses ressortissants. L'examen qui s'impose aux Français est exactement (h'^fini dans les sa^es con-
(1) V. Comitr de l'Asif françaixe, déceinlire 1902, p. 349 el suiv.