‹ La machine animaleChapitre 45 sur 159 · VOL DES OISEAUX · texte numérisé non relu

VOL DES OISEAUX

Toute la face antérieure du thorax de l’oiseau est occupée par des masses musculaires puissantes , et surtout par un grand muscle qui , d’après ses attaches au sternum , aux côtes et à l’humérus, est l’analogue du grand pectoral de l’homme et des mammifères ; son rôle est visiblement d’abaisser l’aile avec force et rapidité, et de prendre sur l’air le point d’appui nécessaire à soutenir, ainsi qu’à mouvoir, toute la masse du corps. Au-dessous du grand pectoral, se trouve le pectoral moyen qui a pour action de relever l’aile. Enfin, extérieurement, le petit pectoral, accessoire du grand, se porte du sternum à l’humérus.

Puisque la force d’un muscle est proportionnelle au volume de cet organe , en voyant que les muscles pectoraux représentent 1/6® environ du poids total de l’oiseau, on comprend tout de suite que c’est à ces puissants organes qu’est dévolu le rôle principal dans l’acte du vol.

Borelli a voulu déduire du volume des pectoraux la force dont ils sont capables; il a cru pouvoir conclure que la force employée par l’oiseau pour voler égale 10,000 fois son poids. Nous ne réfuterons point l’erreur de Borelli ; assez d’autres se sont chargés de la combattre, en cherchant à substituer aux évaluations du physiologiste Italien des chiffres dont l’exactitude ne serait guère plus facile à prouver. Les contradictions si grandes qui existent entre les différentes estimations de la force musculaire des oiseaux tiennent à ce que ces tentatives de mesures étaient prématurées.

C’est ainsi que Navier, d’après des calculs qui n’avaient pour point de départ aucune donnée fournie par l’expérience, s’est cru autorisé à admettre que les oiseaux fournissaient un travail mécanique énorme : 17 hirondelles dépenseraient le travail d’un cheval-vapeur. « Autant vaudrait, » dit spirituellement M. Bertrand, « prouver par le calcul que les oic( seaux ne peuvent pas voler, ce qui ne laisserait pas d’être « compromettant pour les mathématiques. »

Ailleurs, nous voyons Cagniard-Latour admettre, en vertu d’une théorie, que l’aile s’abaisse 8 fois plus vite qu’elle ne se relève. L’expérience prouve, au contraire, que l’aile de l’oiseau remonte plus vite qu’elle ne descend.

Evaluation de la force musculaire de Voiseau. — C’est sous forme de travail qu’on doit aujourd’hui mesurer les forces mécaniques. Il faut pour cela connaître : d’une part la résistance que l’aile éprouve à chaque instant de ses mouvements, et d’autre part, le chemin qu’elle fait parcourir à cette résistance. Une telle mesure suppose préalablement connue la résistance de l’air contre leb surfaces de diverses courbures qui se meuvent avec différentes vitesses; elle suppose également connus les mouvements de l’aile avec leur vitesse et leur direction à chaque instant.

Ce problème sera peut-être le dernier dont nous puissions espérer la solution; mais nous pouvons dès maintenant étudier, à d’autres points de vue, la force des muscles de l’oiseau, et apprécier quelques-uns des caractères de cette force.

Ainsi, on peut obtenir expérimentalement une mesure de l’effort maximum que développent les muscles de l’oiseau. Cette mesure pourra bien ne pas correspondre à l’effort réel qui est effectué pour le vol, mais elle nous empêchera de tomber dans des estimations exagérées.

Si les estimations de Borelli et même celles de Navier étaient justes, on devrait trouver aux muscles de l’oiseau une force statique très- considérable. L’expérience montre que les muscles de l’oiseau ne semblent pas capables d'efforts plus énergiques que ceux des autres animaux.

Expérience. — Une première expérience fut faite sur une buse. L’animal chaperonné fut étendu sur le dos, les ailes fixées sur la table par des sacs remplis de grenaille de plomb. — L’application du chaperon plonge ces animaux dans une sorte d’hypnotisme pendant lequel on peut faire sur eux toute espèce d’opérations, sans qu’ils trahissent aucune douleur. — On mit à nu le grand pectoral et la région huméralOj on lia l’artère et on désarticula le coude en faisant l’ablation de tout le reste de l’aile. Une corde fut fixée à l’extrémité de l’humérus et, au bout de la corde, on plaça un plateau dans lequel on versa de la grenaille de plomb. Le tronc de l’oiseau étant parfaitement immobilisé, on excita le muscle

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