I. — CHALEUR ANIMALE
Depuis les premières éditions de cet ouvrage, de grands progrès ont été réalisés dans la connaissance des forces qui agissent dans l’organisme vivant, et dans l’analyse des actes si compliqués de la locomotion. Un nouveau volume suffisait à peine pour exposer ces nouvelles conquêtes de la physiologie : aussi, dans ce court chapitre, nous bornerons-nous à les signaler sommairement en indiquant au lecteur les divers recueils où elles ont été exposées,
La chaleur animale n’a été traitée dans le chapitre III que relativement à la température des différentes parties du corps et à l’intervention des nerfs vaso-moteurs sur la distribution de cette température. Nous avons insisté alors sur le rôle de la circulation pour régler la déperdition de chaleur et pour maintenir la température centrale du corps à peu près fixe, malgré les différentes influences qui tendent à la modifier. Mais nous n’avons point abordé la question, si importante cependant, de la production de chaleur et des influences qui la font varier : les calorimètres que Ton possédait alors ne permettaient pas de suivre pendant longtemps la production de chaleur chez un animal respirant et se nourrissant normalement dans une enceinte dont on pût régler à son gré la température. Ce problème a été résolu par M. d’Arsonval dont les excellents calorimètres * traduisent la quantité de chaleur dégagée, par l’écoulement d’une certaine quantité d’eau ; de telle sorte que le nombre de litres et de fractions de litre écoulés, en un temps donné, exprime le nombre de calories et de fractions de calorie dégagées dans ce même temps par l’animal.
Cet écoulement d’eau lui-même, exprimant, par son abondance plus ou moins grande, la quantité de chaleur dégagée
1. Voir pour la description de ces instruments : d'Arsonval, T7'civ. du laboratoire de M. Marey, t. IV, p. 386 à 406. Paris, G. Masson, 1879.
CHALEUR ANIMALE
à chaque instant par l’animal, a permis d’inscrire les phases du dégagement de chaleur en inscrivant les phases du changement du niveau de cette eau dans le vase qui la recueillait.
On a vu alors que la température centrale du corps d’un animal n’exprime nullement, par son degré plus ou moins élevé, l’intensité de la production de chaleur, et que les oiseaux, par exemple, dont la température centrale est si élevée, produisent moins de chaleur que des mammifères de même poids dont la température intérieure est plus basse ; c’est à leur plumage qui conserve la chaleur mieux que le poil des mammifères qu’est due cette élévation de la température centrale des oiseaux.
Les petits animaux produisent, relativement à leur poids, plus de chaleur que les gros; et, comme ces petits animaux présentent relativement plus de surlace rayonnante, il importait de savoir si cette production de chaleur par l’organisme était provoquée par une déperdition plus grande. A. cet effet, des animaux furent soumis à des températures basses ou élevées et l’on observa que le froid active la production de chaleur, tandis qu’une température extérieure élevée la ralentit.
L’accroissement de la production de chaleur sous l’influence de l’alimentation et de l’action musculaire, la diminution de cette production sous l’influence de l’abstinence, du sommeil et des agents anesthésiques se montrent nettement dans ces expériences calorimétriques. M. d’Arsonval aborda même l’étude des modifications pathologiques de la production de chaleur ; il vit que la fièvre charbonneuse ne semble pas s’accompagner d’une calorification exagérée, tandis que la production de chaleur s’accroît sensiblement dans la fièvre traumatique amenée par des injections irritantes dans les tissus.
- Utilisant et perfectionnant une idée de Hirn, M. d’Arsonval créa un autre genre de calorimètre, sorte de chambre à parois creuses dans laquelle un homme pourra se tenir à l’aise. Grâce à une disposition spéciale, une courbe con-
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tinue traduira les quantités de chaleur dégagées à chaque instant K