V. — EFFET UTILE DANS LA MARCHE
Évaluation du travail dépensé dans les différents actes de la locomotion. Beaucoup d’auteurs ont essayé d’estimer le travail dépensé dans la marche de l’homme et sont arrivés à cette conclusion, que le travail est nul, attendu que, dans les oscillations verticales du corps, le travail positif produit par les muscles pendant la phase d’ascension est compensé par le travail négatif qui se produit dans la phase de descente. Le même raisonnement peut s’appliquer aux alternatives d’accélération et de ralentissement qui s’observent pendant la translation horizontale du corps.
Mais si l’on considère que, pour résister à la chute du corps, les muscles font les mêmes actes que pour imprimer à celui-ci un mouvement ascendant, on est conduit à admettre qu’une même dépense d’énergie a lieu dans ces deux actes opposés.
Il semble toutefois que la vérité soit entre ces deux suppositions extrêmes, et que l’énergie dépensée en travail positif dans la phase d’ascension soit rendue au muscle dans la phase de descente, quand il fait du travail résistant. Toutefois cette énergie ne sera que partiellement restituée à la phase d’ascension suivante; une certaine quantité de cette énergie aura disparu et devra être fournie, sous forme de production de travail extérieur, à chaque nouvelle impulsion donnée par les muscles. C’est ainsi qu’une balle élastique, rebondissant sur un plan résistant, aurait besoin d’une petite impulsion supplémentaire pour remonter toujours à la même hauteur.
On peut démontrer qu’une partie de l’énergie emmagasinée sous forme de travail résistant est susceptible d’être
restituée par les muscles. En effet, si l’on essaie, en sautant, d’atteindre avec la main un point élevé, on voit qu’au premier saut la main s’élève moins haut qu’au second, bien qu’on ait déployé, chaque fois, toute sa force musculaire. Gela tient à ce que les muscles, étendus malgré leur contraction pour résister à la première chute, ajoutent l’effet de l’énergie qu’ils ont emmagasinée aux actes musculaires qui produisent le saut suivant L
Une autre dépense de travail, fort importante dans la marche de l’homme, est celle qui fait osciller la jambe au levé et la porte d’un lieu dans un autre. Les frères Weber attribuaient à la pesanteur seule cette oscillation de la jambe qu’ils assimilaient à celle d’un pendule et la considéraient comme ne représentant aucune dépense de travail musculaire. Mais si la jambe oscille à la manière d’un pendule, ce ne peut être que pour un certain rythme, celui qu’imposent sa longueur et la position de son centre de gravité ^ Pour les rythmes plus lents ou plus rapides, il faut que Faction musculaire intervienne. Dans une marche à pas précipités, un double travail musculaire se produit : la jambe, pour se porter rapidement en avant, exige un premier travail ; puis, comme sa vitesse acquise la ferait progresser trop longtemps et trop loin, il faut un nouveau travail musculaire pour arrêter cette impulsion. M. Demeny, qui cherche en ce moment à mesurer la valeur de ce travail, le considère comme une des principales causes de fatigue dans la marche rapide ; il explique la tendance qu’on a à prendre le pas de course quand le rythme est précipité, par la moindre fatigue éprouvée dans cette allure où la brièveté des appuis laisse plus de temps pour la phase d’oscillation, ce qui nécessite moins d’intervention de la force musculaire ^
1. Pour le développement de cette théorie, voir Marey, Conférence faite au Congrès d'Hygiène delà Haye. Revue scientifique, 25 oct. 1884.
2. Nous avons démontré, du reste, que les phases de Toscillation de la jambe dans la marche ne sont pas celles de l’oscillation d’un pendule et se rapprochent beaucoup plus de Puniformité, sauf aux deux extrémités du mouvement. Méthode graphique, p. 179.