Journal des Débats, 22 octobre
« y a d'obtenir un mouvement de rotation continu d'une « pièce sur une autre, en conservant la continuité entre ces « deux pièces. »
Ainsi une profonde différence sépare les mécanismes employés par la nature de ceux qui sont créés par l'homme : les premiers sont soumis à des exigences spéciales dont les seconds peuvent s'affranchir. Le muscle ne saurait agir qu'à la condition d'être relié par des vaisseaux et des nerfs au reste de l'organisme. Aucune partie du corps, les os mômes qui en sont la portion la moins vivante, ne sauraient s'affranchir de cette nécessité.
On pourrait trouver, dans l'organisme animal, d'autres mécanismes encore, dont la disposition rappelle celle des machines imaginées par Thomme, avec des différences toutefois qui sont du même genre que celles dont nous venons de parler.
Ainsi, la circulation du sang est obtenue chez les êtres vivants par une véritable maclnne hydraulique avec pompe, soupapes et conduits. Or, dans ce mécanisme compliqué, la différence fondamentale avec les machines de construction humaine, c'est l'absence de pièces indépendantes et, en particulier, du piston de la pompe. Le cœur est une pompe sans piston dont les variations de capacité sont obtenues par la contractilité des paix)is elles-mêmes. Sauf cette différence, on retrouve de parfaites analogies entre l'appareil circulatoire des animaux et les moteurs hydrauliques. La fonction des soupapes est identique de part et d'autre, malgré les différences apparentes. Nous avons signalé autrefois dans la circulation du sang une influence qui régularise et augmente le travail utile de la pompe cardiaque : il s'agit de l'élasticité des artères (4). Or, dans les moteurs hydrauliques, l'homme a recours à l'emploi de réservoirs élastiques pour obtenir une meilleure utilisation du travail des pompes, et pour uniformiser le mouvement du liquide malgré l'intermittence de l'action du moteur. C'est un effet comparable à celui que
!• Physiologie médicale de la circulation du sang.
nous avons assigné précédemment à l'élasticité des muscles.
Rendement des moteurs animés. Les moteurs animés ei les machines sont soumis à la même estimation du travail; c'est au rendement des uns qu'on rapporte celui des autres.
On appelle cheval-vapeur^ ou plus généralement cheval de force motrice, une production de travail extérieur correspondant à 75 kilogrammèlres par seconde , attendu que l'on suppose qu'un cheval pourrait développer la même quantité de travail.
Mais les moteurs animés ne peuvent travailler sans cesse, de sorte que le cheval- vapeur représenterait au bout d'une journée un travail effectué bien supérieur à celui qu'eût produit l'animal employé comme force motrice.
L'homme est coté beaucoup moins haut dans l'estimation de son rendement : (1/10 de cheval-vapeur) et pourtant, si Ton ne demande à la force musculaire de l'homme qu'une activité de courte durée, elle peut fournir un rendement qui dépasse un cheval- vapeur. En effet, le poids d'un homme est souvent de plus de 75 kilogrammes ; chaque fois que le corps est élevé à un mètre de hauteur par seconde, dans l'ascension d'un escalier, l'homme a effectué pendant cette seconde le même travail qu'un cheval-vapeur. Et si, pendant quelques instants, il peut donner à son ascension une vitesse de deux mètres par seconde, cet homme aura développé le travail de deux chevaux-vapeur.
Enfin pour l'évaluation du travail produit par de plus grands ou de plus petits animaux, c'est en le considérant comme multiple ou comme fraction du cheval-vapeur qu'on a couUimQ de le mesurer.