‹ La machine animale: locomotion terrestre et sérienneChapitre 28 sur 124 · LOCOMOTION QUADRUPÈDE UT · texte numérisé non relu

LOCOMOTION QUADRUPÈDE UT

le sol, certains expérimentateurs ont attaché aux jambes du. cheval des sonnettes de timbres différents faciles à distinguer entre eux.

Un point mieu;c connu de la locomotion du cheval, c'est la détermination des espaces parcourus sur le terrain, à chacun des pas des diverses allures. On a déterminé directement cet espace, d'après l'écartenient des empreintes que les pieds laissent sur le sol. Pour rendre la distinction facile entre les diverses empreintes, chacun des pieds du cheval était ferré d'une façon particulière. Enûn, on a cherché le rapport qui existe entre la taille de l'animal et la longueur doses pas aux diverses allures.

En somme, tous ceux qui ont fait faire quelque progrès à cette intéressante étude y sont arrivés par l'emploi demoyens rigoureux dans l'observation.

D'autre part, la manière d'exprimer les phénomènes observés a beaucoup préoccupé les différents auteurs. Presque tous ont recouru, avec grand profit , à l'emploi des figures, mais on trouve peu d'unité dans le mode de représentation' des actes successifs qui caractérisent les allures. Le plus parfait de ces modes de représentation est encore celui qu'employèrent, au siècle dernier, Vincent et Goiffon (1).. Une sorte de portée musicale, composée de quatre lignes,, servait à la durée

par certains points , à celle tinè nbiïs âvôiis employée pcJiir représenter les divers rhythmes de la locomotion humaine et qui nous servira tout à l'heure pour représenter les différentes allures du cheval. Mais il ne faut pas oublier que la méthode de Vincent et Goiffon ne faisait qu'exprimer une succession de mouvements observés par la vue ou par l'oreille, et qu'elle ne comportait d'autre exactitude que celle que l'observateur y avait mise.

Nos appareils enregistreurs résolvent le double problème d'analyser fidèlement des actes que les sens ne sauraient

1. Sdémoire artificielle des principes relatifs à la fidelle représenta^ iUm des animaiÂXf tant en peinture qu*en sculpture» Alfort, MDdCLXIX.

îàS LOœMOTION TERRESTRE

appréder avec exactitude, et d'exprimer clairement le résidtat de cette analyse.

Avant de raconter nos expériences , et pour en faire comprendre l'utilité, nous essaierons de présenter sommairement l'état actuel de la science et de montrer quel désaccord règne, sur certains points, entre les différents auteurs. Gomme les définitions classiques ne sont pas toujours faciles à saisir, nous y joindrons la notation de chacune des allures, espérant que ce mode de représentation les rendra plus intelligibles, et surtout plus faciles à comparer entre elles.

Notation des différentes allures du cheval. — Revenons àla comparaison de Dugès et représentons-nous le cheval comme formé de deux êtres bipèdes marchant l'un derrière l'autre. Il s'agit de déterminer la manière dont se succèdent, pour chaque allure, les appuis et levés de chacun des marcheurs.

De Vamhle. — Prenons le cas le plus simple, celui dans lequel les deux marcheurs, allant au pas, exécutent tous deux les mêmes mouvements en même temps. Si nous représentons, avec la notation ci-dessus employée, les mouvements de ces deux hommes, en plaçant en haut la notation qui appartient au marcheur d^avant, et en bas celle du marcheur d'arrière, on aura la figure suivante.

Fig. 38. ~ Notation de l'allure de l'amble chez le eheral.

Les battues du pied droit et celles du pied gauche étant exécutées en même temps par le marcheur d'avant et par celui d'arrière, doivent se traduire par des signes semblables exactement superposés. Or, dans les allures du cheval, c'est à Vamhle que correspond cette concordance des mouvements de l'avantmain et de l'arrière-main. La notation (figure 38) sera donc celle de l'allure de l'amble du cheval; la ligne supérieure traduisant les mouvements de Tavant-main, et la ligne inférieure ceux de Tarrière-main.

La définition classique est la suivante : o l'amble est

a une allure caractérisée par le jeu alternatif et exclusif € des deux bipèdes latéraux. » Ici règne un parfait accord entre les différents auteurs. Ajoutons que dans Tamble, l'oreille n'entend que deux battues à chaque pas, les deux membres d'un même côté frappant le sol au même instant. (Dans la notation, ces deux bruits sont marqués par des lignes verticales qui joignent les deux battues synchrones.)

Dans l'amble, l'appui du corps est dit latéral, attendu qu'il n'y a jamais, en même temps, que les membres d'un même côté qui soient en contact avec le sol.

Du pas. — D'après la définition de la plupart des auteurs, « l'allure du pas consiste en une égale succession des batc tues des quatre pieds qui frapperaient le sol dans l'ordre c suivant : si le pied antérieur droit est considéré comme c agissant le premier, on aura la succession suivante : a pied antérieur droit, postérieur gauche, antérieur gauche, € et enfin postérieur droit. i>

Pour exprimer cette succession des mouvements des deux marcheurs, il suffit de déplacer la superposition des signaux de l'arrière par rapport à ceux de l'avant. On obtiendra le rhythme indiqué par les auteurs en faisant glisser vers la gauche la série de signaux des pieds postérieurs, ce qui donnera la figure suivante.

Fig, 39. — Notation de l'allare du pas chez le obeTaU

On voit donc que, par rapport à Tamble, Vallure du pas consiste en une anticipation des membres postérieurs, dont les battues précèdent celles des membres antérieurs correspondants, de la moitié de la durée d'un appui.

Les notations se lisant de gauche à droite, comme l'écriture ordinaire, il est clair que tout signe situé plus à gauche qu'un autre le précède dans Tordre de succession. Ainsit dans la figure 39, la battue du pied postérieur droit précède celle de l'antérieur droit. Mais comme il importe peu, dans

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la série des actes saccesâfe d'un même pas, de chotsir, comme point de départ, on instant plotôt qu'on antre, nous prendrons toujours pour début la battue du pied antérieur <lroit. On lira donc la notation en disant : la battue du pied antérieur droit (1" temps de la série] a lieu au milieu de Tappui du pied postérieur droit.

L'ordlle entend quatre battues séparées par des intervalles réguliers (chacune d'elles est indiquée dans la notation par une ligne verticale).

Enfin, Tappui du corps est deux fais latéral et deux fais -diagonal pendant la durée d'un même pas. U est facile de s'en assurer en regardant la fig. 39 sur laquelle, après la première battue, le corps repose sur les deux pieds droits (bipède latéral L); après la ^ battue sur le pied droit d'avant et sur le gauche d'arrière (bipède diagonal D), etc.

Hais cette notation n'exprime que la théorie du pas la plus répandue. L*égalité des intervalles entre les battues n'est pas admise par tous les auteurs. On verra, à propos des expériences, que le pas, en effet, peut présenter des rhythmes différents.

Du trot. — La notation du trot s'obtient par une anticipation plus prononcée encore des membres postérieurs dont chacun aura effectué entièrement son appui et commencera

Fïg. 40» — Nototion de l'alloM do trot di^ lo ^^^ff^ .

son levé au moment où le membre antérieur du même côté effectuera sa battue. La figure 40 exprime Talternance absolue des mouvements des deux marcheurs.

Les auteurs s'accordent aussi sur ce point : que dans le trot, les membres qui agissent ensemble sont associés par .paires diagonales.

L'oreille n'entend que deux battues, comme dans Vamble, mais avec cette différence que c'est toujours un pied droit et un pied gauche, et non deux pieds du môme côté, qui produisent jchaque bruit.

La notation montre également que l'appui du corps est toujours diagonal. Ce qu'elle n'exprime pas, c'est qu'entre deux appuis successifs, le corps de l'animal est un instant «uspendu en l'air. Cette suspension tient à ce que le trot n'est pas une allure marchée^ mais une allure courue et que, pour la représenter fidèlement , il faudrait associer deux notations de la course semblables à celle qui est représentée fig. 34.

C'est à dessein que nous avons supprimé le temps de suspension dans la notation ci-dessus ; il n'eût fait que compliquer l'exposition d'un sujet difficile. Du reste, cette suspension n'existe pas toujours ; certains chevaux ont un trot bas qui n'a pour se caractériser que son rhythme à deux temps €t ses battues diagonales.

Nous ne fatiguerons pas le lecteur par la définition détaillée de toutes lés allures admises par les différents auteurs.

Nous nous bornerons à présenter dans un tableau synoptique la série des notations qui leur correspondent. Dans ce tableau (fig. 41), on voit que toutes les allures basses peuvent être considérées comme dérivant de l'amble, et que si Ton voulait en faire une classification méthodique, on les grouperait en une série dont l'amble serait le premier terme et dont tous les autres s'obtiendraient au moyen d'une anticipation croissante des mouvements de Tarrière-main. La figure 41 représente cette série. Dans la notation de chaque allure, on a laissé sur une même verticale la battue du pied antérieur droit, que nous choisissons pour début de chaque pas, et qui servira toujours de repère pour caractériser -chaque allure.

Ce tableau, dressé d'après les divers traités de l'extérieur du chevaly représente, aussi fidèlement que nous avons pu le faire, ce que chaque auteur admet comme constituant telle ou telle allure ; la légende explicative montre le désaccord qui existe entre les diverses théories relatives à la succession de mouvements qui caractérise chacune d'elles. On voit en effet, que sauf l'allure de l'amble, sur laquelle tout le monde est . d'accord, toutes les autres sont définies de façons différentes par les auteurs. Ainsi la notation n^ 2 qui, d'après Merche,

LOCOMOTION TERREBIBE

Fig. 41. — iroUliODi iTDopliqass d« sllarct da shsril d'tprti lu

B> 1. Amble ponitani 1» laleura. N> 6. Pu ni>rni»l, d'ipièl 1 V. a ) Amble rompu, d'ïprèi Merche. N« 7. Ti *■ l P»« releiè, d'sprii Boule; "

Pat releTc, d'aprii Bouler.

Fti ordinaire du i/nniul d'aUut

.iDiire.(Daiii la âgUTe,aB le que l'aalmal truite lam Jamaii le tol.ce qoin'uv

i compte que dnrhj'thÏBa

correspondrait à Yamhle rompuy serait, pour Bouley , l'expression du pas relevé ou allure des bidets normands ; tandis que cette même allure normande serait, d'après Lecoq, celle qui est représentée sous le n» 9. Ailleurs, on voit que la notation n* 3 correspondrait, d'après Merche, au pas ordinaire d*un hidet d'allurCj tandis qu'elle exprimerait pour Bouley Tawhle rompUy et pour Lecoq le traquenard : lequel traquenard^ d'après Merche, ne serait autre que l'allure représentée par la notation n» 10. Le pas ordinaire, lui-même, n'est pas compris de la même façon par les différents auteurs, et si la plupart d'entre eux, avec Vincent et Goiffon, Colin» Bouley, etc., admettent, dans cette allure, une succession des battues à intervalles égaux, on voit que, pour Lecoq et pour Raabe, la théorie du pas normal est différente.

Ce désaccord s'explique suffisamment : d'abord parce que Tobservation de ces mouvements est très-difficile, ensuite parce que, dans la nature^ le pas peut présenter, suivant le& conditions, les différentes formes que chaque auteur a prises arbitrairement pour type dupas normal. Chacun, en cela, s'est laissé guider par des considérations théoriques. Ceux qui admettent des intervalles égaux entre les quatre battues ont cru trouver dans ce type plus de franchise et une distinction plus tranchée d*avec l'amble et le trot. Les autres auteurs ont cherché, dans le pas qui leur servait de type, la réalisation d'un certain idéa.1. Pour Raabe, c'était le maximum de stabilité qui, d'après la théorie, s'obtient lorsque le poids du corps repose plus longtemps sur les bipèdes diagonaux que sur les bipèdes latéraux : de là, le choix du type représenté par la notation n** 6. Lecoq, pensant au contraire que le meilleur ps^ est le plus rapide, a choisi comme type le pas dans le* quel le corps repose plus longtemps sur le bipède latéral que sur le bipède diagonal (notation n® 4).

Quelle que puisse être la valeur de ces considérations dont les praticiens seuls peuvent être juges, il nous semble que le physiologiste doit d'abord s'occuper de la recherche des faits et de la constatation pure et simple des types que l'expérimentation lui révèle.

C'est pour cela qu*ont été instituées les expériences qu on

va lire et qui, toutes, ont été &itea avec tes appareils enre-

APPAREILS DESTINÉS A l'ÉTUDE DE LA LOCOMOTION CHEZ LE CHEVAL.

La chaussure exploratrice employée dans les expériences faites sur l'homme, a été remplacée, sur le cheval, par une boule de caoutchouc bourrée de crin et maintenue, sous le so^ot de l'animal, par une pièce qui s'adapte h la ferrure. En tournant une vis d'écartement, on fait serrer, sous l'ajusture du fer, trois griffes qui maintiennent le système assez solidement ûxé. Une forte bande de caoutchouc embrasse transversalement l'appareil (fig. 42) et loge, dans son épaisseur, la boule bourrée de crin qui fait un léger relief à la surface inférieure du sabot. Quand le pied frappe le sol, la boule de caoutchouc est comprimée et chasse dans les instruments enregistreurs une partie de l'air qu'elle renfermait. Quand le piedse relève, la boule reprend sa forme ' et rappelle à son intérieur lair que la pression en avait expulsé. Ces appareils se détériorent très-vite sur le pavé, mais peuvent fonctionner très-longtemps sur le sol artificiel des manèges.

Pour les expériences que nous avons faites sur les routes ordinaires ou sur le pavé des rues, nous avons recouru à un instrument dont la figure 43 représente la disposition. Sur le canon du cheval est attaché une sorte de bracelet

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