DU TROT
Expériences sur le trot — Un vieux cheval, très-dôcile, a
fourni le tracé représenté fig. 45. Dans cette figure, on d in-
«liqué h la fois les tracés des appuis des quatre membres
avec leurs notations, et d'autre part, les réactions imprimées au cheval par cette allure.
ALLURE DU TROT i6i
Analysons les détails de ces courbes. £n haut, sont les réactions prises au garrot pour l'avant-main, ce qui donne la ligne RA (réactions antérieures), et à la croupe pour l'arrièremain, ce qui donne la ligne RP (réactions postérieures).
Au-dessous, se trouvent les courbés des appuis des quatre pieds; elles sont échelonnées sur deux niveaux différents : en haut, sont les courbes des membres antérieurs; en bas, celles des membres postérieurs. Dans chacune de ces séries, les courbes du pied gauche sont formées de lignes ponctuées; celles du pied droit sont des traits pleins. (Ponctuées ou pleines, ces lignes ont été faites plus épaisses pour les membres d'avant que pour ceux d'arrière ; cette différence de trait, peu utile pour les courbes assez simples du trot, le sera davantage pour rendre plus intelligibles les tracés d'allures plus compliquées).
Le moment où chaque courbe s'élève exprime le commencement de l'appui du pied sur le sol. Le moment où la courbe redescend signale le levé du pied^. On voit d'après ces tracés que les pieds AG et PD : antérieur gauche et postérieur droit frappent le sol en même temps. L'abaissement simultané des courbes de ces deux pieds, montre que leurs levés se font aussi d'une manière simultanée. Au-dessous de ces courbés est la notation qui exprime la durée de l'appui du bipède diagonal gauche 2.
La seconde battue est fournie par les pieds AD et PG : bipède diagonal droit, et ainsi de suite, sur toute la longueur du tracé.
Cette expérience confirme l'exactitude de la théorie classique du trot, tout en la complétant sur certains points. Ainsi, tous les auteurs s'accordent pour choisir comme type du trot franc l'allure où les quatre pieds ne font entendre que deux battues, et où le sol est frappé tour à tour par les
1. La durée de Tappui devrait s'accuser par une ligne horizontale, mais nous avons donné au tube une étroitesse destinée à atténuer la brusquerie des chocs imprimés au levier enregistreur; cette étroitesse a pour effet de déformer légèrement la courbe, ce qui/ du reste, n'a pas d'inconvénient dans cette étude des rhythmes.
2. On désigne chaque bipède diagonal d'après le pied antérieur qui en fait partie.
Marey. Il
deux bipèdes diagonaux. On admet aussi que le trot est une allure haute^ et que, dans l'intervalle de deux battues successives, ranimai est un instant suspendu au-dessus du sol.
Mais le désaccord commence lorsqu'il s'agit d'apprécier la durée de cette suspension ; ainsi, pour Bouley, elle est trèscourte par rapport à la durée de T appui, tandis que, pour Raabe, c'est au contraire Tappui qui serait très-court, de sorte que le cheval qui trotte serait plus longtemps en l'air que sur le sol.
Dans la notation du tracé ûg. 45, on voit que les appuis sont deux fois plus longs que les temps pendant lesquels le corps est suspendu au-dessus du sol. Cette expérience donnerait donc raison à la théorie de Bouley contre celle de Raabe : mais il nous a semblé qu*il existe une grande variété dans les durées relatives des appuis et des temps de suspension pendant le trot. Ainsi, certains chevaux attelés nous ont fourni des tracés dans Lsquels la phase de suspension était à peine visible; de sorte que cette forme du trot se rattachait aux allures basses^ ne gardant du type franc que le synchronisme parfait des battues diagonales. Nous n'avons pu encore étudier les trotteurs rapides ; chez eux peut-être verra-t-on, par une tendance inverse, le temps de suspension s'accroître aux dépens de la durée des appuis. Si Ton cherche à apprécier les rapports qui existent entre les réactions (RA etRP)et les mouvements des membres, on voit : que le moment où le corps de l'animal est au bas de son oscillation verticale coïncide précisément avec celui où les pieds ne touchent pas le sol. Ainsi, le temps de suspension ne tient pas à ce que le corps du cheval est projeté en l'air, mais à ce que les jambes sont fléchies, toutes quatre, pendant ce court instant. Le maximum de hauteur du soulèvement du corps correspond, au contraire, à la fin de l'appui des membres. Il semble , d'après les tracés, que le soulèvement du corps ne commence qu'un peu après chaque double battue, et qu'il continue pendant toute la durée de l'appui. Enfin, on voit, dans la même figure, que les réactions de Tavant-main sont plus considérables que celles de Tarrière-main. Ce fait nous a paru constant; du reste, Tiné-