‹ La machine animale: locomotion terrestre et sérienneChapitre 6 sur 124 · UNITE DE LA FORCE · texte numérisé non relu

UNITE DE LA FORCE

des corps organisés» il s'est produit quelque généralisation analogue.

L*être vivant, dans ses manifestations de sensibilité, d'intelligence et de spontanéité, se montre si difiérent des corps inertes et passifs de la nature inorganique, la génération et révolution des animaux leur sont tellement spéciales, que les premiers observateurs ont dû tracer une limite absolue entre les deux règnes de la nature.

Des forces particulières furent imaginées, auxquelles on attribuait cbacun des phénomènes normaux de la vie; d'autre§, comme des génies malfaisants, présidaient à la production des maladies dont tout ce qui vit peut être atteint.

La complexité des phénomènes de la vie empêcha pendant longtemps de saisir le lien qui les unissait, de ramener à une même cause ces effets multiples et de réduire ainsi le nombre des forces qui avaient été admises tout d'abord. L'homme finit par prendre pour des réalités les fictions qu'il avait imaginées. Peu à peu, Tattrait de l'inintelligible exerçant une sorte de fascination, on en vint à refuser aux lois physiques toute influence sur les êtres vivants. Ce mysticisme exalté arriva à représenter certains animaux comme capables de se soustraire aux influences de la pesanteur ; pour lui, la chaleur animale était d'une autre essence que celle de nos foyers ; des esprits subtils et insaisissables circulaient dans les vaisseaux et les nerfs.

Le temps n'a pas encore fait justice de toutes ces absurdités. Et pourtant on peut constater que la science de la vie tend à subir aujourd'hui une transformation aussi complète que celle dont nous venons d'esquisser le développement à propos des sciences physiques. Guidée par Texpérimentation, la physiologie cherche et retrouve les forces physiques dans un grand nombre de phénomènes vitaux ; chaque jour voit s* accroître le nombre des cas auxquels on sait appliquer les lois ordinaires de la nature. Ce qui leur échappe reste pour nous l'inconnu, mais non plus l'impénétrable. Parmi les phénomènes de la vie, ceux qui nous sont intelligibles sont précisément d'ordre physique ou mécanique.

Nous retrouverons dans Torganisme vivant ces manifestations de la force qui s'appellent chaleur, travail mécanique, électricité, lumière, actions chimiques ; nous verrons ces forces se transformer les unes dans les autres, mais il ne faut pas espérer pour le moment arriver à la détermination numérique des lois qui président adx transformations de ces forces. L'organisme animal se prête peu aux mesures exactes, sa complexité est trop grande pour ces évaluations que le physicien a déjà beaucoup de peine à atteindre, en se servant des machines les plus simples.

Suivant son degré de complexité, chaque science s'approche plus ou moins de la précision mathématique à laquelle elle doit arriver tôt ou tard. Une loi n'est que la détermination de rapports numériques entre différents phénomènes; il n'y a donc pas de loi physiologique parfaite. Dans les phénomènes de la vie, il n'est guère possible de déterminer et de prévoir à l'avance autre chose que le sens dans lequel la variation se produira. Jusqu'ici le physiologiste n'est arrivé qu'à ce degré de connaissance que posséderait, par exemple, l'astronome qui saurait que l'attraction entre deux astres diminue quand leur distance augmente, mais qui n'aurait pas encore déterminé la loi de proportionnalité inverse au carré des distances. Ou bien encore, il est comme le physicien qui aurait constaté que les gaz comprimés diminuent de volume, sans avoir reconnu la relation numérique qui rattache leur volume à la pression.

Nul doute, cependant, qu'il n'y ait des relations numériques entre les phénomènes de la vie ; on arrivera plus ou moins vite à les découvrir, suivant l'exactitude des méthodes d'investigation auxquelles on aura recours.

Si Jes physiciens s'étaient bornés à constater que les corps, en s' échauffant, se dilatent, et s'ils n'avaient pas cherché à mesurer la température de ces corps et le volume qu'ils prennent à chaque variation de la température, ils n'auraient qu'une idée imparfaite des phénomènes de dilatation des corps par la chaleur. Pendant longtemps, le physiologiste s'est borné à signaler que telle ou telle influence augmente ou diminue la force des muscles, fait varier la

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