CHAPITRE X
Les Songes sont le dénouement de l'Evangile S.' Mathieu. — - Conduite de Joseph envers son épouse. — - Les Mages avertis par des songes. — Quelques réflexions sur TEpiphanie. — La fuite de la Sainte-Famille en Egypte , représentée dans des Eglises. — Rapprochement des Mystères Chrétiens et Mar.onniques. — Miracles de Jésus, celui des Noces de Cana. -*- Mariage ordonné aux Prêtres par la Loi de grâce. — Opposition de Rome.—- Quelques légendes des Papes. -—Leur opposition à la connaissance des Livres sacrés. — Peines anciennes portées contre les investigateurs audacieux des Doctrines sacrées.— - La Bible très-répandue aujourd'hui.
ES Juifs avaient toujours été maintenus dans leurs opinions religieuses par des fables et des prodiges ; l'Apocalypse et les Eyangiles durent être remplis de saints , de miracles et écrits dans un style merveilleux. S.^ Mathieu est , pour ainsi dire , forcé de se conformer au penchant des Juifs , et d'introduire dans son ouvrage des contes orientaux.
La crédulité et l'ignorance avaient porté les Orientaux à attacher la plus grande importance aux songes ; les prêtres les exploitaient adroitement à leur avantage. Les historiens les plus accrédités nous donnent sérieusement pour véritables des historiettes prédites par des songes ; leurs écrits sont enrichis de circonstances
toujours miraculeuses, et qui contredisent Tordre éternel prescrit par la nature. Les premiers Pérès de TEglise se servirent également du merveilleux : ils imitèrent les poètes qui donnaient un palais au sommeil j d'où sortaient les songes par deux portes , Vnne d'iyoire , réservée aux songes légers et séduisans ; l'autre , decorne, d'où sortaient les songes accablans et sinistres. Ce sont des songes qui embellirent les premiers fastes chrétiens. D'aprésrEvangélisteMathieu^S.^Josephavaitété fiancé à Marie : il se refusait (1) à Tépouser , il voulait même
(1) Le Clergé donnait des représentations évangéliques pour l'édification des fidèles. La Gonfi:éne dite de la Passion de Notre^ Seigneur^ établie à Paris , sous le règne de Charles VI , était protégée par le Roi , qui traitait ses membres du titre chrétien de Frères. Ils représentaient des pièces appelées Mystères , et composées de moralités calquées sur les Actes des Apôtres et sur les Evangiles , afin de propager le Christianisme. Ces pièces étaient souvent remplies de passages indécens , qui étaient encore plus révoltans , car ils s'appliquaient à des objets vénérés.
Dans le Mystère de la Conception , in-4.<^ gothique imprimé à Paris chez Alain Lotrian^ à l'usage de cette dévote Confrérie , on représente S.^ Joseph fort inquiet de trouver son épouse enceinte i il exprime de la sorte son trouble et ses craintes :
De moi la chose n'est venue ,
Sa promesse n'a pas tenue. Puisque je n'en suis le père \
Elle a été trois mois entiers
Elle a rompu son mariage ; Hors d'ici , et au bout du tiers
Je l'ai toute grosse reçue ,
Elle est enceinte, et d'où viendrait L'aurait quelque paillard déçue,
Le fruit?... H faut dire par droit Ou de fait voulut efforcer ?
Qu'il y ait vice d'aldultère. Ah brief! je ne sais que penser!
la renvoyer secrètement. Un Ange apparaît en songe i Joseph y et lui dit de la prendre pour femme. Après cette apparition, Joseph y comme le rapporte le même Evangile ych, 1 , v. 18 - a5 , épousa (1) Marie ; mais il n'eut aucune relation ayec elle qu'après qu'elle eut enfiBuité son premier né Jésus y auquel les quatre Eyangélistes canoniques donnent pour firères Jacques y Josué, Simon, Juda, et plusieurs sœurs ; ce qui prouve, selon les critiqi^s des Evangiles , que Joseph , après le premier né de Marie , Ta traitée en bon et brave mari , et que sa femme , la Vierge-Mère , était très-féconde.
D'autres critiques prétendent que cette histoire s'est passée autrement. Us s'appuient du Protévangile de S.^ Jacques , surnommé le Juste , et frère du Seigneur, qui dit que Joseph se plaignit au Grand-Prétre de l'infidélité de Marie ; que le Grand-Prétre leur fit boire les eaux amères ou de jalousie à tous les deux, et les envoya ensuite au désert pour faire leur mystérieux voyage; qu'en étant
(1) L'anneau que S.^ Joseph donna à Marie, se conserve à Perugia : on lui attribue le pouvoir de rendre fécondes les femmes stériles. En i48o , il occasionna un procès très-animé et des voies de fait entre les habitans de Ferouse et ceux de la Ghiusa ; ces derniers avaient volé cette bague mystérieuse. Les Férugiens soutenaient l'avoir eue miraculeusement. Ce procès dura trèsalong-temps. Les Fapes entrèrent dans cette dispute ; ils auraient voulu enrichir la ville sainte et mettre cet anneau près du nombril de Jésus- Christ , que Ton conserve dans TEglise de S.^«-Marie du Feuple , à Rome ; mais l'opposition fut violente. Enfin Innocent Vm , pour en finir, confirma la possession à la ville de Ferouse.
revenus sains et saufs, Joseph reprit sa trés-yertueuse fnume.
Observons que, malgré la ferveur de quelques Chrétiens, ce ne fut qu'après Tan 470 de notre ère, que Gnapheus, patriarche d'Antioche, nomma la mère de Jésus , mère de Dieu dans les prières chrétiennes , et invoqua son divin nom. Nieeph, liv. XV, ch. 28. Ce fut le pape Sixte IV qui , le premier , établit dans l'Eglise romaine la fête du modèle des époux , S.^ Joseph. Continuons de raconter les prodiges et miracles évangéliques.
Dans S.^ Mathieu , des Mages venant d'Orient vont demander à Hérode où se trouve le nouveau-né , Roi des Juifs. Hérode l'ignore; mais il leur rapporte un texte des £criture»Saintes qui parle du Messie qui devait naître dans Bethléem. Les critiques ne peuvent se persuader, en admettant même comme vrai tout ce que dit cet Evangile , qu' Hérode , qui était Iduméen , connût aussi profondément les Ecritures obscures des Hébreux. Enfin les Mages sortent de Jérusalem, et l'Etoile les guide derechef; tout d'un trait elle s'arrête sur l'étable où Jésus était né.
La légende de l'Etoile flamboyante , qui devait briller plus que le Soleil, et qui guida les Mages ses adorateurs , près du divin Verbe , près de la Parole sacrée , près de la Vérité, se rapporte au mystère maçonnique de la recherche de la Parole perdue et de l'Etoile flamboyante.
Dans rEvangéliste Mathieu , après Tadoration du Verbe ou de la parole Dieu par les Mages , un Ange les avertit dans un songe de ne pas repasser par Jérusalem , et de s^en retourner chez eux par un autre chemin , afin de dérober à Hérode la connaissance de la naissance du Clurist.
Un savant a remarqué à cette occasion que les Egyptiens célébraient la vigueur du Soleil naissant , douze jours après le solstice d'hiver ; que cette apparition du Soleil était appelée Tbéophanie ; et que les Chrétiens , toujours adorateurs du Soleil dans la personne de Jésus , n'ont fait que changer le nom de la fête dans cehU d'Epiphanie, en lui conservant la même époque. U ajoute encore que les Chrétiens , pour suivre entièrement Tallégorie du Soleil naissant , supposent que Jésus , ce jourlà, se débarrasse des liens de l'enfance pour répandre sa * lumière sur les troi^ Mages ; mais ce qui vient encore à l'appui de cette opinion, c'est qu'ils font adorer Jésus par des Raii Muge9 o\k Grands-Prêtres-Sacrificateurs, qui , dans le fait et par toutes les histoires anciennes, n*ont jamais suivi d'autre culte apparent que celui du Soleil.
S.* Luc, au lieu de la visite et de l'adoration des Mages, raconte celle des Anges, de la céleste gloire et des bergers; il ne parle ni du massacre des Innocens, ni de la fuite en Egypte de la Sainte-Famille.
Cette fuite en Egypte fut matériellement représentée dans les mystères des anciens Chrétiens. Dans les Mœurs,
Uêage* et Coutumes des Français , on lit que les habitans de Beauyais la célébraient de la manière suivante : Ils choisissaient pour représenter la Vierge-Mére ^ la plus belle fille de la ville ^ ils la montaient sur un grand âne; Tévéque et le clergé la suivaient processionnellement. Entrés dans la cathédrale, elle et son âne étaient placés près du maitre-autel où Ton célébrait la messe , qui rappelle la fuite en Egypte de la Sainte-Famille.
Après l'Introït, le Kyrie, le Credo, le Gloria, on entonnait, en l'honneur de Tàne , hvnhan; le prêtre célébrant, â la fin de la messe, chantait trois fois cet harmonieux refrain , qui était répété à plusieurs reprises en chorus par les dévots assistans.
D'après Tardeur que Ton met de nos jours à rappeler la pureté du dogme et des cérémonies religieuses de l'Antiquité, il [n'est point improbable que l'on voie derechef cette cérémonie rétablie.
En suivant l'Evangile de S.^ Mathieu , un Ange avertit Joseph en songe de fliir la persécution d'Hérode. Dans la suite , un Ange apparaît à Joseph en Egjrpte ; dans un songe , il lui annonce la mort d'Hérode , et lui ordonne de retourner en Judée.
Le Nouveau-Testament , comme l'Ancien , est rempli de songes et d'apparitions mystérieuses , qui sont autant de sujets de critique plaisante pour les incrédules.
Dans nos instructions , les songes mystérieux de Joseph et d'Hénoc figurent dans difiiirens degrés.
Une fois de retour de TEgypte y on ne parle plus de Jésus dans les Evangiles , que lorsqu'à douze ans (i) il confondit les savans de la Synagogue ; mais depuis cet âge y les Evaiigélistes couvrent sa vie d'un voile mysté- . rieux ; un seul Ev angéliste lui fait exercer l'état de charpentier jusqu'à trente ans. Les trois premiers décrivent la vie de Jésus comme celle de tout autre honune; à trente ans , ils lui font prêcher dans le désert la néces^ site de quitter le vice, de nous corriger de nos fautes, et suivre la vertu , car la fin du monde était prochaine; ils le soumettent à la tentation du Diable , qui lui fait éprouver la faim , etc. etc.
S.^ Marc prescrit le baptême et la foi aux Chrétiens; il dit que celui qui ne croira pas y ne pourra se sauver, et que ceux qui croient , auront le pouvoir de guérir les malades et de parler de nouvelles langues (s). S.* Marc et S.^ Luc disent toujours qu'on doit s'amender (tj/po^ calypse le dit aussi) , tous les Disciples de Jésus croyant et prêchant conmxe lui la fin prochaine du monde et la résurrection,
(i) Les instnictioiis des nouveaux Templiers rappellent cette légende.
(2) Les incrédules ne peuvent accorder cette promesse évangéllque avec le style de ces historiens sacrés , qui est aujourd'hui du médiocre. Us disent qu'un ApostoL'que-Romain peut bien croire que trois font un , et qu'un fait trois ; qu'il peut aussi croire à tous les revenans ; mais que jamais il ne pourra se persuader qu'il a le pouvoir de guérir des maladies et de parler des langues^ qu'il n'aurait pas apprises*
Les Evangélistes attribuent à Jésus une politique toute humaine : il ne se découvre pas aux messagers de Jean. Il ordonne à tous ceux sur lesquels il a opéré des miracles et â ceux qui les ont vus , de ne pas les dé- Toiler y afin de ne pas avoir affaire aux Grands-Sacrificateurs , aux Pharisiens et aux Scribes.
Les miracles, les guérisons et le droit de chasser les Démons , étaient , par la Loi mosaïque y dévolus aux prêtres juifs , qui tiraient de gros bénéfices de la crédulité publique, ce que les prêtres de Rome ne m(!a:ncpiérent pas de suivre et de pratiquer.
Jésus-Christ professait les vertus des Esséniens , entr'autres la chasteté. Cette secte regardait le mariage comme un état d'imperfection.
Le premier miracle opéré par Jésus est celui des Noces de Cana : dans quelque rite maçonnique , on rappelle ce miracle. Les Bons-Cousins , dans leurs instructions , appellent le jour des Rois le Jour de* Troi^-Miraeles , qu'ils font consister , le premier dans TEtoile qui servit de guide aux Mages , le second dans l'Eau changée en vin , et le troisième dans la Voix qui se fit entendre lors du baptême que S.* Jean donne à notre divin maître Jésus. Aucune branche maçonnique n'a mis , plus que les Charbonniers à profit dans ses institutions, les Evangiles et les Epitres.
Leur catéchisme , tout-à-fait basé sur la doctrine de Jésus, rappelle une infinité de circonstances de sa viej>
comme sa soumission à Dieu père des hommes , à S.^ Joseph, à Marie, etc.
Les premiers douze Bons-Cousins sont les douze Apôtres. Dans leurs banquets , la première santé d'obligation est au Créateur de TUnivers ; la seconde à Jésus-Christ son envoyé pour rétablir la philosophie , la liberté et Tégalité ; la troisième aux douze Apôtres et aux soixante -douze Disciples , ipii furent placés à la tête de l'Ordre lors de sa naissance.
On devinera sans peine les motifs qui nous mettent dans le cas de parler si souvent de Jésus et de ses historiens.
Si Jésus considérait le mariage comme un état d'imperfection y d'après les Esséniens , il devait croire que la seule grâce divine pouvait faire supporter les chagrins matrimoniaux. Aussi c'est à la fin du banquet nuptial que le vin venant à manquer , il fait le miracle de changer l'eau en vin (i), voulant enseigner par-li que les apprêts rians des noces passaient bien vite, que les chagrins seuls restaient , et que la seule grâce qui sanctifie tout, peut satisfaire â nos besoins.
Bien des Disciples de Jésus observèrent la chasteté ; de là vint cette prodigieuse quantité d'anciens cénobites et de célibataires , qui , avec le temps , se transformèrent
(i) Nous regrettons que la faculté d'opérer ce miracle ne soit pas[restée exclusivement à Jësus-Ghinst j car S.* Marcel ou Marceau métamorphosait en vin excellent et en baume Peau puisée dans la Seine. (Voyez sa Légende. )
en prêtres et en moines chrétiens , auxquels les Papes les plus ambitieux ordonnèrent et prescrivirent le célibat, qui n'était pour les Esséniens et les premiers Chrétiens qu'une affiiire de discipline.
Les Papes ^ ayant pensé que si tout homme marié pouvait être prêtre , les Rois et les Empei'eurs voudraient y comme Saûl, être prêtres et sacrificateurs, défendirent le mariage aux prêtres, par le Concile de Trente et autres antérieurs , prévoyant qu'ils n'auraient point trouvé dans les Princes et dans les Rois des sujets dociles à leurs intérêts.
Les prêtres chrétiens avaient jadis des feuunes appelées introduites; S.^ Paul nous les dépeint comme servant de compagnes et d'aides aux ouvriers évangéliques. Epit. ad Corn, i, oh. ^yV. 5. Néanmoins Vintroduetion de ces sœurs , autorisée par l'exemple des Frères de Jésus, des Apôtres, et même par Cephas ou Pierre^ fut défendue par le Concile d' Ancyra , à cause du scandale qu'elles occasionnèrent par la suite.
Les évêques d'Orient purent se marier jusqu'au Concile de Nicée(i). On n'accorda la faculté de garder leurs femmes , qu'aux évêques et prêtres dont le mariage remontait à l'époque où ils étaient encore laïcs. (Voyez Socrat., lib. i, ch. xi; Sozemen, lib. i , eh. xxm; Nice-
(i) En France , en Allemagne et en Angleterre , les évêques eurent des femmes et des concubines bien apirès le Concile de Nîcée. Nous reviendrons sur ce sujet.
ph4)r. CalUt. , lib. S, ch. xix.) Ce fut sous Théodose qu'on décida que les prêtres devaient être célibataires. (Cad. Theodoé. Eco. et Cle, lib. 16, Ht. 11.) Les Frères qui voudraient lire des documens curieux sur les mariages des évêques , peuvent consulter un ouvrage plein d'érudition de M. de Potter^ intitulé : Conndératians sur les premiers Conciles, eh. xvu^pag. 258 et 260.
La doctrine de Jésus est claire et incontestable sur le mariage des prêtres. Voici comme s'explique S.^ Paul^ dans sa première Epitre à Timothée, eh. m, v. i-4 :
« 1. Cette parole est certaine, que si quelqu'un désire )> d'être évêque, il désire une œuvre excellente.
» 2. Mais il faut que l'évêque soit irrépréhensible , » mari iPune seule femme, vigilant, modéré, honora- » ble , hospitalier, propre à enseigner. » 3. Non sujet au vin.
)» 4. Conduisant honnêtement sa propre maison, tenant ses enfans soumis en toute pureté de mœurs. »
Ces mêmes préceptes et régies sont prescrits pour les diacres. Observons bien que S.^ Paul n'aurait pas dit que l'évêque devait être m^iri d'une seule femme , si les évêques de son temps n'avaient pas été dans l'usage d'en avoir plusieurs.
Jamais les chefs de l'Eglise de Rome n'approuveront l'institution biblique qui a mis l'Ecriture-Sainte , prèsqu'inconnue jusqu'à nos jours , entre les mains de tous les peuples et de tous ceux qui savent lire , parce qu'elle
dévoile les secrets et intrigues des Lévites anciens de la ville de Romulus et de ceux qui les remplacèrent. Jamais les Papes ne pourront se réconcilier avec TAnl^eterre, à cause de la suprématie théocratique dont le Roi s'est emparé en s' établissant le chef de la religion anglicane.
Les deux institutions les plus propres à extirper l'ignorance et le préjugé , et dont la postérité ressentira toute Tutilité 9 sont l'enseignement mutuel et la propagation des sociétés hibliques : la première base de l'éducation civile donnera des honmies éclairés, fidèles à leurs souverains j attachés à leur patrie ; l'autre, des Chrétiens qui , tout en pratiquant la saine morale de Jésus , ne pourront pas néanmoins être influencés par la cour de Rome.
Il est impossible de se faire une idée des eJOTorts que les prêtres de Rome font en tous les pays pour arrêter le progrès de ces deux institutions utiles , et avec quelle hypocrisie ils ont combattu le droit public des gouvernemens sur l'instruction publique , sous prétexte qu'il ne peut produire que des Chrétiens peu dévoués au papisme. Ils s'efforcent de faire croire que l'ensei^ gnement civil et religieux leur doit appartenir.
Dans plusieurs chapitres de la Bible, on remarque des traces de l'opposition des prêtres à l'instruction publique. Remontons a la source : examinons la cause de la condamnation des hommes et du péché original tant prôné
par les orateurs de Rome moderne (i) ; Eve fut condamnée, Dieu aujfmenta son travail et sa grossesse , elle dut enr fanter avec douleur ; Adam ne put manger les fruits de la terre, qu'en travaillant tous les Jours de sa vie. (Genèse , eh. m, v, 16-17.)
Les prêtres chrétiens, s'appuyant de ce passage de la Bible, voulurent qu'Adam et Eve fussent condamnés , avec toute l'espèce humaine qui en est (2) dérivée , i une damnation éternelle dans leur enfer ; néanmoins la peine infligée regarde le cours de la vie mortelle, elle ne va pas {dus loin. Examinons la légende : Adam et Eve , après leur création , se trouvant dans une parfaite innocence , d'après le conseil d'Arym (3) , qu'«7* erurent
(1) Les Pères de PEgliseont voulu faire croire que Dieu s'était soumis à la mort pour cette faute de nos premiers pères profanes Adam et Eve ; que la mort de Dieu-Homme causa la rédemption du genre humain ; néanmoins les prêtres de Rome soutiennent que les hommes vont en foule dans Tenfer : Multi sunt vocati , pauci vero electi. Voilà un vrai mystère.
(2) La plus grande partie des peuples de la terre a ignoré, jusqu'au 4.»^« siècle , la légende d'Adam et Eve.
(5) Arym est le nom du Serpent tentateur : ce mot est oriental , et non pas égyptien. Nous avons vu que les Hébreux avaient adopté pour le mauvais principe , Typhon , qui est d'origine égyptienne. Quelle explication pourra-t-on donner au verset 16 du Ill.^chap, de la Genèse, où Dieu veut « mettre inimitié entre le Serpent et la Femme , et entre la semence du Serpent et celle de la Femme , et que la semence de la Femme brisera la tête du Serpent y et le Serpent brisera le talon de la Femme ?» Ce verset ne peut être expliqué que par approximation et' par une allégorie astronomique relative au Serpentaire et à la Vierge.
un animal prudent et ami^ cherchent à s'instruire , â s'éclaircir et â connaître la science du bien et du mal. Cette punition est taxée d'absurdité par les critiques de cette Bible écrite par les Lévites. On sait que l'ignorance dans le peuple était le levier de leur pouvoir. C'est Dieu même que le sacerdoce fait parler ; il défend à Adam et Eve de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; c'était bien plutôt le cas de récompenser nos premiers pères de leur bonne volonté de s'instruire , pour savoir conmient y dans leur vie , ils devaient se conduire pOur embrasser le bien et pour fuir le mal : peu importe aux Lévites que Dieu paraisse injuMe , ils veulent dominer y l'ignorance doit être ordonnée sous cette étrange allégorie. La Bible est regardée comme contenant des tableaux licencieux ; ear , quel libertin , par exemple, oserait , de nos jours, se servir des expressions du prophète Ezéchiel , eA. xxm, $ 20, où il peint la dissolution des fenunes juives? Il parle de la femme Ahole , pour indiquer les fenunes de Samarie , et de la femme Aholiba , pour caractériser les femmes de Jérusalem. « Et jiholiia s'est rendue )> amoureuse de ses fornicateurs , la chair desquels est » conrnie la chair des ânes , et dont la force égale celle » des chevaux. »
Nous ne croj^ons pas que la défense de lire la Bible que fait la cour de Rome , soit la conséquence des obscénités qu'elle contient ; nous croyons qu'elle est la
suite de cette grande yérité^ que toute religion qui n'est plus mystérieuse , cesse d'être religion ; or , la religion de Rome étant fondée sur la Bible , il est naturel que cette lecture soit défendue. Cette vérité est prouvée par une infinité d'exemples dans d'autres religions. Les prêtres égyptiens avaient fait un crime au peuple d'apprendre à lire ; ils avaient trois sortes d'écriture , c'était conune un triple rempart qui cachait les mystères de la religion à la curiosité des profanes. Les prêtres égyptiens montraient en pompe au peuple les livres d'Hermès , mais ils ne les lui communiquaient jamais. (Elian. Var. , Hist. xrv. )
Les Druides établissaient que le plus grand des crimes était de s'occuper d'écrire en fait de religion (Mmeum Cusieumy Romœ 1780.)
La lecture des Vides n'est permise qu'aux Brames. Ils punissent ceux qui enfreignent cette loi en lui versant dans la bouche de l'huile ardente. {Jlêiat. Res. II, 34o 9 346.) Les prêtres chrétiens ne se servent partout que de la langue latine , langue morte et défigurée où on la parle , ignorée par la généralité des peuples de la terre 9 et qui n'est plus guère que l'apanage des séminaires et de quelques savans. Les prières et la Bible doivent être en latin , Rome a toujours défendu qu'on priât dans une langue vulgaire : le peuple ignore ce qu'il demande à Dieu, ou ce que signifient les paroles du mystère de la messe et autres. Malgré les efibrts
de ce parti anti-social ^ Téducation civile s'aiumce ; et la connaissance de la Bible se répand de plus en plus*
La Société Biblique d'Angleterre, dans son 23.°^* rapport , publie le résultat de ses opérations depuis sa fondation : elle a émis 4,876,722 Bibles et Nouveaux- Testamens , et en fit imprimer chez l'étranger 2,980,409 , ce qui donne un total de 7,857, i5i, en i45 langues ou dialectes ; elle a employé prés de 34 millions de francs dans cette noble entreprise formée de dons volontaires.
Alexandre , autocrate de toutes les Russies , chercha également à répandre la Bible, après Tavoir fait traduire et imprimer en 27 langues différentes , et la distribua parmi les peuples de son vaste empire. Le MUêionary- Herald donne une lettre de M.^^ Henderson , qui constate qu'à la formation d'une Société Biblique à Novogorod , il y avait plusieurs membres du clergé russe qui n'avaient jamais entendu parler dé Bible , et se demandaient avec étonnement quel livre ce pouvait être? Voilà des prêtres chrétiens qui ne sortaient pas des Juifs ^ néanmoins leur loi devait être entièrement orale.
Un calculateur prétend que , si la mission biblique dure, dans la même proportion, pendant cinquante années , il en résultera un culte chrétien général dépouillé de fanatisme et réduit à sa simplicité première.
Nous avons dit que les Papes les plus ambitieux défendirent le mariage (1) aux prêtres j néanmoins VEû-^
(1) Un rite de Roses-Croix , en Allemagne , ne pennettait pas
toire de P Eglise nous présente plusieurs Papes qui ne furent point de chastes célibataires. Sous Sergius III (1) 9 pape y Théodora , femme de mœurs trés-corrompues y gouverna Rome. Jean X fut nommé Pape à la faveur de cette Théodora , qui , au reste ^ n'était que sa maîtresse.
Un Jean , fils du pape Sergius , et de Merovia , fille de la susdite Théodora , fut Pape et Vicaire de Jésusr- Christ y sous le nom de Jean XI.
Jean XIII fut déposé du Saint-Siège à cause de son libertinage.
Benoit IX, élu Pape ttès-jeune , eut des mœurs corrompues , vendit le pontificat pour de Targent à Grégoire IV.
Le pape Borgia, si connu par ses vices , eut de la dame Venozia quatre fils et une fille. (Voyez VHUt, Eco. y par Fleury ; les Annales de la Vertu , par M.™^ de Genlis ; YEsprii de l* Eglise et VEpitre à S.^ Pierre , par notre respectable Frère de Potter, et autres ouvrages.)
Voici comment s'explique le cardinal Baronius sur la corruption de Rome , et sur certaines élections des Papes :
Fadmission d'un Maçon à cet Ordre , s'il était marié , à moins qu'il ne fût très-âgé , ou qu'il ne vécût plus avec sa femme.
(1) Son prédécesseur, Sergius II, a introduit l'usage de faire changer le nom aux Papes , qui s'appelèrent ensuite d'un nom pris à leur élévation , quittant celui de la famille et du baptême ; Sergius II avait honte d'être de la famîUe Osporci , qui signifie Gueule de cochon.