CHAPITRE IX
Époques attribuées aux écrivains sacrés des quatre Evangélistes. — - Les trois premiers Evangélistes ne parlent de Jésus que comme homme. — • L'Evangéliste saint Jean établit la divinité de Jésus. — De FApocalypse ; combattue à son apparition , et regardée comme livre divin et canonique par les Chrétiens d'Occident, elle parait être l'écrit d'un Juif rempli des idées platoniciennes ; l'auteur développe le système solaire ; c'est un poème qui traite de l'Astronomie. Le Bélier en est le héros. Explication des em^blêmes qu'on y rencontre.
J^E plus ancien Evangile ou Heureuse Nouvelle , est celui attribué à S.* Mathieu apôtre ^ qui , selon la chroniqiie adoptée "pex les catholiques ^ écrivait 6 ans après la mort de Jésus et la Sg."" année de l'ère chrétienne.
On veut que S.^ Mathieu ait été un publicain de Capharnaum. Les anciens Pères de TEglise se sont beaucoup occupés de savoir dans quelle langue il avait écrit son Evangile ; après de longues et savantes recherches, on est convenu qu'il devait Tavoir écrit en hébreu , ou au moins en syriacjue. S.* Jérôme assure que cet Evangile a été conservé dans la bibliothèque de Césarée; il prétend que cet écrit original a beaucoup couru le monde , et qu'il fut apporté à Césarée
par Patenus , venant des Indes. Malheureusement ^ du temps de S.* Jérôme même, l'original a été perdu; il n'y eut que la traduction grecque qui restât , et Ton en ignore encore Tauteur. Un autre saint Père , ne partageant pas l'opinion de S.^ Jérôme , attribue l'Evangile de S.^ Mathieu à l'apôtre S.^ Jacques , et d'autres le donnent à S.* Jean. Nous ne nous occuperons aucunement de ces recherches ^ qui sembleraient jeter quelque défaveur sur cet écrit par l'incertitude de son auteur. Il parait que cet Evangile veut réfuter les assertions des Nazaréens sur la basse et obscure origine qu'ils donnaient à Jésus ; il cite la race de Jésus comme royale , et en donne une chronologie qui remonte à notre premier père Adam; il décrit la vie de Jésus en la dépouillant de toute divinité ; il ne fait point mention du mystère de la Trinité , et ne dit point que Jésus en soit la êeconde personne. Il ne parle que des seules vertus de Jésus qui triomphent dans cet Evangile^ tout autant que ses miracles.
S.* Marc a écrit un second Evangile ; mais, comme dans les documens qui composent le Nouveau -Testament, il est question de deux S.^ Marc qui enseignèrent la doctrine de Jésus y les SS. Pères ne surent pas au juste à qui des deux l'attribuer. Cet Evangile décrit la vie humaine de Jésus à-peu-près comme le premier, c'est-4dire , sans lui attribuer rien de divin. L'Evangéliste n'a pas connu Jésus ; il annonce que ce qu'il écrit , il ne l'a point vu, et qu'il l'écrit d'après ce qu'il a entendu de
S.* Paul, qui lui-même Ta appris du ciel(i). On assure que cet Evangile fut écrit quarante-trois ans après l'ère chrétienne , dix ans après la mort de Jésus.
Le troisième est l'ouvrage de S.* Luc d'Antioche (2) , qui était médecin ; on le fait aussi disciple de S.* Paul. Il est écrit en grec. Cette histoire de Jésus est mieux rédigée que les deux précédentes. Dans son exorde, il dit qu'il ne s'est décidé à l'écrire que parce que les autres l'ont défigurée. S.^ Luc n'a pas vu ce qu'il a écrit ; il suit les deux Evangélistes énoncés , donnant la vie de Jésus dépouillée de toute divinité et du mystère trinitaire. On prétend que cet Evangile parut 58 ans après la passion de Jé6us-Chri3t.
Le quatrième Evangile est écrit par S.* Jean , l'Apôtre bien-aimé de Jésus , qui figura dans la dernière cène et sur le mont Golgotha. S.* Jérôme dit que S.^ Jean fut évéque d'Ephèse, et qu'ensuite étant allé à Rome , il fîit condamné à mort sous Domitien y et que cette peine fut conmiuée en celle de l'exil dans l'ile de Pathmos , qui est un rocher dans l'Archipel ionien :
(1) Sî un écrivain de nos joun n'avait que. de pareilles autorités à produire pour commander noti*e confiance^ il risquerait fort de n'être cru de personne.
(a) Noos avons cru que ce serait manquer à la décence que de né pas accompagner les noms des Evangélistes de Fépithéte de Saint , qui est reçue par les catholiques f quoique les Evangiles et Epîtres les désignent simplement par les mots d'Apdtre ou EvangéUste , Pierre , Luc , Jean , etc.
ce fut dans cette retraite qu'il écrivit son Apocalypse^ dans laquelle beaucoup de Frères Maçons trouvent une partie de leurs mystères.
« S.^ Jean, avant tout, dans sa vision, voit Bien (celui qui fut, qui est, qui sera) (1) ; il est assis sur un trône^ il tient de sa main droite un livre, écrit et scellé endehors de sept sceaux. Jean donne i)0ur héros à son poème le Bélier ou V Agneau ; il l'assied sur le trône même de la Divinité ; il a sept yeux et sept cornes ; cet Agneau est environné de quatre figures symboliques (qui y chez les Egyptiens / étaient les emblèmes des quatre saisons ), du Lion , du Bœuf, de THomme et de TÂigle , lesqpiels , par parenthèse , sont les quatre signes des Ëvangélistes. ( Voyez le Plafond du Bienheureux jingéUqUe, planche IV.)
Le livre que Dieu tient en main ne peut être ouvert que par l'Agneau , qui seul peut ouvrir les cachets qui le ferment. Observons que TÂgneau ne joue que le second rôle, et n'est que l'instrument de la volonté divine; Jean même ne le regarde point comme Divinité {ch. \ etvi). C'est le système des Mages, des adorateurs du Soleil , qui ne voyaient dans cet astre que le moyen dont le grand Ouvrier, Dieu , se servait pour manifester, sa toute -puissance sur la terre. Ici l'Agneau, ccnnme emblème astronomiqpie , représentant le Soleil
(1) Jlpha et Oméga , adopté par les Maçons. {Planche ï.", n.» 5.)
au printemps 9 devait ouvrir le cours des saisons. Ainsi, par le premier sceau que l'Agneau ouvre , il fait sortir un cheval blanc, monté par un jeune homme rajronnant de gloire et victorieux ; il reçoit une couronne ; il tient dans sa droite un arc ; on le dirait Apollon représentant le Printemps et le bon principe.
L'Agneau ouvre le second sceau ; le mauvais principe lui succède : c'est un cheval roux, et le personnage qui le monte a le pouvoir d'enlever la paix de dessus la terre , et de faire que les hommes s'entre-tuent : c'est l'emblème de VÉté , qui , dans l'Arabie et la Judée , rend le pays aride et brûlant.
L^Agneau ouvre le troisième sceau , il en fait sortir un chev«l noir ; celui qui le monte porte une halanee, qui, par son symbole^ se trouve être la constellation de réquinoxe à! Automne,
Le quatrième sceau ouvert , il en sort un cheval pâle ou défait ; sa monture est la mort ; il fait périr les hommes par la famine : voilà le symbole de VHiver.
Les anciens ont donné quatre chevaux au char d'Apollon , pour indiquer la division du jour : ici le poète Jean désigne aussi par quatre chevaux les quatre saisons de l'année. Il est à remarquer qu'à l'ouverture des quatre premiers sceaux , c'est toujours un des quatre animaux représentant les saisons ég3rptiennes, qui entourent l'Agneau , et qui prennent la parole pour faire observer à Jean l'objet qui sortait du sceau ; par
ce fait, le symbole des saisons se trouve doublement représenté , et par les sceaux , et par les quatre animaux dont nous venons de parler.
A l'ouverture du cinquième sceau, Jean décrit les âmes qui paraissent devant Dieu, au pied du trône de TAgneau ; ces âmes sont celles qui avaient souffert pour la parole de Dieu ; il décrit la persécution qu'elles éprouvèrent , et fait connaître par cette i^ée qu'il avait été initié dans la doctrine de Timniortalité de l'ame.
Un tremblement de terre a lieu à l'ouverture du sixième sceau ; le Soleil s'obscurcit , la Lune devient rouge. Jean a voulu figurer par cette description les convulsions qui arrivent à l'équinoxe d'automne; ensuite il cbercbe à expliquer les phénomènes à» l'équinoxe du printemps par une parabole des grands et puissans , et même de tous les hommes qui se cachent dans des cavernes. Cette allégorie s'appliqjae i Fapparition de Tastre brillant du printemps , où tous les autres s'éclipsent^
Par le septième sceau , il a voulu manifester une partie de l'astronomie qui regarde les planètes ; et d'autre part, il a cherché à développer, par des allégories , les persécutions et l'opposition qu'éprouvaient ses propres doctrines et son dogme ; car il établit que tous les initiés « iiaient Rois et Sacrificateurs ». Il annonce les peines que Dieu réserve à ses persécuteurs; il finit par sa Jérusalem céleste, qui a douze portes qui
représentent les douze mois de Tannée, ou les douze constellations du Zodiaque ; ce qui le prouve , c'est la manière dont il les a orientées y les ayant placées trois par trois, regardant les quatre points cardinaux relativement aux saisons.
La muraille de la ville a douze fondemens : toujours la même allégorie; les apôtres de TAgneau sont au nombre de douze ; douze mille stades en hauteur , largeur, longueur : c'est la pierre cubique des Maçons.
Dans cette ville , Dieu et l'Agneau sont le Temple ; on y voit la règle maçonnique dans le Roseau-d'Or , qui doit servir à mesurer les murailles et les portes de la nouvelle Jérusalem; on peut aussi regarder ce Roseau comme cette branche mystérieuse qui accompagne tons les anciens mystères. Le poème finit par rAngé qui répète à Jean d'adorer Dieu , et de se garder de Tadorer lui-même j, car il n'était qu'un ambassadeur que le Seigneur le Dieu des saints Prophètes, avait envoyé pour manifester à ses serviteurs les choses qui devaient arriver. (Ch. xix, v. lo, et eh. xxn, v. 9.)
Lorsque l'Apocalypse parut, les Chrétiens d'Orient l'attaquèrent de toute manière, n'épargnèrent ni la partie qui leur paraissait peu s'accorder avec l'astronomie, ni celle par laquelle l'auteur voulait faire comprendre qu'il avait été initié au dogme de l'unité de Dieu et de l'immortalité de l'ame ; ils soutinrent que l'Agneau sans tache , qui avait été sacrifié au commen-
cernent de la création du Monde , c'est-à-dire, de réternité , ne pouvait aucunement être ce Jésus qu'on avait immolé y selon les Chrétiens occidentaux, soos Ponce-Pilate , et que la divinité qu'on lui accordait, détruisait le dogme de l'unité de Dieu.
Depuis lors , l'Apocalypse fut non-seulement attaquée par les Chrétiens d'Orient , mais , selon leur dire , victorieusement réfiitée, et regardée tout an plus comme un obscur et mauvais poème du Soleil au printemps. Ces Chrétiens soutenaient qu'il était impossible de donner une explication raisonnable à cet écrit ; ils disaient aussi que l'auteur, avec raison, l'avait wppelévMan; car, sekm eux, les songes seuls pouvaient fournir des idées aussi décousues et si peu susceptibles d'être- comprises par l'entendement humain. Ds crurent que la partie de rApdoalypse du v. i3 au 21.% du «A. xn, avait été ajoutée par un autre écrivain et après-coup ; que l'ouvrage tsi ignoble même , quand l'auteur parle de la Divinité et de ses Anges, comme aux 9. i3, i4, i5 et 16 du eh. !.•'
Les Chrétiens orientaux n'ont pas admis TApocalypse comme un ouvrage de Jean , ni même c(»nme celui d'un Qurétien ; ils se sont persuadé que c'était plutôt l'écrit d'un très-^é Juif; car elle peint les Juifs et non les Qirétiens persécutés. L'auteur a voulu ignorer les révoltes que les Israélites occasionnèrent partout où ils étaient en force. Les Chrétiens orientaux ont même
observé que, dans la destruction du monde et du genre humain, annoncée par Tauteur de l'Apocalypse, ce sont cent quarante-quatre mille Juifs , douze mille de chaque tribu d^Israèl, qu'il sauye dans le bouleversement du ciel, de la terre et de la mer } ces Juifs, en un mot , sont ses élus; tous les autres hommes sont mis à mort par des Anges, qui répandent sur eux les plus grands fléaux à Taide de petites fioles.
Ces Chrétiens soutinrent encore que l'auteur devait être un Juif; car, dans la refonte de son nouveau Monde, il fait descendre du ciel sa nouvelle Jé/usalem , qui a douze portes, douze fondemens , et enfin que la mesure et ridée de ce chimérique bâtiment sont prises dans le ncnnbre douze, qui est celui de ses tribus juives.
Après toutes ces contro'verses , l'Apocalypse resta tréslong-temps oubliée ; mais comme après la naissance du Christianisme , il s'était élevé un esprit d'opposition sur quelques points théologiques entre les Chrétiens d'orient et ceux d'occident , ces derniers attribuèrent l'écrit à S.* Jean ; et dans un Concile qu'ils tinrent à Tolède ^ le déclarèrent divin et canonique. On doit à l'Espagne la restauration de ce poème sur le Soleil , qui avait éprouvé de la part des Chrétiens d'orient, une ferme opposition lors de son apparition.
Le Concile de Laodicée , quelque temps après , rejeta l'Apocalypse , comme étant l'ouvrage d'un esprit extravagant ; mais les Chrétiens d'occident , dans un troisième
Concile qu'ils tinrent i Garthage^ le déclarèrent de nouveau livre divin et canonique.
Plusieurs savans ont cherché à le commenter , entre autres , Ticho - Brahé et Newton , tous deux profonds astronoimes , et plus tard Dupuis et Lenoir , qui ont enfin porté la lumière dans ce chaos que jiersonne n'avait pu débrouiller avant eux. Plusieurs Maçons crurent trouver , dans cet écrit , la base et Texplication de tous les mystères y et les cabalistes plus que les autres ; ils s'appuient du nombre mystérieux de douze , et plus particulièrement de sept , qui reviennent le plus fréquemment dans l'Apocalypse y et qui sont en rapport avec les douze constellations , les douze mois de Taimée; avec les sept jours de la création^ les sept planètes, les sept sciences, les ^ sept sacrâuens, les sept péchés mortels, les sept diacres élus. par les apôtres chargés de la distribution à la table des veuves, et avec les sept ordres de l'Eglise , base sur laquelle on a établi les sept Ordres maçonniques , etc. etc.
Sans entrer dans toutes les questions qui divisèrent tant de savans sur cet écrit ,. nous tâcherons de l'éclaircir autant que nous le pourrons , nous appuyant particu-* lièrement sur ce qu'ils en ont dit de plus plausible. Tous les Frères peuvent comparer l'Apocalypse à la critique d'une infinité d'hommes de lettres , qui écrivirent avant et après ceux par nous cités.
C'est un fait aujourd'hui reconnu que le Sabéïsme
fut la religion primitive , et qu'elle était la religion universelle de riirtiquité : il se rapporte au culte de la nature (1) et des astres.
Porphyre dit, en parlant des ouvrages de Cheremont, historien et prêtre égyptien déjà cité , que tout ce que les prêtres égyptiens et persans disaient de leurs Dieux , devait s'entendre comme étant appliqué aux phases de la Lune, aux Planètes , aux signes du Zodiaque et au Soleil principalement 9 lorsqu'il se trouvait dans ses di£férens aspects avec les constellations; car le Soleil parait parcourir ,dans sa révolution annuelle ^ le cercle du Zodiaque , qui se compose de 36o degrés, dont 5o forment un de ses signes ; et conséquemment le Zodiaque se divise en douze signes, qui sont comme autant de stations que le Soleil parcourt en douze mois, et il a ùÀt sa révolution annuelle lorsqu'il les a parcourues toutes.
Cette division fut adoptée par l'Antiquité , et ces stations furent représentées par douze figures différentes
(1) Dans l'un des portiques de Notre-Dame de Paris , dont nous avons déjà fait mention , celui au-dessous de la tour septentrionale , est remarquable par son Zodiaque , qui est sculpté autour de sa voussure : il a été gravé dans le volume des Flanches de l'ouvrage de Dupuis ( Origine de tous les Cultes ) ; il a les douze signes qui sont accompagnés des attributs et de l'image des travaux champêtres , qui répondent à chaque signe ou mois. Il paraît que le Temple était dédié jadis à Gérés , représentée sous le symbole de la Vierge-Mère , dans le signe relatif du Zodiaque , dont on a fait notre Mère de grâces.
que nous conservons encore de nos jours , et qu^on appelle aussi les douze constellations du Zodiaque 9 lesquelles se composent d'une certaine quantité d'étoiles fixes dans une certaine circonférence , et figurent comme celle du Bélier ou de l'Agneau , du Taureau , etc.
Dupuis prétend y dans son Œuvre sur Pjàstronùmie aneiennéy page 172 , que les plus anciennes traces de cette classification remontent i l'époque où le signe de la Balance se trouvait à l'équinoxe du printemps^ et le Bélier à l'équinoxe d'automne , et que la précession des équinoxes avait interverti de sept signes l'ordre primitif. Cette déduction est la base des anciens Zodiaques égyptiens ; or , la précession étant évaluée à 72 ans et demi par degré, ou 2160 par chaque signe, si l'an 1447 avant l'ère chrétienne , le Bélier se trouvait à son i5.* degré, il en résulte que le premier degré de la Balance dut être fixé, dans ces Zodiaques, iâ,i94 ans avant la même ère, ce qui joint à 1828 ans de l'ère chrétienne , donne 17,022 ans depuis l'origine desdits Zodiaques (1) . Le Bélier coïncide avec l'équinoxe du printemps, 25o4 ans avant Jésus-Christ, et le Taureau 4619 9 or , le culte du Soleil, sous le simulacre du Taureau, jouant le principal rôle dans la théologie des Egyptiens, Perses et Japonais, indique que les écrits sur csette allégorie du Soleil , datent de près de 46oo ans avant Jésus-Christ , et que ceux sur l'allégorie du Soleîl-
(i) Ces recherches infirment la chronolo^e biblique.
Aries remontent à près de 35oo ans avant Jésus-Christ ( i). (Voyez le Zodiaque de D^nderat.)
Le sabéïsme, ou la religion appliquée à la nature et à Fastronomie y devait être par nécessité universelle dans ces temps lointains; car elle était identifiée avec le moral de l'homme , qu'elle dirigeait de la même manière que les travaux de l'agriculture , ce qui est évidemment démontré par les auteurs que nous venons de citer y «et l'homme partout a àh embrasser avec une entière confiance une religion qui était en rappcHrt avec ses devoirs et avec les moyens de son existence.
L'Apocalypse, quoiqu'empreinte de l'emphase orien^ taie, est regardée par tous les critiques comme bien inférieure aux poèmes qui nous restent sur le Soleil; elle donne lieu d mille interprétations différentes , à cause de son obscurité. Néanmoins il nous dévoile que les Juifi9 , sectateurs de Jean , avaient une loi orale qu'on communiquait aux initiés, elle exista jusqu'au 8.** siècle chez les Chrétiens qui en dérivèrent ; c'est ce qu'on peut vérifier dans l'ouvrage du sieur de Vallemont , docteur en Sorbonne , dans ses My étires de la primitive Eglise. Cette loi orale se manifeste au eh. x de la F'iehn de Jean, C'est un Ange qui descend du ciel : il a un pied sur la terre , Tautre dans la mer ; il tient T Apocalypse à la main. Jean veut écrire ce qu'il avait entendu des sept voix , mais une voix du ciel lui prescrit : « Cache
(i) Planche V.
» les choses que les sept tonnerree ont fait entendre , » et ne les écrie point. » Jean alors déyore le petit livre de sa bouche : il le trouve doux comme du miel ; mais ipiand il Teut avalé^ ses entrailles furent remplies d'amertume. Il paridt que Jean, fidèle aux constitutions mosaïques y a voulu démontrer , par cette allégorie, que la connaissance des secrets religieux, quoiqu'en apparence agréables, produit des effets trés-pemicieux, et qu'ils devai^t, par cette raison, être transmis oralement.
Cet écrit est rempli des idées de Platon; ainsi, on y trouve les idées du Logos (1) le Dieur-Ferhe, de Famé du monde, de la destruction et de la fin du monde , rêveries suivies par les Juifs et par les Chrétiens de ces époques.
Les premiers Chrétiens firent de S.* Jean un second Moïse ou un Ëlie ; ils cachèrent sa mort et prétendirent que, par le $ 23 àxi chap, xxi écrit dans sa Fiéion , il devait vivre jusqu'à la fin du monde. Cette opinion a été soutenue par Don Calmet. Voici comme il s'explique i ce propos : « Si Jean était mort^ on .nous dirait » le temps, le genre , les circonstances de sa mort, on » montrerait ses reliques , on saurait le lieu de son » tombeau; or, tout cela est inconnu. Il iSaut donc qu'il » soit encore en vie. En effet , on assure que se voyant » fort avancé en âgCj il se fit ouvrir un tombeau où il
(1) On remarquera que le mot Logos est grec, et que ce mot ne peut avoir été mis en usage que par les Juiis d'Alexandrie.
» entra tout vivant , et qu'après avoir congédié ses dis- » ciples , il disparut y et entra dans un lieu inconnu aux » hommes. » Bien des Frères sont de l'avis de Calmet ; et s'appuyant sur ce que les deux S.*' Jean , fêtés par les Maçons , représentent les deux solstices , ils en concluent que S.* Jean n^est pas mort.
Pour ce qui regarde les Evangiles , nous rapporterons ce qu'en écrivirent les Saints - Pères ^ ainsi que leurs hypothèses, puisqu'aucun auteur profond ^ contemporain de Jésus , ne nous fournit de renseignement ni sur lui , ni sur ses miracles extraordinaires ; c'est ce qui a fait croire à quelques incrédules que Jésus n'a jamais existé , et qu'il n'était qu'une allégorie du Soleil , comme ils prétendent en trouver la preuve dans l'Apocalypse.