CHAPITRE XXI
Pierre rErmite prêche la Croisade , le Clergé Tappuie. — Concile de Plaisance et de Clermont. — - Pierre à la tête dWe armée de Croisés; sa conduite envers les Fidèles et les Infidèles. — Quelques traits de ^Histoire de Philippe L^^ , Roi de France. — • Les Croisés s'introduisent en Palestine et en Egypte. — Le Manichéisme existait alors en Europe et dans les lieux saints. — Les Croisés se Hent avec les Coptes. — La Maçonnerie fondée sur la Bible, l'Evangile et l'Apocalypse. — Doctrine des Chrétiens d'Orient analogue aux anciennes Sectes chrétiennes. — Les Croisés admis aux Doctrines coptes. — Ce que les Musulmans disaient aux Croisés leurs prisomuers. — • Causes de l'établissement des Ordres Chevaleresques.
i'an logS, Pierre TErmîtc reyini eu France de la Palestine où la dévotion l'avait conduit ; à son retour , il se plaignit amèrement de la tyrannie et des violences que les Musulmans exerçaient contre les fidèles chrétiens qui allaient visiter les lieux saints.
Le clergé , qui était tout-puissant en Europe ^ entraîné par ses déclamations , assemble un premier Concile à Plaisance, puis de suite un second à Clermont , pour prendre en considération le plainte de Pierre l'Ermite,
Dans cette dernière assemblée , les Saints-Pères décident que la chrétienté doit faire la conquête sur les Sarrasins de ces lieux vénérés.
Les Princes français y guidés par la dévotion et par Tenthousiasme , donnent le signal de la guerre , par ce cri qu'ils firent retentir dans tous les Temples : « Dieu » le veut » (i). Ils forment contre les Sarrasins une ligue religieuse qui embrase toute l^urope.
Les prêtres chargés de missions expresses , font retentir de letirs prédications tous les Temples.
4C Quelle honte , disaient^'ils , que les lieUx où le Diyin y> Vetbe est né y a vécu et fait tant de miracles ; oà il a » été crucifié et mis à mort pour la rédemption du genre » humain ; où il a prêché la résurrection y et est luinuéme n ressusdté y d^ôù il est monté au Ciel pour vérifier la pro- » messe du Roi Prophète : Diait Dominuê , Domino msa, » 9ede (2) à dë»tHê nieiê /.... Qilelle honte que oes » lieux sanctifiés par la présence du Fils de Dieu y soient D âân9 le» limîna dea -Sarlraetii^, de Ces barbares qui »' traitent de contes tous les prodiges y bases de la Reli- » gi<m catholique-chrétienne y parce que y disent^ils y ils » sont I0U8 contre Fcardre naturel ) de ces Payeofi qui
(1) MqIs i§n6 BdlÉs conservons dans les hauts degr^^ et qui se trouvent en toutes lettres dans le grand sceau du Chapitre métropolitain d'JEIérodom , ce qui est une des preuves que les Croisés fihétit partie dé cette fratei'iiité. {PLU, /z.« 1.)
( 1 ) Le Seigneur a dit à mon Seigneur : a Asieyèft-vôUs à ma droites . Ce texte ne peut.s'interpréter que pai^ la prédilection que TEtemel accordait aux Rois des Israélites ^ il voulait par-là faire comprendre ^e les Rois devaient être vénérée et respectés les premiers apris Dieui représentant sur terre ce Père Conservateur de tout ordre.
» méprisent les vérités sacrées y décrites et prouvées par » la Bible , par lefi Saints Evangiles et par les Saints- » Pérès ».
Les prêtres et les moines persuadent aux Chrétiens* qu'ils auront la rémission de tous leurs péchés , et qu*ik gagneront la gloire éternelle > le Paradi9 , s'ils triomphent de Satan y adoré dans ces terres saintes , qu'on devait arracher des mains des Musulmans. Des ecclésiastiques, des moines donnent l'exemple , en endossant la cuirasse.
Nous avons dit que le clergé était accoutumé a voir 898 Evoques s^ npieler des guerres ix>ur des intérêt^ mondains ; nous en rapporteroi^s ici un autre exemple. Pu temps dç PhQippe-Augui^te , Roi de Erfinçe^ Philippe de Dreux y i^su de sang royal , Evéque de Beauvais^ ^tait un grand guerrier. A la bataille de Bouvii^es y pour ne pas répandre le sang de ses ennemis » et pour observer la di9Cipli^ede l'Eglise (qui , d'après cq qu'on dif^ abhorre l'eflEusion du sa^g)} il se servait d'une mi^ssue d^ai$ les combats ; tuer lés hommes en les assommant n'était pas -^ à la lettre > égorger et verser du sang. Les Princes s'^ semblent et soulèvent les peuples en jpaajsse ; on décide l'invasion de la Çyrifi , de la Palestine et de l'Egypte , comptant sur une conquête facile.
G>nune , suivait la légeufle y Jésus y fils de Dieu y Pé^^ des honmieS) était mort ignominieusement sur une Croix , ce fut cet emblème que porta l'étendard qu'on arbora , et sous lequel se rangèrent ceux que l'enthousid^e
appelait à cette guerre , qui fut nommée CroUaie.
Pierre THermite, qui, ayant d'être prêtre, fat soldat , avait ébloui les Français par un extérieur de piété chrétienne : tout le monde courait sur ses pas ; aussi il fat suiyi d'une multitude infinie de petit peuple qui voulait l'accompagner à la conquête de la Terre-Sainte. Cette foule, dans son dévot enthousiasme, voulait obtenir de ses reliques; on allait même jusqu'à arracher du poil de sa mule.
C'est ainsi qu'à la tête de ce corps indiscipliné , il traversa l'Allemagne ; arrivé en Hongrie , il fit un traité avec le Roi Caloman , par lequel il s'obligeait à suivre tel chemin , à payer les vivres , et à faire garder à sa troupe la discipline la plus sévère; mais il arriva ce qu'on devait attendre d'un tel général et de tels soldats , ils pillèrent tous les lieux où il» pckseèrânt ^ révoltèrent contre eux les Hongrois qui finirent par tuer sans compassion tous les maraudeurs et ceux qui se débandaient. Le Saint Ermite ne médite que la vengeance, et avant % sortir de la Hongrie , sans aucune cause , violant à la fois son' traité et la foi qu'il avait jurée, il donne l'assaut à une forteresse de Caloman sur les frontières des Bulgares, et passe au fil de l'épée quatre mille hommes de garnison. Caloman, qui était allié des Bulgares, poursuit Pierre , lui tue dix mille hommes , lui prend deux mille chariots de bagages avec l'argent du général croisé, et le réduit au dénuement le plus absolu : celui-ci arrive
â Constantinople avec la moitié de son monde , et s'empresse dépasser en Asie; mais cet homme ^ aussi courageux prédicateur que méchant soldat ^ à la vue des Turcs^ quitte le commandement de l'armée et retourne à Constantinople y sous prétexte d'y aller chercher des vivres pour Tarmée qui fut entièrement détruite par les Musulmans.
Le grand projet des prêtres, â cette époque, n'était pas seulement de s'emparer, par le moyen d'une guerre religieuse , du pouvoir civil, mais ils visaient aussi aux biens de la terre. Voici comme s'explique le père Maimbourg , dans son Histoire des Croisades : « Les » Princes séculiers s'appauvrissaient pour secourir Jésus- » Christ et ceux de TEglise , profitant pour le temporel » d'une dévotion dont ils devaient donner l'exemple, en ' » s'enrichissant de louro dépouilles. Godet'roi de Bouillon )) vendit ou engagea â Aubert , Evéque de Liège, le comté » des Ardennes et de Bouillon, et Baudouin vendit à » Richer ^ Evéque d'Iverdun , la ville et château de Ste- » nay ». Ces principautés restèrent dans les mains des Evéques leurs successeurs jusqu'à la révolution française.
Philippe L«' , Roi de France , ne partagea pas l'enthousiasme de ses sujets : ayant répudié sa femme, Berthe de Hollande , belle-fille du Comte de Flandre avec laquelle il vivait en mésintelligence, il devint amoureux de Bertrande (i) de Mont-Fort, femme de Fulques
(i) Philippe I.« fit, comme avait fait son père, un trafic scan-
le Rechin , qu'il enkva , et avec laquelle il vécut scan* daleusement et pubtiquemait dans le concubinage. Les foudres apostoliques ne purent Tarracher des bras de sa bien-aimée ^ ni le faire partir avec les Croisés.
Les Princes et les grands d'Europe établirent , â cette époque, des Ordres de Chevalerie pour fournir toujours de nombreuses récrues pendant les guerres contre les Sarrasins ; les Chevaliers croisés pui^snt pénétrer dans ces lieux lointains et même s'y établir ; mais toujours environnés de périls ; ils cherchèrent un appui et le trouvèrent dans les Carpocratiens , Gnosticiens, dans les Coptes et Chrétiens d'Orient , qui étaient accablés sous le poids du despotisme des Musulmans qui les gouvernaient comme un peuple conquis.
Bossuet, HUtoire des FariatUmê, liv. ix, indique qu^au moyen âgé leiT sectes chrétieimee, et plus particulièrement , les Manichéens et Gnosticiens, s'étaient cachés autant que possible dans l'Eglise même : « Les » restes du manichéisme , trop bien conservés en Orient , » se débordent sur l'Eglise latine >». Montfaucon , v. n,
daleux des b^ëfiçes ecclésiastiques ; il vendit môme à Glodius , ^ coupable de sacrilège , un Evéché. Ainsi , on n'est plus surpris si on lit dans Dulaure , tom, H y pag, 22 , qu'après que ce même Prince eût enkTé avec violence^ en 1092, Bertrande, femme du Comte d'Anjou, il trouva un Archevêque et deux Evéques qui consacrèrent ce rapt | en bénissant cette alliance criminelle. Lorsque d'autres prêtres voulurent qu'il expiât ses crimes, ils débitèrent toujours que le Diable lui aviii conseillé de Iqs commettre.
.jp. 271, parlant de la religion des Egyptiens, dit que Thérésie du bon et du mauvais principes , qui était soutenue par les Manichéens et autres, a ùàt en divers temps de grands ravages dans TEglise ; il dit aussi qu'on en trouve encore quelques restes dans l'Orient. Ainsi on ne peut aucunement douter que ces doctrines n'existassent ■du temps des Croisés qui furent surpris de trouver dans les Chrétiens d'Orient la religion primitive, Tesprit de bienveillance uni à celui de fraternité.
Les Croisés se lièrent étroitement avec leuts co-religionnaires , étant sûrs qu'ils en recevraient des lumières et des secours; ils se firent initier dans leurs mystères^ apprirent leurs signes , leurs symboles et allégories , et formèrent le projet , de retour chez eux, de travailler à la reconstruction du Temple de Salomon, le Temple le plus digne de rF.tornol qui dcTaît éUe ouvert au monde entier et peuplé par des hommes libres et vertueux.
Ce Temple mystique était en très-grande vénération chez les Gnosticiens et autres Chrétiens, plus par l'idée de son unité et du culte simple , que par une magnificence chimérique.
Un fait sur lequel on est tombé d'accord et qui n'est pas contesté , c'est que l'ancienne et la moderne Maçonnerie conservent dans leurs initiations toutes les formes de celles des anciens Egyptiens avec les emblèmes juifs, et que le fond de cette religion est basée sur la Bible (1),
(]) Dans le lieu où la Bible est pour ainsi dire uée, elle est
sur les Evangiles et FApocalypse ; qu'elle emploie le langage hébraïque pour la plus grande partie de ses mots, qui seuls fournissent Tinstruction orale relative aux différentes légendes, et prouvent que ses mystères sont ceux des premiers Chrétiens d'Orient.
Il est aussi reconnu que, malgré que les Sarrasins fussent les maîtres de toute TEgypte , d'une partie de TAfrique , de F Arabie et de l'Asie occidentale , les Chrétiens qui s'y trouvaient y qui suivaient , comme il est démontré, la doctrine desEsséniens,Cabalistes, Manichéens, etc., pratiquaient leurs mystères dans le secret; et malgré les persécutions et la réforme dominante de l'ismaélisme, conservèrent quelque partie de la Bible et du Nouveau- Testament avec leurs anciennes initiations et codex.
dès-à-prëscDt presqu'înconnue. La Société Biblique de Londres envoya des missionnaires en Syrie , en Palestine et en Egypte ; mais ils n'eurent que de très-faibles succès. Us trouvèrent la ville Fedminel-Kounois , qui signifie place des Eglises , habitée , moidé, par des Goptes-cbrétiens et moitié par des Musulmans , vivant ensemble sans jamais se quereller. L'ignorance dans cette contrée est très-grande. Les Coptes aujourd'hui ont perdu leur ancienne langue , et ne connaissent plus que l'arabe ; cette population , au dire de Belzoni , tom, H^ pag, 160 , ne possède qu'une copie manuscrite d'une partie de la Bible ou Nouveau-Testament, qu'ils conservent comme une relique , quoiqu'ils aient une infinité de codex en écriture hiéroglyphique qu'ils ne connaissent non plus. On conserve dans cette ville une tradition qui porte qu'il y avait jadis 3oo Eglises. Le Labyrinthe dont parle Hérodote comptait , à l'en croire 9 3 000 chambres , et était sur cet emplacement. La tradition de toutes ces Eglises ne serait-elle pas confondue avec celle du Labyrinthe ?
Le grand laps de temps qui s'écoula pendant les entre^ prises des Croisés , leur permit d'être admis à tous les mystères des Enfans de laVeuve (i)^ des dogmes du Grand- Architecte de rUniyers et des deux principes.
Ils admettaient pour dogme Dieu Créateur de la lumière et des ténèbres y comme les anciens prêtres égyptiens. Ds s'occupaient symboliquement de la réédification du Temple de Salomon ^ de la mort d'Hiram , de la Parole perdue par un assassinat, de la captivité des Juifs i Babylone, de leur délivrance sous Cyrus, du rétablissement du Temple saint sous Zorobabel. Ils admettaient avec les anciennes doctrines égyptiennes et juives, la doctrine libérale de notre Divin Maître Jésus , avec les droits pour tous les Frères, des Grands-Pontifes et Sacrificateurs, la communauté des biens, la bienfaisance envers tous. Ils rappelaient dans leurs mystères la passion , la mort de Jésus, qui, conmie il est dit dans T Apocalypse, nous a établis tous prêtres et sacrificateurs , avec un égal droit à être initiés.
Les Chevaliers croisés , admis et initiés aux mystères des Enfems de la Veuve , de retour chez eux , les communiquèrent à des adeptes en Europe, qui, convaincus à leur tour de la vérité de ces doctrines et de la sainteté de ces institutions , s'y vouèrent entièrement.
(i) n ne faut que lire les Evangiles et 4es Actes des Apôtres. On s*esl servi souvent du mot la F'euue , pour expliquer la Religion chrétienne.
Qu'il nous soit permis d'observer ici y qu'il y a toute apparence que les Chevaliers croisés firent à leur retour en Europe une réfbnue de ces rites et mystères , en les adaptant â l'usage de l'époque où ils vivaient ^ car tous les rituels maçonniques, même les plus anmens, ne portent au^ins caractères d'une haute antiquité ; ils suivîiient facilement TeoDemple du Pape Grégoire , qui, au ^.* siècle , avait réformé l'office eA les prières de la Messe , qui sont restés les mêmes chez les Chrétiens de Rome jusqu'à nos jours.
Les Chrétiens et les Sarrasins appelairat leur guerre sainte, quoiqu'elle ne produisit que des teigandages et des crimes.
Le grand Saladin fut attaqué dans ses Etats ; voulant repousser une agression honteuse par un ex^nple de terreur, il ne donna pas de quartier «ux vaincus , fit massacrer tous les prisonniers qui étaient tombés en grand nombre en son pouvoir. Par la suite , le feu de la guerre se calma; on proposa des suspendus d'armeset on ne i^t {dus égosger les captifs; on apprit à se eonnaître mieux , et l'estime réciproque que se portèrent les deux partis -étoufia la fureur religieuse.
Néanmoins, comme la guerre avait pour cause la religion , il se fit que pendant le séjour des Croisés chez les Musulmans, ils avaient souvent des questions théologiques; ce qui a induit de plus en plus les Croisés dans la croyance du Grand-Architecte de l'Univers et dans
runitédeDieu. Les Sarrasms regardaient conune inconcevable et absurde > rûpiniicm d'un Ken le Père-égal à son Fils , et d'un Diett le Fils égal i 9&n Père en âge el sans commencement, comme le Dim Père, et d'un Dieu le St.- Esprit ^1 à tous les deux. Lcnrscjue tes Sarrasins avaient des prisoimiers croisés avec lesquels ils s'entretenaient joumdiiêrement, ils leutdisffiiient : « Si vous bonorez dans » votre divine TVinité autre diose que les trois principes » sortis du sein de FEternel , vous n'êtes que des id(dà* » très. Ccst nous seuls tpai adorons le vrai Dieu ^ Tunique » Dieu , le Père de la Nature » . Les Sarrasins reprochaient aux Croisés faite prisonniers d'adorer ignominieusement plusieurs Dieu^s : <c Pourquoi ne suivez-vous pas la reli- » gion nattt)relle , dont la morale est aussi sublnne que » simple y que la Divinité a inspirée i tous les hommes , )> qui est universelle comme la Nature > que la raison » comprend faciloan^ent , canr ses maximes s[e trouvent » dans tous les cœurs où les préjugés n'ont point rem- » placé rinnoc6nce » ?
CesIMusulmans disaient aux Chevaliers croisés : «Estrtl y> possible que vous puissiez admettre contre le bon sens, r^ cositre la justice , contee toute raison , que €e Grand- » Architecte , qui a créé des millions et des milliards de y^ soleils et de corps opaques en proportion pour les y> éclairer et les animer, n'ayant rien fait sans cause et » sans fin ; qui a su donnera tous ces corps innombrables
» des mouYemens aussi difiërens et réguliers , afin qu'ils » ne s'entrechoquent pas, qui a pourvu de toute éternité à » leur conservation par un ordre immuable ; qui , par sa » toute-puissance y intelligence , raison , a créé tant de » merveilles, en comparaison desquelles la terre que )> nous habitons est moins qu'un grain de sable : est- » il possible que cet Etre incompréhensible , qui , » par sa seule volonté, a pu créer tout ce qui existe; » Etre de toute perfection, de.toute puissance, dont la » forme a toujours été cachée à la recherche humaine , » se soit, sans aucune utilité ou fin raisonnable, meta- » morphosé en homme?... G)mment admettre que Dieu , » toujours agissant, se soit soumis, comme un èmbrion, » à neuf mois de néant dans le ventre d'une Juive , soit » né dans Tétat le plus misérable , se soit exposé à toutes )» les nécessités, besoins et infirmités de la viej se soit » soumis de sa propre volonté à terminer ignominieuse- » ment sa carrière humaine? 0)mment admettre que cet » Être impassible se soit fait accuser de blasphème , con- » danmer par des hommes à être fustigé, et à mourir en- » tre deux larrons? Vous voulez que ce soit pour racheter » tout le genre humain qu'il s'est assujéti à toutes ces » peines, pour ouvrir les portes du Paradis, fermées aux » trépassés jusqu'à sa mort ; néanmoins , malgré les souf-
» firances et la mort de cet Etre de bont^, la plus grande » partie des hommes sont damnés et privés de ce Paradis. » 0>mment pouvez-vous concilier l'idée de sa toute-
» puissance ayec celle de rinutilité de sa passion et de » sa mort? car les hommes sont ce qu'ils ont été relati » vement à leur fragilité comme auparavant. Convenez » de Fabsurdité de cette fable , qui détruit toute idée de » la grandeur, de la puissance du Grand-Architecte de » rUnivers, qui ne peut être qye la conséquence de » rignorance , de la superstition et de la déraison hu- » maine.... Humiliez-vous devant cet Etre immense y in- » compréhensible 9 adorez-le dans ses ouvrages , déchirez » le bandeau de l'erreur, et ne croyez jamais que cet
)» Etre, tout ordre, tout puissance , ait été inconséquent » ou impuissant ».
Le Croisé avait beau répondre : « On m'a dit depuis » mon enfance que ^ pour être sauvé , il fallait croire » ce que FEglise de Rome croyait ». Ceci, n'était pas une réponse de nature à convaincre ou à réfuter un Sarrasin.
Un Croisé, instruit comme la généralité des Européens de cette époque , homme de bon sens et bon guerrier , se laissait persuader aisément qu'il ne fallait pas adorer plusieurs Dieux , s'il retournait en Europe ; les Musulmans l'avaient convaincu que les Papes et les prêtres étaient des ambitieux, qui avaient armé l'Europe pour leur intérêt. Les Sarrasins lui avaient fait voir d'un côté un mystère qu'il ne pouvait comprendre , et de l'autre des intrigues qu'il comprenait très-bien.
Les Croisés avouaient aux Sarrasins qu'ils ne voyaient
pa» trop comment trois Dieux et troix personnes n'en faisaient qu'un seul. Cette facilité qu'ils eurent de se communiquer leurs opinions religieuses , fut une des causes qui déyeloppérent de plus en plus la doctrine de l'unité de Dieu en Europe , où la foi chrétienne de Rome, ses mystères et ses rites étaient puissamment affiiiblis par les yices du clergé ; tandis que la religion de Bllahomet acquerrait tous les jours plus de prosélytes. Le clergé même , du temps de Pierre l'Ermite , avait compris sa fausse position ; il craignait que les Sarrasins n'enva^^ hissent l'Europe : c'est par cette puissante raison qu'il prêcha cette fameuse ligue , et qu'il unit ponr elle tous les Souverains de l'Europe , malgré la diversité des intérêts qui existait entr'eux. Le clergé s'est servi d'an ressort religieux pour arriver à son but mondain et politique ; néanmoins , par la menace de ce grand péril , il se dépouilla d'une faible partie de son pouvoir en ftivenr des Ordres chevaleresques qui s'élevèrent pour combattre les Sarrasins , cherchant en même temps à les tenir soumis à son influence par les bulles d'institution qu'il délivrait lors de leur création.
CHAPITJRE XXII.
Hugues de Payens institua les Chevaliers Hospitaliers ; origine dQ leur nom , leurs légendes maçonniques. — Guerre des Templiers avec le Vieux de la Montagne ; sa Religion et son Initiation.-— De l'influence salutaire des Croisades pour l'Europe. — Philippe-le-Bel et Bertrand de Goth cherchent à détruire les Templiers devenus riches et puissans ^ calomnies intentées à l'Ordre ; sa profession de foi selon les profanes ; Baphomet ; Proclamation d'un Initié Templier par le Grand-Maître. •— Les Templiers en opposition avec Tagrandissement du pouvoir papal. — Confessions modernes. —Confessions anciennes.— Griefs contre les Templiers; fausseté de» accusations dont ib étaient l'objet) destruction des Templiers. —-L'ignorance de l'Europe et du Clergé augmentent le pouvoir des Papes. — Mort de Philippe et de Clément.—- Grades maçonniques qui rappellent les Templiers ; oeuz-ci se conservent et se reproduisent au commencement du 19.^ siècle. — Opinions que 1^ Maçons dérivent des Templiers. Comment on peut classer les rites maçonniques.
JL/an 1118^ Hugues de Payens établit un Ordre sous la dénomination des Chevaliers Hospitaliers , qui, selon Tusage de ce temps et d'après son institution , envoya une foule de Chevaliers à la conquête de la Terre-Sainte. Peu après son institution , Baudouin ^ qui était devenu roi de Jérusalem, donna aces Chevaliers une maison dans Jérusalem , près d'une église qu'on croyait remplacement de Tancien Temple dé Salomon : cet Ordre
avait eu même temps des Cbeyaliers en Syrie et en Egypte^ où ils se lièrent comme les autres Croisés aux Coptes.
Ce fut en reconnaissance d'avoir été admis aux travaux du Temple mystique que les Chevaliers Hospitaliers demandèrent au pape Eugène II la confirmation des privilèges de leur Ordre, et de plus, d'être investi particulièrement et spécialement du titre de Chevalière du Temple au lieu de Chevaliers Hospitaliers. Le pape Eugène , croyant que cette dénomination avait rapport au Temple de Jérusalem et au Christ, accorda leur demande ; depuis on les a toujours reconnus sous la dénomination de Chevaliers Templiers ou Chevaliers Saints , en hébreux kadoeeh.
Le pape Pascal II confirma cette institution ou Ordre militaire. Le pape Honoré II leur accorda Thabit blanc. Le pape Eugène III leur permit de porter sur Thabit une croix rouge (i). Les Maçons, admis au sublime Ordre de la perfection , sont décorés du même habit ^ tant à leur réception qu'à la Cène mystique ; cet habit est de la plus haute antiquité et existait bien avant les Templiers.
Les Frères Templiers, après leurs statuts d'hospitaliers ;^ avaient trois classes de Frères : i.*" celle des Servans , qui servaient indistinctement les malades pèlerins et les Templiers; 2.^ celle des Frères ecclésiastiques em-
(1) M.' de Samt-Martin , dans son ouvrage des Rapports de Dieu avec les Hommes et rUniperSy nous fait savoir que les prêtres du Soleil portaient une Croix sur leurs habits : elle était le symbole de l'immortalité de Sérapîs*
ployés au service des pèlerins; 3.° celle des Chevaliers qui allaient à la guerre. ^
Dans les instructions des Chevaliers d'Orient , où Ton célèbre rinâtitution des Chevaliers Templiers , et l'arrivée de ces doctrines en Europe ^ celle-ci nous est présentée de la manière suivante : « Quatre-vingt-un Ma- » çons (i) , soUs la conduite de Garimont, Patriarche de » Jérusalem^ passèrent en Europe, en ii5o, se rendant » près de TEvéqùe d'Upsal qui les accueillit très^«unica- » lement , et par-là TEvéque fut initié aux mystères » apportés des Coptes ; ensuite on lui confia le dépôt » sacré de ces mêmes doctrines , rites et mystères. » L'Evéque d'Upsal eut soin de les renfermer et de les » cacher dans le souterrain de la tour des quatre couronnes, » qui alors était le local du trésor de la couronne du Roi )» de Suède. Neuf de ces Maçons, du nombre desquels » se trouvait Hugues de Pay ens , établirent en Europe » rOrdre des Templiers ; dans la suite ils reçurent de » TEvéque d'Upsal le dépôt qu'on lui avait confié des » dogmes, mystères et doctrines des prêtres coptes ». C'est par ce fait que les Templiers , dans la suite , devinrent lea conservateurs et les dépositaires des mystères , rites et cérémonies apportés d'Orient par les Maçons, et les Lévites de la vraie lumière.
(i) Ces Maçons sont toujours, en sens figuré, des Chevaliers Croises qui avaient été admis aux mystères des travaux du Xemple et à la religion des Mn/ans de la Feuue.
Les Chevaliers Templiers, dévoués entièrement aux sciences et aux dogmes apportés de la Tbébàïde, voulurent, par une commémoration , fêter dans la suite des temps cet événement. Les Templiers écossais servirent de modèle en établissant les trois grades de S.^ André d'Ecosse , et les adaptant à la légende allégorique qu'cm lit dans les instructions qui j sont relatives.
« Des Chevaliers Templiers écossais s'occupaient à » remuer un terrain dans Jérusalem pour y bâtir un )> Temple, précisément sur remplacement de l'ancien y> Temple de Salomon, et où jadis était la partie appelée » Sanctasanetorumf jiendant leur travail ils découvrit » trois pierres qui étaient les pierres fondamentales du » Temple même de* Salomon. Leur forme monumentale » attire leyr'Uttentionj elle redouble lorsqu'ils y voient » dans des espaces elliptiques tracés sur la dernière le » nom de Jehôvah(i) , qui était aussi le type des mystères » des Coptes, la parole sacrée perdue par l'assassinat » du Grandr^Architeete , et que (selon la légende des » premiers grades) , Hiram avait fait graver sur la pierre » fondamentale du Temple de Salomon. Les Chevaliers » écossais , après cette découverte , rapportèrent ohes )» eux ce monument précieux , et pour éterniser leur res- » pect, ils s'en servirent pour les trois pierres fonda**
(i) Nous ne pouvons pas assez rappeler qu'une partie des premiers CSbrëtiecis ont cm, que o^était par cette parole , que lémis conservait sur lui , qu'il avait pu opérer tant de mirades.
» mentales de leur premier Temple à £diml)ourg (i) ».
Les travaux comutnencérent le jour de Sf* André; ainsi les Chevaliers Templiers qui eurent connaissanoe de c^ fait, du secret des trois pierres et de la parole découverte et trouvée > s'appelèrent Chevaliers de S.* André , en établissant des grades de mérite pour y parvenir, qui se conservent dans l'apprenti , cH;»mpaguon , maître , connus sous le titre de Petit, de Grand-Architecte et de Maître Ecossais.
Par les institutions communes à tous les Ordres chevaleresques, les Croisés étaient obligés à des courses, à des pèlerinages lointains, où ils se trouvaient, comme <m l'a dit, environnés de périls; ils étaUirent ces grades pour se reconnaître particulièrement entt'eux et s'aider en cas de besoin, adoptant pour ces voyages des signes, des paroles, des attouchemens particuliers , en communiquant à tous les Frères le grand signe pour se secourir en cas de surprise.
A l'imitation des Chrétiens d'Orient et des prêtres coptes, ces Chevaliers conservèrent entr'eux la Loi orale de leiur dogme qui ne s'écrivit jamais, ayant soin de la cacher aux initiés des grades inférieurs : tout ceci se conserve strictement encore dans le rite philosophique de nos jours , quoiqu'il ne cherche pas i établir sa dérivation des Chevaliers Templiers.
(i) La légende de ces trois pierres a une analogie frappante avec les trois pierres mystérieuses que les Nymphes découvrirent , et qui ^ÇDt par elles présentées à A^ncrve , Déesse de la Sagesse.
Outre la guerre qu'ils eurent à soutenir contre les Sarrasins y les Templiers en firent une longue et cruelle au Vieux de la Montagne de la famille des Arsacides qui étendait sa domination sur douze villes voisines de Tyr. Les Princes de cette contrée étaient Grahds^Prétres de ieur religion ; celle-ci y d'après l'opinion de plusieurs auteurs, était la même que celle des prêtres égyptiens > comme on Ta indiqué. Ces Princes avaient établi une initiation , où y i)ar la multiplicité des prestiges , ils réduisaient les néophites à obéir aveuglément à leurs commandans. Des jeunes gens y nourris dans leur doctrine , étonnèrent le monde i)ar leur hardiesse etleur dévouement.
Les Chevaliers Templiers réunirent les possessions du Vieux de la Montagne i leur domaine ; et ayant remar* que le courage surnaturel de ses Disciples^ ils les admi<rent dans leur Ordre. Quelques historiens veulent que les Templiers, par cette adoption , aient embrassé cette institution. Ce fut Gauthier de Montbar qui en reçut la doctrine et la transmit en Europe.
Toutes ces circonstances amenèrent l'affaiblissement de la religion de Rome ; elle perdit plusieurs de ses croyans, et en particulier des Chevaliers Croisés, qui s'arrêtèrent en Syrie , en Palestine et en Egypte , où toutes les religions des premiers Chrétiens se conser* vaient et étaient tolérées par les Sarrasins.
Les Chrétiens orientaux regardaient le dogme de l'unité de Dieu comime un mystère et une révélation divine ; ils ne conmiuniquaient cette connaissance que
par rinitiation qu'ils tenaient secrète ; ils pratiquaient la morale préchée par ie fils de Marie, mais n'admettaient pas sa divinité 9 car ceux-qui suivaient les tradi^ tions gnosticiennes.et cabalistes le regardaient pour un> de leurs anciens Frères.
Les chevaliers Croisés, admis aux dogmes et mystères des Chrétiens orientaux, de retour en Europe, durent tenir cette initiation d'autant plus secrète, que le seul soupçon de cette croyance aurait, pu envoyer ces nouveaux religionnaires aux tortures et aux bûchers.
Les Croisades apportèrent à l'Europe des lumières inattendues; les seigneurs, en quittant leurs forteresses, s'instruisaient chez les étrangers de leurs mœurs et de leurs opinions ; ce qui rompit les habitudes anciennes ,
et particuKèrement celle de l'aveugle dévotion au clergé: Peut-être ne gagnaient-ils rien en moralité, mais ik^ revenaient imbus d'idées de tolérance rdigjeuse ; un changement plus heureux devait nécessairement s'opérer dans leurs facultés intellectuelles.
Ce changement inattendu n'échappa point aux prêtres et aux Rois ; aussi , dans la crainte que ces émigrations ne finissent par ébranler la croyance des uns et la fidélité des autres , ils les entravèrent par tous le» moyens qui étaient en leur pouvoir ; cette politique fiit plus particulièrement adoptée par des Princes qui ne devaient qu'à l'usurpation ou à la violence le sceptre des pays qu'ils gouvernaient.
L'Ordre des Chetaliers du Temple se distingua dans les combats contre les Sarrasins ; sa renonmiée , ses exploits, ses Yertus lui procurèrent des richesses inunetises et une considération qui balançait le pouvoir des Princes en Europe.
Iiors de sa déplorable destruction , il comptait plus de quarante mille Cheyaliers et neuf mille seigneuries.
La lumiire qu'il avait apportée d'Orient > et qu'il répandit en Europe 9 inspira de la jalousie aux fanatiques et de la crainte aux despotes. Philippe-le-Bel et Clément Y y le premier Roi de France , le second Pape (i) , voyant que l'Ordre des Templiers avait un pouvoir iTèsr étendu et qui augmentait tous les jours, soupçonnèrent des doctrines, des rites , des mystères et des secrets qui attiraient cette prodigieuse quantité d'adeptes , en leur fusant connaître leurs droits civils , et en les délivrant de tout préjugé de la Cour de Rome en faveur des Papes. Us conçurent dès-lors le plan de détruire l'Ordre, dans la triple vue de s'emparer de ses richesses immenses, de perpétuer le fanatisme et l'imposture, et de consolider le despotisme.
Nous rapportons l'opinion d'un de nos Frères les plus éclairés sur ce fait : « Lorsqu'il s'agit de sociétés se-
(i) On prétend que Bertrand de Goth ne put obtenir la tiare qu'à condition de consentir à la destruction des Templiers ; les historiens contemporains font un portrait peu édifiant de ce Pontîfey et le peignent sous des couleurs hideuses.
>» crêtes^ les despotes , qui croient par leurs soupçons » prouver leur perspicacité, ont toujours imaginé que y> des crimes s'y traitaient , précisément où il n'a ja- » mais existé d'ombre.
» Les réunions des premiers Ghrétiens et leurs ban- » quets consacrés à l'amitié sous le nom des Agapes , » lurent peints comme des repas de Cannibales ; on y )» mangeait des enfans ; on jurait dans le sang de cette » victime innocente le renversement des Empires ; on » éteignait après les lumières y pour s'abandonner à y^ toutes les brutalités contre nature. Lisez les causes de » toutes leurs persécutions , les Souverains , les juges , » le vulgaire de œ témps-là y les croyaient ennemis des » Dieux y des trônes et de la société ».
Ces absurdités furent répétées en tout temps contre les Basiliens , les Gnosticiens, les Manichéens^ et alors contre les Templiers. Les calomniateurs de ces temps-là disparurent , d'autres leur succédèrent y renouvelant toujours les mêmes accusations et rêveries sur le même sujet.
Les accusateurs des Templiers et leurs ennemis ont établi qu'ils avaient dans leur Ordre trois professions ; la première y qu'ils appèlent la permise ^ était conforme à celle des autres Ordres chrétiens, commune à tous les novices templiers qui ne connaissaient pas les suivantes ; et par-là disent ses détracteurs , il y a pu avoir beaucoup de Templiers qui , ne reconnaissant que la
régie primordiale de leur Ordre , soutinrent que tous les reproches qu'on fiedsait à leur Ordre étaient faux et calomnieux. La seconde profession est appelée contre la foi : les ennemis des Templiers dirent que y pour entrer dans cette classe , il fallait renier la divinité du Fils de Marie ç fouler aux pieds la Croix et jurer de n'abandonner jamais l'Ordre ; qu'après cela le récipiendaire devait baiser le président d'une manière plus qu'indécente ^ comme l'ont insinué quelques auteurs en parlant des élections des Papes. La troisième profession s'appelait lu régùêontjB : ceux admis gouvernaient l'Ordre , recevaient à leur réception une seconde ceinture â laquelle était attaché le grade sacré des Elus; on j coDr naissait le grand secret de l'Ordre, et on lui accordait la vue d'une image symbolique , qu'il recevait ensuite ccnnme un talisman^
La Houppe ( Table II, n.® s ) ou ceinture sacrée : les Chevaliers la recevaient comme une marque de leur chevalerie secrète; elle n'était point mise en ostentation , on ne la voyait pas ; ce qui fait un contraste très-marqué avec tous ces cordons anciens et modernes des Templiers du jour , qu'un volumineux dictionnaire pourrait à peine nous faire connaître. Les anciens Chevaliers Templiers recevaient une simple ceinture de lin qu'ils étaient obligés de porter toujours sous le vêtement.
L'image symbolique , dans les procès des Templiers , est dénommée Bafjpnnet; ce mot est composé de deux
mots grecs , Baphe Meton , qui signifient littéralement Baptême de la Sagesse. Le mot Baphe à plusieurs significations , suivant son placement ; dànk la phrase présente , il est synonyme de purification , fécondation , et allégoriquement 9 la yie; pris en ^ sens allégorique, Baffbmet signifiait Vie dé la Sagesse. Les Chevaliers Templiers appelant un sjxnbole Baffbmet, ont voulu dire que Dieu est la seule vie de sagesse. Les Templiers ne pou— ^ vaient pas publiquement confesser leur dogme de Tunité de Dieu, à cause de la religion trinitaire qui persécutait les unitaires.
Les accusateurs des Templiers disaient qu'ails adoraient ce symbole représentant une tête avec la barber; ils les firent idolâtres, lorsque ce signe était ral)ég6rie du nom de Dieu. Us dirent que , par l'hommage que les Templiers marquaient à cette idole lorsqu'ils la montraient au néophyte au troisième point de sa réception , elle marquait leur mépris pour Jésus et sa Croix.
Une partie de ces accusations pouvait être vraie ; mais les Templiers n'adoraient pas cette image. Les rai-, sons de ce culte extérieur n'étaient pas l'adoration d'une idole grotesque et dorée , ayant ses bras croisés et le corps emmailloté jusqu'au bout des pieds. Cette image île pouvait aucunement être un objet de leur adoration: les causes sensibles de cette figure ont été assez expliquées dans l'histoire religieuse des Gnosticiens , des Cabalistes et des Manichéens.
Os saivaient même Tidée que S.^ Basile in êxam. a laiasée , <c qu'après la volonté du premier Être (Dieu) , » l'énergie qu'il imprime à la matière lui suffit pour » produire tous les animaux ^ dans tous les temps , sans » même qu'il eut besoin de mâle et de femelle ».
On a eu beau écrire , le célèbre Miêterium Bàpho-mêH explieaitim , en cherchant à faire croire qu'il était kl Divinité i laquelle les Templiers attribuaient la pui^ SMice de ùdre pousser la végétation et accroître les moissons. Nous avons fait connaître que cette prétendue idole était l'image du Père Eternel ou de la Nature chez les Chrétiens d'Orient^ le même qu'on voyait sur une quantité de mécUtiltes et d'Abraxas, (PL Uj fig. 2 et 17.)
On voit les emblèmes^ qui accompagnent cette image, sculptées sur des tombeaux et quelquefois déposées dans l'intérieur avec le cadavre y et en bien plus grand nombre que dans les autres époques du 12.*" au i4.* siècle , précisément lorsque les doctrines (Hrientales arrivèrent derechef en Europe. L'auteur du poème de la Maçonnerie, pag. i^jy dbserve qu'au dixHseptième siècle on avait découvert «n Allemagne un tombeau d'un Chevalier Templier, mort avant la persécution de cet Ordre, et qu'on y avait trouvé une espèce de talisman , comme ceux aux figures ci-dessus indiquées , ayant la tête d'un vieillard avec la barbe , et de plus les signes que l'on toit dans des Abraxas y comme le compas , l'équerre , la sphère ^ le
décagone, dit le pentagone de Pj^ihagore, celui qu'on nommait le bien-être ayec les huit étoiles et Foglade gnosticienne ; allusions aux huit principes égyptiens et phéniciens, et aux huit angles de la pierre cubique.
Tout le système des Gnosticiens ou jirètres du Soleil se trouve lié ayec l'image barbue et imberbe des Templiers qu'on manifestait â l'initiation. Observons que lorsque le Grand -Maître recevait l'initié au rang des Frères, il lui disait Yalta, mot arabe qui signifie hê^ mièrê de Dieu; et en allumant un flambeau , il prononçait : Fiat lux; ensuite, en se tournant vers ses Frères, il leur disait : « C'est l'aimé de Dieu, voilà son fils bien- » aimé. » Cette représentation est suivie par tdns les fites, lors de la réception d'un Maçon; il demande et on lui acccHrde la lumière. L'Ordre des Templiers fut un des anneaux de la chaîne des mystères qui se trouvé placé entre les anciennes et les modernes initiations.
Les accusateurs des Templiers ont voulu que , dans la réception, on ût 1* abnégation absolue de la croyance de la divinité de Jésus, et qu'on foulât aux pieds la Croix. Ils ajoutèrent' néanmoins que, lors de cet acte, rinitié était obligé de professer solennellement un Dieu tout-puissant , créateur du ciel et de la terre.
On a prétendu qu'uBe tradition orale se trouvait chez les Templiers , et qu'elle disait que le grand Saladin , après de fréquentes entrevues avec ces guerriers , pénétré dé l'esprit de charité, qui régnait dans leurs ins-
tittttions, s'était fait receToir dans leur Ordre et fraternité. Les détracteurs des Templiers dirent, au lieu de cela , qu'ils lui avaient rendu compte des projets des Croisés, ce qui était contre leur intérêt : ils disent aussi que dt£férens Templiers , faits prisonniers, avaient recouvré leurs libertés avec la condition expresse de renier Jésus-Christ et d'eu introduire l'usage dans leur Ordre. Si ce fait avait été vrai , les Sarrasins y auraient substitué l!obligation d'introduire la Loi de Mahomet.
On inventa dans cette circonstance mille autres accusations contre les Templiers : le Saint-Pére, convoitant leur richesse , enviait leur pouvoir et leur esprit libéral et philosophique. Observons une chose étonnante à ce propos , c'est que les richesses et le pouvoir qui ont de tout temps corrompu toutes les nations et toutes les sociétés religieuses, n'ont aucunement amené le même résultat chezlej Templiers; rien ne prouve que l'Ordre ait eu des hommes relâchés.
hes Telnpliers étaient toujours en opposition à V^*grandissement de la Cour de Rome; à cette époque les Papes avaient pu faire adopter, en différens pays, la confession auriculaire si utile à leurs projets, en la fiBd<sant déclarer nécessaire à tout homme pour entrer en Paradis. Ils se constituaient par-là les médiateurs entre Dieu et les hommes. Cette mesure absUrde mettait la Cour de Rome à même d^étre instruite de tous les secrets de famille. Une fois maîtresse de ce tout-puissant 'et
invisible ressort, armée du glaive de Tintrigue , elle en disposait à son gré contre ceux qui n'étaient pas dociles à ses désirs.
Le clergé de Rome s'efforça de faire croire que la confession était un des articles les plus sacrés de la religion des Juifs. (Voyez l'ouvrage Pugio fidei, de Raymond Martin, édition de Francfort, 168'/ y pctg.i'/b.) Il fit valoir que la confession était en usage à Tlndostan , chez les Brames , qu'elle avait existé chez les Payens , en Grèce , en Egypte, et que Saint Jacques (1), au ch, v, $ 16 , recommande de se confesser, car il dit précisément : « Confessez vos fautes l'un à l'autre » , comme si on disait : vous en recevrez des avis , des lumières , c'est le Dpioyen de se corriger: tel est le sens de ce texte', même après les antécédens, où il donne des conseils pour bien se conduire dans le monde.
Les Templiers ne s'acconunodaient pas de cette nouvelle mesure du Pape ; ils suivaient la doctrine de Saint Jacques ; se confessaient entr'eux les uns aux autres ; avaient établi que le Grand-Maître pouvait absoudre de toute excommunication romaine, si effrayante même pour les Souverains (1) les plus puissans, les plus intrépides;
(1) Les Actes des Apôtres montrent toujours que les Disciples de Jésus se regardèrent constamment comme Juifs.Voilà le texte de TEpître catholique de S.^ Jacques, frère de Jésus-Christ , c//. 1 , § 1 : a Jacques , serviteur de Dieu, aux douze Tribus qui êtes dispersées, x> salut». Ce chapitre paraît même écrit par un Juif, après la chute de Jérusalem.
cette mesure causa une des plus grandes animosités I>apales.
On est jfOTié à croire que les Templiers eurent connaissance que ce ne fut qu'en 1128 et 1129 que TEvêque de Toulouse y lui le premier, tint deux Ck)nciles par lesr quels il fit une obligation aux laïcs de son diocèse de se soumettre à la confession auriculaire et sacramentale; il existait 'alors, comme de nos jours, une infinité de statuts particuliers i différens diocèses qui ordonnaient ou qui exhortaient les Chrétiens à se confesser au commencement du Carême. Il est notoire que ce fut agilement le 4.<' Concile de Latran , en i2i5, qui ordonna à tous les fidèles, de Tun et de l'autre sexe, de se confesser au moins une fois Tan : alors seulement la confession devint un devoir pour tous les Chrétiens; auparavant elle n'était imposée qu'aux moines et aux membres du clergé (i) ; ce fut une ressource financière pour les prêtres qui vendaient leur absolution.
Pour décrier l'Ordre des Templiers , qui , au prix de son sang, avait acquis ses vastes possessions dans la Terre-Sainte , on Taccusa d'avoir ramassé toutes ses riçhesses en se refusant au paiement de la dîme au Pa-
(1) Les abbés confessaient les moines , les abbesses leurs religieuses. Au dernier siècle , les couvens ont cherché à conserver ce droit. Différens Ordres se confessaient entr'eux , et les religieuses à leur chapelain , afin que leurs intrigues ou affaires ne vinssent pas à la connaissance des autres corporations et de la Cour de Rome.
triarche de Jérusalem . d'ayoir retenu à l'Evéque de Tyberie 3oo bisentines et des biens considérables y et d'avoir de sang froid sacrifié Léon , Roi d'Arménie y prés duquel ils avaient des possessions de la valeur de vingt mille bisentines; enfin, d'avoir usurpé des droits qui étaient au Roi d'Angleterre.
En iSoG, deux Chevaliers Templiers , NefTodei et Florian, furent puiiis pour crimes et perdirent leurs commanderies ;- le second avait celle de Montfaucon.
Ils s'adressent au Grand-Maitre provincial du Mont- Carmel pour en obtenir de nouvelles ; celui-ci y d'après ses instructions , les leur refiise.
Neffodei et Florian s'introduisent dans une maison de campagne du Grand-Maitre provincial , et que celui-ci occupait préa de Milan; ils l'assassinent et cachent son corps dans un bois, sous des arbrisseaux épais ; après cet horrible assassinat, ils se réfugient à Paris. Ces deux misérables trouvent le moyeu d'approcher le Roi , et dans cette circonstance , ils fournissent une occasion à Philippe d'exécuter ses projets , en dénigrant TOrdre, en lui exposant qu'il jouissait de richesses immenses.
Ils s'engagent envers le Roi , ipour des récompenses , à être les dénonciateurs de l'Ordre des Templiers , et en proposent l'abolition. Le Roi , en acceptant , les assure de sa protection , et leur indique la marche à tenir.
Ilâ s'associent un troisième individu, appelé par l'histoire l* Inconnus Neflfodei et Florian adressent une re-
quête à Enguerand de Marigui , surintendant des finances , proposant , si on voulait les garantir contre toute atteinte de TOrdre des Templiers , et leur donner une existence civile et aisée , de découvrir au Roi des secrets dont il tirerait plus d'utilité que de la conquête d'un royaume.
A la suite de cette première déclaration , ils adressent au Roi la dénonciation , que lui-même avait dictée afin de pouvoir lui donner la tournure qui lui convenait et qui contenait les griefs suivans :
1 ."^ « Que rOrdre des Templiers était ennemi de tout » Roi et de toute autorité souveraine ; qu'il communi- » quait des secrets aux initiés sous des sermens horri* » blés , avec la condition conmiinatoire de la peine de » mort s'ils le dévoilaient ; que les pratiques secrètes » de leurs initiations étaient le résultat de l'irréligion , >> de l'athéisme et de la rébellion.
2.** » Que l'Ordre avait trahi la religion du Christ , j> ayant domié connaissance au Soudan de Babylone de » tous lesp*. ms et opérations de Frédéric Second , em- » pereur, et par-là éventé les desseins des Croisés pour » le recouvrement de la Terre Sainte.
3.*» » Que l'Ordre en recevant un Chevalier, prosti- » tuait les mystères les plus vénétés par les Chrétiens , » en faisant fouler aux pieds la Croix (i) , signe de ré-*
(i) Dans la marche des Chevaliers du Soleil, institués après le procès des Templiers (et que nous ne croyons pas introduit chez
» demption , et en faisant abjurer la religion de Jésus- » Christ, parla déclaration qu'on faisait faire au néo- » phyte, que le vrai Dieu vieH jamais mort (i) et que » jamais il ne peut mourir ; qu'ils portaient sur eux » et qu'ils adoraient une petite idole Bf fêlée £affbmet ^ » que le néophyte, lors de l'initiation, était obligé de » baiser à la gorgé , et de plus in fine spvnœ dorsi, et in » virga virili (2) celui de qui il la recevait.
4.® » Que rOrdre, en recevant un Chevalier, l'enga- » geait par serment à une entière et aveugle obéissance » au Grand-Maître de POrdre; ce qui était une preuve » de rébellion au pouvoir légitime.
les Catholiques), pour rappeler les intrigues de l'Ordre de Malte , quelques rîtes font marcher le candidat sur la Croix de FOrdre de S.* Jean. Dans le même degré , dans un point de i^attouchement, on baise le front du Frère.
(1) On voit que l'Ordre des Templiers était accusé de pratiquer les doctrines des Chrétiens Orientaux.
(3) Les premiers Chrétiens , qui , entr'eux y se sont toujours appelés Frères, lors de l'admission d'un néophyte, lui donnaient fosculumfiaiernitatis, le baiser de fraternité. Cette cérémonie fut adoptée par les Chevaliers Croisés qui la transmirent aux Frères Maçons. Les Mopses,qu'on'a connus à Vienne depuis l'an 1738, et sous le nom desquels se cachèrent les Frères Maçons Allemands et Belges , après la bulle de Clément XII , pes Mopses , dis-je , pour mieux se déguiser, avaient adopté des formules dans leurs réceptions, à-peu-près comme plusieurs corporations de métiers. Le rédpiendaire devait baiser le derrière d'un chien dogue , dont la queue était retroussée -, il faut croire que c'était un mannequin en bois ou en cartoû.
5.*" y> Que le jour de la grande orgie de l'Ordre était » le Vendredi-Saint.
G."" » Qu^ils abandonnaient leurs corps aux autres » Cheyaliers , ipont la pratique honteuse de la pédérastie.
7.® » Que lorsque les Chevaliers avaient des enfansde )) leurs prostituées et concubines j ils les brûlaient pour » détruire toute trace de leur débauche ».
Les calomnies dont les Templiers étaient l'objet servirent de prétexte à leurs ennemis ; elles étaient dignes de rignorance et de la férocité de ces temps barbares.
Mais un écrivain , notre contemporain, M. Baruel, pour donner dans le merveilleux, pour prouver ses propositions extravagantes^ et i)Our dénigrer cet Ordre , duquel il fait descendre les Frères Maçons , se contredit et ment dans ses assertions. Il suppose que les Templiers prenaient â leur initiation l'engagement de vivre dans la plus honteuse débauche ; quelques lignes plus bas, il dit qu'un tiers de ces Chevaliers ignoraient le crime. Cette contradiction prouve l'esprit de parti qui l'animait ; car il dit que les novices étaient reçus avec les cérémonies les plus obscènes et prenaient des engagemens criminels. Mais ce serait perdre son temps que de vouloir réfuter toutes les absurdités qui se disent et s'im* priment.
L^s hommes les plus justes ne furent jamais exempts des calomnies de leurs ennemis. Dés l'apparition de la religion chrétienne , les Juifs et les Payens , ses ennemis.
débitèrent mille infamies contre Jésus-Christ et contre ses croyans.
A l'article II de PEvangile de Nicodéme , les Juifs reprochent à Jésus devant Pilate , « qu'il était magicien , » qu'il était fils adultérin de Panther , qu'il était né de » la fornication de Marie , que le mari charpentier l'avait » chassée de chez lui, et qu'errante, elle accoucha secré- » tement; que Jésus, arrivé à un certain âge , fut con- » traint de chercher fortune en Egypte , où il apprit quel- » ques secrets; qu'il retourna dans son pays , en Judée , » et que , par ce moyen , il fit de la magie ».
Ces accusations furent attaquées par S.^ Epiphane , Hœreê 78, et par le Damascéne, liv. iv de Fide Orih. ehap. i5.
Si on lit. S.^ Epiphane , pag. 38-47, ^^^ Chrétiens qui n'étaient pas orthodoxes , sont accusés d'une immoralité sans- bornes. Dans leurs êynasfes (ou messes) , ils pratiquaient de telles abominations avec des filles et des garçons, que la décence ne permet pas de rapporter la moindre peinture de ces tableaux scandaleux.
La fausseté révoltante des accusations contre les Templiers fut mise au jour par plusieurs écrivains ; nous nous contenterons de démentir celles qui tiennen£ à l'histoire et qui sont exprimées dans le second grief.
L'Empereur Frédéric II était petit-fils de Frédéric- Barbe-Rousse ; il revint de son expédition de Syrie con tre les Sarrasins, en i23o.
Il a été le plus ferme obstacle aux abus de Tautorité ecclésiastique 9 et en particulier du Pape Grégoire FX^ qui Tavait excommunié avant son départpour la Palestine.
Ce fut par les intrigues de ce Pape que la conquête contre les Sarrasins écboua ; il empêcha que l'armée obéit à cet Empereur.
Frédéric II ^ à son retour , pour se venger du Pape , Tassiéga dans Rome, ravagea ses provinces , et lui accorda une paix qui ne dura guère. Elle fut bientôt suivie d'une animosité qui ne finit qu'à la mort du Pontife ^ causée par le chagrin de voir ses foudres apostoliques n'aboutir qu'à exciter l'Empereur à» démasquer les vices du Saint-Pére par les satires qu'il fit répandre en ÂUemagne , en France et en Italie. Il est bon d'observer que cette accusation contre les Templiers fîit intentée quatrevingts ans après le fait qu'on voulait établir.
Dans ce chef d'accusation , démenti par l'histoire , on voit de quelle manière le despotisme, le femAtisme et l'avarice savent s'accorder pour saisir les faits mêmes qui leur sont contraires, afin de s'en servir, et de ccmibiner leurs vues machiavéliques.
Philippe-le-Bel et Clément V, chacun dans ses intérêts, donnent une éclatante publication à cette dénonciation. Jacques de Molay,. Grand-Maitre des Templiers, était alors en Ghjpre, chef-lieu du Grand-Généralat : par les sollicitations du Pape , il quitta l'ile , arriva à Paris , où il fût arrêté et enfermé à la BastiUe par ordre de Philippe-
le-Bel, qui , dans un seul jour , fit arrêter tous les- Chevaliers Templiers de France; ce ftit le i3 octobre i3o7. Il fit ensuite commencer le procès par Guillaume de Nogaret^ si connu par la violence de son caractère, et par le frère Imbert Dominicain, inquisiteur; car Thérésie devait y jouer le premier rôle.
Le Pape, selon les conventions secrètes, s^emporta contre Philippe. Il lui écrivit des lettres assez piquantes , comme s'il ignorait la source de la dénonciation ; il lui écrivit entr'autres choses, qu'il croyait TOrdre des Templiers innocent, et que le procès intenté contre une communauté aussi riche et aussi puissante ferait supi)Oser que lui , Philippe, l'aurait intenté par jalousie contre sa prospérité. Le Pape écrivit au Roi que l'Ordre était bien militaire, mais qu^il n'existait que par des concessions émanées de l'autorité papale; que c'était un Ordre religieux, et que, par ces deux raisons, ce n'était qu'à ses juges naturels qu'appartenait l'instruction du procès, c'est-à-dire , à l'autorité papale et ecclésiastique.
Api%s ces contestations .simulées , Philippe convient du fait et du droit; alors le Pape s'apaise par la soumission filiale de Philippe au pouvoir ecclésiastique, qui lui délègue la charge de l'instruction du procès et le jugement.
Ce fut alors que le Pape publia une bulle pour excuser les premières démarches du Roi :
« Notre très-cher fils (Philippe-lè-Bel) n'a jpoint fait
» arrêter les Templiers par un motif d'avarice, mais par )» on yéritable zélé pour la religion; il est trés-éloigné )» de vouloir s'approprier la moindre petite partie de ses » biens ».
Qément envoie ses légats à Paris ; lui-même se rend en France pour juger ces victimes du fanatisme, de l'avarice et du despotisme.
n esta remarquer que , dans les i3.® et i4.^ siècles , en France, il n'y avait que le Qergé qui sut lire et écrire. Nous avons rappelé que , lors de la décadence de l'Empire grec , l'ignorance avait couvert de son voile obscur toute l'Europe.
Dans YHUtoire dAnghterre , on trouve que, du temps d' Alfred (i) , qui mourut en 900^ les prêtres mêmes ne savaient ni lire ni écrire. Ce grand Prince ordonna que ceux qui voudraient être admis au Sacerdoce , seraient tenus, par la suite, de savoir lire, et de plus le latin, pour être ordonnés prêtres. Les Anglais servirent d'exemr pie i toutes les nations *, ils conunencérent i s'adonner à Tétude; la noblesse ne s'occupait alors qu'à la chasse, à bien manier les armes , et à tout ce qui avait rapport à la chevalerie. Ainsi la littérature de ce temps, qui se l^rnait à savoir lire et écrire , resta exclusivement au Qergé , ce qui occasionna le nom de clerc (dérivant de
(i) Âlfired-le-Grand est regardé comme le cinquième Grand- Maître des F.'.F.'.M.'.M.'. Anglais , «elon la chronologie d'An« derson , rectifiée par Preston.
cUrieu») qu'on donnait à celui qui savait lire. D'après un tel système d'ignorance , il n'y a pas lieu d'être surpris de l'influence qu'eurent les Papes et le Clergé, tant sur les peuples que sur les nobles et les Rois ; voilà les sources du pouvoir colossal du Clergé dû à Tignorance des temps.
La France doit le commencement de sa littérature , de ses sciences et de ses beaux-arts, aux efforts de François I.*', qui, par ses largesses , attira quantité d'artistes et de lettrés d'Italie (i).
Ce fîit à la bonhomie et à la superstition d'un Roi de France que les Papes durent et doivent leur puissance temporelle. Etienne II , conmie on a dit ailleurs , pressé par Astolpte , engagea Pépin , Roi de France , à le secourir et à faire la guerre aux Lombards , qui se trouvaient maîtres d'un tiers de l'Italie supérieure. . Pépin , à la tête d'une armée française , secondé par Etienne , força Astolphe à demander la paix. Après ce succès , Pépin et les Français quittent l'Italie. Le péril éloigné , Astolphe rompt le traité conclu avec Pépin et le Pape. Alors Etienne implore derechef le secours de Pépin ; voici le précis de sa missive :
« Je vous conjure , par le Dieu vivant ^ de ne pas per-
(i) L'Italie comptait des hommes très-^dairës , lors même q}M l'Europe était plongée dans Fignorance. Bruno de Nola , Dominicain, homme prodigieux pour son siècle, a précédé , dans ses écrits, toutes les opinions des philosophes postérieurs à lui jusqu'à nos jours, n soutint publiquement le mouvement de la terre avant Leibnitz, Descartes , etc. etc.
» mettre que ma ville de Rome soit encore assiégée par » les Lombards j afin que vos corps et vos ameê ne soient » pas livrés aux flammes étemelles.
» Si vous ne m'obéissez au plutôt , sachez que y par . » l'autorité de la Sainte-Trinité et la Grâce de mon » apostolat, vous serez privés de la grâce de Dieu et du » Paradis ».
Quoique Thypocrisie couvre l'occident de l'Europe , aucun Prince dans le monde civilisé né se laisserait charmer par de pareilles promesses ou intimider par de telles menaces. D'après cette lettre et ces argumens , le dévot Pépin retourne en Italie â la tête d'une armée trés^ puissante; il prend sur les Lombards vingt-deux villes, qu'il donne, de son plein pouvoir et mouvement, en toute propriété à feu S.* Pierre , qui , huit siècles auparavant, selon les légendes des Saints et le martyrologe romain , avait établi l'Evéché de Rome.
Le don de Pépin fut c jnfirmé par Charlemagne; et si les documens qui existent sont authentiques , le Saint- Pére le Pape est le pouvoir le plus ancien et le plus légitime qui subsiste à présent en Europe depuis la chute de la république de Venise.
. Au commencement du procès des Templiers , Jacques Molay avec trois des premiers dignitaires de l'Ordre , furent conduits devant le Pape à Poitiers ; le Saint-Père avait confié l'instruction du procès à deux Cardinaux , à l'Evéque de Sens et à quelques autres prélats.
On demanda à Molay s'il n^avait rien à écrire (i) pour la défense de ses religieux ; il répondit « qu'il l^entre- » prendrait de bon gré, et qu'il serait ravi de pouvoir » faire connaître à l'Univers l'innocence de l'Ordre ; » mais qu'il était un Chevalier non lettré (2) , qu'il ne » savait ni lire ni écrire , et qu^it demandait un conseil » ou un clerc pour le faire ».
Comme tout se faisait à l'ombre du secret , et qu'on avait établi que l'Ordre était atteint du crime d'hérésie , on ne lui accorda ni conseil ni avocat, afin de le sacrifier sans obstacle.
Les extorsions et les violences mises en œuvre dans
le cours de cette malheureuse aflhire , sont bien connues
de nos jours , de même que les dissipations excessives
> de Philippe et son inflexibilité : bien des écrivains disent
qu'il fut insatiable de pouvoir , de vengeance et d'argent.
M. Abot de Bezinghen , dans son Dictionnaire des
Monnaieêy etc.^ nous dit que Philippe-le-Bel fut le
• premier Roi français qui ait altéré les monnaies ; ce qui
lui fit donner le titre odieux de faux monnayeur. L'ai-
tération des monnaies causa une révolte que l'on pré-
(1) Les Chevaliers de S.^ Jean-de-Jërusalem ne sachant pas lire , au lieu de l'office auquel ils sont obligés aujourd'hui , récitaient, à ces ëpoq[ues , le Chapelet , par autorisation papale , à rimitatiox^ des Musulmans.
(2) Ce fait est figuré dans un haut degré philosophique , où les demandes et les réponses se réfèrent au Chevaher non lettré.
bl siudtée par les QtrraiMTS Tcmplicvs : oo îgnove quoi cette accnsatioo fiit Soodit^
A k fin do i3.* sîêde, en iiSS. k màiie Pkîiippe fitMT<terloaskshiw|nicTOdeP^ris,qniétnknl|gcw|iie tons Italiens; mpris «Toir pris frniniiinrt de kus afidres, il les fit taxer â sa Cuttaisk, et pai4à 3 s'appropria une partk de leur fiortnne.
On a prélendo qoe k mort picmatuée de Philippe a pn seok Murer k France des infiwtniKS, des haaaàyations et mime de l'abime que sa madnitr airait préparé et creusé . en attaquant tons les Ordres de l'Elrt> ce qnî aurait amené une révolte générale.
Lorsque les feintes contestations dn poumir œasërent, k Saint-Pére, sans perdre un instant , fit aasemhkr an ûmcik général â Vienne , en Dauphiné, qni fiit oooiposé d'enrinm trois cents prékts.
Ce Gmcik opina , sur k propositi<m de sapprimer rOrdre des Tem^^rs. motivée par k Pape , qu'il serait contre toute équité et contre toute loi de k fiûre, avaiit d'entendre l'Ordre dans ses moyens de déCmae, et de le confronter librement avec ses accusateurs, ainsi qoe l'Ordre accusé l'avait donandé dans toutes ses requêtes. I^ Pape qui assistait en personne au G)ncik ne s'attendait pas qu'il s'élèverait contre ses volontés une aussi forte opposition ; il s'écria dans l'assemblée même, que si on ne voukit pas, pour quelque défaut de formalité; prononcer juridiquement contre l'Ordre des Templiers,
la plénitude de sa puissance pontificale suppléerait à tout , et qu'il le condamnerait par voie d'expédient.
Désappointé par le sentiment du Concile, le Saint-Pére, peu de temps après , assembla un consistoire secret , com- I>08é de Cardinaux etd'Evéques, qu'il avait su, par ses complaisances, ramener à son avis, et par ce moyen il cassa et annula l'Ordre des Templiers.
La sentence faisait mention que les Chevaliers Templiers n'ayant pu être condamnés selon les formes du droit public , le Pape les condamnait pat provision et par autorité apostolique (i), bien entendu qu'outre leurs personnes il se réservait la disposition de leurs biens.
(i) Déjà les Papes avaient donné des exemples de leur pouvoir arbitraire , et de Tînfluence qu'ils pouvaient avoir dans les Conciles qu'ils rassemblaient. Vers la fin du 9.* siècle , Etienne VI, Pape, assembla un Concile , et fit appeler en jugement un mort , le Pape Formose, son second prédécesseur. Etienne fait ouvrir le tombeau de Formose , fait appcuter le cadavre au milieu du Concile , et là , de son autorité privée , il condamne le mort à avoir trois doigts de la main droite coupée , et la télé tranchée par le bourreau. H fait exécuter la sentence , et jeter le corps mutilé dans le Tibre. Quoiqu'on efiet Formose eût appelé les Sarrasins à Rome , la véritable cause de la haine d'Etienne était sa concurrence à Tépiscopat de Rome. Les Papes se sont toujours servis de l'autorité et de l'exemple que la Bible renferme , pour autoriser tous leurs abus et tous leur crimes. Etienne avait lu qae Josias , Roi de Juda , avait fait fouiUer dans les tombeaux des prêtres d'Astarté, de Moloc et de Chamas j et qu'il avait fait brûler leurs os ei jeter leurs cendres au vent , parce qu'ils adoraient la Divinité sous d'autres symboles que les siens. (Rois , liP.H ^ ch. 23. )
Pendant quatre ans que dura ce procès sacrilège , après ayoir fait éprouver à une quantité incroyable de Chevavaliers Templiers tous les tourmens que la torture a pu inventer, pour extorquer de vaines et fausses confessions, tous persistèrent dans la protestation de leur innocence.
Dans le cours de la procédure on accordait la vie et des pensions à ceux qui , après les épreuves de la torture, avaient la faiblesse de se reconnaître coupables ; tandis qu'on faisait éprouver aux autres les tourmens les plus horribles. Ainsi des hommes qui n'auraient pas craint la mort dans les combats, épouvantés par l'appareil de ces supplices effirayans, convinrent de ce qu'on leur imputait ; mais la constance du plus grand nombre ne put être en aucune manière ébranlée.
La faiblesse des Chevaliers ainsi surpris fut réparée dans la suite par les plus fermes rétractations qu'ils firent à l'approche de leur mort naturelle , ou par le repentir le plus sincère de leur vivant , en publiant que les déclarations qu'ils avaient faites, leur avaient été extorquées^ qu'elles étaient fausses, et qu'ils ne les avaient faites que pour se délivrer des afireux tourmens qu'on leur faisait souffi*ir.
Des Evéques vendus au S.*-Père et à Philippe-le-Bel , décidèrent dans un Concile provincial^ qu'on devait traiter comme relaps les Templiers qui retractaient les aveux qu'ils avaient faits dans les tourmens de la question ; quelques jours après cette décision, selon la barbare
jorisprudenoe de ces temps-là , on en vit brûl^ cinquante^neuf.
^ L'Evéque de Lodéve peint ces infortunés ^ dans le moment où les flammes les dévoraient , les jeux fixés sur le Gel , comme pour réclamer de la Divinité la force ^i leur avait manijuédans les tortures, demandant à Dieu qu'il ne leur permit pas de trahir une seconde fois la vérité, en s'accusant eux et leurs frères de crimes qu'ils n'avaient pas oonmiis.
Malgré l'unanimité de leur constance, preuve lumineuse de l'innocence de l'Ordre et de la fausseté deç accusations , Philippe-le-Bel et Clément V confirmèrent la destruction de l'Ordre des Templiers, qui avaitété décrétée par le Consistoire. Ils condamnèrent aux flammes le Grand-Maître Jacques Molay , et six mille Chevaliers, que plusieurs historiens disent avoir été exécutés en un jour, et ils confisquèrent tous leurs biens. On rapporte que le Grand-Maître Jacques Molay, à l'instant de monter au bûcher et de ceindre la couronne de martyre^ harangua le peuple et prédit le jour et la mort de Philippe et du Pape. Il cita ^e& implacables ennemis, dénonciateurs et juges, à comparaître devant le tribunal de Dieu , juge suprême , pour retidre compte de leur jugement dans un an et un jour. Cette exécution eut lieu le ii mars i3i3. Il paraît que le doigt de l'Eternel, comme du temps de l'impie Babylone, 'a voulu vérifier l'appel du Grand-Maître des Templiers.
Philippe et Qànent moururent avant la fin d'avril i3i4, et comme leurs historiens n'indiquent pas de quelle mort; les ennemis des Chevaliers Templiers ont cherché à faire croire qu'ils avaient été empoisonnés par les Templiers qui leur survécurent. Le lendemain de la mort de Molay ^ le Chevalier d'Âumont et sept Templiers ramassèrent les cendres du bûcher , conmie il est rap* porté par les légendes des Frères Maçons suédois*
Nesodei fut étranglé secrètement dans un chapitre des Templiers à Montfaucon; c'est pour rappeler ce fait que certain rite reçoit l'Ecossais la corde au cou. Quinze jours après Texécution des Templiers , Squin de Florian fut assassiné ; le Pape le fit enterrer à Avignon et le béatifia y mais les Templiers enlevèrent son corps et déposèrent dans son tombeau les cendres de Molay.
Bocace ^ l'Evéque de Lodève , Vertot^ Dupuis et bien des écrivains contemporains et postérieurs , nous ont laissé les plus grands éloges des vertus héroïques de tous ces martyrs de la vérité , de l'honneur , de l'innocence ; tous jiersistèrent dans leur serment ; aucun Chevalier , -malgré les tourmens , ne dévoila les mystères ni le dogme qu'ils avaient apportés d'Egypte et d'Orient, laissant ainsi un exemple héroïque de leur fermeté et de leur constance.
Chez quelques écrivains on lit que , de son vivant, le Grand-Maitre Jacques Molay avait établi quatre Grands- Chefs d'Ordre 9 en Europe, au nord, au sud, à l'est et i l'ouest, Stockholm, Paris, Naples, Edinlbourg.
Plusieurs rites conservent la distribution des anciennes maîtrises provinciales dans leurs dignités , et la commémoration allégorique des Templiers , en reconnaissance du dogme et des doctrines qu'ils rapportèrent en Europe avec les Chevaliers Croisés. Les hauts grades qui ^ plus particulièrement ^ commémorent les Templiers , sont les Chevaliers du Soleil , le Grand-Ecossais , le Patriarche des Croisés , le Royal-Secret , le Kadosch , tous les Elus qui en dérivèrent, l'Ecossais de Qermonti et tous ceux de ce chapitre , Chevalier illustre , Templier sublime , Chevalier de l'Aigle ou Maître «élu , tous les hauts gra» des de la Stricte-Observance comme Vegues profesêuê ; le Chevalier de la Charité ou Mage , le Chevalier de l'Espérance , le Grand-Inquisiteur y le Grand-Comman* deur , etc. etc.
Plusieurs des Chevaliers Templiers parvinrent à quitter clandestinement la France et conservèrent ainsi leur dogme et leurs doctrines. En Allemagne , et entr'autres villes à Mayence, ils se soutinrent encore publiquement^ mais ils ne tardèrent pas à être écrasés par leurs persécur teurs. La plus grande partie d'entr'eux choisirent pour retraite l'Ecosse et l'Angleterre , où ils purent s'incorporer aux Maçons de pratique, chez lesquels il existait des Maçons francs et acceptés sans en professer l'art, ainsi qu'on le verra dans la continuation de cet ouvrage : plusieurs de ces Ch.*. Templiers se tinrent 'même cachés en France, conservant dans leurs secrètes assemblées , leur dénomi-
nation, forme, costume, et gardèrent même quelques ar- «hiyes. Cette branche toujours ignorée a paru depuis la fin du iS** siècle ; elle montre une Charte de transmission par Larminius, signée par les Grands-Maîtres suivans; elle présente dans Thjrpothèse de son authenticité un document très-curieux , car ses Grands-Maîtres sont les personnages les plus illustres de leurs époques respectives.
Dans les anciennes et modernes assemblées maçon* niques, on conserve la même tenue et configuration des Chevaliers Croisés des Templiers, et même d'une grande partie des anciennes corporations. Le Vénérable représente l'ancien magiêter eathedralû; il est sur un trône à Torient d'où arrivèrent le dogme et les doctrines. Les deux surveillans sont les anciens procuratores placés aux extrémités des colonnes , comme dans les anciens chapitres. Les Frères alignés sur les deux colonnes remplacent les Equités et les Frères ecclésiastiques , comme dans les corporations anciennes. Le serment du réci^ piendaire maçon est un fae Hmih de celui que les Chevaliers Croisés, les Templiers et autres corporations faisaient à Foccasion de leurs vœux.
Le lieu des assemblées s'appelle conune anciennement Loge (i) , Temple ; la Maçonnerie ayant prospéré
(i) Dans les Monumeiu de Rhodes, parle colonel Rottîers, on lit dan9 SOU Prospectus, pag, i5 : « D'autres dessins retfaoei^nt |
comme toutes les institutious de pak et de bienfJBÔaaDouse > on a été obligé d'établir de Grandes-Loges qui s'appellèrent et s'appellent Grands-Orients. Ds sont trés-^mul* tipliés de nos jours ; chaque principauté en Europe et en Amérique en compte un.
Le capitaine George Smits , inspecteur de Técole royale militaire de Wolvich , en sa qualité de Royale-^ Arche (i) y donne un squelette de la Maçonnerie ; il établit que les Frères Maçons sont une continuation de l'Ordre des Templiers ^ et applique toute l'initiation de la Maçonnerie bleue au développement de son exposé ; il explique par deux comparaisons que la représentation de la mort d'Hiram et de ses assassins n'est autre chose que l'histoire du sous-prieur de Montfaucon , Charles du Mont-Carmel , dont le meurtre fut le premier coup porté à l'Ordre ; que la même mort d'Hiram , dans un autre point , représente le meurtre da Grand-Maitre Jacques Molay : les comparaisons sont très-ingénieuses et trés-rapprochées ; elles ont un certain degré de probabilité, d'autant plus qu'il trouve dans Hiram un anagramme très-curieux : Htigo Igné Raptus Atrooiêêimo Molay.
Plusieurs rites maçonniques n'admettent aucunement
» ee (pli est digne d'attirer rattention et d'intëresser le cœur : la 9 célèbre Loge de S> Jean \ le Couvent des Chevaliers , etc. » Ce Temple ancien s'appelle encore aujourd'hui Loge. (i) Le dernier échelon dans le même rite.
loiiles oes hypathéses^ et croient que la Maçcmneiie est toutnà-foit d'origine égyptienne , tandis que d'autres la font juiye ou chrétienne : chaque rite a de fortes et plausibles raisons pour se tenir à son opinion , mais enfin ils se persuaderont qu'elle est le résultat des mystères, lois orales 9 doctrines égyptiennes , juiyes et chrétiennes.
Nous croyons qu'on peut même regarder toute la science maçonnique comme renfermée dans les quatre classes suivantes :
La première , celle qui suit l'étude de la nature , de ses élémens , de ses résultats j par l'astronomie et par la chimie, qui conduisent à la démonstration de l'existence du Grand-Architecte de l'Univers, à la croyance de l'im^mortalité de l'ame , et aux sciences supérieures que les prêtres égyptiens manifestaient oralement aux initiés lors de leur adoption aux grands mystères qui ont rapport à la vérité, à la matière et à la Divinité.
La seconde qui suit les institutions mosaïques, le contenu de la Bible , Tinstruction des mystères israélites> et l'histoire des Hébreux.
La troisième qui s'occui>e des doctrines évangéliques , de la morale de notre divin Grand-Maître Jésus , de sa vie , de sa mort et de ses Disciples , qui s'unirent aux Gnosticiens et aux Croisés.
La quatrième qui suit l'institution toute piire de l'Ordre des Templiers , sa destruction et le souvenir du der-
nier Grand-Maître Jacques Molay. Si des doctrines différant des susdites classifications sont admises dans certains rites étrangers y elles ne sont nullement dans le sens de nos institutions ; elles sont le produit des passions humaines et des innovateurs qui , générale-* ment ^ ont fait le plus grand tort à notre sainte religion , par les querelles sans fin qu'ils ont toujours élevées dans un esprit de parti , et qui n'ont servi qu'à déni-* grer l'Ordre.
Ce n'est qu'à l'aide de l'histoire et des sciences que nous avons indiquées et que nos Frères pourront saisir l'esprit du type mystérieux de notre dogme , et se convaincre que tous nos grades sont tirés des mystères égyptiens, de l'histoire des Israélites, de Moïse, de Jésus, des anciens Chrétiens d'Orient , des Chevaliers Croisés et des Templiers.
FIN DU PREMIER VOLUlffE.