CHAPITRE XX
Mau' met; causes qui établirent sa Religioo. — Des Sabéens. — Des Iconoclastes. — Religion de Mahomet. Académie d'Achenau Caire. — L^Initiation conservée dans quelque coin de Tlsmaélisme. — Roman d*Habid et Dora ihilgo use: trace en lui de l'Initiation égyptienne-juive chrétienne. — Intolérance des Prêtres grecs ; leurs vaines disputes causent la perte de TËmpireGrcc. — Les Prêtres coptes conservateurs des Doctrines des premiers Chrétiens.— Désordres et anarchie dans TÉglise d^Occident jusqu'au 8« siècle. — Ordres de chevalerie établis en Europe.
XjORSque Mahomet parut sur l'horizon d'Arabie, il était environné d'Idolâtres , de Juifs , de Chrétiens et de Sabéens.
Les Idolâtres ne tenaient à aucun système théologique , ils n'en avaient aucun. Les Juifs , sans commerce , dans un pays misérable , étaient divisés entre eux et méprisés par tous les autres. Les Chrétiens étaient partagés en Jacobites et Orthodoxes , ils se déchiraient. Les Sabéens , sans être divisés , étaient indifférens pour tous les cultes. Mahomet mit à profit ces circonstances pour amener tous les Arabes à sa religion , et lorsqu'il s'empara de la force physique du pays , il ne laissa à ses
habitans d'autre alternative que de choisir de belles femmes ou d'être exterminés.
Plusieurs écrlTains prétendent que Mahomet ne savait ni lire ni écrire , ce qu'on a soutenu aussi de notre divin Maître : ces auteurs ont ignoré que ce fut à la poésie du Saint Prophète , que TAlcoran dut sa célébrité : il est constant que l'ignorance était commune à tous les Arabes, et le peu de lumières qu'il y avait dans ce pays s'affaiblit au milieu des armes , et ensuite s'éteignit ao sein de la volupté.
L'Alcoran fut le seul litre que Ton conserva dans cette contrée , on brûla tous les autres , et , à Alexandrie , qu'envahirent les sectateurs de Mahomet (i) , on chauffa pendant six mois les bains publics avec les précieux manuscrits de ses bibliothèques.
Si Mahomet chercha à détruire tout germe de sciencci néanmoins , en ])olitique , il ne heurta pas les usages de ses nouveaux croyans ; il se conforma même à quelquesuns en laissant aux habitans de l'Hiemen la grande vénération qu'ils avaient pour le Caaba de la Mecque, qu'ils croyaient bâti de temps immémorial , par Abraham, et il y ordonna des pèlerinages.
Les Sabéens avaient une Trinité, Allais Allaza, Mana, le premier un simulacre de pierre , le second un morceau de bois , le troisième une pierre informe. C'est d'après les Egyptiens qu'ils ont représenté la Divinité sous
(i) Amerou, lieutenant du calife Omar, crut, par cet acte d^into érance et de fanatisme , rendre hommage à la sublimité de rAlcoran.
le symbole d'une pierre noire, pour exprimer que sa source est obscure , ténébreuse et mystérieuse. Mahomet leur laissa leur dévotion pour la pierre noire.
Pendant que Mahomet et ses croyans arrêtaient tout progrès de civilisation et de science dans l'Afrique et dans l'Asie , d'un autre côté le Christianisme faisait des progrés très^rapides ; mais malheureusement plus il s'ér tendit , et plus les Chrétiens et le Qergé s^abrutirent et devinrent ignorans et fanatiques. Les résultais de ces deux religions étaient les mêmes ; les sectes philosophiques chrétiennes ou disparurent ou pratiquèrent leurs dogmes clandestinement et dans la crainte d'être per^ sécutés. Le Christianisme trinitaire triompha. Depuis lors disparurent les disputes y les écrivains 9 les savans^les artistes , les études anciennes y les lettres et les beaux-arts.
Après la naissance du Christianisme 9 et quelque siè* clés après ^ le godt des aUégories avait commencé à devenir moins général en Asie; d'autre part, la civilisation européenne marchait vers une grande crise. Les grands signes représentatifs des mystères égyptiens , grecs et chrétiens allaient être abolis.
Les Iconoclastes , par leurs fureurs , les firent disparaître dans la Grèce , la Syrie et l'Egypte , qui étaient dominées par ces sectaires (1).
(1) L'an 5i4, sous Silvestre I."\, un. Concile improuva radortfw tion des images et les défendit dans les Eglises, afin d'empêcher
Mahomet avait saisi l'instant de cette anarchie réyolu-^ tionnaire pour établir y lui le premier , une religion sans mystères et sans emblèmes; les arts , par là , périrent dans les lieux mêmes qui furent leur berceau et partout où le mahométisme s'établit.
Qui croirait que la superstition , mûrie par l'intérêt des Papes , qui se berçaient dans l'idée de se soustraire à la domination des Empereurs d'Orient , conserveraient le culte des images 9 en opposition aux ordres de Byzance et protégeraient les beaux-arts !... Il fisiut l'avouer , c'est à cette insubordination qu'on dut par la suite leur progrès et leur perfectionnement.
On remarque à ces époques un autre contraste frappant, c'est queles sciences bannies de l'Europe passèrent peu à peu chez les Musulmans , qui ne les avaient pas épargnées quelque temps auparavant. Les Sarrasins, dans la suite de ces temps barbares, purent établir de riches bibliothèques et des académieasavantes en Asie , en Afrique, et en Espagne ; et quoique l'ismaélisme fàt prêché et soutenu
que, sur les murs, on peignit ce qu'on adorait. — L'an 700, le septième Synode.de Gonstantinople , non -seulement défendit l'adoration des images , mais elles devaient être supprimées dans toutes les Eglises. — L'an 764 , le Synode de Byzance , composé de 538 Pères de l'Eglise , en s'appuyant sur les décrets des premier et second Conciles de Gonstantinople , et sur les Conciles d'Ephèse, de Nicée et de Calcédoine, décida, à l'unanimité, que les images dans les Eglises étaient des abominations, et qu'elles devaient être éliminées.
les armes à la main ^ néamnoins on a des preuves qae les initiations se conservèrent même entre les Sarrasins.
Vers la fin du onzième siècle , Haken fonda au Caire y ( ainsi que le témoigne Macrizie ) la Maiian de Sageêêe qu'on a cru toujours être un Temple maçonnique. On y enseignait la philosophie y les mathématiques ; la doctrine était orale et secrète. Les initiés passaient plusieurs grades , et, dans les derniers , ils étaient initiés à la connaissance de la nature. Cette maison fut décriée par les prêtres de Rome , qui disaient que dans ce Temple de sagesse y on apprenait à ne rien croire.
On a prétendu peut-être avec raison , que c'est de cette source que des missionnaires se sont répandus en Syrie et y ont formé le gouvernement des Absides et du Vieux de la Montagne; le célèbre voyageur Constantin l'Africain se fit initier à Bagdad dans cette confrérie.
L'initiation ne devait pas être étrangère aux Sarrasins ^ d'après la tolérance des Califes arabes: plusieurs de leurs ouvrages l'indiquent, entr'autres l'Histoire arabe de Habid et de Dorathelgouse , que nous avons trouvée dans le poème de la Maçonnerie. On y découvre^ sous des formes originales , les trois systèmes mystiques de la Perse, de l'Egypte et de l'Europe demi-moderne. U est dit que l'auteur de ce roman arabe parait avoir fait partie d'une de ces sociétés, nées des initiations d'Ephèse et perpétuées en Orient, protégées même par
Saladin , que nous verrons trés-tolérant en fait de religion ^ et qui , à ce qu'on â cru , a été aussi initié.
Habid trouve trois cents et soixante-six hiéroglyphes dont il croit pénétrer la signification (1) ; à la fin il découvre le glorieux trophée qui est ombragé encore après tant de siècles par les plumes du phénix. Voici Tallégorie de l'Ame et du Soleil; chaque pièce de Tarmure porte une inscription; la fermeté est la vraie cuirasse de Thomme y la prudence sa visière y qui sont les vertus des Rose-Croix : « O)uvrez-vous de fer , » impuissans guerriers de la terre. Sahmon marchait » à la conquête du monde i Taide de ses vertus ». II voit ensuite un monarque pacifique transformé en vainqueur ; ses trophées sont ceux de T initiation et de ses préceptes.
Dans les entrailles du Caucase , Habid voit conmie Enée le Tartare et FElysée; il connaît Thistoire du monde, la tradition cosmonogique sur les Devis , et la race d'Ellis ; dans ce3 souterrains tout est soumis à Salomon, tout se fait par lui.
Le chevalier Habid soulève enfin un grand voile derrière lequel il y a les êept îles et la ville de cristal de ThèbeSjOn la Jérusalem mystique; c'est le même rapport avec les sept iles fortunées de Lucien , avec les sept degrés de l'échelle du magisme et maçon.*., avec les sept stations planétaires , qui sont sur la route
(1) NooreUe trace du système solaire.
pour les âmes qui de ce monde vont à la lumière éthérée d'Ormusd.
La première île qu'Habid doit conquérir est blanche comme la tenture du premier grade maçon.*. : avant d'y parvenir , il faut qu'il subisse les épreuves; ce sont celles des élémens. La nature est bouleversée autour de lui y le vent siffle j la foudre gronde y un combat affreux se présente entre les esprits bons et mauvais; c'est par le secours du glaive du Roi philosophe et de la parole sacrée qu'il peut rester inébranlable. Voilà bien des rapprochemens avec les mystères perses , gnosticiens y esseniens et maçon.*.
A cette même époque où les Sarrasins étendaient leurs conquêtes et ou ils figurèrent dans les sciences y les prêtres grecs avaient adopté les maximea de la Cour de Rome pour devenir puissans ; ils furent intolérans ; par-là> ils exclurent tout autre dogme ^ même l'ancien apporté de TEgypte* Ces prêtres détruisirent les Temples où on avait adoré leurs anciennes Divinités tutélaires ; ils voulurent qu'on oubli&t les anciens héros , leurs exploits y exemples mémorables de l'amour sacré de la patrie et du dévouement envers leurs gouvernemens.
A la suite de ce fatal système, les Empereurs gredb des difiTérentes races , leurs Princes et les Grands-Prêtres qui se succédèrent y avaient , avec ce dogme, hérité de la manie des subtilités de la mysticité : ils s'occupèrent continuellement de ces questions inexplicables et vides
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de sens y persécotani et exterminant toos ceux qu n'étaient pas de leor opinion ; ils perdirrat de tqc l'intérêt de leor nation et de leor fiunille ; et fresque sans iXMnbat y ils abandonnèrent , dans la suite des temps , leors tr&ies ^ leors provinces , leors Temjdes aux Mnsnlmans , qoi , &Torisés par ces ridicoles disputes religieuses entre les Princes et les prêtres , plantèrent le Crmssant sur les remparts de Constantinople , et le firent flotter sur les tours de S.^-Sophie ; ainsi, par la fublease des Palléolc^es , et par les scissions et les persècaticms des Théolc^es 9 la grandeur grecque, transplantée par les Romains du Tibre sur le Bos|^re , disparut.
Malgré les changemens religieux et politiques, dus aux conquêtes des Sarrasins en Asie , en Afirique , %a Europe ; malgré les persécutions qui en furent la suite , le dogme de TUnité de Dieu put , à l'aide du secret et des mystères , se consenrer en Palestine , en Syrie y en Egypte, et particulièrement dans la Tbébaïde , {)ar le moyen des Qirétiens et des prêtres coptes , successeurs des anciens prêtres égyptiens, qui , dans les temps barbares , au sàn de leurs solitudes , conseryèrent la yraie doctrine donnée par Hesman , Disciple de Manès , et qui , par la' suite , fiit rapportée en Europe, (i)
(i) On prétend que des familles coptes / vivant en commun , existèrent dans les souterrains des Pyramides jusqu'à la fin du 17.' siècle ', elles s'y adonnaient entièrement aux pratiques de la Religion chrétienne. (Voyez les Voyages de Marc Ltucoê.)
On lit dans Âmobes , que les prêtres coptes vivaient , de son temps, exemplairement',' séparés des profanes, se livrant aux études de la physique , de la géométrie ^ de l'astronomie, et à leurs anciens mystères. Ce fut par leur admirable conduite , qu'au temps des Califes ils obtinrent la plus grande considération parmi les plus puissans Arabes et Musulmans^ qui désiraient que' ces prêtres se chargeassent de l'éducation de leurs enfans ,.et qu'ils leur enseignassent l'adoration d'un Être-Suprême, les secrets de la Nature et du Ciel , la physique , l'astronomie , la morale la plus pure et l'art de vaincre leurs passions.
Les Egyptiens sont de tctus les peuplés ceux qui ont le plus conservé de leurs anciennes moeurs.
Hérodote nous raconte bien des choses du culte de Diane, tel qu'il était établi de son temps à Bubaste, et de celui de Minerve à Sais. Nous lisons dans Savary, que les mêmes choses se répètent aujourd'hui , quoique sous les dehors d'une nouvelle religion. Dans les* processions de Rosette , de Damiette , dé Siouth , on voit le peuple pratiquer les mêmes extravagances que jadis : on y remarque le même concours et la même a£9uence d'étrangers, la mêmelicence , nul respect pour les mœurs ; et si Hérodote dit que les musiciennes se prêtaient i toute espèce d^orgies , aujourd'hui ce sont les Ahnéeê qui les remplacent. Or, si, malgré la sévérité des mœurs musulmanes , ce peuple a pu conserver l'esprit et l'ha-
bitude des anciennes fêtes ^ des anciens usages , à {dus forte raison les Coptes ^ les Chrétiens gnosticiens et manichéens , ont Ad conseryer le dogme et les mystères , enx qui vivaient et qui vivent encore dans leur^ solitudes sans participer aux réjouissances et aux usages du peuple.
Le F.'. Belzoni, qui de son vivant a fait un long séjour dans la Thébaïde , assure qu'encore de nos jours les prêtres coptes conservent leurs anciennes habita* des , et qu'ils possèdent des Codé» qui remontent a plus de vingt-quatre siècles ^ quelques-uns même à des époques plus éloignées encore ; ils sont écrits dans leur première langue figurée, tels que certains PapinUj placés sur le sternum de quelque momie, que Ton découvre de temps à autre. En 1833 , on faisait voir, dans ' la rue Picadilly , salle égyptienne , à Londres , une momie, )a première qu'on eut observée avec les bras croisés , Comme dans le sigae de R.*.R.*.-{-.'.-|-.'., dit du Bon JPasiêur; elle se trouvait avec le genou gauche plié et faisant Téquerre avec le droit, ayant une stolle ou collier à sept rangs peint sur le dehors de la caisse.
Des personnes qui possédaient des notions sur les hiéroglyphes égyptiens-coptes, assurèrent que cette momie avait été un grand personnage appartenant à la haute classe des prêtres.
Le thot , stolle ou collier des momies, i un , trois, cinq et sept rangs , étaient des signes et des indices d'un
Ordre et de leur admission aux mystères. Ce même thot , qui s'appelait aussi hermés^ était un symbole duquel le vulgaire fit une Divinité qui possédait les sciences de géométrie , d'astronomie, etc. , lorsque , dans le fait^ ce symbole n'était que la signification de l'assemblée des sages j des sa vans y et même des produits littéraires des prêtres égyptiens , qui furent toujours sans nom d'auteur , qui s'appelaient hermés ou thot , et dont la quantité de volumeSy selon Jamblique^ montait à 365^35, cequirépondà la durée de cent années solaires de 365 jours un quart. Ce résultat numérique nous indique que les anciens auteurs n'ont pas toujours donné dans le signe lors de leurs conjectures , et qu'ils ' ont pris souvent une chose pour une autre.
Il est à souhaiter que les peines que les savans se donnent pour se procurer la connaissance de l'ancienne langue sacrée copte , soient couronnées par le plus heureux succès ; elles serviront à nous faire connaître avec certitude la première religion des Coptes j les fonctions des sacrificateurs et des prêtres , les attributs qu'on donnait à Dieu Père, ou au Grand-Architecte de TUnivers, et aux deux principes , ce qui est relatif à Isis , Typhon , Osiris , ou à la génération , destruction , résurrection ou régénération ; nos savans obtiendraient cette connaissance par la comparaison des différens tableaux où les figures se trouvent réunies aux hiéroglyphes.
Ce travail répandrait la lumière sur tout ce qui est
regardé comme fabuleux dans notre premier culte , dans nos dogmes et nos mystères.
Ce fut par l'entremise de ces mêmes prêtres coptes et deè Chrétiens d'Orient^ c[ue la religion y les mystères des Enfans de la Veuye et le culte du Grand-Archileete parvinrent jusqu'à nous , par suite d'éyénemens toalà-fût extraordinaires j et qui acquirent une plus grande consistance par les Chevaliers Croisés ^ conuue on le Terra à la suite.
Ces mystères se conservèrent toujours sous la dénomination du Culte du Grand-Architecte de rUnivers , qui lui avait été donnée par l'allégorie d'Hiram , lequel représentait dans les mystères le Dieu inconnu ^ Etemel , seul Créateur de toute chose et Régénérateur de tout être.
Nous avons signalé la naissance du Christianisme au milieu des mystères des Divinités payennes. Lui aussi eut ses épreuves y ses exercices , son initiation , ses signes y un serment , un secret , un baptême , une purification, une consécration y etc. ,
Nous avons vu qu'on ne devait pasrecevoir indistinctement tout aspirant y qu'on répétait un serment pour garder le signe et le secret de la doctrine, lequel^ chez les premiers Chrétiens y était le mystère de la Trinité et de TEucharistie, et que Ton regardait comme dangereux et infâmes les initiés qui dévoilaient les choses sacrées et acquises.
Si ceux qui célébraient les mystères de Cérès et de
Jupiter faisaient annoncer , lors de la célébration , que les profanes devaient s'éloigner y les Chrétiens aussi avaient leurs crieurs , qui renvoyaient ceux qui n'étaient pas initiés : témoin l'abbé Fleury , qui dit positivement, dans ses Mœurs de* Chrétiens, qu'à la célébration des mystères chrétiens, aux premiers siècles de l'Eglise, un Diacre criait : « Loin d'ici les profanes ; » fermez les portes , les mystères vont commencer ».
Lorsque les prêtres chrétiens commencèrent à devenir intolérans, et à être protégés par leurs gouvernemens, ils substituèrent à cette injonction , commune aux différentes religions : « Les mystères vont conunencer , hors » itiei les chiens, les choses saintes sont pour les saints ». Foras canes, sancta sanetis» Un auteur ancien, S.^ Jean- Chrisostôme, dans son Homélie 25 , in Math, nous donne la formalité usitée avant l'ouverture des mystères chrétiens : « Quand nous célébrons les mystères , nous » renvoyons ceux qui ne sont pas initiés , et nous fez^ » mons les portes ».
Jamais on ne célèbre les mystères maçonniques sans s'être bien assuré qu'à l'intérieur et à l'extérieur du Temple , il n'y a pas de profanes : c'est le premier des devoirs , lors des assemblées.
La décadence de la religion des Payens commença par la perte des richesses que possédaient ses prêtres. D'abord Constantin-le-Grand dépouilla leurs Temples, Constance empêcha , par des lois , les sacrifices aux Divinités ; Va-
leiice les permit et les favorisa , mais ils avaient perdu de leur crédit par les antécédens. Théodore ^ monté sur le trône, abolit les sacrifices anciens et renversa les Temples. Cette mesure arme les Chrétiens de tous les pays , et les encourage à détruire les Temples payens , afin d'empêcher les Empereurs de revenir à leur ancienne religion.
Les hommes se sont toujours laissé séduire par le merveilleux et par la nouveauté : dans tous les temps , on a cru avoir plus de lumière que dans le passé. A bien observer les changemens politiques et religieux , on trouve qu'après cinq à six siècles les anciens cultes ne plaisaient plus y et l'Histoire nous montre que la même nation ne se ressemble aucunement dans ses différentes périodes : les anciens , comme les modernes , n'ont jamais pu feire sentir aux peuples (n'étant pas faits pour raisonner) l'absurdité d'une idole , car en leur en enlevant une y il a fallu de suite leur en donner une autre.
Néanmoins^ les Payens attachés à leurs anciennes instituti<His 9 défendirent leurs Templei^ partout où ils étaient en force.
 Alexandrie , le Temple de Sérapis devint une fbrteresse ; les Payens s'y fortifièrent et se jetèrent sur les Chrétiens assaiUans , les battirent et leur firent des prisonniers, qui furent forcés de sacrifier à Sérapis ; ceux qui s'y refusèrent furent considérés comme des Juifs , et sans pitié mis en croix.
Marcellus, Evèque d'Apamée en Syrie , marche avec les Chrétiens armés pour renverser le Temple d'Aulon^ dédié à Apollon : il est défait par les Payens y et tué dans la mêlée. Mais notre but n'est pas d'écrire l'histoire de toutes les aberrations humaines. >
Après toutes ces révolutions, la religion chrétienne devint dominante en Europe, et jusqu'au commencement du 8.® siècle , comme nous l'avons expliqué , elle eut toujours le grand secret, qui était gardé par les fidèles , et qui ne cessa de l'être que parce qu'il devint le secret de tout le monde par les querelles théologiques des Gonsubstantialistes et de ceux qui enseignaient le mystère de la Trinité.
Jusqu'à cette époque, la pratique des rites et mystères anciens fut maintenue par les Chrétietis ; néanmoins, malgré les persécutions chrétiennes, les Payens jusqu'à cette époque conservèrent aussi secrètement leurs mystères, comme on peut s'en assurer dans le Secret des Mystères de f Eglise primitive, par Vallemont , et dans le Glossaire de Ducange , aux dames Habouda, Holda, Fata, Diana, etc. etc.*
Les Payens purent aussi transmettre secrètement leurs mystères, et ils arrivèrent à une postérité bien plus éloignée du 8.® siècle.
Après Charlemagne (qui avait établi la puissance des Evêques de Rome) , tout était désordre , et l'ignorance des prêtres à son comble ; la plus grande partie ne
savait qu*â peine lire ; il n'est donc pas étonnant que les mystères égyptiens-juifs-chrétiens , que nous avons tus exister dès les premiers siècles du Christianisme en Eu-rope, aient pu se fortifier et opére^le mélange le plus extraordinaii^ , si le Paganisme et le Christianisme s'allièrent avec la magie et avec les erreurs de la superstition la plus grossière.
Nous avons exposé les différens mélanges qui existaient dans les cultes en Egypte , les désordres qui en dérivèrent ; la même confusion arriva en Occident. Ij ffiêioire littéraire de France, par les Bénédictins, tam. :ÇV; po^.' 274 , nous dit « que les légendaires n'é- » taient jamais embarrassés : quand ils manquaient de » légendes 9 ils en composaient de leur chef j quelquefois y> ilb puisaient dans les actes des autres Saints , et on les » confondait les uns avec les autres ».
M. Dulaure, tom, i^pag, i3o, dit : « Toujours à Ten- » droit destiné au culte d'une Divinité payenne y les » Chrétiens plaçaient le culte d'un Saint ». A la place de Tautel de Jupiter, les Chartreux ont substitué une église à Notre-Dame , et à la place d'un autel à Bacchus y le culte de S.^ Bacchus. Le cippe antique de quatre Divinités payennes existait près du lieu où on a construit la sainte chapelle du palais (1). Le même auteur, dans son Histoire de Paris, prouve jusqu'à Tévidence que
(1) Plusieurs monumens en Italie et eu Espagne attestent de pareilles substitutions de Saints chrétiens aux Divinités payennes.
S.^ Denis, Eyéque et patron de cette yille, n'a jamais existé, et que ce nom est un de ceux que Ton donnait à Bacchus. Cette Divinité fut métamorphosée en un Saint chrétien , et il y eut même pendant long-temps en France un S.^ Bacchus qui figurait dans la légende chrétienne. L'église de S.^ Bacchus a été métamorphosée en celle deS.* Benoît. Henri I.®', en io5o, donna à F Archevêque de Paris plusieurs églises abandonnées; la dernière est celle de S.* Bacchus; sa fête était célébrée dans les mêmes mois et jour que les vignerons des environs de Paris fêtaient , il n'y a pas un siècle , celle du Dieu Bacchus.
M. Bonneville , page 49 , dit : « On sait que , dans le )) i)etit village dlssy, près Paris , ùous avons aujour- » d'hui un vaisseau religieux où Ton céftbre les mys- « téres de Jésus en présence de tout le «monde , aux )) lieux mêmes où les anciens Druides célébraient en » secret les mystères dlsis ». Le même auteur trouve synonymes les noms Hésus , Isis , Josué , Jésus ; il prouve que ce dernier fut porté par différens Juifs qui figurent dans la Bible.
Au commencement du Christianisme , les Romains , à la suite de leurs conquêtes , avaient permis aux vaincus d'associer à leurs Divinités celles de Rome ; il arriva par-là un autre mélange. M. Grivaud , dans son Recueil des Monumens antiques, totn, 11, pag, 127, en fournit une preuve. L'autel de Jupiter, retrouvé à Paris dans remplacement du chœur delà cathédrale, portait,
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sculptés dans des bas-reliefs , Castor, PoUux, Jupiter, Vulcain , Vénus , Mars , Divinités romaines , et avec elles Esus et Cernunnos^ qui étaient gauloises (i).
Il est prouvé que le culte de Mytbras a existé dans la Gaule; il parait qu'il. s'y est introduit, selon différens auteurs, du temps de l'Empereur Antonin.
Quoique le culte de Jésus ait pénétré dans la Gaule aux premiers siècles du Christianisme , on négligea de pratiquer sa morale. Lors des premiers Rois Francs , des Juifs et des Syriens &isaient dans leurs Etats le comrmerce de luxe ; ils étaient même protégés. En Sg i , d'après Dulaure , un Juif appelé Salomon devint receveur^néral du Roi Dagobert, et un Syrien nommé Eusébe acquit avec le commerce assez de richesses pour acheter l'épiscopat et se faire nommer Evéque.
Nous avons remarqué que la tonsure était une espèce de consécration des prêtres égyptiens qui étaient employés au culte du Soleil. Cette marque de vœux religieux était conservée par les premiers Rois Francs , qui regardaient la chevelure comme une marque de royauté.
(i) Cet autel fut découvert en 1711 » en creusant le ehpeur de Notre-Dame j pour y pratiquer une tombe pour les Archevêques. Il était composé de neuf grosses pierres^ otdées de.bas- reliefs sur les quatre faces. Une face avait un Taureau couvert de TEtoîk sacrée; par ce signe, il paraît que les Divinités égyptiennes n'étaient pas inconnues aux anciens Parisiens. D'après l'opinion de plusieurs savans , cet autel devait avoir été érigé de la 14.°*^ à la 37.«« année de notre ère , sous l'empire de Tibère.
Chlodovech ayant fait prisonnier Chararic , Roi des Morins, lui coupa la chevelure; celui-ci la laissa croître, et Chlodovech lui fit couper la tête.
Rien de plus ténébreui: que rétablissement du Christianisme dans la Gaule y que nous avons dit avoir eu lieu dans les premiers siècles ; il paraît qu'il arriva sans le dogme de la Trinité. Une lettre de sept Evéques y écrite en 389 9 à S.^*' Radegonde y rapportée par Grégoire de Tours y Eût. lib. ix y eap. 5q y nous décèle ce fait : « S.^ Martin fit éclore les premiers germes de notre foi; » car alors les mystères ineffables de la Trinité divine » n'étaient parvenus à la connaissance q^e d'un petit )> nombre de personnes ».
Quoique le Christianisme fdt professé dans la Gaule , il parait que les Rois et les Evéques ne suivaient guères les maximes évangéliques. D'abord la polygamie parait suivie. Clhothachaire, Roi dé France , mort en 56i, eut quatre épouses vivantes en même tem^. Son fils Charibert en eut également quatre.
Le clergé commençait à devenir très-puissant par ses intrigues. Grégoire de Tours, Hist. Ub. vin, eap. 2tg , dit que Frédégonde avait des clercs au rang de ses familiers; elle, s' en servait pour assassiner ses ennemis. En 585, elle voulut faire périr Childebert, et employa deux ecclésiastiques qu'elle avait gagnés , par de magnifiques promesses,' les arma de poignards empoisonnés. Les assassins furent découverts et cruellement mutilés.
A celte époc[ue9 les Evéques mêmes > par les aveux de Grégoire de Tours, Hiêt. lib. v, cap. 19 , étaient lâches et perfides , corrompus et corrupteurs ; ils se rendirent complices de Frédégonde. On ne peut lire sans indignation ce qui se passa à l'occasion du Concile des Evéques, tenu à Paris contre TEvéque Prétextât. Cette Reine suscita de faux témoins. Prétextât se défendit y fut reconnu innocent, et les Evéques n'eurent pas le courage de 9e prononcer pour lui ; Grégoire de Tours fut le seul qai osât le défendre.
En 585, un Concile d'Evéques à Orléans , un autre a Maoon ont lieu inutilement pour arrêter le désordre des autres Evéques; il y en a qui prennent part aux révoltes contre le RoiWamba. A Châlons> en 579, Sagittarius et Salonius , evéques , sont dégradés. Ils avaient associé la mitre au casque, étaient adonnés à la crapule et à la débauche. Les Evéques , pour ne pas les juger sur ces délits , les accusèrent de rébellion contre leur Roi Gruntr chramn (1), qui présidait le Concile. L'acte qui porte leur condamnation ne £edt mention que de ce délit qu'ils n'avaient pas commis.
Une multitude innombrable d'évêques , d'abbés , de prêtres, de moines, ont été militaires et même cour
(i) Les Rois Francs avaient , à ce qu'il parait , le droit de confirmer les Evéques ; Honorius , Evêque de Saintes , se rendit à Paris ppur cet objet , chez Gharibert , qui le chassa de son palais» le fit attacher sur un chariot remph d'épines et Tenvoya en exil* ( Grégoire de Tours , lib. rv, chap* 36.
quérans. Le clergé devint puissant par ses intrigues , en favorisant tel parti plutôt que tel autre, selon son propre intérêt : c'est de ces services et. de leur récompense que naquirent les richesses du clergé de France connue d'ailleurs.
Nous avons vu le désordre dans l'Empire d'Orient occasionné par les Iconoclastes. Charlemagne rejeta le culte des images des Saints ; ce ne fut que i)Ostérieurement qu'il s'établit dans le nord de l'Europe. Néanmoins cet Empereur fut toujours inspiré par les prêtres de Rome : ce n'est qu'à leurs sollicitations qu'il ensanglanta la Saxe pour la rendre chrétienne. Baluzii ^ CapituL 1. 1, col. 262 : « Si quelqu'un se cache pour échapper au baptême, qu'il » meure ». Mahomet disait aussi : « Crois, ou je te tue ».
Cependant Charlemagne s'occupa de la réforme des moeurs des Evêques ; il leur défendît , sous peine de perdre l^épiscopat, de répandre le sang des I^ommes^ fussent-ils Payens ou Chrétiens, d'avoir plusieurs épouses y des femmes étrangères , et de fréquenter les tavernes. Baluzii , CapiiuL tam. i, eoL 191 , S 36o. On lit aux mêmes Capitulaires (239) que , pendant le régne de cet Empereur , on fabriquait une multitude de faux écrits et de lettres tombées, disaiiron, du ciel. Un prêtre, en prenant la Bible pour modèle , car elle ordonnait aux Hébreux de ne se présenter jamais dans le Temple les mains vides, porta la fourberie au point de supposer l'ordre suivant tombé du Paradis : « Venez fréquemment
» dans mes églises et avec des ofifrandes ; eum oblaiioni- » bus fréquenter venite fi.
En Tannée 880 , TAbbé de S.^ Germain-des-Prés (voyez Dulaure) était un homme de guerre asses &meux par son audace; il entreprit de repousser les Normands qui ravageaient les bords de TEscaut , il fot battu. Nommé ensuite Evéque de Paris y il défisndit la ville contre les attaques de ces mêmes ennemis. Le même Dulaure , t. ly paff. 553 , dit y en parlant des mœurs de Paris , après Charlemagne : « Le Comte y rEvéque y les Abbés de Paris exerçaient dans leurs arrondissemens respectifs et sur les villages qu'on leur avait concédés y une autorité souveraine ; ils avaient leurs troupes y leur palais y leurs officiers y à F instar des Rois ; ils percevaient à leur gré des contributions y levaient des armées , faisaient la guerre » {1).
Le même a écrit, pcy. 575 : « Sous la seconde race des Rois de France , le nombre des Evéques et des Abbés guerriers fut bien plus considérable ; on ne s'en étonne plus : ils acquirent aussi un accroissement de richesses et de puissance ; quelques-uns devinrent souverains».
Voici encore ce que dit Dulaure, tom. 11 y pag, 3o4 : « Les Evêques se mariaient , et leurs femmes portaient
(1) Voilà pourquoi le clergé rappelle toujours le bon temps, les droits du Souverain , et regrette son antique puissance.
» effrontément le tiite à' Evêquêêêe.Segenfnàj^yèqaeàa » Mans , épousa dans un âge très-ayancé Hildeburge , il ^> en eut plusieurs enfans et dota Orderic des biens de » l'Eglise ».
Le même y après Vidal , dit ^ en parlant du clergé , lors de l'arrivée des Normands y « (jue ses mœurs étaient » dépravées , (jue les Eyéques avaient publiquement des )) concubines , et se glorifiaient de leur grand nombre }> d'enfans ».
Le Pape Léon IX y en loég y défendit aux prêtres de porter les armes et de se marier. Les chefs de la chrétienté ne tinrent compte de cette ordonnance, et imitèrent les désordres de leurs prédécesseurs.
On ne sait ce qu'était le Christianisme à ces époques ; car les Rois de la première et seconde époque avaient des concubines et plusieurs épouses à la fois qu'ils répudiaient à leur fantaisie. Les Papes ne se mêlaient aucunement de ces affaires de ménage. Nous avons vu le siège de S.^ Pierre couvert souvent par le scandale. C^est sous Robert dit le Dévot y que les Papes commencèrent à vouloir empiéter sur cette matière et s'en faire un droit exclusif.
D'autre part, nous trouvons dans V Histoire EceUHaê^ HqiM de l'abbé Fleury y t. xvi y pctg. 5o8 et suivantes , qu'un Concile en 1212 , tenu à Paris, défaidit aux Evêques de permettre, même en payant, aux prêtres d'avoir des concubines. Cette ordonnance prouve qu'aupa«
rayant les prêtres obtenaient de leurs Evéques cette permission gratuitement ou avec de l'argent.
Dans ces désordres, les hommes qui savaient raisonner voyaient que la vraie religion de Jésus n'était pas suivie. Les principes gnosticienset manichéens se répandirent de plus en plus ; ils devaient être combattus par les prêtres despotes attachés à la suprématie de Rome. On a vu ( comme il est dit dans le Recueil dee Hiêtoire» de Framee t. X, pag. 55g) treize chanoines, parmi lesquels on comptait Etienne y ancien confesseur de la Reine Ck>nstance, femme de Robert, Roi de France , être condamnés, à cause de la profession de cette doctrine, à être brûlés vifs. Les prêtres dissidens s'étaient tellemcfnt emparés de l'esprit de cette Reine, que lorsqu'on [ccmduisit ces chanoines au supplice, elle se jeta furieuse sur Etienne, et, avec sa canne , signe de royauté , lui creva un œÔ.
Les principes gnosticiens , sous les dehors de récde aristotélique , étaient répandus à Paris et ailleurs. Abeilard , plus connu par ses malheurs en amour et par l'affireuse mutilation qui les terQiina , avait introduit , à l'aide de ses écrits, aujourd'hui presqu'oubliés , des opinions libérales et chrétiennes. Il fut persécuté à outrance et accusé d^avoir porté un jugement erroné sur la Trmiti. Néanmoins ses Disciples le suivirent où il atttût ; il en avait jusqu'à trois mille ; il leur donnait ses leçons en plein champ, ne trouvant pas souvent de lieux assez spacieux pour les contenir. Parmi ses élé-
ves, on compte plusieurs Eyéques et Archevêques, vingt Cardinaux et un Pape (i).
Les études se propagèrent , et la ville de Paris , au i2.<' siècle y s'appelait Cariath Sepher , nom hébreu qui signifie ville de lettres. Les connaissances que l'on a acquises par les croisades firent faif e aux sciences de trés^ands progrès : en 1210 , il existait une secte tres-répandue y établie par un ecclésiastique nommé Amory, qu'on suppose originaire d'Italie; elle niait la préseiice réelle , croyait inutiles la plupart des cérémonies de l'Eglise ^ traitait de ridicule le culte rendu aux saints , aux reliques et aux images. Cette même année y le 31 octobre y quatorze de ces religionnaires furent condamnés à être brûlés vifs ; ils subirent cet affreux supplice avec courage.
Pour qui se représente cette période , il demeure évi dent que les hommes éclairés durent se concentrer dans des associations dont le but devait être la conservation des sciences et mystères égyptiens y juifs , chrétiens , et de la liberté civile envahie par Tavidité féroce des Seigneurs et du clergé.
C'est à cet état de choses qu'on doit l'apparition de
(1) Ce fut S.^ Bernard qui excita la rage des Croisés , pour augmenter le pouvoir des Papes , qui damnait charitablement les mourans qui refusaient de donner leurs propriétés à FEglise. Ce Iht ce S.* Bernard , qui se montra le plus ardent persécuteur du célèbre et maUitureux AbeUard*
toutes ces corporations secrètes des arts et métiers; ce qui nous fait penser qu'à ces époques il y eut t^ois espèces de sociétés secrètes : les Chevaleresques , qui ne tenaient qu^au système politique; les Religieusee qui s'occupaient de la conservation des dogmes; et la dernière des Profeêêiùne mécaniques indiriâuelles , pour s'assister entr'eUes et même pour cacher le secret de l^irsarts respectifs aux autres professions.
Toutes ces sociétés aTaient des cérémonies usitées par les Elus de Thèbes, de Memphis^ d^^eusis. On ignare par qu^e voie ces rites et cérémonies changàrent de lieux et même d'objet. On reconnaît facilement la conformité frappante qui existe entre les difiërentoé initiations qui furent transmii^s jusqu'à nous depais la:^us haute antiquité ; elles furent jfiprtifiées par l'habitude ^ et répandues de plus en plus plur les persécutîcms, l'égide la plus conserfatHce des opinions religieuses : l'extoomm des sociétés maçonniques en Europe est une preuve ^ son antiquité.
L'anarchie féodale régnait en Europe après fe règne de Charlemagne. La Chevalerie naquit de oe désosdie) elle fot introduite pour soutenir Tautorité oivite alors impuissante , et dans le fait , dépendante de Rome : le but apparent de ces institutions était de secourir les malheureux.
Dans l'état de bouleversement où l'Europe se ^uyait^ cette fondation devait produire des hérojs ^ des cham^
pions , mus par rhumanité , la religion qu'on y professait^ et par les grands exploits qu'on j proposait.
Elle commença par adopter les pratiques de l'initiation éleusienne, égyptienne et chrétienne.
Le novice se préparait par le jeûne et se purifiait par des bains et des ablutions symboliques; pour imiter les obstacles des initiations^ il devait passer la nuit des armes appelée la nuit blanche , parce qu^il était revêtu de ▼étemens blancs c<ttnme dans les mystères; pratique qui s'est conservée dans certains grades et rites maçon.*.
Gomme dans tous les mystères , même dans ceux maçon.*. , ilsitaient admis ^us la présentation d'un parrain qui répondait de l'initié. Un grand Prince ou Is Grand- Maiârê îui donnait f accolade.
ttt terme :QO]isacré dan&cesei^treprisesclievaleresqued était celui de iravau:8f conformément aux entrej^ses des Hercule et des Bacchus que les initiés appelaient travaux ; ce qui est encore conservé dans la Maçon.*.
Ainsi quecheiles Maçons ^ il fallait vingt^m ans pour être admis CShevalier; alors l'initié dllait vivre d'une nouvelle vie : « Novam induit nètam » ; l'habit en était l'emblème.
Bans la formule de réception ^ on nommait un Ange et un Saint, Michel et George. Michel est le ptemi^ des Anges Juifs , Basiliens et Gnostiques , et George délivre la Vierge du Dragon. C'est à ces idées romanesques que nous devons les poèmes classiques ; les Italiens , en par-* ticulier ^ se distinguèrent en chantant les Paladins fran-
çais, célèbres dans leurs travaux, dans leurs exploits, leur bonlieur et leurs désastres. Ainsi que l'initié â la doctrine du Christ qui , se parant des omemens poar faire le Saint Sacrifice, récite en même temps unejaeulaUnre , ainsi à chaque pièce de l'armure qu'on présentait au récipiendaire chevalier, répondait un sens secret qu'on lui expliquait en la lui remettant. Comme les Frères Maçons qui , après d'anciennes institutions ^ mystères , conservent dans leurs qrmboles et deviaesks emblèmes de l'Aigle , du Phénix , du Pélican et de la Croix, ainsi les Ordres chevaleresques s'appropriaient de pareilles devises que nous avons vues communes aux Gnosticiens, Cabalistes et autres. Les fondateurs des Ordres chevaleresques ont imité autant qu'ils l'ont pu les anciennes pratiques , et par-là ils les appelèrent l'Ordre de l'Aigle , du Pélican , de la Croix, du Lion.
Les Maçons d'Amérique font remonter les Ordres chevaleresques à une époque très-éloignée , s' appuyant toujours sur la Bible; ils en établirent l'origine en Egypte. Joseph est fait Chevalier par Pharaon, qui lui met au cou une chaîne en or. Genèse , ch. xu^ $ 4i. Ces Maçons zélés ont trouvé que Mardochée est fait Chevalier par Ahassuerus, Roi de Perse, par une robe de pourpre qu'il ,lui donne. Esther, eh. vm, $ i5.
Dans l'Apocalypse , Dieu même est Chevalier , il a une longue veste serrée par une ceinture d'or, eA. i, $ i3. (Voyez la Bibliothèque Maçonnique, imprimée k Baltimore, 1817.)