CHAPITRE II
De Fancieime initiation chrétienne; ses rapports avec l'egjrp* tienne. ~ Parallèle des mystères égyptiens et chrétiens dans Hérodote— De la moderne initiation de Rome. L'initiation égyptienne recherchée par les hommes les plus illustres de l'antiquité. Pythagore initié en Egypte ; les Carmes et les Juifs le veulent de leur communion. — Xamolxis établit en Scythie les mystères égyptiens. — Hippocrate initié ainsi que Thémistocle. Sentiment des anciens philosophes et des Saints - Pères sur l'initiation. Marc - Antoine , Gléopâtre , Adrien , Antinous , initiés. — Le Dieu des prêtres égyptiens. Leur doctrine sur la matérialité des êtres. — Doctrines des Chinois en rappoit avec Tégyptienne et avec celle des Maçons du jour. — Les quatre élémens figurent dans les mystères anciens. — Quelque rapport des initiations égyptiennes et maçonniques. — La loi orale fait une partie de ces mystères.
VJE n'étaient pas les seuls prêtres d'Isis et de Cérès qui communiquaient les vérités philosophiques et les secrets de la nature, et qui en usaient de cette manière dans leurs dernières initiations aux grands mystères. Les Juifs suivaient la même marche (voyez VEcclémste , eh. iv, v. loo, édit. deLouvain, i55o) , et Photius rapporte des fragmens de Jean Stbbée, qui vécut au v.« siècle , où , en parlant de Tinitiation aux mystères chrétiens , il la représente comme si elle était la fin de
la \ie profane et la mort du vice. Le néophite arrive aux limites de cette vie ne trouve aux portes de l'initiation que craintes , marches pénibles et obstacles qui l'environnent ; mais ces travaux passés , une lumière céleste frappe ses yeux , il découvre autour de lui un spectacle enchanteur, une campagne riante; des chœurs accompagnés d'une musique mélodieuse , flattent agréablement ses oreilles ; des visions saintes lui apparaissent , il est initié , il est revêtu du caractère d'élu par son admission , il n'est plus l'esclave des craintes ; il est couronné , il est triomphant , il est admis à la science sublime des doctrines sacrées (de la reproduction des êtres qu'on a couverte d'un voile par l'allégorie ) , rfe la Résurrection.
Telles étaient à-peu-près les anciennes initiations chrétiennes originaires des prêtres Coptes , comme on peut le voir dans Diodore de Sicile , Pline , Jean Stobée et autres.
On trouve bien des rapprochemens marqués entre les mystères des anciens initiés égyptiens et ceux des Juifs-Chrétiens.
Hérodote , qui était initié lui-même , en parlant des mystères égyptiens , se garde de donner certaines explications; il parle d'un tombeau et d'un homme sacrifié dont il dit devoir taire le nom. Il décrit ce tombeau étant dans l'enclos du temple , où se trouvaient des obélisques et des figures symboliques ,^et en outre de-
Tant le sarcophage , il y avait un lac circulaire environné d'un parapet : c'était là que les prêtres égyptiens célébraient leurs mystères secrets , en donnant la représentation des souffrances d'un Dieu fait homme qui était le simulacre du Dieu lumière , mis à mort par Typhon, prince des ténèbres ; il raconte ensuite qu'après sa mort le cadavre était déposé dans le tombeau , et que sa ré" iurrection réelle s'opérait immédiatement au milieu des éclairs et de la foudre , comme par enchantement.
Hérodote donne ces faits pour réels , quoiqu'ils ne fussent que des allégories du système solaire, et ce qu'il rapporte comme historique n'était qu'une fiction sur les saisons. Les souffrances étaient les courses du soleil pendant l'été; la mort, l'image de l'automne; le tombeau où on cachait le corps représentait l'hiver ; la résurrection du héros des mystères n'était autre chose que l'image du printemps. L'affliction était causée par la mort ou l'absence du dieu Soleil, comme la réjouissance était occasionnée par sa réapparition.
Ces mystères étaient communs aussi aux Perses : les prêtres criaient à la déposition de Mythra dans le tombeau : « Sa mort a fait votre salut, » Tels étaient les mystères d'Osiris , de Bacchus , d'Adonis ; les sacrifices qui se pratiquaient étaient une représentation de leur mort, de leur résurrection, et même de l'immortalité à laquelle ils étaient passés. Dans tous ces cultes divers le Soleil était donc l'objet de l'allégorie , qui fut dans
la suite défigurée par la croyance à la mort et à la résurrection réelle du héros.
On est frappe de la ressemblance des mystères des initiés au sacerdoce de Rome chrétienne , avec ceux décrits par Hérodote; mais ce qui les rapproche le plus, c'est que les initiés aux mystères égyptiens et chrétiens devaient et doivent, avant leur représentation, se soumettre à des épreuves de jeunes et de macérations , ainsi qu'à une vie tout-à-fait contemplative.
Des philosophes et poètes étrangers se rendaient en foule en Egypte pour se soumettre à ces épreuves , et parvenir ainsi à ces initiations , convaincus qu'ils étaient de tout le prix des sciences et des mystères qu'on y apprenait : le dernier Grec illustre initié en Egypte fut Pytbagore^ de Samos, né 692 ans avant Jésus-Christ. Pour être admis aux grands mystères d'Isis, et pour pouvoir apprendre des prêtres égyptiens l'astronomie et la divination , il consentit [à se faire circoncire ; il subit cette douloureuse opération déjà âgé, car il était Athlète (1). C'est en se soumettant à toutes ces rigueurs de l'initiation et en se faisant admettre aux mystères égyptiens , que Solon , Zoroastre , Platon, Moïse même^ purent apporter dans leur patrie un culte et des lois qu'on voit frappées au coin de celles de Memphis et de Thébes.
(1) Voyez Clément d'Alexandrie et Dacier, Vie de Pythagore,
En 1683, les Carmes à Beziers soutinrent dans des thèses publiques que Pythagore avait été moine et membre de leur Ordre. (Voyez les OEuvres cofnplites de yoltaire^ édition de Baie, yoI. 55, pag. 19, article Th4rapeutes,)
Les Juifs , ayant les Carmes , avaient prétendu que Pythagore avait voyagé en Judée, et qu'il s'était fait initier dans la secte des Esséniens.
L'abbé Terrasson, dans son second volume de Setos, édition de Barbier, à Paris , nous rapporte une foule de traits qui démontrent le rapport de la mythologie grecque avec l'égyptienne. Mais lorsqu'on eut perdu la signification des symboles, ces allégories devinrent obscures , car les théories des sciences étaient transmises par ces symboles ; ainsi, leur signification perdue, Ton a perdu la clef de ces connaissances. Les emblèmes Egyptiens étaient relatifs à leur astronomie, à leurs lois , à leur localité et à leur agriculture ; par conséquent , ces savans grecs ayant rapporté ces mêmes allégories mythologiques chez eux , elles devinrent obscures et inutiles , tandis qu'elles servaient au développement de la religion, des sciences et de l'agriculture en Egypte. Nous ne rapportons que l'histoire fabuleuse de la Cérès grecque et de l'égyptienne, et on trouve la première dans les Métamorphoses d'Ovide : Neptune veut jouir de sa sœur Cérès, qui à la suite se cache honteuse dans une grotte. Pan, ou le Soleil, la découvre, va en avertir
Jupiter qui envoie les Parques pour la consoler. En Egypte , Typhon jouit de sa sœur Isis : elle se cache , éplorée et fécondée, dans un souterrain; elle est découverte après par ses bienfaits et par sa gloire. Typhon, qui s'accouple avec Isis , est Télément de Teau qui rend féconde TEgypte. Isis représente aussi le grain qui , après rinondation du Nil, est ensemencé et caché pendant un temps déterminé , et qui , par son développement , cause les bienfaits qui consolent les hommes.
Les mystères égyptiens passèrent en Scythie.
Xamolcis, Grec de nation, esclave de Pythagore, et qui raccompagna en Egypte , rendu à la liberté , s'en retourna dans sa patrie : il y fit bâtir un temple souterrain , où , d'après le culte égyptien , il instruisit sa nation dans les mystères. Il fut le chef des Plytes (corporation mystérieuse ) , que l'historien Joseph a comparés , pour leurs vertus , aux Esséniens.
Hypocrate ( suivant Saranus ) ayant délivré la ville d'Athènes de la peste qui la désolait pendant la guerre du Péloponèse, fut initié aux mystères d'Eleusis pour sa plus grande récompense ; ensuite il fut reçu citoyen par les Athéniens, qui lui accordèrent, ainsi qu'à ses descendans , une pension.
Thémistocle (i) fut initié aux mystères et à la doctrine des Mages, qui , dani^ le fait , n'était qu'égyptienne*
(i) Plut, in Thémistocle.
Les auteurs les plus anciens conviennent que « le but » de rinitiation est de lier Thomme à Dieu et à Tordre du monde. » Salluste Phil , c. 4:, — et Procluê in Tim. , prétend que « l'initiation sert à retirer Famé de la Tie matérielle , et à y répandre la lumière divine. » Si Ton se rapporte aux Saints-Pères sur l'initiation , ils en parlent à double sens ; car lorsqu'ils donnent quelqu'indice sur la science des prêtres égyptiens , ils soutiennent que ces prêtres étaient des magiciens ^ et que s'ils faisaient des miracles , ils avaient recours aux esprits infernaux pour leurs opérations diaboliques. Il a fallu que le Dieu des Juifs opérât un miracle , pour que Moïse put les surpasser.
Ce ne furent pas les seuls philosophes qui cherchèrent l'initiation égyptienne : au temps où ce royaume allait devenir province romaine , Marc- Antoine fut initié aux mystères d'Osiris , lesquels , comme ceux de Bacchus , représentaient le Soleil. Plutarque nous dit que Marc- Antoine fut appelé en Egypte le nouveau Bacchus ; le même historien nous apprend que Cléopâtre portait l'habit sacré d'Isis , ce qui est l'équivalent de dire qu'elle était sa prêtresse. Une médaille de Cléopâtre la qualifie de jeune Déesse Atd Nsarepa , Dea Neotera, Xilander , qui a interprété ce passage de Plutarque , dit que cette Reine prenait l'habit sacré d'Isis , et prononçait des oracles au nom de la nouvelle Déesse.
Adrien fit élever en Egypte des temples â Antinous ,
qu'on a dit s'être dévoué pour lui à la mort , et y institua en son honneur des prêtres et des mystères ; ce qui porte à croire que tous les deux y avaient été initiés, d'autant plus qu'Adrien rendait aussi des oracles dans les temples ; ce qui faisait dire aux Saints-Pères de ce temps-là , qu'il y avait tant de faux prophètes.
Les prêtres égyptiens enseignaient qu'un Dieu unique et suprême avait conçu le monde par son intelligence, avant de le former par sa puissance et par sa volonté.
Cette sublime idée de l'unité de Dieu, toutes les religions la doivent à la philosophie égyptienne, non au judaïsme , comme quelques écrivains l'ont imaginé , et comme nous le verrons par la suite.
Les prêtres égyptiens assuraient et démontraient à leurs néophytes que rien de ce qui eft mortel ne peut être Dieu. Tel est le sentiment de Plutarque , en parlait d'Isis et d'Osiris. Ce sentiment fiit celui des philosophes grecs et romains , comme on peut s'en assurer dans Pythagore , dans Cicéron et dans Lucrèce , en son premier livre c^6 Naturâ Deorum, Nous verrons lesCh.*. Templiers accusés de suivre cette doctrine.
Les mêmes prêtres admettaient que ce Dieu unique avait coordonné deux principes pour l'entretien du monde , la deHruction et la régénération de toutes choses , la lumière et les ténèbres , le bien et le mal physique ; ce qu'on lit aussi dans Lactance , lequel ,
par une allégorie , explique que Dieu a partagé le monde à Tamiable avec le Démon; voulant par -là dire que Dieu est la source du bien y que le Démon est la source du mal physique ^ et qu'il a établi un équilibre entre ces deux principes.
Les prêtres égyptiens bâtirent un temple dans lequel on adorait la divine Sagesse (i), où Ton ne pouvait pas humainement, selon eux , décider quelle était sa forme ou sa puissance ; et ils y placèrent , pour ce motif , cette mémorable inscription , qui pétrifie notre orgueil : « Je suis tout ce qui a été, ce qui est , ce qui sera , et » jamais mortel ne percera le voile qui me couvre. » Voyez Plutarque , qui dit que cette inscription se trouvait sur le pavé d'un temple à Sais , dédié à Isis , qu'on nommait de son temps Minerve.
Nous rappelons cette importante vérité dans le degré de la Royale'Arche. Le précieux Delta est caché sous oeuf arches , le quatrième s'appelle Ehieh , un des attributs que la Bible donne à Dieu , qui signifie : « Je êWB y je serai, »
Les auteurs* anciens paraissent confondre les noms des divinités égyptiennes et romaines; nous verrons même qu'on a confondu le culte de Sérapis avec celui de Jésus-Christ, et que les allégories subirent les mêmes éventualités. Quelquefois Apulée nomme Isis
(i) Un degré philosophique est appelé de la sagesse.
Cybèle, et dans d'autres circonstances Minerve, Vénus, Diane , Proserpîne , Cérès , Junon , Bellone , Hécate et Rhamnusia, ce qui donne lieu de l'appeler Myrionyme ou la déesse à dix mille noms. Voici comme s'explique cet auteur ; il fait parler Isis :
« Je suis la Nature, mère de toutes choses, maî- » tresse des élémens, le commencement des siècles, la » souveraine des Dieux, la première de nature céleste, » la face uniforme des Dieux et des Déesses; c'est moi » qui gouverne la multitude lumineuse des cieux, les » vents salutaires des mers , le silence lugubre des en- » fers; ma divinité unique, mais à plusieurs formes, » est honorée avec différentes cérémonies et sous dif— » férens noms. Les Phrygiens m'appellent la Pessinon- » tienne , mère des Dieux ; les Athéniens , Minerve- » Cecropienne ; ceux de Chypre , Vénus - Paphiane ; » ceux de Crète , Diane-Dyctinne ; les Siciliens , qui » parlent trois langues , Proserpine Stygiane ; les » Ëleusiniens , l'ancienne Déesse Cérès ; d'autres Junon ; » d'autres Bellone ; quelques - uns Hécate ; il y en a » aussi qui m'appellent Rhamnusia. Les Ethiopiens , les » Orientaux , les Ariens et ceux qui sont instruits de » l'ancienne doctrine , je veux dire les Egyptiens , » m'honorent avec des cérémonies , qui me sont pro- » près , et m'appellent de mon véritable nom , la Heine
Un marbre qu'on a trouvé à Capoue , avec une in-
scription rapportée par Montfaucon, t, II, la qualifie ainsi : « Déesse Isis, qui êtes une et toutes choses, » Arrius Babinus vous fait ce vœu. »
Cette inscription démontre que les Romains , qui étaient initiés aux doctrines égyptiennes, regardaient cette Déesse comme Temblème de Vunité de Dieu et d« Y Univers,
Les prêtres égyptiens tenaient toujours occupés leur» néophytes par diflérens emblèmes et par les allégories des trois vérités, qui étaient le fondement de leur» mystères , et qui rappelaient les effets éternels et successif de la nature universelle :