‹ La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne, juive et chrétienne. Tome premierChapitre 8 sur 38 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Moïse , sauvé des ondes , trouve grâce près de Thermutîs ; est admis aux mystères égyptiens ; quelques traits de sa vie ; il se met à la tête des Juifs , à leur sortie de l'Egypte. — La civilisation israéiite date du désert.-— Moïse est cru auteur de la Genèse et autres livres. Quelques remarques sur Finexactitude de ces écrits. — Moïse donne aux Juifs le dogme d'un Dieu unique et des deux principes. — Distribution du peuple par Moïse en tribus , diverses ordonnances , comme omemens pontificaux , prêtres , sacrifices , qui se rapportent à la Maçonnerie du jour. -— Moïse ordonne des épreuves pour être admis à l'initiation j leur secret rapport avec ceUe des Maçons. Moïse sacre les Lévites comme les Egyptiens; attributs des Lévites et histoire de la Verge d'Aaron.

1^'fflSTOiRE ÉGYPTIENNE nous dit que Pharaon Orus , voyant que les Juifs se multipliaient extraordinairement (ce qui par la suite aurait pu compromettre la sûreté de son royaume), pour en diminuer le nombre, les chargea de corvées , leur fit exécuter des excavations de canaux , et construire des villes entières. Ces dispositions ne servirent qu'à augmenter leur population. ^Ecriture Sainte nous dit aussi qu'Orus alors ordonna aux Juifs de jeter dans le Nil leurs enfans mâles.

En admettant le fait pour vrai , les Juifs auraient été traités par les Rois égyptiens plus cruellement que

les nègres des colonies dans les Indes , et si nous admettons son exécution par ces mêmes Juifs ^ il faut convenir que ce J)euple élu était alors au-dessous des brutes ; car la plus faible défend ses petits , au risque même de sa vie , et nous lisons qu'il y eut une obéissance aveugle y de la part, même des mères juives ; il n'y a que la démence ou la stupidité, qui puisse exécuter de pareilles décisions, qui renversent toutes les idées qu'on se forme de la société, de la religion, de la nature.

Moïse , selon la Bible , fut exposé à périr par suite de cette ordonnance; déposé par sa mère sur les bords du Nil , dans un panier de joncs, enduit de bitume, il y serait mort , sans la compassion qu'il inspira à Thermutis, fille d'Orus , qui se promenant près de ce fleuve, avait entendu les cris de Tenfant.

A la mort d'Orus , Thermutis lui succéda ; elle fit donner à Moïse l'éducation qu'elle eut donnée à son fils: c'est par cet événement extraordinaire qu'il fut appelé Moïse, ou Sauvé des ondes,. et qu'il *fut admis aux mystères et dans l'ordre des prêtres égyptiens.

Thermutis étant morte. Moïse perdit la faveur dont il jouissait, et, comme on vint à savoir (telle est l'expression biblique) qu'en cachette il avait tué un Egyptien, pour se soustraire à la punition , il se sauva dans F Arabîe-Pétrée , contrée limitrophe de TEgypte.

Moïse, dans son exil , se maria avec la fille d'un Sacrificateur de Madian , chef d'une tribu arabe ; cepen-

dant lorsqu'il deyint législateur des Juifs , il leur défendit le mariage avec des femmes étrangères et idolâtres. Cette défense ne fut pas observée par lui-même , puisqu'il épousa dans la suite Sephora , qui était Madianite et idolâtre. Salomon et d'autres Rois suivirent cet exemple.

Moïse 9 sur l'invitation d'Aaron son frère et de Marie sa sœur, qui étaient restas en Egypte, y retourna pour se mettre à la tête des Juifs lorsqu'ils furent chassés de ce pays , ainsi que les mêmes critiques croient le prouver.

L'opinion que Moïse fut prêtre égyptien , et que les Juifs furent chassés d'Egypte^ est rapportée par plusieurs écrivains anciens.

Joseph Thistorien, contra jàpion (i), liv, i, ch. g, 11^ 12, dit que Maneton et Cheremont, historiens égyptiens, rapportent que les Juifs furent chassés de l'Egypte , parce qu'ils étaient infectés de la lèpre ; qu'ils élurent pour chef un prêtre d'Héliopolis, nommé Moïse, et que cet événement eut lieu sous le règne d'Aménophis.

Le même Joseph^ liv. v, ch. 54, apud PhoHum, nous dit que Lysimaque , l'historien , était de la même opinion.

Diodore de Sicile , liv, xxxiv , dit , suivant une infinité d'historiens, et d'après leur autorité, qu'il se

(i) Âpion, ëcrivain égyptien , est un de ceux qui ont le mieux dëvoUé le fanatisme et les absurdités des Juifs. Flavius Joseph , Juif de nation, et de plus de la caste sacerdotale, défendit les principes théosophiques de sa nation , cause des controverses.

répandit en Egypte une taheê (peste) qui contaminait les corps; le Roi d'Egypte demanda à TOracle d'Ammon un remède; celui-ci lui ordonna de purger son royaume de cette race de gens infectés ^ et de les renvoyer dans des terres étrangères.

Le même Diodore , d'après l'autorité d'Antiochus Epiphanes, dit que cette race de gens infectés était la nation juive.

Tacite , dans son Uùtoire , liv. Y, ch. 3 , dit , d'après Lysimaque y que les Juifs furent chassés à cause de la lèpre, et qu'ils élurent pour chef Moïse, prêtre d'Héliopolis.

Justin , liv, XXXVI , cA. 2 , rapporte la même chose sans variation. Strabon dit simplement que les Juifs se retirèrent de PEgypte , sous la conduite de Moïse , qui était prêtre égyptien.

La fuite des Hébreux peut avoir été volontaire, comme leur sortie peut avoir été l'exécution d'un ordre supérieur des Pharaons. Il est trés-dijfficile de prononcer sur cette question ; car VExode , au ch, xii, dit que ce fut contre le vœu de Pharaon que les Juifs sortirent de l'Egypte. D'après une tradition ancienne rapportée par Joseph , les Juifs relégués par Aménophis dans la ville d'Avaris, se seraient emparés de tout le pays qui l'environne, sous la conduite d'un prêtre d'Osiris, nommé Tisither ; et plus tard, par Moïse, lorsqu'enfin chasses derechef de l'Egypte , ils adoptèrent une nouvelle reli-

gion et enyahirent la Judée. Joseph, contra Apion, liv. r.

Ceux auxquels les calculs de statistique sont familiers, croient impossible le nombre de combattans juifs sortis d'Egypte; on est fondé à croire qu'il y eut, dans les copistes de la Bible , erreur de chiffre , et que les Juifs auraient pu être 6000 , au lieu de 600,000.

On attribue à Moïse , comme nous l'avons déjà dit , différens livres de la Bible : la Geneêe , l^ Exode, le Z^vitiqtie , les Nombres ; ces œuvres ont une grande ressemblance avec les instructions des prêtres égyptiens ; le sacerdoce y brille à toutes les pages : c'étaient des prêtres qui devaient gouverner , selon son esprit , la nation juive ; néanmoins il y a apparence qu'outre les livres égyptiens , Moïse avait lu l'Histoire phénicienne de la Création , par Sanchoniathon , prêtre de Beryte , qui vécut 957 ans avant Moïse et Sémiramis.

Par les fragmens de Sanchoniathon , on voit qu'il avait établi que les Phéniciens étaient le peuple dlu par l'Eternel , et le plus ancien de la terre ; sa création commence aussi par un Adam , et son premier né est un Caîn. Néanmoins il est prouvé que ces fragmens rapportés dans différens ouvrages par les Hébraïsans , sont en contradiction avec l'Histoire mosaïque.

Des savans prétendent que le mot Sanchoniathon veut dire savant et philosophe , et comme aucun prêtre ne pouvait être nommé auteur d'un ouvrage , il est pro-

bable que c'est sous ce nom qu'on écrivit telle ou telle autre Histoire.

Des critiques veulent que quelques erreurs se soient glissées dans les livres juifs , ou qu'il s'en soit égaré quelques chapitres ; car , ils ne peuvent concevoir comment Gain , le premier né d'Adam , premier père des hommes y bâtit une ville au nord d'Eden , et aurait pu lui ^ donner le nom de son premier né Hénoc , pour perpétuer le souvenir de ce fait; on demande des éclaircissemens, s'il est possible d'en obtenir ; on voudrait savoir où Caïn a été chercher les maçons et les ouvriers pour bâtir la ville ^ et les hommes pour la peupler; car y on voit, au ch. ui^ t;. 21 de la Genèêe , qu*à défaut d'ouvriers, Dieu même « fit à Adam et à sa femme des robes de peau. »

Dans la même Genève y abandonnant la postérité de Gain , suivant celle de Seth , troisième fils d'Adam , et arrivant à sa dixième succession , c'est-à-dire au fils de Noé, on compte i536 ans ; en supposant que toutes ces générations se soient multipliées (chose presqu'inadmissible , car les premiers pères des hommes ne pouvaient encore avoir pris les précautions nécessaires à leur multiplication et conservation ) , il en résulte une to^ talité de 2o48 personnes. Or , au ch. vi de cette Genhêe^ il est dit que les fils des hommes, jpar Adam, étaient extraordinairement multipliés sur la terre , et qu'ils avaient des filles ; que Uê fiU de Dieu ayant vu les filles des hommes, ils en prirent à leur fantaisie pour

femmes ; et dans le cA. Y , v. 4^ il est précisément dit : " « que de cette union il est sorti des hommes puissans, » qui de tout temps furent géans de renom. » Après cette distinction précise de fils de Dieu et de fils des hommes, ou Moïse a oublié de nous parler de la création et apparition des fils de Dieu , ou la partie de la Genèse , qui décrivait cette race , s'est égarée.

Les critiques disent qu'on se perd dans les calculs, si on veut suivre la Bible ; car elle est tout- à -fait hyperbolique et orientale. Aux Nombres, v. i5et5i, et au Psaume Lxxvii , t?. 19-20 , il est dit , en parlant des cailles , que les Israélites ramassèrent dans un reste du jour et la nuit suivante : « Le peuple en prit au- » tant qu'il voulut , et ceux qui en avaient le moins , » en eurent dix chomers. » Or, selon Calmet, Hist. Univ. , liv. n , ch. 102 , le chômer est égal à deux mille neuf cent quatre-vingt-huit pintes de Paris^ 2988.

La capacité de la pinte de Paris est de 46 pouces cubes , comme il est dit dans le Traité d^ Arithmétique décimale de M. de Palaisseau, page 74; quarante-six pouces représentent donc pour le moins sept caille^. Or^ dix chomers faisant 29,880 pintes, représentent le volume de 209,160 cailles : en accordant un appétit excellent aux consommateurs , ils eussent mangé douze cailles par jour ; en conséquence , comme tous les Israélites participèrent à cette chasse , chacun en aurait ramassé pour avoir de quoi vivre pendant quarante-sept ans.

Moïse y avant son départ de rEg3rpte , selon Tusage des Egyptiens y institua la Pâque y de laquelle il sera parlé dans la suite de cet ouvrage ; après cette cérémonie , il sortit d'Egypte à la tête des Israélites. Il fut obligé de faire de longues et pénibles marches à travers des déserts arides et des sables ardens , pour parvenir à une terre qu'il annonça comnieÇi) promue par Dieu stM^en^le Israélite ; dans cet intervalle , il tâcha de policer les Hébreux y en leur donnant des lois ; il les gouverna en prêtre y législateur et roi ; il chercha , par ses préceptes , à isoler la nation juive , et pour mieux la dominer , il la remplit d'une idée flatteuse y qui pût beaucoup contribuer à son but ; il lui persuada que Dieu même l'avait établie pour son peuple élu et chéri , et par ce moyen il prépara son gouvernement théocratique : pour assurer de plus en plus sa domination, il inspira aux Juifs une méfiance , un mépris y et même une haine invincible pour toutes les autres nations , afin qu'ils ne fissent aucune alliance avec des étrangers et individus d'autres religions; ce que les Juifs , malgré les péripéties qu^ils ont souflTertes , observent même die nos jours.

Moïse, après les institutions reçues des prêtres égyptiens , donna aux Juifs , pour fondement de sa religion et de son dogme, le culte d'un Dieu unique, du grand

(i) Ce fut par le massacre total des naturels du pays , que les Hébreux s^ emparèrent de la Judée.

Jihovah, auquel devaient se rapporter tous les vœux du peuple ; il [admit aussi pour subsidiaires le bon et le mauvais principe, que les Juifs ^ à la suite de la captiyité de Babylone j changèrent dans les anges de la lumière et des ténèbres, qui, dans la Bible , président aux quatre élémens et aux planètes, et que \ Apocalypse, ch. XII, V. 7, range en bataille; ce que l'on doit regarder toujours comme une allégorie , pour nous expliquer le contraste du bien et du mal physique, ou des susdits principes.

Plusieurs religions de l'antiquité honoraient le bon et le mauvais principe par des sacrifices. Des victimes blanches et sans taches étaient choisies pour le bon principe , pour le Dieu auteur et conservateur de la nature , pour le Grand-Architecte de l'Univers. On sacrifiait des victimes noires et de couleur au mauvais principe et aux Dieux infernaux et destructeurs. (Voyez rAntijudts expliquée, par B. Montfaucon.)

Au Psaume xc, t?. i, il est dit des bons anges, qu'ils sont destinés (i) à servir de gardiens aux hommes et à les conduire dans toutes leurs voies. Dans Daniel vu, v. lo , leur nombre est infini , et l'Ecriture en fait une armée innombrable ; les nations et les monarchies ont leurs anges tutélaires ; la synagogue eut l'archange Gabriel. Dans VApoe. xii, v. 78, Michel et ses anges combat-

(1) Il paraîtrait y d'après ce passage, que les Psaumes furent écrits après la captivité de Babylone , et non par David.

taient le diïigon et ses anges; mais ceux-ci furent les plus faibles ^ et depuis ce temps-là ils ne parurent plus dans le ciel ; le dragon , qui est appelé le Diable et Satan y fut précipité sur terre | et ses anges avec lui. Les critiques disent qu'il faut être visionnaire pour admettre la réalité de ces combats. On les regarde quelquefois^ conmie des descriptions poétiques ayant pour objet l'astronomie. Les livres bibliques sont remplis de paraboles et de métaphores ; le sens caché en était réservé aux savans et aux initiés.

Jamais les prêtres égyptiens n'ont cru à la réalité de l'assassinat d'Osiris , ni qu'un veau et un oignon pussent être des Divinités ; ils n'ont jamais cru à la réalité de Typhon ^ ni à un Dieu qui naît , meurt et ressuscite. Ils n'y voyaient que le Soleil et les eflets de la nature.

Moïse distribua son peuple en douze tribus , en commémoration des douze Patriarches qui le précédèrent y et gouvernèrent les Israélites avant leur sortie d'Egypte (i).

Moïse ordonna que les prêtres fussent nourris et entretenus aux dépens du public , conmie chez les Egyptiens ; il voulut qu'ils fussent habillés de lin j et que le Souverain Pontife portât , suspendue au col y l'image de la vérité (2) , ainsi appelée par les prêtres d'Isis y et qui devait être en saphir. Cet ornement était composé de

(1) Beaucoup de rites et de grades commémoreront ce fait.

(2) Flanche I.»«, n.» 16.

trois rangs de trois pierres chaque, qai donnaient le nombre mystérieux de neuf , lequel figure souvent dans nos grades et rites, et fut adopté particulièrement dans le Kadosch pour ornement sacerdotal.

Les prêtres juifs devaient se raser le poil , même du corps. Entr'autres usages , les prêtres égyptiens avaient aussi celui de se raser la tête : cette coutume devint loi, et passa même aux Romains ; leurs Empereurs, qui exerçaient les fonctions de Souverains Pontifes, s'y soumirent. Spartien rapporte que G)nmiode s'était induit à cette pratique : il en donne cette causé. Presque toutes les institutions monastiques dont les membres s'appellent par excellence le clergé régulier , ont adopté de se raser la tête, à l'imitation (i) des anciens prêtres égjrptiens. Le clergé séculier et tous les prêtres dé Jésus se font raser une partie de la tête en forme de couronne ; cette tonsure est un grade préparatoire au sacerdoce.

Cet usage est rappelé par Jérémie, au eh. xxv, v. 33, « ji Dedan Tema et Buz » ^ et à tous ceux qui se font couper les cheveux; et au eh. Ti , v. 18 , des Nombres : a Et le Nazaréen rasera la tête de son nazaret i l'entrée )i du Tabernacle ».

La tonsure égyptienne représentait, conune chez les cénobites de nos jours , le disque du Soleil. Hérodote , liv. 5 , rapporte que les Arabes se rasaient la tête d'après

(1} Planche II , n.« 11,

leur tradition^ qui voulait que Bacchus en eàt usé de même.

Uusage de se raser la tête n'était pas commun à tous les prêtres égyptiens ; il variait suivant le culte et la classe auxquels ils appartenaient ; ainsi y les uns avaient les cheveux très -courts et coupés en rond /tandis que d'autres les portaient bouclés , avec une tonsure au milieu de la tête , comme on le peut voir dans un bronaee cité par Montfaucon, v, 2,pag, 346 , planche cxl, et qui existe dans la collection du comte Maffei ^ de Vérone.

Pavr j et après lui Pierre Martir /nous assurent qu'au Pérou on nommait les enfans à deux ans : il y avait , à cette occasion, une cérémonie sacrée ; le parrain coupait quelques cheveux de l'enfant , et tous les assistans en faisaient autant. Uon sait que le culte du Soleil était professé dans cette partie du Nouveau-Monde ; aussi l'on coupait les cheveux à ceux qu'on vouait à Dieu y ou à son emblème (i) le Soleil.

Les Musulmans adoptèrent la tonsure après les prêtres du Soleil : ils conservent une touffe de leurs cheveux y persuadés que VAnge du Tombeau les enlève par - là lorsqu'il les porte en paradis.

La robe des prêtres égyptiens était une large veste blanche sans plis : les prêtres israélites la portaient aussi

(i) Le culte du Soleil , en Amérique , paraît avoir été établi avant sa séparation du continent.

dans le désert; serrée par une ceinture de différentes couleurs qui descendait jusqu'aux pieds {Exode xxvn.) JLes prêtres chrétiens en portent une pareille (i).

Les Pontifes d'Isis ainsi que ceux de Moïse, devaient, par-dessus la robe blanche , en porter une seconde fort ample, la chupe (2) , qui tombait jusqu'aux pieds , autour de laquelle étaient attachées trois cent soixantecinq petites sonnettes en or , entremêlées avec des grenades de différentes couleurs et en laine : elles rappelaient les jours de Tannée , et qu'ils étaient consacrés au Soleil ; chez les Egyptiens , elles étaient au nombre de soixantedouze , pour indiquer les soixante -douze meurtriers d'Osiris (1). Des Egyptiens, cet ornement passa aux Juifs, et de ceux-ci aux Grands- Prêtres chrétiens. On en voit encore de nos jours qui étaient jadis en usage, et on en conserve plusieurs dans le trésor de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle , qui servirent au sacre de Charles Y. Anciennement ces ornemens s'expliquaient ainsi : Tor pur figurait la sagesse , l'innocence, la justice ; et les sonnettes devaient avertir les Grands-Prêtres que tous leurs pas étaient observés , et qu'ils devaient vivre dans la sainteté de la vertu.

VEphûd était un costume égyptien. C'était une ceinture (3) richement brodée , partant du col ^ descendant

(1) Planche I.", n.» 8.

(2) Planche VUI , n.<» 16.

(3) En suivant les instructions du degré de M.*. Gharbonier ,

vers la poitrine , et retournant après par-derrière : elle servait à ceindre la robe (i). L'Ephod se rapprochait sur le devant par deux agrafes , dans lesquelles était montée une pierre fine ; sur chacune étaient gravés les noms des six tribus ; par-dessus TEphod se trouvait placé le Pectoral j qui était aussi brodé et enrichi de douze pierres fines ^ sur chacune desquelles le nom d'une tribu se trouvait gravé ; une petite lame en or couronnait les pierreries avec la devise Doctrine et Fériti. L'Ephod se fermait par quatre chaînettes en or^ dont deux passaient autour du col , et deux serraient la poitrine. Le Pectoral renfermait les signes symboliques et hiéroglyphiques de VVrim et du Thumin, Vérité et Justice.

De semblables ornemens furent en usage chez les premiers prêtres chrétiens , et sont adoptés par des rites maçonniques et en particulier par la haute Maçonnerie égyptienne.

Moïse prit aussi des prêtres égyptiens l'ornement du (2) Rationalf qui était composé de douze pierres fines toutes diiSérentes , sur chacune desquelles était gravé un des douze grands noms de Dieu ; elles étaienL disposées y trois par trois , en quatre compartimens : cet

on trouve un autre rapprochement avec les meurtriers d'Osiris ; ces instructions portent le nombre des épines qui composaient la couronne de notre divin M.*. Jésus à soixante-douze , et ses disciples à pareil nombre.

(1) Flanelle I." n.<» i8.

(a) Planche L", n.» 18.

ornement relatif au Soleil , indiquait les douze mois et les quatre saisons de Tannée. L'Astronomie était le yrai sens caché du Nombre. Cet ornement et ce nom se conservent dans un grade du rite du Ch.'.'. de S.*-Martin.

Conmie les Egyptiens , Moïse voulut que les Juifs se baignassent fréquemment pour les garantir des maladies de peau y auxquelles ils étaient exposés ; ces ablations avaient du rapport avec les mystères de Memphis y où le Pontife s'appelait Hidranos ou Baptiseur.

Les prêtres égyptiens avaient encore dans leur initiation des mystères , qui leur représentaient leurs privilèges y tels que le droit de vie et de mort , comme si , dans le fait , ils eussent représenté TEternel et le Créateur. Moïse éleva au plus haut point le pouvoir des prêtres ; les croyances qui naquirent du culte hébraïque, héritèrent de ses institutions et de ses mystères.

Moïse ordonna, comme chez les Égyptiens, qu'on fit l'expiation sur la tête de la victime , pour détour- « ner sur elle les calamités dont le peuple pouvait être menacé.

Les prêtres égyptiens vendaient aux étrangers la tête des victimes, et s'ils ne trouvaient pas d'acheteurs elle était jetée dans le Nil.

Les idées de pureté et d'impureté passèrent des Egyptiens aux Juifs. Les prêtres égyptiens , avant de sacrifier un taureau , le faisaient examiner par un prêtre ad hoc.

Le bœuf étant debout ou renversé sur le dos , le prêtre

lui tirait la langue pour voir si des marques ne le rendaient pas immonde. Lorsque la victime était pure ^ on la scellait du sceau; après qu'elle était sacrifiée , on en brûlait une partie avec certaines formalités et rites ^ pendant ce temps y les prêtres présens se fouettaient les uns les autres.

Les flagellations des pénitens jusqu'au sang sont encore établies de nos jours parmi les sociétés jésuitiques ; elles répondent aux flagellations des prêtres consacrés â la déesse Bellone , à la déesse Egérie , au dieu Mars y qui toutes dérivent de la plus ancienne y savoir , de celle pratiquée par les Egyptiens 'dans leurs sacrifices, et qui avait aussi lieu lorsqu'on se trouvait dans l'impuissance de satisfaire à quelque vœu fait à Isis.

Moïse, se modelant sur la doctrine égyptienne, inspira aux Israélites le plus profond mépris pour les étrangers. Il savait qu'un Egyptien n'aurait jamais voulu embrasser un étranger , même un Grec , ni se servir de son couteau , de sa fourchette , de son assiette , de sa marmite. Les Juifs de nos jours qui suivent la Pentateuque , purifient par le feu les ustensiles de table dans les différentes auberges où leurs affaires les conduisent.

Moïse emprunta des Egyptiens la circoncision et la défense de manger la chair du porc , que les Juifs regardèrent toujours (i) avec horreur. Il établit^ d'après

(i) Anihiocus détestant la haine que les Juifs portaient à toutes les autres nations , comme le rapporte Diodore, fit sacrifier, sur

les prêtres d'Isis , la distinction des animaux purs et impurs , adopta , ainsi qu'eux, les jeûnes aux veilles des fêtes et la distinction des écritures sacrées et profanes , qui devaient 9 sans contradiction, alors être égyptiennes comme le matériel des lois religieuses et civiles. (Voyez la Bible, Tacite , Hist, liv. \, ch. 4; Diodore de Sicile, îiv, II, V «if VI ; Plutarque , Stmp, , liv. rv. eh. 7. )

D'après les Egyptiens et Ethiopien», Moïse établît encore la caste des prêtres dans la tribu de Lévi , en instituant des épreuves pour leur adoption , et prescrivant des secrets impénétrables au peuple ; ce que les chrétiens adoptèrent , et ce que nous conservons dans nos mystères. Moïse chargea les Lévites de la garde des vases qu'il avait consacrés , et qu'il devait avoir enlevés aux Eg3rptiens mêmes ; car on ne dit point par qui ces vases fuirent faits. Les Lévites furent aussi chargés de la garde dèl» lieul saints.

On lit dans Strabon xvi , et dans Arrien vu , que les prêtres attribuaient rétablissement des castes privilégiées qui existaient en Egypte, aux institutions émanées de la divinité d'Isis même. Les Brames établirent leurs castes avec la création du monde. C'est Brama même tjui tréa de sa bouche un fils qui avait quatre bouchies , qu'il appela Brahaman , duquel sont sortis les fitahattimes , qui peut-^tre n'auront pas eu quatre bou-

râutél du temple de Jénisalem, tm cochon , et fit r^andre le Mng dé Cette victime abhorrée par les Juift , sur leurs livi-es sacrés.

ches pour tout dévorer , comme leur Dieu père. Du bras droit de ce fils il sortit aussi un guerrier : voilà bien la seconde caste des notables distinguée. Une femme «ortit du bras gauche, et de la cuisse gauche naquit un agriculteur , père des agricoles et des commerçans ; du pied droit il enfanta un fils , qui fut le père des hommes condamnés aux travaux et à l'esclavage : voilà la distinction des castes bien établie dans la création Bramine. (Voyez Potier , Myth. des Jnd,*)

Partout où les prêtres firent caste à part des autres citoyens y ils se dirent sacrés et inviolables^ ati-dessus de toute loi humaine. La Lonbeze ,ii , i4 , dit que les Siamois croient queSommonocodom, leur divinité, souffrit un enfer pendant cinquante générations , pour avoir atteint d'une petite pierre un Talapoin , et Tavoir blessé. Dans les Indes , les prêtres ont pu être aussi sacrés que les Lévites. Il est à regretter que cette légende ne soit pas connue et traduite par quelque membre zélé de la caste sacerdotale de nos jours.

Les Lévites furent sacrés par Moïse ^ selon les rites égyptiens , par l'imposition des mains ; ensuite il les fit entrer dans le Parvis du Tabernacle ; il les prit les uns après les autres , les éleva un peu au - dessus de terre , et leur fit faire des mouvemens d'agitation vers les quatre points cardinaux. Observons qu'avant cette cérémonie, le candidat devait rester sept jours sans sortir du Tabernacle , ce qui indique clairement qu'ils avaient

des préparations , des épreuves à subir avant d'être admis. Voici ce que dit le Lévitique , ch,ym y v, 55 : «Et » vous ne sortirez point pendant sept jours de l'entrée » du Tabernacle d'assignation , jusqu'au temps que les » jours de vos consécrations soient accomplis; car on » employera sept jours à vous consacrer. » A PExode , cA. XL, i?. 12, il est dit: «Tu feras aussi approcher » Aaron et ses fils à l'entrée du Tabernacle d'assignation , » et le laveras avec de Teau. » (i)

« Et Moïse et Aaron avec ses fils lavèrent leurs mains » et leurs pieds. »

Les élémens , c'est-à-dire leurs emblèmes, étaient l'allégorie des mystères mosaïques. C'était par les sacrifices que se terminait la consécration. L'institution des Lévites était un fac-similé de la caste sacerdotale des Egyptiens ; et le bœuf émissaire desEgjrptiens, Ait le type du (2) bouc émissaire de Mendès chez les Israélites.

La consécration par l'imposition des mains , arrivée jusqu^aux chrétiens de nos jours , nous vient aussi des

(1) Il paraît que ce baptême a fait partie de raucien sacre des Juifs.

(2) Mendès veut dire producteur , fit non bouc , comme quelque savant , par erreur , Ta cru. Si Ton park^-inétaphysiquement , il signifie Dieu mdle. Les Egyptiens avaient consacré un temple particulier « cet animal , le plus sale que Ton connût ; il s'accoupla avec les femelles de tous les quadrupèdes. On en a vu même s'accoupler avec des volatiles femelles , quand elles ne se refusaient point à ses caresses. ( Garli , Lett, Amer, )

Egyptiens. (Voyez la Planche II , au w.*» 4, où Tinitié a le même tablier que les récipiendaires Maçons. )

Spencer 9 de Leg. rit. Haeb i, 196 , dit très-à-propos que Dieu parait , dans l'institution des rites mosaïques y avoir été forcé et subjugué par une sorte de nécessité , à suivre ceux des Egyptiens, et qu'elle Tentrainait presque malgré lui.

Pour purifier les vases qui devaient servir au Tabernacle et les rendre aptes au service sacré du grand Jéhovah , d'après les usages égyptiens , il composa une huile sainte , avec laquelle il oignit tous les vases destinés au culte. Ensuite il oignit les prêtres , en établissant la peine de mort pour ceux des Israélites qui oseraient faire , par la suite , un pareil usage de Thuile consacrée. Quelques degrés Mac.*., lors de la consécration du Souverain-Pontife , font usage de la même onction.

Moïse, en reconnaissance des services rendus par Aaron en Egypte , le sacra Grand-Prêtre de la manière suivante : il fit sept aspersions de Thuile sainte, composée par lui , vers l'autel des Holocaustes ; il revêtit Aaron de tous les habits sacrés; ensuite il répandit de l'huile sainte sur sa tête ; il l'oignit et le consacra. Lévit. vni. 1 , 2 , 3 et 4. Telle .est Forigine du sacre des Grand&rPrêtres et des Rois juifs ; néanmoins , il parait que la consécration du Grand-Prêtre était réservée au seul Moïse ; car on ne trouve aucune consécration pos-

térieure. Les prêtres de Rome , qui se regardent , selon les Evangiles et Yj^pocalypse, confme Roi* et grands Sacrificateurs , ont conservé , dans leurs Ordres , différentes onotions pour la consécration de leurs initiés.

Dans le livre des Nombres, au ck, ni , i?. 38^ on lit que tout profane qui aurait approché du Tabernacle serait tué ; et dans le Lévitique , au chap, vm , qui traite de la consécration des prêtres , la peine de mort est prescrite contre les prêtres qui négligeraient de veiller jour et nuit à la garde du Tabernacle ; preuve du secret établi dans les mystères des Juifs , même du temps de Moïse, comme il Tétait chez les Egyptiens. Gela se rapporte , dans nos travaux, à la garde du Frére-Terrible , et aux demandes qui sont faites lorsqu'on ouvre la Loge.

Moïse chargea les prêtres de Y instruction publique : il était naturel , dans un gouvernement théocratique , que léd prêtres seuls dussent, dans leur intérêt, instruire le peuple. Voilà le beau temps que les vrais croyans dans la Bible attendent tous les jours.

Moïse chargea les prêtres de la conservation des mys^ tires, de la pratique des cérémonies religieuses , prescrivant que nul ne pourrait parvenir au sacerdoce qu'a*prés avoir acquit les sciences analogues et les sciences occultes, c'est-à-dire les doctrines orales qu'ils devaient caoher très-soigneusement aux autres Israélites, afin de conserver îeur gouvernement sacerdotal ou théocratique.

Nous conserYons des instructions (1) orales dans une quantité d'Ordres philosophiques , qu'on ne communique pas aux autres Frères. Ainsi nous avons la légende : Je garde et moi Je cache.

Dans le Deûtér. xvm, 10, 20, Moïse défend aux Léyite3 de consulter les devins et augures, ceux qui usent des maléfices , des sortilèges , des enchantemens , ou ceux qui ont l'esprit de Python, ou qui interpellent les morts pour apprendre la vérité. Observons ici tout en passant que Moïse, pour exprimer le mauvais principe 9 est forcé , pour ainsi dire , de se servir du même mot dont les Egyptiens se servaient, Typhon; les lettres sont les mêmes comme le son ; il n'y a que la transposition de la première et de la troisième lettre.

Jusqu'au commencement du Christianisme , et malgré les défenses de Moïse d'évoquer les morts (2), les prêtres juifs se laissèrent souvent séduire par des rêves , par dçs interprètes des volontés des morts , comme les Evangiles en fournissent la preuve : néanmoiAs Moïse , et disonsle à sa louange, s'opposa à. toute divination dé songes;

(1) Le Concordat du 27 décembre i8i3, entre les deux grandes Loges d'Angleterre , et que nous donnerons dans l'ouvrage , en est une preuve.

(2) Les Jui£s sont forcés , dans leur religion, de suivre, comme les critiques Tobservent , les institutions des peuples qui les précédèrent dans la civilisation ; malgré la précision de cette loi , la Pythonissc d'Endor évoque l'ombre de Samyël , tout comme Diane fait sortir Hippolyte du tombeau.

ainsi, dans le Lévitiqus isssi , v. 26, il est dit : «Vous » n'aurez point d'augures y ni d'autre genre de diyina- » tion. » Cette sage prescription fut détruite par rétablissement des prophètes juifs qui arrivèrent en foule après lui .

Les prêtres et les Lévites ne possédaient ni bestiaux ni terres , mais ils avaient des bénéfices immenses : ils formaient , aux dépens des autres , la tribu la plus riche d'Israël. Ce privilège leur fut contesté par les autres tribus, qui voulaient avoir aussi leurs sacrificateurs et leurs prêtres. Après beaucoup de combats et de massacres, Moïse fit prendre douze Verges, sur chacune desquelles il grava le nom d'une tribu , indiquant par-là qu'un égal droit appelait toutes les tribus au sacerdoce. La Verge (1) d'Aaron fleurit ; ce signe prodigieux lui valut le sacerdoce , ainsi qu'à la tribu de Lévi ; les fils d'Aaron forent établis les Sacrificateurs ou Princes, et les Lévites furent chargés de la garde du Tabernacle. Ainsi , le privilège de plonger le couteau dans le sein de la victime était réservé à la succession d'Aaron. (Voyez les Nombres, aux ch. 7 e^ 8.)

Les prêtres de Jésus^hrist se sont souvent servis de ce texte pour soutenir l'égalité des droits à l'admission des bénéfices ecclésiastiques.

Les droits divins et les immunités ecclésiastiques éta-

(1) Les évéq[ues chrétiens ont remplacé la Verge de Moïse par la crosse ; cette Verge se voit dans les mains d'Osiris. (Voyez la Table Isiague, ]

blis par Moïse, que les Lévites soutinrent avec leurs épées, et que les prêtres de Rome adoptèrent ensuite , tirent leur origine de l'Egypte.

On lit dans Diodore de Sicile , liv, 2 , ch. 1 : « Que » les prêtres égyptiens assuraient que la déesse Isis leur )> avait donné un tiers de son royaume ou de l'Egypte , » afin de les engager à rendre les honneurs divins à Osiris » son époux y après sa mort. »

Les prêtres égyptiens avaient joui long-temps de ce droit de possession ^ mais lorsque ce gouvernement passa dans les mains des Rois , ils obtinrent , en indemnité de la perte de ce tiers du royaume , non-seulement des dîmes f mais encore l'exemption de toutes charges publiques.

Les prêtres égyptiens ne payaient aucuns tributs ; ils étaient seuls chargés de les recueillir.

On a remarqué qu^avant la révolution française ^ les revenus ecclésiastiques ^ en Europe , excédaient ceux des souverains , et même des sujets. En Espagne , le clergé possédait bien plus que ce qu'Isis avait donné jadis à ses prêtres. Ce royaume^ en 1800 ^comptait cinq cent mille ecclésiastiques, sur onze millions d'habitans ; et lors de rinvasion de Napoléon , le Roi ne soldait pas cinquante mille hommes de troupes de ligne.

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