CHAPITRE y
Emblèmes égyptiens adoptés par Moïse, et de là passés chez les Maçons. — La Mer d'Airain égyptienne, grecque , juive , chrétienne et mac.'. , allégorie. — Du Candélabre^ du Livre de la vraie Lumière et de PAgneau. — • Des Colonnes juives, égyptiennes et maçon.'.-— De TArche et de la Table de la Loi. — Disparition de Moïse ; son parallèle avec Numa. -^ Cause des prétentions des Lévites et des Prêtres qui les représentent.
lYXoïsE , dans ses mystères , et , après lui , Salomon , adoptèrent une grande partie des emblèmes égyptiens , que , d'après eux ^ nous conservons dans les nôtres. Nous allons les faire connaître.
La Mer d^ Airain, chez les Egyptiens, servait à la purification des néophytes par Teau \ elle représentait le symbole de l'année soutenue par douze bouviUons qui désignaient les douze mois , dont trois regardaient Torient , trois le midi , trois l'occident , et trois le nord, faisant ainsi allusion aux quatre saisons. (Voyez planche I."^ n." 4o.)
Les Egyptiens célébraient les petits et les grands mystères pendant new/* jours, à la pleine lune de leur septième mois. Les initiés devaient, le second jour, se purifier dans la mer ; ainsi , pour les temples qui en étaient éloignés , ils établirent un grand vase appelé la Mer d'Ai-
rûtn. Voilà d'où vient la Mer d'Airain de Moïse , et ensuite de Salomon, des Chrétiens et des Maçons. Cette purification , qui avait lieu aussi en Grèce dans la même saison et les mêmes jours qu'en Egypte , fut appelée Alad^ Mystai. Ce mot grec signifie Bain de Mer,
Moïse adopta cet emblème , et dans V Exode xxxvui , r. 8 , on voit que les femmes de la tribu de Lévi ^ qui passaient la nuit à veiller à la porte du Tabernacle , offrirent à Moïse leurs miroirs , qui étaient de cuivre ou d'argent , pour qu'il fît fondre une Mer d'Airain. Il parait que les femmes de la tribu de Lévi devaient être initiées aux premiers ordres des mystères Israélites. L^on prétend que cet usage explique l'adoption des Dames dans les odiernes mystères des Maçons.
Pour les bouvillons qui soutenaient la Mer d'Airain , outre l'allusion que nous avons marquée aux douze mois de l'année^ Moïse voulut aussi conserver la mémoire des douze patriarches par l'emblème du dieu Apis. Ces patriarches avaient précédé Moïse dans le gouvernement des Israélites , pendant leur captivité en Egypte. Moïse s'efforçait de faire sentir que les lois qu'il établissait pour régir les Hébreux , étaient à-peu-près celles qu'avaient établies les patriarches pendant leur séjour en Egypte ; et qui étaient appuyées sur les droits sacrés de la nature et du sacerdoce.
Le Candélabre à sept branches et à sept lumières {planche I.", n.* 2S), était le symbole des sept pla-
nètes ; des sept sciences auxquelles les prêtres devaient s'adonner , comme ceux de Memphis et de Thèbes , savoir : la grammaire , la rhétorique , la logique , l'arithmétique, la géométrie, la musique, l'astronomie.
U Autel des Pain* de proposition (planche l.^yn.** i) désignait la communauté de biens qui devait nécessairement exister entre tous les prêtres , ainsi que Tobligation d'une même communion et participation. Cette allégorie est conservée par les Maçons comme dans son institution.
V Autel des Parfums (planche L", n.« 7) indiquait aux Lévites, conmie aux Maçons, que tpus les vœux des mortels doivent s'adresser au Grand-Architecte de rUnivers ; qu'ils doivent être toujours purs et au-dessus des passions humaines. Les débris d'autels anciens qu'on observe dans quelques Musées , sont figurés ou en carré , ou en triangle , ou en cercle , et se rapportent , sous toutes ces formes , aux trois vérités indiquées , ou aux élémens , ou à la divinité y ils étaient tous creusés dans la partie supérieure pour contenir le feu.
La Navette renfermant l'encens (1). Elle nous rappelle , comme aux Lévites , le feu des vertus qui doit embraser le cœur d'un zélé Maçon. L'encensoir était en usage chez les anciens; sa forme était une cassolette avec un couvercle troué, d'où sortait la fumée des parfums; les Grecs la nommaient Thymiaterion ^ et les Romains anciens et modernes Thurihulum.
(1) Planche L", n.« i4.
La Cruche et or [i) , ou le vase de la manné. Moïse Tavait fait renfermer dans le Tabernacle , pour désigner que les prêtres , afin de bien exercer leur ministère , devaient être nourris de la manne spirituelle j qui se trouvait renfermée dans les sciences dont Tétude leur était formellement ordonnée.
La Mitre , ornement des prêtres d'Isis et d'Osiris ,
et qui fut aussi adopté par les mages ou prêtres de
Mytra en Perse , par les prêtres de Jupiter à Athènes
et  Rome. Elle a servi ensuite de coiffure aux demoiselles
romaines qui vendaient leurs faveurs au bas du Temple
de la Fortune (2) ^ à Tépoque de la lutte de Cicéron et
de Catilina. Cette même mitre , avec le temps , fut adoptée
par les pontifes de Jésus-Christ , i Rome , jmr ceux de
Mahomet à la Mecque , et par les Templiers anciens et
modernes. Cette mitre (3) avait une lame en or qui
couvrait le front , avec ces mots : La Sainteté est au
Seigneur, Osiris, qui représente le Soleil , a pour emblème
la mitre. Ce bonnet conique orne la tête des Lamas. La Hupe dentelée , ceinture sacrée égyptienne , était
l'emblème de V Union qui doit régner dans l'ordre sacerdotal des Lévites. Cet emblème et ornement sacerdotal
(1) Planche I.'«, n." 2.
(2} Une église de Madrid, située près la porte du Soleil, présente une analogie curieuse avec cette déesse : les Dames y piient pour avoir , dans le jour , quelqu^aventure galante. L'ëglise s'appelle Nueatra-Signora délia buena Fortuna.
(3) Planche I.'«, n.° Sy.
passa des Juifs aux Chrétiens , aux Croisés y aux Templiers et aux Maçons de tous les rites. (Voyez PL II , n.*> 2 .)
Le Livre de la Vraie Lumière : la Loi et les Prophètes. Sur ce livre on voit appuyé, comme sur celui de r Apocalypse , un Agneau qui quelquefois tient avec un pied du devant le drapeau du triomphe , leStekenna, la croix de l'immortalité ; les prêtres égyptiens le regardaient comme le symbole de la résurrection , ou régénération du Soleil 9 Â cause de sa victoire sur les frimas , qu'il obteiiait dans le signe du Bélier , et par le renouvellement de la vigueur de cet astre dans cette constellation. Ce livre ne pouvait être lu , chez les Juifs , que par les prêtres^ à cause des allégories , mystères et symboles qu'il contenait , dont on ne pouvait obtenir la connaissance que par l'étude des sept sciences indiquées et déjà désignées dans 1* Apocalypse (1) y par les emblèmes des sept sceaux qui y sont renfermés , et en particulier par l'Astronomie figurée par l'Agneau qu'elle supporte. Ces sept sceaux, dans quelques rites maçonniques, se rapportent aux sept Sacremens de Rome, comme aussi on a établi , pour le Livre de la Vraie Lumière , l'Apocalypse de saint Jean , qui est ornée de l'Agneau triomphant à sept cornes et sept yeux^ qui ouvre les sept cachets du Livre emblématique , etc. etc.
Néanmoins, quoiqu'on en dise, les Rois et les Sacrifica-
(i) Planche I.«, n.»» 26-32.
leurs hébreux ne furent pas toujours guidés par le Livre de la Loi ; ce monument a été perdu pendant bien du temps , même lorsque ce peuple jmrait avoir joui de quelqu'importance politique.
On lit dans le Li/o, II des Rois ^ ch. xxii , que Hilkija j le grand Sacrificateur sous le régne de Josias^ avait retrouvé le Livre de la Loi, écrit de la main de Moïse y dans le temple du Seigneur.
Salomon n'avait pas consulté ce Livre , lorsqu'il érigea àHastoreth (Divinité Sidonnienne) , et â d'autres idoles, des autels qui subsistèrent presque quatre siècles, et qui furent détruits par Josias^ après qu'on lui eût donné lecture du Livre retrouvé , conune on a dit ci-dessus. {Voyez le Liv. II des Roi*,ch, xxiu,i;. i3.) Les cri-r tiques nous disent toujours que , plus on lit la Bible , et plus elle parait faite après-coup et sans ordre ; qu'elle est bien postérieure à Moïse , malgré l'opinion de quelques savan^ , qui prétendent que la Bible est écrite dans deux langues , et que le style mosaïque se reconnaît dans la première.
Les Colonnes, (PlanehelJ^ , n." i5.) L'une, qui représente le nuage épais qui guidait Moïse pendant le jour , et l'autre le feu , qui le conduisit pendant la nuit à travers les déserts. Les prêtres égyptiens élevaient , sur les bords du Nil , des colonnes couvertes d'hiéroglyphes consacrées à l'utilité publique : des sphinx se trouvaient gravés sur presque toutes ces colonnes , placées dans les
endroits les plus fréquentés , pour avertir que les inondations du Nil arrivaient dans les signes du Lion et de la Vierge. Ces deux signes du Zodiaque réunis donnaient la figure du sphinx. Sur ces mêmes colonnes , on avait marqué , pour l'instruction des cultivateurs , le cours du Soleil 9 les phases de la Lune , les révolutions des saisons , et les mois figurés par difierentes productions , ou par des animaux qui naissaient dans un temps plutôt que dans un autre y les animaux malfaisans ^ ceux qui les détruisaient y les plantes les plus utiles et les plus salutaires.
D'autres colonnes étaient placées dans les temples , couvertes d'hiéroglyphes et de figures symboliques ; elles servaient aux prêtres de documens pour leur histoire religieuse, pour l'explication théogonique des observations relatives au système dolaire , nécessaires à suivre dans tout pays , principalement en Egypte.
Des colonnes se trouvaient aussi dans les pyramides figurées en cariatides représentant Isis et 0|iris , dont Tune tenait en main une Règle ou Equerre , et l'autre une Discipline , qui rappelaient aux prêtres que toutes les actions humaines sont réglées, mesurées, récompensées , ou punies par la Divinité ; c'est encore pour cela que , par la suite , Salomon introduisit à la porte orientale de son temple et à son entrée , les deux Co^ tonnes Jakin et Bohaz , pour rappeler aux Lévites que toutes les actions des vivans sont mesurées par la Fermeté et la Force du grand Jéhovah.
Il demeurera démontré à ceux qui observent les monumens anciens , que la consécration des deux colonnes qui ornent nos temples, se perd, pour ainsi dire , dans l'éternité des temps ; il paraîtrait , d'après ce qui nous reste des plus anciennes traditions , qu'à la suite du bouleversement général de la terre et de la dislocation de ses eaux , dont nos investigateurs ignorent encore la cause réelle (i) , les hommes sauvés miraculeusement dans ce naufrage du globe , et à la suite de cet affreux désastre, lorsque les eaux se retirèrent et que Téquilibre se rétablit entre les corps bouleversés , observant que le Vent et le Soleil , dont l'action pour l'un est de dessécher^ et pour l'autre d'échauffer, avaient rendu habitables les plaines , ces mêmes hommes élevèrent , par dévotion et reconnaissance j des monumens à ces deux causes de leur conservation. C'est pourquoi ils établirent pour symbole deux colonnes , qu'ils consacrèrent et élevèrent au milieu des champs. Lorsque la voûte du ciel servait à former celle du temple élevé au Dieu Créateur et Sauveur , ces deux colonnes devinrent sacrées ; et enfin , par suite du progrès de la civilisation , elles furent introduites dans le temple du Soleil , auquel la reconnaissance avait consacré un culte en Egypte et en Perse. Ces deux colonnes sacrées sont conservées dans plusieurs anciennes médailles
(i) Il y en a qui attribuent cette réyolutiou du globe à une comète.
et placées à la façade des temples , comme on peut le voir dans Dapper^ Archipel ^ édit. holland. Les colonies grecques , à la suite des temps , transportèrent avec elles ces colonnes sacrées ; c^est cet usage qui fit naître chez les Romains les Dieux pénates placés près de leurs foyers , et qui ne représentaient que T Air et le Soleil , l'un et l'autre appelés Dieux.
Joseph , qui vante toujours sa nation , veut que les Juifs aient été les conservateurs de l'Astronomie ancienne, et que les enfans de Seth y sachant que deux déluges avaient ravagé la terre , Tun d'eau y l'autre de feu y aient consignés leurs observations astronomiques sur deux colonnes, la première de briques, qui aurait été ainsi conservée dans le cas d'un déluge de feu ; la seconde de marbre, qui aurait bravé les efiets de l'eau. Il faut croire que l'Astronomie fut une science transmise oralement par Moïse , qui , par la négligence des prêtres, se serait perdue ; car les Juifs ont été très-ignorans dans cette science.
UAr^he (i) et U* Tablée de la Loi (2). L'antiquité a toujours cru , avec fondement, que les inscriptions monumentales et hiéroglyphiques que les prêtres de Thèbes et de Memphis renfermaient dans des espaces elliptiques, contenaient des préceptes d'un ordre supérieur qui faisaient partie des premiers dogmes de
(1) La queue de Tâue de Balaam et F Arche d'alliance se con- 3erveiit dans l'église de saînt Jean-de-Latran à Rome.
(2) Planche I.", n.«>» 3o-36.
la religion , et des plus anciennes maximes de la morale égyptienne.
Les anciens , soit qu'on parle des Romains Ou ded Grecs , avant qu'ils eussent connu le papier et les livres , se servaient d'inscriptions.
C'est par cette raison qu'on voit dans la Bible, Moïse descendant du MontSinaï , avec les deux Tables de la Loi , qui ont la même configuration que les pierres monumentales égyptiennes ; voulant par-là indiquer que Moïse fot le premier législateur des Juifs ^ et que, le premier, il leur a donné les dogmes religieux et moraux, à l'instar de ceux qu^il avait appris à Héliopolis , et que, comme chez les Egyptiens ^ on les devait conserver dans une Arche emblématique , qui avait aussi une figure elliptique avec base.
Dans V Exode y ch. xix, v. 9-25 , on voit que les mystères les plus occultes environnaient Moïse , lorsqu'il recevait , sut le Mont - Sinai, les Lois et la Parole inefiable : aucune j[)ersonne , ni même les animaux , ne pouvaient approcher de la montagne ; ils auraient été tués. Dans le même Exode , ch, xxxiu , t?. 2 , on lit : (( Loquebatur autem Dominus ad Mo'ùem , fade ad » faeietn , sicut €olet loqui homo ad amicmn suum. » La facilité que Moïse avait de parler à Dieu , occasionna la jalousie d'Aaron et de sa sœur Marie. Aux Nomh, xii , cA. 1 , 2 , 3 , ils disent aux Hébreux que le Seigneur n'avait pas parlé à Moïse seul , mais aussi à eux.
Tous les anciens législateurs égyptiens , grecs çt romains tâchèrent de se faire croire inspirés par la Divinité ; on n*en excepte pas même Mahomet. Ils ont reconnu qu'on peut disputer contre les hommes et non contre les Dieux. Par cette raison , les lois d'Osiris , d'Hermès , d'Orphée , de Moïse, de Numa , n'éprouvèrent aucune contradiction ; on les respectait comme parole divine , comme des oracles.
C'est sur le Mont-Sinaï qu'on représente Moïse environné d'éclairs et de nuages épais y symboles du bon et du mauvais principe , recevant le nom ineffable du grand Jéhovah "Y^^l
Dans le degré de la Royale - Arche , le temple est figuré par le Mont-Sinaï.
Les prêtres juifs mirent tant d'importance à ce mot de Jéhovah , que les Israélites , même les Lévites , ne le pouvaient prononcer ou écrire. C'était avec une grande cérémonie, qu'une fois par année, le seul Grand-Pontife le prononçait, le lo du mois de Thischri (i).
Ce jour était un jour d'expiation ; pendant que le
(i) La dénominaton des mois hébreux est consacrée dans les
actes Mac*.
Thischri . . . Mars. Nisan Septembre.
Marcheuan . . Avril. Har-^xx Zio, , . Octobre.
Kisleu .... Mai. Sipan Novembre.
Thebet .... Juin. Tamuz . , . . . Décembre*
Schevet. . . . Juillet. Ab Janvier.
Adar Août. Elul. Février.
Grand- Prêtre était en prière, un peu avant qu41 ne prononçât ce nom, les liévites chargés des mystères excitaient le peuple à faire beaucoup de bruit dans le temple : comme la religion chrétienne a conservé beaucoup de vieilles cérémonies juives, elle a établi le même usage , à la même Lune , chez les chrétiens romains , lors des tristes liturgies chantées dans la semaine de la passion , à Textinction de la dernière lumière.
L'on donnait pour raison de ce bruit, que celui qui n'aurait pas eu le droit d'entendre ce mot et l'aurait cependant par hasard entendu , aurait été frappé de mort. C'était la parole sacrée que Dieu même avait donnée à Moïse pour expliquer son nom.
C'est par cette raison que ce mot dans nos institutions ne peut être dit , que dans les seuls temples , et doit être épelé.
Ce mot , base de notre dogme et de nos mystères , se trouve chez tous les peuples de l'antiquité, parmi lesquels il formait le type radical du nom de Dieu. Voilà la raison pour laquelle ce nom fut dans la suite choisi par les prêtres juifs pour base de leurs mystères, et conmie il passa dans les nôtres.
On pourrait faire un tableau comparatif de tous les mystères , emblèmes et institutions de Moïse avec ceux des prêtres égyptiens, comme le sacrifice de la vache rouge , etc. , etc. ; mais nous ne nous sommes attachés qu'à ceux qui ont un rapport particulier avec les mys-
tères maçonniques ; ce qu'on en dit ici parait suffisant.
Après que Moïse eut donné au peuple juif son dogme, ces mystères, ses lois civiles , il lui accorda une ombre de pouvoir, dans Fintérêt même de son système théo^ cratique ; il lui donna le droit d'élection de ses juges et anciens , comme il avait fait en Egypte ; mais il prescrivit en même temps que ces juges et ces anciens devaient être élus dans la caste des Lévites.
Nous conservons le souvenir de cette institution par les dénominations que nous donnons dans diiSerens rites à quelques-uns de nos ordres , comme à celui de Prévôt , de Juge , de Maitre d'Israël , et de Chef des douze Tribus, etc.
Moïse , vers la fin de sa yie , avait fait creuser un abîme dans un lieu solitaire ; il y allait de temps à autre , et disait qu'il communiquait avec la Divinité en çecret et dans le mystère; au ch, iv, v. 21-22 du Deuiironome, il prédit sa mort. Ceux qui critiquent les choses, même les plus simples, prétendent que Moi[se> déjà âgé et infirme, se jeta dans ce précipice qu'il avait préparé de longue main , pour se faire croire inamortel ; conoime on n'aurait plus trouvé son corps , le peuple aurait pensé que Dieu l'avait enlevé pour le rendre égal à lui ; ils ajoutent qu'Hélias en fit autant , et que Xamolxis, Romulus, et même l'apôtre et évangéliste Jean , cachèrent leur mort pour éterniser leur nom.
On remarque quelque affinité entre les Hébreux et les
premiers Romains, entre Moïse et Numa. Les fondemens de Rome et de Jérusalem sont abreuvés de sang humain ; les deux peuples sont dévoués au pillage , au meurtre ; Moïse et Numa tiennent leurs regards fixés dans le ciel, et de là ils font descendre des lois pour civiliser des barbares.
Numa élève des autels , institue des danses , des jours de solennité , des sacrifices ; il opère des prodiges. Moïse donne une religion aux Hébreux , règle les fêtes , les victimes pour les sacrifices ; il opère des miracles : l'un et l'autre font descendre le feu du ciel. Numa a des révélations célestes ; Moïse parle à Jéhovah.
L'un et l'autre élèvent la tête entre les Dieux, pour tenir les hommes à leurs pieds.
L'un et Tautre donnent une loi orale : les vérités né devaient être écrites ni connues du peuple.
Numa disparaît d'entre les Romains , Moïse d'entre les Juifs.
Chez plus d'un peuple , les Souverain&-Pontifes , attaqués de maladies dangereuses, recouraient au suicide dû recevaient secrètement la mort de la main d'un afâdé , pour ne pas être soumis comme le vulgaire à cette fatâr lîté de notre natui^e. Cet usage se trouve liiême chez des sauvages. (Avazzi, ïlelation de f Ethiopie; Bosihan, Voyage en Guinée , et autres.)
Dans le fait , lorsque Moïse dispai^ut , le peuple d'Is*raël le crut transporté au sein de la céleste gloire ; néanmoins , dans la Bible , il y a quelque variante sur
ce fait. On \it dans VÉpttre catholique de Judas ^ apôtre, ch. 9 y que le Diable et Michel Tarchauge se disputaient son corps. Il parait qu'on doit prendre ce texte dans le sens allégorique , pour la destruction et la régénération j et pour le conflit éternel de la nature entre la mort et la vie ; la Bible est remplie de ces doctrines mystiqpies , comme aussi les Evangiles y les E pitres et Y Apocalypse.
L*Ecriture-Sainte donne de grandes louanges à Moïse pour s'être instruit dans toute la sagesse dçs Egyptiens. {Actes des Apôtres , ch. vn, i?. 22.)
Si les Juifs étaient méprisés chez les différens peuples où ils se trouvaient , il n'en était pas de même de leur législateur qui était regardé avec estime. Tacite, Hist. liv. 5, cA. 5, le peint comme un homme qui savait profiter des occasions que le hasard lui offirait pour parvenir à ses fins. Diodore, liv. i^sect. 2, met Moïse au rang des illustres législateurs.
Moïse se trouve commémoré dans plusieurs -rites et grades maçon.*. , dans celui de Swedembourg , dans celui de St.-Martin, dans l'ancien et le nouveau rite anglais, dans celui des Élus Coëns, chez lesquels le décors des Vénérables est relatif à Moïse^ comme dans le degré du Serpent d'Airain , dans celui de Chef du Tabernacle , et autres.
Cagliostro , dans sa Haute Maçon.*, égyptienne , s'étaie de Moïse en le créant son prototype. Les Vénérables devaient être habillés en costume sacerdotal de la religion mosaïque. Dans ce rite , lors de l'admission à la
maîtrise 9 ou dans la consécration d'une Loge, Moïse était évoqué et consulté avec les anges et les bons génies ; Moïse devait toujours paraître dans un nuage bleu, et déclarer au Pupille ou à la Colombe (i) , que les travaux étaient agréables au Grand-Architecte de TUnivers.
Dans leurs premiers mystères , les prêtres et les Lévites avaient adopté les emblèmes apportés d'Egypte (2) et gardés en partie dans le Tabernacle avec TArche ; observons que cette Arche renfermait les Tables de la Loi (3) et la F'erge d'Aaron, Par-là , ils voulaient indiquer à la postérité que le pouvoir des prêtres devait marcher avant tout et devait être au moins aussi sacré que la Loi de Dieu. Voilà le type de la domination que les prêtres, dans tous les temps et dans tous les pays ,
(1) C'étaient des enfans mâles ou femelles, dont Gagliostro se servait pour rendre ses oracles, et faire %qs évocations. Le Pupille était un jeune garçon pour les assemblées d^hommes , et la Colombe , une jeune fille pour les assemblées de sœurs.
(2) La généralité de ces emblèmes est conservée dans la Mac*.
(3) Les commandemens de la Loi de Dieu sont dans le fait les préceptes du culte de Dieu , unis à ceux de la Loi naturelle : on peut les regarder comme communs à tous les hommes , si peu policés et de quelque croyance qu'ils soient. Leur universalité et leur sainteté firent qu'en Amérique , les Vénérables , instruits dans toute la science mac.*. , ont renfermé dans le degré de la Royale Arche les instructions les plus savantes , l'ayant même étabL' chez plusieurs le nec plus ultra de leurs ordres. Gomme la tolérance est la devise des Américains , on peut assurer qu'ils ne se ligue.* ront pas pour faire la conquête de l'Arche , qui se conserve à Rome.
ont cherché à établir, soit par la force , soit par la ruse. Voilà la cause de la vénération profonde que ces prêtres de Rome cherchent à inspirer pour la Bible et pour tout ce qu'elle contient , quoique dés-à-présent la plus grande partie en soit rejetée par les Talmudistes. Ce ne sont pas les préceptes de la Loi qu'ils mettent au grand jour ; ce sont les droits que Moïse leur donna gratuitement ^ sans consulter la volonté ou l'intérêt du peuple. Ce livre , qu'on ose à tout instant citer, est, disent les prêtres, le seul qu'on devrait conserver sur la terre ^ le calife Omar en disait autant de l'Alcoran.
Les prêtres israélites, comme les prêtres de Rome, firent et font un corps à part dans la société et dans l'Etat. Il est isolé, « il se croit établi lui-même pour » gouverner les peuples par Xes maximes quil puise » continuellement dans ce livre. » Pour maintenir son pouvoir, ni les Rois de la terre, ni leurs familles ne doivent être épargnés; et pour s'en convaincre , on doit seulement lire la bénédiction remarquable que Moïse donna avant sa mort aux prêtres et à la tribu de Lévi. (Deutéronoms y xxxn , ch. 42. xxxiu.) Ce document doit mettre en garde pour leur propre sdreté tous les Princes de l'Univers.
Cette bénédiction est particulièrement adressée par
Moïse à ces prêtres et Lévites féroces , jaloux et avides de pouvoirs , qui mirent à mort tous ceux qu'ils rencontrèrent après l'adoration du Veau-d'Or , permise et même ordonnée par Aaron leur Grand-Prêtre, qui avait
été sacré par Moïse pour diriger les croyances d'Israël.
Pendant ce massacre, les prêtres et les Lévites, en égorgeant leurs pères et mères, leur disaient : « Nous ne » vous connaissons pas » ; et à leurs frères : « Nous ne » savons pas qui vous êtes. » Ils tiennent à leurs enfans le même langage. Moïse , applaudissant à cette action qui brisait les liens les plus sacrés, les cita comme les modèles des prêtres j il dit , en parlant d'eux : « Ce sont » ceux-là , Seigneur , qui oflfriront Tencens aux jours de » votre fureur, et brûleront l'holocauste sur votre autel. » Bénissez leur force , ô mon Dieu , et recevez les vœux » de leurs mains. Chargez à dos leurs ennemis ;que cetuff » qui les haïssent tombent sans se pouvoir relever, »
Voilà l'origine de certaines maximes qu'on trouve dans le Nouveau -Testament, et qui ont servi de base aux sermens des initiations des premiers Chrétiens et des jésuites, comme on le verra en temps et lieu.
Voltaire , qu'on ne saurait assez citer , dit à ces propos, vol. 35, pag. 342, édition de Baie :
« Ouvrez vos yeux et vos cœurs, magistrats, hommes » d'état, princes, monarques; considérez qu'il n'existe » aucun royaume en Europe où les Rois n'aient pas été » persécutés par des prêtres. On vous dit que ces temps » sont passés, et qu'ils ne reviendront plus. Hélas! ils » reviendront demain, si vous bannissez la tolérance » aujourd'hui , et vous en serez les victimes , comme » tant de vos ancêtres l'ont été. »