‹ La MagdeleineChapitre 7 sur 15 · LA CROIX · texte numérisé non relu

LA CROIX

Voici, Seigneur, devant vous, la sombre et lugubre voie , cette terre chélive , cette vallée de larmes où croupit Ja misérable bumanité, avec ses égoïstes et sales désirs , avec son corps malade et flétri !

Et vous , Seigneur, qui venez de l'exil où se passa votre enfance, de l'atelier des cbarpentiers où vous avez travaillé de longues années , du désert où vous avez souffert les rudes épreuves de la soif et de la faim , et de la montagne où vous avez eu à lutter contre des pensées de tentation el cbassé Satan de devant vos pas;

vous descendez, Seigneur, vers la sombre el luT;ubre voie , vers la vallée de larmes où croupit la misérable humanité ; vous descendez sans balancer ni détourner la tête ; vous nous apportez l'amour et la charité , la liberté et Tespérance , et une science auprès de laquelle la science des docteurs, disputeurs et douteurs, n'est que nuit obscure et profondes ténèbres... Vous savez d'où vous venez et où vous allez... mais vous êtes triste, Seigneur : vous voyez la rude tâche qui vous est départie , et vous connaissez la coupe qu'il vous faudra vider !

Vous êtes triste, comme un bon ouvrier à qui le maître donne un ciseau et un marteau mauvais st tous les autres outils mauvais, et la pieVre mauvaise et le ciment mauvais , et lui dit : « Fais avec cela un temple grand et spacieux , beau et durable. » L'ouvrier mécontent se croise les bras sur la poitrine , hoche de la tête, et lâche quelques paroles de mécontentement et d'impuissance....

Mais, comme il n'y a pas de mauvais outils ni

de mauvais matériaux pour un bon ouvrier, il se met à l'œuvre — et bâtit ie temple comme le maître Ta demandé, grand et spacieux, beau et durable.

Et vous qui serez, les hardis apôtres du Seigneur , travailleurs au service de Dieu ,

que votre tâche aussi sera rude ! et que les postes avancés où vous serez placés seront difficiles à garder !

Dieu sème depuis des siècles et des siècles...

et vous êtes choisis pour être ses grands moissonneurs.

Le travail sera long, immense, pénible, rebutant ,

et la route sera semée de pierres et d épines, qu'il vous faudra fouler les pieds nus;

et vous travaillerez dans la |,oussière , l'orage , la tempête et la chaleur étouffante !

et vous suerez une sueur de sang dans les grandes fatigues que vous essuierez sous l'énorme faix de la moisson divine.

Mais, quand on est au service de Dieu, si faible que l'on soit, on est encore bien fort... Vos jarrets et vos reins pourront plier , moissonneurs ; mais vous ne tomberez pas , et vous vous redresserez , et vous accomplirez votre tâche jusqu'au bout !

Vierge Marik , INotre- Dame , vous suivez aussi celui que vous avez porté dans vos entrailles , que vous avez nourri du lait de vos mamelles, que vous avez abrité dans votre giron, dont vous avez guidé et cultivé les jeunes années, que vous avez endormi par vos douces paroles et vos gracieux sourires!...

Mère dévouée, mère laborieuse, prudente, courageuse! que n'avez-vous point

fait pour lui!...

Et voici maintenant que ce fils de vos entrailles est le Sauveur du monde î

Salomé, mère de Jacques et de Jean, le bien-aimé de Jésus, vous êtes près de Marie,

et d'autres saintes femmes sont avec vous, Marie, Salomé, et toutes ensemble vous accompagnez la marche de la phalange divine ;

vous suivez de loin Jésus et les apôtres, sans qu'ils vous voient, veillant sur eux avec grande sollicitude et soins ; et, malgré votre extrême tendresse pour eux, vous ne cherchez que rarement à les voir et à en être vues : vous craignez de les détourner de leur œuvre.

Vous ressemblez aux anges qui accompagnent les hommes dans leurs bonnes et généreuses actions : les hommes sentent dans leur cœur qu'un divin messager les voit el les pousse; mais le divin inessa-

ger De se montre pas de momensen momens à leurs yeux, leur disant : Me voici ! regardez!

Femmes, vous êtes auprès de la phalange divine comme les anges sont auprès de nous dans nos bonnes et généreuses actions !

— Où va le Sauveur?

— Il entre chez les publicains et les gens de mauvaise vie....

Il s'asseoit à leurs banquets , njaiige et boit comme eux et avec eux !....

C'est qu'il n'est pas venu pour lés justes, mais pour les pécheurs ; pour rëcouipenser

qui fait bien, mais pour relever qui est tombé... c'est qu'il est le Sauveur enfin.

— Mais aller avec les publicains et les gens de mauvaise vie !

— Quelle honte! quel scandale !

Et vous ne voyez pas , race orgueilleuse et stupide, que vous êtes tous publicains et gens de mauvaise vie, tous pécheurs, tous tombés ! . . et que cependant il n'en est pas moins venu parmi voub, sur votre terre !

Voici qu'on amène des petits enfans, que les disciples de Jésus repoussent avec des paroles rudes.

« — Laissez venir à moi les petits (;nfaiis , et ne les en empêchez pas ; car le royanme des eieux est pour ceux qui leur ressemblent. »

Maintenant, c'est un jeune homme riche qui vient à Jésus , disant :

— Bon maître , quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle?

« — Pourquoi m'appelez-vous bon? Il n'y a que Dieu seul qui scit bon. Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandemens. »

— Quels commandemens?

« — Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d'adultère; vous ne déroberez point ; vous ne direz point de faux témoignage..

honorez votre père et votre mère , et aimez votre prochain comme vous-même. »

— J'ai gardé tous ces commandemens dès ma jeunesse ; que manque-t-il encore?

« — Si vous voulez être parfait , allez , vendez ce ^ue vous avez et le donnez aux pauvres , et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis, venez et me suivez. »

Eh bien ! pauvre riche , aspires-tu maintenant encore à la perfection?...

Tu t'en retournes tout triste , parce que tu as de grands biens !

Pauvre riche! tu n'es ni grand, ni petit, ni chaud , ni froid , ni bon , ni méchant ; tu n'es qu'un riche, un tiède, un indifférent.

Va-t'en , va-t'en , toi qu-i crois pouvoir atteindre à la perfection sans rien faire; toi qui oses penser que tu es bon , parce que tu veux le bien , et, tout satisfait de cette lâcheté de bonne intention , n'entre pas dans la carrière avec les chances et les armes de tout le monde pour obtenir le bien, pour le conquérir, pour le faire, sans qu'aucun obstacle puisse l'arrêter !

Va-t'en , et prends p^rande attention (révitei les légères inégalités de la route qui pourraient te faire mal !

Et Jésus les enseignant, leur disait :

« — Le Seigneur agit comme un homme qui, devant faire un long voyage hors de son pays, appela ses serviteurs et leur mit son bien entre les mains ;

» et, ayant donné cinq talens à l'un, deux à l'autre , et un au troisième , selon la capacité différente de chacun d'eux, il partit aussitôt.

» Celui donc qui avait reçu cinq talens, s'en alla ; il trafiqua avec cet argent, et il en gagna cinq autres.

M Celui qui en avait reçu deux , en gagna de même encore deux autres.

» Mais celui qui n'en avait reçu qu'un, alla

creuser dans la terre et y cacha l'argent de son maître.

» Long-temps après, le maître de ces serviteurs étant revenu leur fit rendre compte.

» Et le premier vint à lui, disant : Seigneur, vous m'aviez mis cinq talens entre les mains; en voici , outre ceux-là , cinq autres que j'ai gagnés.

» Son maître lui répondit : O bon et fidèle serviteur ! parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup d'autres ; entrez dans la joie de votre Seigneur î

» Et le second , qui avait reçu deux talens et en avait gagné deux encore, reçut les quatre talens et fut traité en tout comme le premier

» Et celui qui n'avait reçu qu'un talent vint ensuite et lui dit : Seigneur , je sais que vous êtes un homme dur , que vous moissonnez où vous n'avez rien semé , et que vous recueillez où vous n'avez rien mis ;

c'est pourquoi , comme je vous appréhen-

dais , j'ai été cacher voirc talent dans la terre : le voici , je vous rends ce qui est à vous.

» Mais son maître lui répondit : Serviteur méchant et paresseux, vous saviez que je moissonne où je n'ai point semé, et que je recueille où je n'ai rien mis ;

» vous deviez donc mettre mon argent entre les mains des banquiers , afin qu'à mon retour je retirasse avec usure ce qui est à moi.

» Qu'on lui ôte donc le talent qu'il a et qu'on le donne à celui qui a dix lalens ,

» car on donnera à ceux qui ont déjà , et ils seront comblés de biens ; mais , pour celui qui n'a point, on lui ôlera même ce qu'il semble avoir. »

» Et qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures. »

— El cette parabole, qui regarde-t-elle ?...

— Nous tous, tant que nous sommes.

Voyez par la terre des gens qui ont reçu du Seigneur génie , talens , adresse et force , ou trône, puissance, richesse....

Il est de ces gens qui , croyant ne pas faire mal parce qu'ils ne font rien , ou ne s'occupant que d'eux-mêmes, sans souci de rien autre chose , s'endorment là-dessus , se disant tout satisfaits : On n'a absolument rien à me reprocher....

Serviteurs méchans et paresseux , qui enfouissez ainsi la richesse de Dieu, apprenez que le maître veut qu'on fasse valoir ses trésors ! Le Seigneur veut qu'on soit utile et qu'on fasse bien... ou malheur aux serviteurs inutiles !

— Quels sont ces hommes gros et bouffis, semblables à des bulles de vent; ces hommes à l'aspect englou tisseur, stupide, égoïste et lâche?... et ces autres hommes auprès, maigres,

pâles, eiflanqués, livides, à l'œil éteint et faux; ces hommes pareils à un désert et à des sépulcres blanchis?

— Ce sont les Pharisiens, les docteurs de la loi, les prêtres.

— Et autour, quelle est cette foule qui les respecte et leur porte envie, disant: a Ils en savent beaucoup!...» et cependant les méprise?

— C'est le peuple.

Le peuple vient à Jésus pour ouvrir son cœur à sa divine parole, pour lui demander de le guérir, de le sauver, et pour l'aimer et publier sa gloire ;

et les Pharisiens, les docteurs de la loi et les prêtres viennent pour égarer, tromper, pervertir le peuple, afin de pouvoir plus aisément l'exploiter et le voler;

ils viennent pour tendre des pièges au Sauveur par des paroles captieuses, pour le tenter et trouver un prétexte pour le faire mourir.

Un docteur dit donc à Jésus, pour le tenter:

— Maili e, que faut-il que je fasse pour posséder la vie éternelle?

« — Qu'y-a-t-il d'écrit dans la loiPquV voyez-

vous? »

• — Vous aimerez le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre ame, de toutes vos forces, de lout voire esprit; et votre prochain comme vous-même.

« — Vous avez fort bien répondu ; faites cela, et vous vivrez... »

— Et qui est mon prochain?. . .

« — Ecoulez, et vous allez rapprendre.

« Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho tomba entre les mains des voleurs, * qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies, et s'en allèrent le laissant à demi mon.

» Il arriva ensuite qu'un prêtre passa par le même chemin, lequel l'ayant aperçu, passa outre.

» Un lévite qui vint aussi au même lieu, l'ayant aussi considéré, passa outre encore,

» Mais un Samaritain qui voyageait, étant

venu à rendroit où clail cel lioiniiic, en lui louché de compassion.

» Il s'approcha donc de kii, versa de l'huile cl du vin dans ses plaies, et les handa; et, rayant mis sur son cheval, il le mena dans une hôtellerie et prit soin de lui.

» Le lendemain, il lira deux deniers qu'il donna à riiôle, et lui dit : Ayez bien soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus je vous le rendrai à mon retour.

» Lequel de ces trois vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui tomba enlre les mains des voleurs? »

— Celui qui a exercé la miséricorde envers lui.

a — Allez donc, et faites de même. »

ÏX

Et un jour, étant arrivé à Capharnaùm, Jésus demanda à ses disciples de quoi ils disputaient ensemble pendant le chemin.

Mais ils demeurèrent dans le silence, parce que le sujet de la dispute qu'ils avaient eue entre eux dans le chemin avait été qui d'entre eux était le plus grand.

Et, s'étant assis, il leur dit :

« — Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Puis, il prit un petit enfant qu'il mit au milieu d'eux; et, l'ayant embrassé, il leur dit:

« — Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit ; et quiconque me reçoit, ne me reçoit pas seulement, mais il reçoit celui qui m'a envoyé.

» Je vous dis en vérité que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfans, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.

» Quiconque donc s'humiliera et se rendra petit comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. »

Alors, Jean, prenant la parole, lui dit :

— Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, quoiqu'il ne nous suive pas ; et nous Ten avons empêché.

« — Ne l'en empêchez pas ; car il n'y a personne qui, ayant fait un miracle en mon nom, puisse, aussitôt après, parler mal de moi?

» Qui n'est pas contre vous est pour vous. »

Et Jésus disait à ses disciples :

« — En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, et le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie.

» Une femme, lorsqu'elle enfante, est dans la douleur, parce que son heure est venue; mais, après qu elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de tous ses maux, dans la joie qu'elle a d'avoir mis un homme au monde.

') Vous ave/, appris (|u'il a clc dil : \ Ous aimerez volie prochain el vous liaïre/. votre (îiinemi.

)) Et iijoi je vous dis : Aiuie/> votie enueini, laites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez [)Our ceux qui vous persécutent et vous calomnient;

» afin que vous sove/ les enfans de votre père qui est dans les deux, qui fait lever son soleil sur les bons et les méchans, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

»Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés ;

» car vous serez jugés selon que vous aurez jugé les autres, et on se servira de la même mesure dont vous vous serez servis envers eux.

» Faites donc aux hommes tout ce que vous voulez qu'ils vous fassent; car c'est la loi et les pro|)hètes.

» El dans les lieux où vous irez, prêchez, en disant que le royaume des cieux est proche,

» Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons: donnez gratuitement ce que vous avez reçu gratuitement.

» Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or ou de l'argent, ou d'autre monnaie dans votre bourse ;

» ne préparez ni un sac pour le chemin, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâton, car celui qui travaille mérite qu'on le nourrisse.

» Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de la justice, parce qu'ils seront rassasiés.

» Bienheureux ceux qui sont miséricordieux , parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde.

» Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.

» Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfans de Dieu.

» Bienlieuieux ceux qui soullienl peisécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux.

» Quiconque donc entend ces paroles ([ue je dis, et les pratique, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre;

» et, lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et» sont venus fondre sur cette maison, elle n'est point tombée, puisqu'elle était fondée sur la pierre.

» Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les pratique point, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ;

» et, lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et la ruine en a été grande. »

Et de loutes parts le peuple suivait Jésus et s'assemblait autour de lui par grandes foules ;

et ils disaient entre eux : C'est... Jean-Baptiste — c'est Elie — c'est Jérémie — ou quelqu'un des prophètes ;

et ils étaient en grande admiration des miracles qu'il opérait et de sa doctrine.

Pour les Pharisiens, les docteurs et les prêtres, il en était bien quelques-uns parmi eux qui se doutaient que Jésus avait été envoyé par Dieu ; mais ils se gardaient bien de le dire ouverlement . craignant qu'il ne leur en arrivât malheur !

iW^l'MCwV iï honnêtes gen:i qui reslaieni piudeiMinenL chez eux et ne disaient mol à personne de ce qu'ils pensaient,

pareils à ces lâches qui s'en vont disant : Le sort du pauvre peuple est bien à plaindre!... et ne font rien pour rendre le sort du pauvre peuple moins à plaindre.

Et les Pharisiens , les docteurs et les prêtres qui suivaient Jésus, en se gUssant parmi la foule du peuple , étaient ceux qui venaient pour le tenter et trouver un prétexte pour le faire mourir.

Ils n'étaient donc jamais las de lui faire des questions.*

Ils lui disaient :

— Maître, faites-nous voir un prodige dans le ciel.

« — Le soir, vous dites : Il fera beau, parce que le ciel est rouge ;

» et le matin, vous dites : Il y aura aujourd'hui de l'orage, parce que le ciel est sombre et rougeâtre.

» Hypocrites, vous savez donc reconnaître ce que présagent les diverses apparences du ciel ; ne pouvez-vous donc pas aussi discerner les signes des temps que Dieu a marqués? Cette nation corrompue et adultère demande un prodige , et il ne lui en sera point donné d'autre que celui du prophète Jonas. »

— Maître, quel est le grand commandement de la loi?

« — Vous aimerez le Seigneur, voire Dieu, de tout votre cœur, de toute votre ame, de toutes vos forces, de tout votre esprit :

» c'est le plus grand et le premier commandement.

» Et voici le second, qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même.

» Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandemens. »

XIM

Alors, Pierre dit à Jésus :

— Combien de fois pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il aura péché contre moi ? sera-ce jusqu'à sept fois ?

« — Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois ; mais jusqu'à septante fois sept fois.

» C'est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs ;

» et ayant commencé à le faire , on lui en présenta un qui lui devait dix mille talens.

» Mais, comme il n'avait pas le moyen de les lui rendre , son maître commanda qu'on le vendît, lui, sa femme et ses enfans, et tout ce qu'il avait, pour satisfaire à cette dette.

» Ce serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout.

» Alors, le maître de ce serviteur, étant touché de compassion, le laissa aller et lui remit sa dette.

» Mais ce serviteur ne fui pas plus tôt sorti que , trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, il le prit à la gorge^ et letouffait presque, en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois!

» Et son compagnon , se jetant à ses pieds, le conjurait, en lui disant : Ayez un peu de patience, et je vous rendrai le tout.

» Mais il ne voulut point V écouter; et il s'en alla , et le fit mettre en prison, pour Vy tenir jusqu'à ce qu'il lui rendît ce qu'il lui devait.

» Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant ce qui se passait, en lurent extrêmement affligés, et avertirent leur maître de tout ce qui était arrivé.

w Alors, son maître, l'ayant fait venir, lui dit : Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié :

» ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon , comme j'avais eu pitié de vous ?

» Et son maître, étant ému de colère, le livra entre les mains des bourreaux, jusqu'à ce qu'il payât tout ce qu'il lui devait.

» C'est ainsi que mon Père qui est dans le ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne du fond du cœur à son frère ses fautes. »

Or, les publicains et les gens de mauvaise vie se tenant auprès de Jésus pour l'écouter,

les Pharisiens et les Scribes en murmuraient, et disaient : Voyez comme cet homme reçoit les gens de mauvaise vie , et mange avec eux.

Mais Jésus leur proposa cette parabole :

M — Qui est l'homme d'entre vous, qui, ayant cent brebis, et en ayant perdu une, ne laisse

les qualre-vingt-dix-neut" autres au désert, pour s'en aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve?

» et, lorsquMl l'a retrouvée, il la met sur ses épaules avec joie ;

» et, étant retourné en sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissezvous avec moi , parce que j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue!

» Je vous dis qu^il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence.

» Ou, qui est la femme qui, ayant dix dragmes , et en ayant perdu une , !)*allume la lampe, et, balayant la maison, ne cherche avec grand soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve?

» et, après l'avoir trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines , et leur dit : Réjouissezvous avec moi , parce que j'ai trouvé la dragme que j'avais perdue !

» De même, vous dis-je, c'est une joie parmi

les anges du ciel, lorsqu'un seul pécheur fait pénitence. »

Il leur dit encore :

« — Un homme avait deux fils ,

» dont le plus jeune dit à son père : Mon père, donnez-moi ce qui doit me revenir de votre bien. ILi le père leur fit le partage de son bien.

'> Peu de jours après, le plus jeune de ses deux enfans, ayant amassé tout ce qu'il avait, s'en alla dans un .pays étranger fort éloigné, où il dissipa tout son bien en excès et en débauches.

» Après qu'il eut tout dépensé , il survint une grande famine en ce pavs-là , et il commença à tomber en nécessité.

» 11 s'en alla donc , et s'attacha au service d un des habilans du pays, qui l'envoya en sa maison des champs pour y garder les pourceaux ;

» et ià, il eûl été bien aise de remplir son ventre des écosses que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait.

» Enfin , étant rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il chez mon père de serviteurs k ^ojages , qui ont plus de pain qu'il ne leur en faut ? et moi, je meurs ici de faim !

» Il faut que je parte et que j'aille trouver mon père, et que je lui dise : Mon père , j'di péché contre le ciel et contre vous ;

» et je ne suis plus digne d'être appelé votre fils : traitez-moi comme l'un des serviteurs qui sont à vos gages.

» Il partit donc et vint trouver son père. Lorsqu'il était encore bien loin, son père l'aperçut et en fut louché de compassion ; et, courant à lui , il se jeta à son cou et le baisa.

» Son fils lui dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous ; et je ne suis pas digne d'être appelé votre fils,

» Alors, le père dit à ses serviteurs : Apportez promptement la plus belle robe , et l'en

24.) levèlez ; et niellez-lui un anneau au (loi[;l, cl des souliers à ses pieds...

» amenez aussi le veau gras , el le luez : mangeons et faisons bonne chère ;

» parce que mon fils que voici ëlait morl , et il est ressuscité ; il était perdu , et il est retrouvé. Ils commencèrent donc à faire festin.

» Cependant son (ils aîné, qui était dans les champs, revint ; et, lorsqu'il fut proche de ia maison , il entendit les concerls et le bruil de ceux qui dansaient.

» Il appela donc un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était.

» Le serviteur lui répondit : C'est que votre frère est revenu, et votre père a tué le veau gras, parce qu'il le revoit en santé.

» Ce qui l'avant mis en colèie , il ne voulait point entrer ; mais son père, étant sorti, commençait à l'en prier.

» Sur quoi prenant la parole , il dit à son , père : Voilà déjà tant dannécs que je vous sers, et je ne vous ai jamais désobéi en rien de ce que

vous m'avez commandé ; et cependant vous ne m'avez jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ;

» mais, aussitôt que votre autre tils, qui a mangé son bien avec les femmes perdues , est revenu , vous avez tué pour lui le veau gras.

» Alors, le père lui dit : Mon fils, vous êtes toujours avec moi , et tout ce que j'ai est à vous ;

mais il fallait faire festin et nous réjouir, parce que votre frère que voici était mort , et qu'il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. »

Et les Scribes et les Pharisiens amenèrent devant Jésus une femme qui avait été surprise en adultère, et, la faisant tenir debout au milieu du peuple ,

ils dirent à Jésus, toujours dans le dessein de le tenter et de le faire mourir :

— Aîailre, cette teuinie vient deire sni prise en adultère ;

01, Moïse nous ordonne dans la loi de lapider les adultères : quel est donc sur cela votre avis?

Mais Jésus, se baissant, écrivit avec sou doi};t sur la terre.

Comme donc ils contiiuiaient à TinteiTo^er, il se leva et leur dit :

« — Que celui d'entre vous qui est sans péché , lui jette la première pierre. »

Puis, se baissant de nouveau , il continua d écrire sur la terre.

Mais pour eux, l'ayant entendu parler de la sorte, ils se retirèrent l'un après l'autre, les vieillards sortant les premiers; et ainsi Jésus demeura seul avec la femme qui était au milieu de la place.

Alors, Jésus se relevant, lui dit :

« — Femme , où sont vos accusateurs ? Personne ne vous a-t-il condamnée? »

— Non , Seigneur.

« — Je "ne vous condamnerai pas non plus. Allez-vous-en, et à l'avenir ne péchez plus. »>

Et un Pharisien , nommé Simon , ayant prie Jésus de manger chez hii ,

et Jésus s'y étant rendu avec ses disciples ;

voici qu'une fenune entre , belle , magnifiquement vêtue , et portant un vase d'albâtre rempli d'huile de parfum.

Pharisien Simon , ta surprise parait grande ! qu as-tu donc ?... quelle est celte femme?

Tu murmures : C'est Magdeleine , la célèbre courtisuïie , qui ose entrer chez moi !

Elle marche droit à Jésus, se baisse derrière lui , et s'agenouille et répand sur les pieds de Jésus l'huile de parfum qu'elle porte dans un vase d'albâtre ;

et l'odeur de cette huile de parfum exquis embaume tout l'appartement.

Elle presse les pieds du Sauveur dans ses mains , avec prière et tendresse , et grande désolation...

Son cœur trop plein déborde; elle pousse de longs sanglots, et des larmes abondantes coulent de ses yeux , dont tout son visage est inondé —

Elle couvre d'ardens baisers les pieds de

Jésus elle les baigne de ses larmes, et les

essuie avec ses beaux cheveux —

Elle épanche long-temps ainsi tout ce que l'amour a de douleur , de souffrance , de remoi'ds déchirans, de poignantes amertumes...

et elle ne cesse point de presser dans ses

mains les pieds du Sauveur , de les couvrir de l>aisers et de lai mes , et de les essuyer avec ses

beaux cheveux

Et toutes les angoisses de son cœur ulcéré [)ai'aissent à la fois dans ses larmes intarissables , son profond abattement , ses sanglots déchirans , ses cris étouffés!...

Magdc'leine! Magdeleine! courage! tu redeviens belle : courage î

Tu remontes glorieusement de l'abîme où tu étais plongée ; et ni les douleurs, ni les peines, ni la fatigue ne t'effraient! courage, héroïne nouvelle, courage !

l^our Simon , il ne comprend rien à tout cela , sinon que sa maison a été profanée par la présence d'une prostituée : ce dont il est en grande indignation et colère....

el il pense en lui-même que Jésus, qui ne l'a p?s d'abord reconnue et rejetée loin de lui avec mépris , n'est pas un prophète.

« — Simon, j'ai quelque chose à vous dire. »

— Maître, dites.

« — Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait cinq cents deniers , et l'autre cinquante ;

» mais, comme ils n'avaient pas de quoi les lui rendre, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera donc davantage? »

— Je crois que ce sera celui auquel il aura le plus remis.

« — Vous avez fort bien jugé.

» Maintenant , voyez- vous cette femme ? Je suis entré dans votre maison : vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds ; et elle, au contraire, a arrosé mes pieds avec ses larmes , et les a essuyés avec ses cheveux.

» Vous ne m'avez point donné de baiser ; ujais elle , depuis qu'elle est entrée , ne cesse de baiser mes pieds.

» Vous n'avez poiiil répandu d'huile sur ma lèle; el elle a répandu ses parfums sui- mes pieds.

» C'csl pourquoi je vous déclare que beaucoup de péchés lui seront remis, parce qu'elle a beaucoup aimé; mais celui à (jui on remet moins, aime moins.

» Femme, vos péchés vous sont remis : votre toi vous a sauvée; allez en paix. »

Et, parmi les Pharisiens, les docteurs et les prêtres, on se demandait :

— Quel est donc celui-là qui dit à la prostituée : Allez en paix ; vos péchés vous sonl remis !... et à la femme adultère : Je ne vous condamnerai point non plus ; allez en paix !

Qui jamais a rien lu de pareil dans la loi et les prophètes?...

El, si nous le laissions faire encore quelque temps , où nous conduirait-il , et que deviendrions-nous 1*

Vous deviendriez naeilleurs que vous n'êtes , et il en conduirait et il en conduit beaucoup à leur salut.

Et celui-là n'est point un flatteur à gage de vos lâchetés ni de vos vices , ni un menteur et un voleur à votre service : celui-là est venu pour relever les faibles , les esclaves , les souffrans , les pécheurs ; celui-là est le Sauveur du monde.

Où êtes-vous, Vierge Marie? voici venir des femmes qui vous cherchent. C'est Jeanne, femme de Chusa, intendant de la maison d'Hérode, et Suzaue, et d'autres encore.

— Qu'y a-t-il, femmes?

que demandez-vous?

— Dame , nous avons des biens et de l'or : voici l'or , et , pour les biens , que le Seigneur en dispose comme il sera utile.

(je que vous faites là, femmes, peut être prisé bien peu de chose par beaucoup : mais Dieu voit ce que vous faites ; et le grand peuple des nations de la terre qui sait, avec le temps, vraiment aimer et apprécier les personnes et leurs oeuvres , se souviendra de vous.

li voudra que beaucoup de ses filles chéries portent vos noms, et que vous soyez leurs patrones ;

il vous bâtira de belles cathédrales dans ses grandes villes où il solennisera vos fêtes, et les fêtes de vos frères et sœurs de gloire, et le sacrifice quotidien du Seigneur.

Vous, qui faites ce que vous pouvez pour la cause de Dieu, votre place est près de Marie et de Salomé, et des autres femmes qui sont avec elles :

allez, dames, allez les joindre î

Et toi, Magdeleine, les péchés ne te sont-ils pas remis?. .

et ne fais-tu pas ce que tu peux pour Dieu?..

Sèche tes larmes, pécheresse rachetée , et relève ta tête abattue, et ne t'attriste pas tant à en mourir!

Vois les lis des vallées , qu'une abondante pluie vient de laver : ils ne portent plus de traces des taches des insectes, ni de la poussière dont le souffle des vents les avait couverts ; mais ils se relèvent blancs et parfumés ; ils réjouissent les yeux de qui les regarde, et l'atmosphère d'alentour en est embaumée!

Magdeleine, ne veux-tu pas faire comme le lis des vallées?

Et la sainte, la gracieuse, Taimable compagnie qui t'attend ; veux-tu long-temps encore y faire faute ? . . .

On attend aussi ta sœur Marthe; mais elle est dans sa maison, tout occupée de mille et mille soins: sa foi est tiède,

T. II. l'J

et son cœur a'a pas encore été * touché.

Marthe , Magdeleine , et voire frère que Jésus aime ainsi qu'il vous aime toutes deux , sœurs trop heureuses ! où est votre frère ? que fait Lazare?

— La parole de vie, en entrant dans son cœur, y a fait l'effet d'un glaive à deux tranchans , qu'on aurait enfoncé dans sa poitrine jusqu'à la poignée , tout rouge et flamboyant.

Il en a été tout d'abord si fortement ébranlé, qu'il semblait que le monde allait être trop étroit pour son ardeur, et qu'il allait s'élever jusqu'aux astres....

mais il est bien vite retombé; et il est de plus en plus languissant.

— Marthe I Marthe I

— Qu'y a-t-il, Magdeleine?

— Notre frère est sérieusement malade, et sa parole, et son pouls, et le souflle faiblissent continuellement.

— Vous m'effrayez, ma sœur!.

— Envoyons vite, croyez-moi, vers le Seigneur; et qu'il vienne au secours de notre frère, ou nous le perdons.

— Dames ! clames !

— Qu'y a-t-il •

— Lazare se meurt !

— Oh ! mon Dieu ! comme la maladie marche vite! Envoyons sans tarder vers le

Seigneur!

— Envoyons, envoyons! ou nous perdons notre frère !

— Danies l dames!

in"

— Que venez-vous annoncer?... Parler, nous savons que notre frère est fort mal.

— Lazare est mort ! Lazare est mort ! XVÏII

Et les parens de la nombreuse famille de Marthe et de Magdeleine vinrent dans la maison des deux sœurs pour les consoler,

et grand nombre de Juifs vinrent également, soit de Jérusalem, soit des pays d'alentour ;

et tous attendirent long-temps avec impatience le venue de Jésus....

et, fatigués d'attendre, ils déposèrent le corps de Lazare dans le cercueil et le recouvrirent d'une pierre.

Tous ceux qui étaient venus pour consoler les deux sœurs étaient encore dans leur maison , quand Marthe apprend que le Seigneur

arrive ; et soudain elle va au-rlevant de lui, et, tout, en larmes, elle lui dit :

— Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort I

mais je sais que, présentement même, Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez,

« — Votre frère ressuscitera. »

— Je sais qu'il ressuscitera en la résurrection qui se fera au dernier jour.

« — Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi , quand il serait mort, vivra ;

» et quiconque vit et croit en moi ne mourra point à jamais. Croyez-vous cela ? »

— Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le fils du Dieu vivant !

Lorsqu'elle eut ainsi parlé, elle s'en alla.

et appela secrètement Magdeleine , lui disant : Le Maîti'e est venu et il vous demande;

ce qu elle n'eut pas plus tôt entendu, qu'elle se leva et vint le trouver.

Et Jésus n'était pas encore entré dans le bourg ; mais il était au même lieu où Marthe l'avait rencontré.

Cependant les Juifs qui étaient aveC Magdeleine dans la maison et qui la consolaient, ayant vu qu'elle s'était levée si promptement et qu'elle était sortie, la suivirent, en disant : Elle s'en va au sépulcre pour y pleurer.

Lorsque Marie-Magdeleine fut venue au lieu où était Jésus , l'ayant vu , elle se jeta à ses pieds, et lui dit :

— Seigneur, si vous eussiez élé ici^ mon frère ne serait pas mort !

Jésus, voyant quelle pleurait et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient égale-

lueiil, Iréniil <'n son esprit cl se Iroubla liiiinéme.

, — Où l'avez-vous mis ? »

— Seigneur , venez , et voyez.

Alors, Jésus pleura.

Et les Juifs dirent entre eux : Voyez comme il Taimait !

Mais il y en eut aus§i quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas empêchei qu'il ne mourut, lui qui a ouvert les yeux à un aveugle-né?

Jésus, frémissant donc de nouveau en luimême, s'approcha du sépulcre; et, voyant la pierre qui la couvrait, il dit :

« — Olez la pierre ! »

— • Seigneur, il y a quatre jours qu'il est mort !

« — Otez la pierre! »

Et on ôla la pierre, ainsi qu'il le commandait avec auturilé.

« — Lazare ! Lazare 1 sortez dehors ! »

Et la tombe s'ouvie , et Lazare se lève debout !

Et la foule de s'écrier toute d'une voix :

— Lazare ! Lazare !

— Me voici.... Que me veut-on, pour venir me tirer ainsi démon sommeil?.. Mais qui donc m'a enchaîné les pieds et les mains, et enveloppé comme d'un suaire?

« — Déliez-le î ôtez-lui le suaire de dessus la tête, et le laissez aller! »

— Qu'est-ce donc?.., qu'est-ce donc?... Il me semblait que depuis long-temps j'étais parti pour un long voyage, et que je marchais sans cesse avec une incroyable rapidité , quand une main invisible m'a soudain saisi par les che-

veux, et, d'un bond, m'a rapporté doù j'étais parti ! ... et me voilà !

— Tu étais mort, cher Lazare ! et le Seigneur t'a ressuscité.

— Et pourquoi m'a-t-il ressuscité?

— Pour que tu sois un témoignage vivant de la toutepuissance de Dieu ; pour que tu sois son serviteur, et que tu glorifies soîi nom.

— Alors, soyez béni, Seigneur, pour ni'avoir rendu la vie!

Et, pendant que ces choses se passent ainsi, et qu'un grand nombre parmi le peuj)le croient en Jésus,

les princes des prêtres se disent : Le peuple déjà noi-s quitte; et, si nous laissons faire cet homme, nous aurons bientôt perdu toute autorité ,

et sans doute qu'à cause de lui les Romains fondront de nouveau sur nous, et massacreront et détruiront tout dans notre pays :

avisons donc enfin au moyen de nous en défaire.

Mais Jésus disparaît pour quelques jours...

et il reparaît , revient au bourg de Béthanie avec ses disciples , chez Marthe , Magdeleine et Lazare ,

se rendant à Jérusalem , pour y célébrer la Pâque.

Marthe, vous avez chez vous Jésus, avec ses disciples, et votre maison les abritera pour cotte nuit :

c'est le moindre prix que vous deviez à celui qui a rendu la vie à votre frère I

Mais vous avez vu une grande, une immense tristess** sur la face du Sauveur !.. . et vous en êtes inquiète, triste, émue : car vous n'avez osé lui en demander la cause.

Cependant, vous ne vous en occupez pas moins de bien préparer la maison, pour que Jésus et ses disciples partent satisfaits de votre bonne réception.

Seulement, vous voudriez que votre sœur vous aidât ; mais « Elle a choisi la meilleure part; ce qu'elle a choisi ne lui sera point ôté, » vous dit le Seigneur.

Toi donc, Magdeleine, tu es près du Seigneur : tu ne peux le quitter un seul instant; plus que jamais tu lui es tout attachée !

Il te parle, et tu l'écoutés, silencieuse , ravie , avec une avidité tout aimable et charmante I

Tu lèves tes regards vers son visage et de son visage au ciel... et tu les ramènes vers la terre, où ils errent doucement à droite , à gauche ,

noyés dans un vague enchanteur... jusqu'à ce qu'ils remontent au visage de Jésus. .

et au ciel !...

Tu l'écoutés! tu l'écoutés ! . . . et des larmes radieuses roulent et brillent dans tes

yeux, sans en tomber! et

ton cœur nage dans une joyeuse paix!... et ton ame est dans l'allégresse!...

Tu l'écoutés!., et tes lèvres sont doucement entr'ouvertes et souriantes, comme si une

suave liqueur y coulait

comme si une bouche invisible, * une bouche adorée la couvrait de mystérieux baisers ! . . .

Magdeleine ! que tu es heureuse !

La face de Jésus a peu à peu dépouillé sa j«;rande et immense tristesse :

la nuit qui la couvrait en a retire son voile sombre et lugubre ;

les sinistres présages qui planaient sur son front obscurci , comme des nuages menaçans et terribles , se sont dissipés et envolés....

et la gloire de la victoire brille sur sa face , comme un soleil !

L'ouvrier divin triomphe !

son travail fructifie î...

il voit son œuvre prendre couleur et vie !... son génie l'a bien servi 1 . . .

Et il s'élève dans son cœur comme un mélodieux et divin cantique , qui s'exhale par les régions- lointaines en magiques harmonies , en tressaillemens d'allégresse !

Triomphe ! victoire !

dans les mondes du ciel!

Triomphe î victoire !

dans ks siècles des siècles !

Magdeleinel

belle, divine amante !

ah ! comme la victoire

de celui que tu aimes

coule dans ton cœur,

ainsi que dans le sien !...

Victorieuse I triomphatrice!

comme tu es belle^ et grande, et magnifique

parmi les merveilles des cieux et de la terre ! .

Magdeleine ! Magdeleine!

brillante, nouvelle élue !

tu ressembles

à la première gerbe dorée,

cueillie avant le temps de la grande moisson ,

pour la montrer aux moissonneurs,

afin d'augmenter leur ardeur au travail I

Tu ressembles à la jeune vigne que n'ont pu détruire les vers de la terre, le froid, le chaud^ ni la grêle, et qui fait la joie du vigneron î...

et tu es la première belle grappe de raisin mûrie qui se montre sur la treille, et fait désirer à ceux qui la voient le temps des vendanges joyeuses!

Tu es la fraîche, brillante

et abondante rosée

du nouveau matin,

qui coule dans les coeurs flétris et tombés!.

comme les rosées de l'aurore

coulent dans les fleurs épuisées,

pour les faire se relever,

pour les raviver, et leur rendre

force, parfum, beauté, splendeur!

Tu es la féconde pluie

des orages bienfaisans

que Dieu fait tomber

sur les terres brûlées du soleil,

pour leur rendre leur ombrage, leur verdure,

et leurs fleurs, et leurs fruits I

Tu es un brillant phare

d'espérance, allumé '^ur le monde pour toutes les nefs brillantes, égarées, folles et perdues, qui luttent parmi l'écume des vagues mugissantes, dans la tempête, dans le naufrage, dans l'abîme!..

Tu es un bel ange,

aux 3'eux pleins de tendresse

et de sollicitude infinies,

qui se tient à l'une des glorieuses avenues

des divins royaumes,

powr en ouvrir l'entrée

aux péclieurs et pécheresses ée la terre

rachetés et sauvés

par toi î

Magdeleine ! Magdeleine î

tu es lïne fiancée bien-aimée,

dont une phalange de l'armée céleste

est occupée à tresser

la couronne de mariée ,

une autre phalange

à décorer le temple de l'hymen

de guirlandes et de tentures resplendissantes,

une autre phalange encore

à dresser ie banquet de noce,

et une d«mière phalange

voilée, cachée, invisible, séraphique,

à préparer

la couche mystique !..

Belle Magdeleine I

divine amante !

adorable fiancée î...

qui peut,

après toi,

perdre espoir

ot courage 1 ...

Triomphe ! victoire !

dans les mondes du c'tell

Triomphe! victoire!

dans les siècles des siècles !

Marthe ayant donc préparé le repas

et en ayant averti Jésus ,

il va, se met à table en compagnie de Lazare le ressuscité, d'un grand nombre de Juifs, parens de Lazare, et de ses disciples ;

el Marthe les sert.

Mais la Pâque s'approche;

et la grande et immense tristesse qui, à son arrivée, pesait sur la face de Jésus, y redescend peu à peu et de plus en plus sombre et lugubre.

Durant ce temps, Marie- Magdelcine qui , trop heureuse, s'est retirée à l'écart, cherchant à dérober k tous les yeux la violente expression des joies et des délices dont elle est comme inondée!...

Marie-Magdeleine, toute transportée, radieuse, enchantée I...

dont le cœur n'est que cantiques de reconnaissance, d'allégresse, de bénédiction, d'a-

aperçoit de loin la face sombre I et lugubre !

de Jésus !.. .

Et soudain ses larmes

joyeuses s'arrêtent , se sèchent !...

sa figure radieuse d'allégresse, pâlit, se décompose...

devient blanche comme un suaire ! . . .

et toutes les douleurs, les angoisses, les sinistres pressentimens se sont emparés d'elle! . .

et l'ont transpercée de toutes parts... comme autant de glaives aigus, mortels !...

Et elle reste tout un moment à la même place, sans mouvement, immobile, comme une statue ! . . .

Puis elle part subitement et s'éloigne. . .

Et elle revient bientôt, ap portant, dans un vase, une grande quantité do parfums exquis du plus grand prix.

Elle ))rise le vase,

et répand une partie du paiTuiu

sur la tête de Jésus.. .

et ensuite, se baissant,

elle répand le reste du parfum

sur les pieds de Jésus

Bt, durant tout le temps qu'elle répand ainsi tout le parfum sur la tête et les pieds de Jésus )

c'est à peine si ses mains paraissent le toucher,

si ses yeux paraissent le regarder t

il semble qu'elle accomplit un devoir sacré ,

et qu'elle soit auprès de Jésus, comme auprès du corps de quelqu'un dont l'ame viendrait de s'envoler.

Et elle est calme, résignée ,

pieuse, saintement émue !

Et toute cette tempête d'angoisses, de douleurs, dont elle s*est rendue maîtresse, est renfermée en elle-même...

Et il semble un moment qu'elle va fondre en sanglots , en larmes, en cris. . .

quand, levant rapidement ses mains en l'air, elle saisit les tresses de sa longue chevelure qu'elle dénoue . . .

et son visage en est d'abord caché..

et , ainsi voilée , elle se baisse davantage , et essuie long-temps, avec ses cheveux, les pieds de Jésus...

Et enfin elle se relève, de plus en plus maîtrrsse d'elle même...

Elle j)ren(l , «!<• ses deux mains, ses cheveux (|m loiubent en désordre sur son visage,

les paitage en deux sur sou front, et les rejette derrière ses épaules. . .

et elle reste

debout

à côté de Jésus,

calme,

résignée, pieuse,

saintement émue

Alors, l'un des disciples de Jésus, Juda^ Iscariole, qui devait le trahir, dit:

— Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parluni trois cents deniers qu'on aurait donnés aux pauvres?

Il disait ceci, non qu'il se souciât des pau

vres; mais parce qu'il était larron, et qu'ayant la boukse, il portait l'argent qu'on y nnettait.

Mais Jésus dit:

« — ... Ce qu'elle vient de faire est une bonne œuvre :

» car vous avez toujours des pauvres parmi vous, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez; mais, pour moi, vous ne m'aurez pas toujours.

» Elle a fait ce qui était en son pouvoir : elle a embaumé mon corps par avance, pour prévenir ma sépulture.

» Je vous le dis en vérité : Partout où sera prêché cet évangile, c'est-à-dire par le monde entier, on racontera à la louange de cette femme ce qu'elle vient de faire. »

XXH

Jésus donc, ayant bu, mangé et dormi, ainsi que ses disciples, dans la maison de Marthe (d'autres disent dans celle de Simon le lépreux),

et le matin étant venu, part pour Jérusalem avec ses disciples ; '

et Marthe et Magdeleine se joignent à Marie, à Salomé et aux autres saintes femmes, et le suivent avec la foule nombreuse de Juifs qui étaient accourus des pays d alentour pour voir Lazare le ressuscité.

Tous ainsi s acheminent vers Jérusalem.

Et la montagne des Oliviers, de laquelle il descendra dans la ville sainte, étant proche, il s'arrête un instant à Betphagé;

et ses disciples lui ayant amené le poulain d'une anesse qu'il leur avait envové chercher, il le monte et continue sa route.

El le peuple de Jérusalem, apprenant que Jésus de Nazareth va descendre dans la ville avec une grande foule de Juifs qui le suit, accourt au devant de lui, en cueillant des fleurs et des rameaux ; et la foule de peuple qui suit Jésus cueille également des rameaux et des fleurs.

Et ils tapissent la route de leurs vétemens... jettent en Tair rameaux et fleurs, et, tous ensemble , tant ceux qui vont devant lui que ceux qui le suivent , crient :

— Hosanna ! salut et gloire au fils de David 1 béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! hosanna 1 salut et gloire et bénédiction lui soient rendues dans les hauteurs des cieux !

Et ils crient lon^ij-temps ainsi, sans fjiie rien les en [)uisse empêcher, et lon[^-lcmps l'aii* retentit de leurs acclamations...

Et quand il entre dans .lërusalem , la ville en est émue ! et chacun de se demander :

— Qui est celui-ci?

Et la foule du peuple qui l'accompagne, de répondre :

— C'est Jésus le prophète, qui est de INazareth en Galilée.

Et, en approchant du temple, sa tristesse augmente car, dit-il,

« — Le temple sera détruit ! et il n en restera pas pierre sur pierre ! . . . . et la ville sera effacée et aura le sort du temple , et ie peuple aura le sort du temple et de la ville ! »

Et il pleure

Et une grande colère s'empare de lui! Il saisit une poignée de cordes, dont il fait un fouet....

et il entre h grands pas dans le temple.

renverse les tables des changeurs et les sièges des marchands, et chasse devant lui Létes et gens qu'il met, à coups de fouet, à ia porte. . . disant :

« — Us ont fait de la maison de mon Père une caverne de voleurs !... »

Alors, des boiteux et des aveugles viennent à lui dans le temple ; et il les guérit.

Et les petits enfans crient dans le temple :

— Hosanna ! salut et gloire au fils de David !

Ce que les princes des prêtres entendant , leur indignation en augmente , et de plus en plus des pensées de mort leur roulent dans la tête.

Ayant fait ces choses, il s'en retourne à Béthanie, où il passe la nuit, et revient le lendemain.

Il enseigne, prêche, guérit, convertit.

lit ses disciples , d'après son ordre, préparent tout ce qu'il faut pour la Paque ;

et il se rend avec eux, et se met à table avec ses douze disciples ;

et, en mangeant, il leur parle, plein de tristesse, et se trouble dans son esprit, et leur dit :

« — En vérité, en vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira. »

Et les disciples se regardent l'un l'autre, ne sachant de qui il veut parler.

Mais celui que Jésus aimait étant couché sur le sein de Jésus ,

Simon Pierre lui fait signe de s'enquérir qui est celui dont Jésus veut parler.

Ce disciple se reposant donc sur le sein de Jésus, lui dit :

— Seigneur, qui est-ce?

« — C'est celui à qui je présenterai du pain que j'aurai trempé. »

Et ayant trempe du pain, il le donne à Judas IscarioXe.

Aloi'S JÉSUS,

LE Christ ,

le roi de vérité ,

l'Homme-Dieu

qui est venu pour nourrir ses frères du pain de vie de la parole, et pour les sauver en souffrant pour eux ;

alors JÉSUS, LE FILS DE Marie

ET LE fils de l'HoMME, JÉSUS

l'Homme-peuple

qui est venu, dépourvu des biens du monde et travaillant , pour montrer l'homme dans

toute sa (candeur et donner le saint exemple du travail , et pour coniniencer sur la terre le règne de celui dont le travail nourrit les enfans de la famille humaine ;

alors, toujours pendant le repas, Jésus, prenant du pain, le bénit, le rompt, et le donne à ses disciples, en disant :

« — Prenez et mangez^ ceci est ^os corps. »

Puis, il prend la coupe, et, ayant remercié Dieu, il la remplit et la leur donne, en disant :

« — Buvez-en fous ;

» car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle ALLIANCE, qui fiera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés,

» Or, je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau dans le royaume de mon Père. »

Il leur dit encore :

« — Je vous fais un commandement nouveau, qui est que vous vous entr'aimiez les uns les

autres comme je vous ai aimés. »

Il prédit le reniement de Pierre , et la dispersion de tous ses disciples ^

puis il leur lave les pieds, pour achever de les rendre purs.

Il se rend ensuite à la montagne des Oliviers ; et, étant arrivé avec ses disciples à un lieu appelé Gethsémani , il leur dit :

« — Asseyez-vous ici, pendant que je m'en irai prier. »

El, ayant pris avec lui Pierre, Jean et Jacques , il commence à s'attrister et à être dans une grande affliction.

Alors, il leur dit :

« — Mon ame est triste jusqu a la mort : demeurez ici et veillez avec moi. »

Et, s'en allant un peu plus loin, il se pros-

lerne le visage conlre l<îii e, cl prie, tour à tour triste, résigné, désespéré :

« — Mon Père, s'il est possible, éloignez ce calice de mes lèvres... Cependant, qu'il en soit fait selon votre volonté. »

Et un ange du ciel apparaît pour le f ortiliei* ; mais de plus en plus ses angoisses et son affliction redoublent... et il (ombe comme à l'agonie.», et il lui vient une sueur comme des gouttes de sang, qui tombe jusqu'à terre...

Il revient vers ses disciples et les trouve endormis à cause de la tristesse dont ils sont accablés. Il dit à Pierre :

« — Quoi ! vous n'avez pu veiller une beure avec moi?

» Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation : l'esprit est prompt et la chair est faible. »

Il va encore prier une seconde fois...

puis, revenant ensuite vers ses disciples, il les trouve encore endormis.

il va prier une troisième Ibis...

et après, revenant trouver ses disciples, il leur dit :

a — Dormez maintenant , et vous reposez : voici l'heure qui est proche, et le fils de l'Homme va être livré entre les mains des pécheurs.

» Levez-vous , allons ! celui qui doit me trahir est près d'ici. »

Et Judas, qui avait vendu Jésus pour trente deniers aux princes des prêtres, arrive avec une grande troupe de gens armés d'épées et de bâtons, avec des lanternes et des flambeaux.

Et Jud?s lui donne un baiser, en le saluant ; mais Jésus leur dit :

« — Qui cherchez- vous? »

— . Jésus de Nazareth.

« — C'est moi. »

Et ils reculent effrayés et tombent la face contre terre.

Jésus leur dit une seconde fois :

n ()ui cllt'I'('llC/.-VOIIS? I)

• — Jésus de INazarclli.

a — Je vous ai dit que c'est ujoi ; si c'est donc moi que vous cherchez , laissez aller ceux-ci. »

Et, comme ils se disposent à le saisir, Pierre tire son épëe, en frappe l'un des gens du grandprêtre nommé Malchus , et lui abat l'oreille.

Mais Jésus dit à Pierre :

« — Remettez votre épée dans le lourreau. JNe faut-il pas que je boive le calice (jue mon Père m'a donné ? »

Les soldats et leur capitaine prennent donc Jésus et le chargent de liens ,

et le conduisent d'abord chez Anne , beaupère de Caïfe le grand-prêtre.

Et Pierre suit Jésus-

Anne interroge Jésus touchant ses disciples et sa doctrine ; et Jésus lui répond :

a — J'ai parlé publiquement h lout le monde. . . et je n'ai rien dit en secret.

M Pourquoi donc m'interrogcz-vous ? Inler-

rogez ceux qui m'ont entendu , pour savoir ce que je leur ai dit. Ce sont ceux-là qui savent ce que j'ai enseigné. »

Et un officier donne un soufflet à Jésus, lui disant :

— Est-ce ainsi que vous répondez au grandprétre ?

a — Si j'ai mal parlé, faites voir le mal que j'ai dit ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ? »

Anne l'envoie donc alors lié à Caïfe le grandprétre.

Et Pierre, qui le suit toujours, le renie par trois fois, comme il lui avait été dit ; et, à la troisième , entendant chanter le coq , il est touché de repentir et pleure amèrement.

Et Judas, qui a livré Jésus, voyant qu'il va mourir , est saisi de remords ; et , reportant les trente deniers aux princes des prêtres , il leur dit :

— J'ai péché, en livrant le sang innocent.

— Que nous importe? C'est votre affaire.

Alors, Judas jet le les l renie deniers dans le temple, et va se pendre.

Et Jésus étant devant Caïfe, les prinees des prêtres clierchent un faux lémoi^na{;e contre Jésus, pour le f'aiie nnourir ;

mais ils n'en trouvent point qui soit suffisant , bien que plusieurs faux ténioins se soient présentés. Enfin, il vient deux faux témoins qui disent :

— Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours.

Alors, le grand-prêtre, se levant, lui dit :

— Vous ne réponciez rien à ce que ceux-ci déposent contre vous ?

Mais Jésus demeure dans le silence. Et le grand-prêtre lui dit :

— Je vous commande , par !e Dieu vivant , de nous dire si vous êtes le Christ , le fils de Dieu.

« — Vous l'avez dit , je le suis. »

Alors, le (jrand-prêlre déchira ses vêtemens, en disant :

^^ Il a blasphémé : qu'avons-nous plus besoin dt témoins.^ Vous venez d'entendre le blasphème : que vous en semble?

— Il a mérité la mort.

Alors, ils lui crachent au visage, et le frappent à coups de poings ; et d'autres lui donnent des soufflets , et , lui ayant couvert le visage , ils le frappent de nouveau , lui disant :

— Christ, prophétise-nous, et dis celui qui l'a frappé.

Et Jésus étant conduit ensuite de chez Caïfe au prétoire , Pilate lui dit :

— Etes-vous le roi des Juifs?... Qu'avezvous fait?

« — Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu, pour m'empêcher de tomber entre les mains des Juifs ; mais mon royaume n est point ici. »

— Vous êtes donc roi ?

« — Vous le dites : je suis roi ; je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour ren-

dre témoignage à la vérité : quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

— Qu'est-ce que la vérité?

Et Pilate , sans attendre la réponse de Jésus à ses dernières paroles , dit aux princes des prêtres :

— Je ne trouve rien de criminel dans cet homme.

Et Pilate, entendant dire, parmi les })aroles de mort des prêtres, que Jésus est Galiléen et de la juridiction d'Hérode , qui se trouve alors à Jérusalem , le renvoie devant celui-ci.

Hérode , qui s'attend à voir Jésus faire quelque miracle devant lui et devant sa cour , ce qu'il désirait depuis long-temps , est d'abord rempli de joie de le voir.

Il lui fait donc plusieurs demandes ; mais Jésus ne répond rien.

Et les princes des prêtres qui sont là l'accusent avec grande opiniâtreté ; mais Jésus continue de garder le silence....

Or, Hérode avec sa cour le méprise ; et , le

traitant avec mépris , il (e revêt d'une robe blanche et le renvoie à Pilate.

Et, de ce jour-là même, Hêrode et Pilate deviennent amis, d'ennemis qu'ils étaient auparavant.

Jésus étant donc de nouveau devant Pilate , et les princes des prêtres et les sénateurs ne cessant de l'accuser, il ne répond rien.

Pilate lui dit :

— N'entendez-vous pas de combien de choses ces personnes vous accusent ?

Mais il ne répond pas plus à Pilate qu'aux princes des prêtres , ce dont celui-ci est grandement étonné....

Or, le gouverneur, ayant coutume, au jour delà fête de Pâque, de délivrer celui des prisonniers que le peuple lui demandait, leur dit :

— Lequel voulez-vous que je vous délivre des deux prisonniers qui sont ici présens , de l'insigne voleur et séditieux Barabas, ou de Jésus , qui est appelé Christ ?

Et, comme le peuple garde le silence, les

pi'inces des pi'êlres et les sénalems, se {^lissant dans la loule , lui persuadent de faire jxirir le Christ.

Et Pilate demande de nouveau :

— Qui vous délivrerai-je, de Barabas ou de Jésus ?

— Barabas.

— Et que ferai-je donc de Jésus?

— Qu'il soit crucifié.

— Mais quel mal a-t-il fait?

— Qu'il soit crucifié ! qu'il soit crucifié ! Pilate, voyant donc qu'il ne gagnerait rien à

leur parler, et que le tumulte s'excite toujours de plus en plus, se fait apporter de l'eau, et, se lavant les mains devant le peuple, il leur dit :

— Je suis innocent du sang de ce juste ; ce sera à vous à en lépondre.

— Xy^^G son sang retombe sur nous et sur nos enfans !

Alors, il leur délivre Barabas; et ayant l'ait fouetter Jésus , il le remet entre leurs mains pour ètie crucifié.

Les soldats du gouverneur mènent ensuite Jésus dans le prétoire , et là , ayant assemblé autour de lui toute la cohorte ,

ils lui ôtent ses habits et le revêtent d*un manteau d'écarlate;

puis, ayant fait une couronne d'épines entrelacées , ils la lui mettent sur la tête , avec un roseau dans la main droite. Et , se mettant à genoux en sa présence, ils se moquent de lui, en disant :

— Salut au roi des Juifs !

Puis, ils lui crachent au visage, lui arrachent le roseau de la main et lui en frappent la tête.

Ils lui ôtent le manteau d'écarlate, et, lui ayant remis ses habits , ils lui chargent sa croix sur les épaules.

Et Jésus marche péniblement sous lelourd fardeau de sa croix ; et, comme il commence à sentir ses jambes plier sous le faix ,

il aperçoit, à travers la foule du peuple,

Marie

qui le suit,

pâle, déraillante)

à demi mortel...

soutenue

par Marie-Magdeleine î

Jésus la regarde, en s'arrêtant un inslanl.... et lui dit :

« — Salut, Mère! »

Il continue sa marche.

Et les soldats rencontrant un homme de Cvrêne , nommé Simon , qui revenait des champs, le contraignent à aider Jésus à porter sa croix ;

et ils poursuivent ensemble quelques momens la voie douloureuse.

Et Jésus , resté seul sous la croix , tombe épuisé.... et tombe à diverses reprises ,

et tombant, sans pouvoir se relever, devant la maison d'une sainte femme ,

elle ose sortir de chez elle, venir à Jésus , lui essuyer

!c visage , et l'aider à se relever !.. .

Et Jésus arrive au bout de la voie douloureuse , au Golgotha.

Et ils lui donnent à boire du vin mé!é de fiel; mais Jésus, en ayant goûlé, refusa d'en boire.

Ils plantent sa croix en terre;

l'y clouent....

mettent au-dessus de sa tête le sujet de sa condamnation , écrit en hébreu , en grec et en latin ;

C'est Jésus, le roi des Juifs.

El, en même lemps, on crucifie avec lui deux voleurs , Tun à sa droite , l'autre à sa gauche.

Et ils partagent entre eux ses vêlemens, et jettent au sort sa tunique.

Et ceux qui passent par-là le blasphèment en branlant la tête, et lui disent :

— Toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-

fïiéine? Situes le (ils de l)i(Mi, descencis delà croix.

Les princes des prêtres se mo(|uent aussi de lui, avec les Scribes et les Sénateurs, en disant:

— 11 a sauvé les autres et il ne peut se sauver* lui-même. S'il est le roi d'Israël, qu'il descende présentement de la croix, et nous croirons en lui.

— Il met sa confiance en Dieu : si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il a dit : Je suis le roi des Juifs.

Les soldats même qui le gardaient lui insultent, lui présentent du vinaigre à boire, lui disant :

— Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toimême.

Or, des deux voleurs qui sont crucifiés avec lui, Tun le blasphème et l'autre le piie:

— Si ru es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi.

— Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre rovaume.

.Et Jésus leur répond :

« —Je vous le dis en vérité, vous irez avec moi dans le paradis. »

Et, vers la sixième heure du jour, toute la terre se couvre de ténèbres, et le soleil est obscurci.

Et, durant que le voile de ténèbres pèse sur la terre comme un suaire,

les voix des deux larrons retentissent seules par intervalles dans cette nuit anticipée : l'un parle en damné qui est déjà dans l'enfer, Tautre en élu qui voit le séjour des heureux.

— Malédiction sur mon père et ma mère! sur mes frères et mes sœurs !

— Seigneur, je ne vous quitterai donc plus! bon maître, vous me pardonnez et j'entrerai avec vous dans vos royaumes !

— Malédiction sur ma femme et mes enfans ! — J'entrerai, Seigneur, dans vos royaumes, et

j'y serai comme votre frère !

— Malédiction sur les enfans et les vieillards!

— Seigneur! Seigneur! je sens toutes les

haines et les misères de mon ca'ur se londrc, (!omnie une neige devant le soleil!

— Malédiction sur les iemnies enceintes!

— Il me semble, Seigneur, que des anges me détachent de ma croix, me guérissent et m'emportent par des régions merveilleuses !

— Malédiction sur tous ceux que j'ai connus et n'ai pas connus î sur tous ceux qui sont nés et sur tous ceux à naître !

— Seigneur! Seigneur! prenez pitié de la pauvre famille humaine ! et prions pour elle! ... Camaïade, prie avec nous !

— Sois maudit ! sois maudit! toi qui parles de prier Dieu pour les hommes!

— Alors, je prierai pour loi, jusqu'à ce que tu veuilles prier avec nous pour la pauvic famille humaine.

Enfin la neuvième heure sonnait : le voile de lénèhres qui couvrait la terre depuis la sixième heure, se retire à demi ;

et Jésus, apercevant au pied de !a croix

Marie sa mère, Marthe, Magdeleine, Salomé, et Marie, mère de Jacques le mineur, et les autres saintes femmes, et, auprès d'elles, le disciple qu'il aimait ;

Jésus, voyant donc sa mère, et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère :

« — Femme, voici votre fils ! »

et au disciple :

« — Fils, voici ta mÈre ! »

Après cela, Jésus dit :

« — J'ai soif. »

Et les soldats, ayant imbibé une éponge de vinaigre qu'ils environnent d'hysope, la lui présentent à la bouche.

Jésus donc prend le vinaigre et dit :

« — Tout est accompli. »

Et, baissant la tête, il rend l'esprit.

Or, de peur que les corps ne demeurent à la

croix le jour du sabhat, (jiii c^i Ir lendemain i't qui est une grande fête, les Juifs prient PilaJo de faire rompre les jambes aux deux larrons ei à Jésus, et de les faire ôter de là.

Des soldats viennent donc, qui rompent les jambes au bon larron qui leur dit :

— Soyez bénis, vous qui venez baler mon départ, pour m'envoyer rejoindre plus tôt mon Seigneur et mon Sauveur qui vient de partii, mais qui certainement m'attend, comme il nie Ta promis ; soyez bénis î

lis brisent également les jambes du mauvais larron qui pousse des cris affreux et jure et maudit exécrablement.

Puis, étant venus à Jésus, et voyant qu^il est déjà mort, ils ne lui rompent point les jambes ;

mais un soldat lui perce le côté avec une lance, et aussitôt il en sort du sang et de Teau.

Et Joseph d'Arimalhie, disciple de Jésus, ayant obtenu de Pilate d'emporter le corps de Jésus^

yient, et Nicodème après lui, qui tous deux l'embaument

et le déposent dans une tombe neuve voisine du Calvaire, dont ils ferment l'entrée avec une pierre.

Et, durant tout le temps du divin sacrifice, et après, la terre reste couverte comme d'un crêpe de deuil, le ciel de même, et de même tout ce qui vit et toute la nature! et jusqu'aux morts qui, soulevant la pierre de leurs tombeaux, sont vus de plusieurs parmi le peuple courir égarés dans les rues de Jérusalem î

TI

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