LES DIEUX DANS LA MAGIE
Si les louanges étaient un sur moyen de prévenir favorablement l'esprit des dieux, elles n'étaient pas toujours suffisantes pour les décider à agir en faveur de l'homme. Il fallait souvent acheter leur concours autrement que par de belles paroles. Les offrandes étaient un instrument de persuasion bien plus puissant que les hymnes les plus sonores, car les dieux s'engageaient irrévocablement en les acceptant, et ils ne pouvaient guère s'en passer ni les refuser : après le déluge, on voit les dieux, privés longtemps de sacrifices, lorsqu'ils flairent la bonne odeur des offrandes de Pirnapistim, « se presser en foule comme des mouches au-dessus du sacrificateur n1. Un texte de la série maklû montre clairement, dans sa naïveté, l'espèce de troc* qu'était un sacrifice ou une libation aux dieux : « J'apporte un vase de cuivre, un vase d'argile, l'herbe maétakal; aux dieux du ciel j'offre l'eau. De même que j'accomplis pour vous votre purification, vous purifiez-moi* ».
Les sacrifices pouvaient se joindre aux rites magiques les plus divers. On les voit accompagner les cérémonies destinées à purifier le roi de ses péchés :
« Tu égorgeras un mouton et tu purifieras le roi. Ensuite tu feras des purifications pour le roi. Lorsque tu auras achevé les purifications, tu (les) feras sortir par la porte* Ensuite avec le hulduppu, la torche, le mouton vivant, le cuivre fort, la peau de grand taureau, les graines, tu purifieras le palais. Le magicien oindra hommes et femmes avec l'onguent de Ninip ; avec du miel il mélangera de l'huile et du beurre et s'en oindra ; il mettra un vêtement noir, et se cou-
i. Légende de Gilgamcà, xi, 162.
2. Je ne connais pas, dans la littérature assyrienne, d'exemple incontestable de sacrifice magique proprement dit, c'est-à-dire de sacrifice destiné simplement à nourrir le dieu pour le rendre plus fort et plus capable d'agir utilement en faveur de l'homme.