‹ La magie assyrienneChapitre 86 sur 201 · CONCLUSION. MAGIE, RELIGION ET SCIENCE · texte numérisé non relu

CONCLUSION. MAGIE, RELIGION ET SCIENCE

de la magie, la foi en son omnipotence. L'idée d'un pouvoir supérieur au sien, conçu non plus comme une force aveugle mais comme une volonté libre, doit marquer une étape postérieure, je ne dis pas un progrès heureux, dans l'histoire de la pensée humaine.

Lorsqu'il croyait modifier le cours des événements grâce aux applications du principe dé sympathie, l'homme avait, au moins obscurément, l'idée que les phénomènes se suivent régulièrement et mécaniquement suivant certaines lois. Le magicien était donc, en un sens, le précurseur du physicien avec lequel on le confondit plus tard. Comme la magie, la science, est fondée sur ce principe que les mêmes causes engendrent toujours et nécessairement les mêmes effets, mais elle substitue à la sympathie, cause chimérique» l'antécédent nécessaire et constant, cause véritable. Le Béchuana qui, pour amener la pluie, brûle le soir l'estomac d'un bœuf « parce que, dit-il, la fumée noire amènera le rassemblement des nuages1 », fait une opération magique. Le physicien qui provoque, par une explosion, la condensation des vapeurs atmosphériques, fait une opération scientifique. Mais le magicien et le physicien, sans en avoir une intelligence également claire, et bien qu'ils en fassent des applications de valeur fort différente, s'appuient tous deux sur l'universel déterminisme de la nature. C'est par un progrès naturel que la chimie est sortie de l'alchimie. On peut donc croire que l'idée religieuse d'une force libre, supérieure à toute contrainte et à toute loi, l'idée antiscientifique de l'arbitraire et du caprice divin, qui trop longtemps dispensa l'homme de rechercher la cause véritable de l'insuccès de ses opérations, en l'attribuant au mauvais vouloir d'une divinité, eut pour premier effet de retarder l'évolution naturelle d'où devait sortir la science moderne.

i. Cité par Frazer, Qolden Bough, I, p. ioa,

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