Festus, p. a85. Cf. Frazer : Golden Bough, I, p
440 chapitre xm
du rapport sympathique entre la couleur de la victime et celle de la moisson demandée. Mais cela n'enlève rien à la valeur de notre distinction, et prouve seulement l'intime pénétration du magique et du religieux.
Il nous reste à dire un mot de l'obscur problème des rapports chronologiques de la magie et de la religion. Notre distinction, si elle est admise, doit y apporter quelque lumière. On a bien essayé de le résoudre par l'observation des peuples primitifs. Mais les données fournies par des voyageurs et des missionnaires ignorants ou prévenus auraient besoin d'être soumises à une sévère critique, avant d'être prises pour base d'une théorie sur un sujet aussi délicat1. Si l'on accepte pour la magie la définition à laquelle nous conduit l'étude de la magie assyrienne : un art de modifier le cours naturel des choses, fondé sur l'application du principe de sympathie conçu comme nécessaire, il semble que la magie doive être considérée comme antérieure à la religion, bien loin qu'elle soit, comme on Ta souvent prétendu, une déformation et une perversion de la religion. En affirmant que le semblable engendre le semblable, l'homme ne faisait qu'appliquer aux choses de la nature une loi de son esprit. La similitude est en effet un des principes suivant lesquels les idées s'engendrent et se succèdent dans l'esprit. Or, le scepticisme, qui demande si les nécessités de notre entendement sont bien celles des choses, n'est point la position naturelle à l'esprit humain, qui va naturellement et sans hésiter à l'affirmation, et ne se prend à douter de ses forces qu'après des démentis nombreux et des échecs répétés. Il est donc très vraisemblable que l'homme primitif a pris pour des lois de la nature les lois de son esprit, et cette confusion n'a pu que fortifier une autre croyance, également primitive et favorable au développement
i. Lang, Magic and Religion, 1901, conteste formellement, contre Frazer, que certains peuples, comme les Arunta d'Australie, aient une magie et pas de religion.