‹ La magie de l'amourChapitre 2 sur 15 · A MA COMPAGNE SUR LES ROUTES LIBRES DE LA PENSÉE ET DE LA VIE · texte numérisé non relu

A MA COMPAGNE SUR LES ROUTES LIBRES DE LA PENSÉE ET DE LA VIE

CM

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fai publié j avant la guerre^ un ouvrage intitulé DeTAmour physique : il n était que le prélude du présent livre, déjà inclus en ma pensée. Cet ouvrage a été accueilli par le public avec une faveur dont je le remercie^ et il a soulevé des objections provenant presque toutes de Vinipossibilité matérielle où je m'étais trouvé de publier en deux volumes, à la même date, De TAmour physique et La Magie de l'Amour. On m'a reproché Vâpreté de certains chapitres peu ménagers de la morale courante. On s*est étonné de voir un écrivain considéré jus qu alors comme « idéaliste » paraître se ranger au « réalisme » le plus franc. Au vrai, j'ai procédé comme les

PlUOl'ACE

peintres anciens en leurs diptyques^ dont les volets s'opposaient et s^ expliquaient mutuelle-' ment. Mais les circonstances tragiques \m'ont empêché de juxtaposer mes deux livres^ et quelques années les ont séparés.

J'ose pourtant espérer que ma seconde série de réflexions sur V amour retrouvera les lecteurs de la première. Ils attendaient quelque chose de moiy nous nous étions quittés sur une promesse faite au dernier chapitre de De TA mou r physique... « Et cependant... », Vintitulais-je après avoir sondé les plus cruelles évidences^ les iden^ tités de V homme et de la bête dans l'acte charnel. Ayant d'abord déblayé pour construire^ je sembiais en mes [dernières lignes donner aux constatations de ma logique réaliste un démenti tout idéaliste. Ce « cependant » est devenu le livre que voici. Lui seul parle vraiment de V amour. Le précédent eût dû s'intituler De l'acte sexuel devant le préjugé public, si je navals été rebuté par la pédanterie et la lourdeur de cette formule, rai escompté qu'on me ferait crédit de Vexplication future de quelques accentuations dont la violence a surpris : cette explication^ je V apporte; ce crédit^ je vais tenter de V acquitter.

Les innombrables définitions qu'on a données

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de V amour prouvent surtout que ce mot groupe une quantité de sens distincts; n'en ayant point un seul, net, incontestable et universellement satisfaisant, il n'en a point du tout. Il comporte beaucoup de synonymes dont chacun n'enclôt qu'une des propriétés de Vidée qu'il veut signifier. Aucun terme n'est plus gaspillé et ne prête à plus d'équivoques. Son obscurité est précisément ce qui plaît à tous, car il fait allusion à quelque chose de mystérieux et d'anormal.

L'amour est anormal, si l'on entend par là une dérogation à l'ordre naturel. Le thème fourni par la nature est en effet d'une absolue simplicité. Elle souhaite la continuation animale par reproduction. Elle dote les êtres de deux organes destinés à l'assurer par conjonction, soit à des époques fixes correspondant aux saisons et aux influences climatériques, soit constamment. Elle a associé à l'acte de la conjonction un plaisir très vif auquel participe tout le système sensoriel, afin d'engager les êtres à se rechercher. Tantôt la conjonction détermine immanquablement la reproduction, et espace ainsi les désirs : tantôt, chez d'autres animaux dont nous sommes, elle est suggérée et accomplie un

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grand nombre de fois sans déterminer la repro» duction. Voilà toute la normalité,

Cest sur la disproportion des désirs, des étreintes^ et de la fécondation, qu'est fondée toute la conception psychologique, sentimentale et idéologique de l'amour humain : et dès lors commence Vanormalité, c'est-à-dire une interprétation fantaisiste, arbitraire, infiniment extensi^e des données naturelles. Nos préjugés moraux nous ont fait donner au mot « anor^ mal » un sens déshonorant en certains cas, par exemple pour les actes homosexuels. Mais incontestablement l'anormalité commence à tout acte intersexuel n étant pas fait dans Vintention avouée de reproduire, mais seulement dans celle d'éprouver le plaisir inhérent à cet acte. Par « anormalité de V amour » il faut donc entendre tout Vamour tel que nous le concevons, c'est-à-dire un ensemble d'illusions et de conventions extra-naturelles. C'est par décence ver^ baie que nous appelons amour la recherche et C accomplissement de la copulation animale. Nous savons bien que « faire Vamour » ji'est point aimer. Nous savons aussi que céder à Vat" trait physique et récidiver en compagnie du même être^ cela s'appelle poliment avoir un ca-

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price, une amourette, mais que ce n'est point aimer. Nous savons même que le fait d'éprouver avec tel être un plaisir intense, exiger de le garder à son entière et constante disposition ne vouloir ce plaisir qu'avec lui, cela correspond a un magnétisme animal violent et peut s'appeler passion - mais que V amour peut n'y avoir aucune part, cette passion étant capable d'engendrer la jalousie, la haine, la révolte contre l'emprise sexuelle, et même le crime. En un mot nous concevons que l'idée que nous nous faisons de l amour, le fantôme verbal et Imaginatif qui nous hante lorsque nous prononçons ce mot sont distincts des manifestations physiologiques de la nature.

Ce fantôme ne se précisera que si nous quittons le domaine simplement physique pour entrer dans la zone affective et sentimentale. Certes la duperie de la nature y prolonge ses effets, puisqu'elle engage l'être qui en désire un autre a l embellir de qualités abstraites, et entre les deux zones il n'y a point de séparation appréciable. Néanmoins l'animal humain a accumulé sur ce point d'immenses ressources d'ilfusion Ignorées de tous les autres animaux, au ^oint ^^^^^ i^^^ , comparable. Pour

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eux la robustesse et la beauté organique du fécondateur et de la reproductrice sont tous les motifs de V attrait : mais ces motifs^ dans l'espèce humaine^ disparaissent sous les ornements psychologiques dont nous les surchargeons à profusion^ et ces ornements finissent par être pour nous tout l'amour.

Là où nous croyons pouvoir qualifier (!i amour » notre état psychique à la vue d'un être^ il ny a pas seulement préférence organique^ c'est-à-dire l'obscure prescience d'une copulation génératrice de produits sains et beaux. A cette préférence^ à cette prescience, nous ne songeons pas : nous ne nous en tenons qu'à supputer l'intensité du plaisir^ sans souci de servir aux fins de la nature. Notre déviation intellectuelle est si grande que si, devant une femme aimée^ notre première pensée était : « Je la veux parce qu'elle fera un bel enfant », nous nous trouverions aussi grossiers que l'étalon ou le taureau : et nous ne nous avouons même notre vœu de Vétreiutc qu'avec des restrictions sentimentales et (les enjolivements. Notre tendance est d'avoir une préférence morale, de nous élever à l'estime et à la tendresse, de créer un être abstrait auquel s'adressera notre effusion psychique. Nous

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le créons d'après quelques indices dont nous ne demandons qu'à majorer Vimportance, et dont nous faussons au besoin le contrôle. Le fait d'avoir besoin de cette amplification, de justifier et de magnifier notre désir pur et simple, de lui agréger toutes les formes de supériorité morale et idéologique, afin d'arriver à nous convaincre que cet être est vraiment unique et irremplaçable, ce fait est la naissance elle-même de l'amour, c'est-à-dire une projection de notre moi, un élan hypersexuel, une majoration cérébrale de toutes les valeurs. Sans cette hallucination volontaire et cette auto-suggestion, il n'y a pas amour, mais simplement convoitise sexuelle; et puisqu'il est loyal de ne point user des mots sans déclarer la définition précise qu'on en a acceptée, c'est dans ce sens que je parlerai de « l'amour » au cours de ce livre.

C'est cette projection, cette majoration cérébrale, cette hallucination, cette construction abstraite de l'esprit humain, cette « anorma- \lité» que j'étudierai. Et c'est aussi pourquoi le titre de mon précédent livre. De l'Amour physique, était inexact : car je n'y étudiais que les échanges sexuels, et ce que le vulgaire appelle l'amour par décence verbale. Il n'existe pas

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d'Amour physique; il existe le geste au sujcf duquel f examinais Vhypocrisie ou la licence de la société. U amour, c'est le système idéologieque et affectif construit de toutes pièces par cet animal exceptionnel qu'est V homme sur les données fonctionnelles de son organisme. Et il n y a pas d^ amour uniquement abstrait^ idéal, parce que le système ne saurait exister sans les données y et que ce sont précisément les variations entre leurs rapports qui constituent les nuances infinies de nos jeux sentimentaux.

Mais si fai parlé de « l'anormalité » de Va^ mow\ du moins cette anormalité est-elle relative. Il n y a rien danormal dans Vunivers. Notre amour humain semble être anormal en ce quil se différencie de la règle reproductrice^ la complique, l'enrichit^ la singularise^ et dépasse infiniment dans ses complexités les nécessités de La génération. Mais il nous a été donné d'être libres d'imaginer ces hyperboles, et si nous en cherchons la raison très profonde, bien au delà des morales conventionnelles de la religion ou de la société — et ce sera mon but — nous découvrirons que cette anormalité n'est que la prescience d'autres règles cachées^ règles tout autres que les lois de la continuation de V espèce.

PRÉFACE

Nous pressentirons ,ue celte faculté d'hmersexualité appelée amour n'est au;,,,

e„A», de. Connaissance JuTdill'e dont la Pe^ée et la Musique sont les s ull éou

degré, tl faut le concours de toutes les forces

tentdeleu' ' " d'-er. et cest en quoi V amour comporte bien autre chose fue .< le pUge de la nature,, ■ L con jonctton es,, dans l'amour, le prête.;

ce but du simple désir..

Vue pareille conception a toujours échaoof. Z iornantà la r gUm t

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éparément ,/ autorisant epa,ement le mariage sans amour et r amour

PRÉFACE

platonique^quisont deux monstruosités . V amour étant une évasion de la règle sociale et une religion individuelle ne pouvait qu'' encourir La haine dessociétéSy qui appellent anormal et condamnable tout ce qui tend à libérer d'elles V individu. Et pourtant il nest point d'être^ si inculte^ si misérablement limité aux plus élémentaires formes du désir ^ qui ne pressente parfois le secret oppressant, tragique, surhumain, qui git tout au fond de cette mort anticipée qu'est le spasme^ et ne devine son merveilleux pouvoir d'entr'ouvrir i' au-delà.

Cest de ce secret métaphysique jailli du contact animal^ de cette idéalisation par la chair ^ cest de cette évasion foudroyante que ce livre parlera. Il en parlera de la façon sérieuse, pure et stricte que^ dans les plus hardies recherches^ Vauteur de De TAmour physique exigeait de lui-même. Il pourra^ s' étant tu par scrupule^ reparler de la source de toute vie — maintenant que s'est close Vère de mort.

LES DOGMES DE L'AMOUR

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