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MORT ET RESURRECTION

La vie nous arrive par un rayon plus ou moins actif, qui emporte avec lui le rudiment de l'être d^où il s'est élancé. Séparée désormais, libre et indépendante, elle régit le domaine qu'elle crée . Cette force vive peut être disjointe de la chair de plusieurs manières. D'abord, par le fait naturel de l'usure des organes, par les maladies, par une vive secousse, par une joie excessive, par le désespoir subit, par de nombreux poisons, par aversion des choses qui la blessent, etc. La vie peut donc s'enfuir tout à coup, quitter son enveloppe ; mais, jusqu'à ce jour, un fait important était inconnu, c'est celui que nous allons décrire dans toute sa vérité.

Par un moyen magique d'une excessive simplicité, et par cela même fort caché aux chercheurs, qui pensent toujours que la nature a besoin de grandes combinaisons pour manifester sa puissance ; par quelques signes et quelques traits, je puis isoler la vie, faire qu'elle déloge du domicile humain ; rendre sensible à tous les yeux cette singulière opération, et frapper d'épouvante ceux qui ignoreraient la possibilité de rétablir les choses dans leur premier état. Flux et reflux! Le flot baisse, il

se relève par une double puissance. Attraction, répulsion, sympathie et antipathie, qu'importe ici l'explication ! Peut-être ne me soucierais-je pas trop de la donner !

Je trace sur le parquet un signe magique figuré par des traits de charbon, comme ci-dessous :

Je place sur cette figure* un jeune homme en très bonne santé, plein de doute et parfaitement éveillé. J'avertis les spectateurs de bien observer ce qui va se produire, et de ne point interrompre, quoi qu'il arrive. En deux minutes, la face du patient s'altère ; il éprouve, dit-il, des battements dans les tempes, des tintements d'oreilles, ses yeux se voilent ; il a un commencement de vertige. Ses jambes commencent à fléchir, sa tête quitte la position verticale, les muscles qui la retiennent ne pouvant la maintenir. Encore un instant, et le corps va tomber comme une masse inerte. Chacun le pressent, le voit même, à un mouvement indéfinissable qui se manifeste dans l'être, mouvement que Ton aperçoit seulement à la fin d'une agonie ou à l'approche d'une syncope. Une sueur froide le couvre. C'en est fait! l'expérimenté succombe. On soutient son corps où il ne semble rester que la chaleur.

Par un mouvement irrésistible, le père de cet infortuné s'approche, plein de trouble et d'émotion ; il a suivi dans tous ses degrés cette curieuse épreuve, et son cœur, détruisant ses doutes, l'empêche de s'y

méprendre. Je suis maître absolu de la vie de son fils ; encore un instant, et mon pouvoir imitera la nature dans son œuvre terrible : il aura dissipé ce rayon de vie. La balle meurtrière n'est pas plus prompte dans ses effets lorsqu'elle frappe le cœur, que ne l'est dans cet instant un caractère tracé de main d'homme.

Changeant brusquement la position de l'expérimenté, nous le soutenons sur un signe différent du premier, figuré ci-dessous :

Là où est la me.

Là est Came,

Petit à petit, il revient à la vie, et je renonce à décrire ici les symptômes de cette résurrection.

L'incrédulité du jeune homme n'existait plus. Il était converti à la foi nouvelle, ainsi que son père et tous les assistants.

Lecteurs, je ne. me joue point de votre crédulité, mon récit n'est que trop fidèle ; et je vous assure que je ne me livrerais qu'à un autre moi-même dans semblable occurence.

Plus j'avance, plus je découvre ; mais plein de sérénité, car je vais, non comme un fou, m'aventurer dans un lieu que je n'ai point exploré ; je tâtonne longtemps, je m'assure, et ne me risque que lorsque je nai rien à risquer.

Plaise à Dieu que la srience, que nous appelons à notre aide, reste longtemps encore étrangère au magnétisme ! Vous la verrez un jour repéter avec cet agent ce

qu'elle a tait avec les poisons subtils dans quelques hôpitaux. Elle essayera, et franchira la limite sans scrupule, je vous Tassure : tant pis pour les malheureux ! Ne doivent-ils pas, vivants, servir à l'étude des chirurgiens et des médecins? Leurs cadavres aussi ne sont point exempts de sacrilèges. Que voulez-vous? chaque chose a son temps. Après l'erreur, la vérité ; après la nuit, le jour. Mais la lumière est bien lente à paraître. Celle qui jaillit en cet instant ne peut éclairer qu'un petit nombre d'hommes. Qui donc allumera le flambeau qui doit guider le genre humain?

Qu'est-ce, après tout, que ce pouvoir singulier dont je viens de traduire un épisode ? Je souffle sur une bougie, je Véteins] le fait s'explique. Mais je souffle une pensée ; elle efface celles qui lui sont contraires et opposées, malgré la résistance de 1 être semblable à moi. Je domine sa propre existence, je l'absorbe entièrement ; sa vie n'est plus à lui, elle m'appartient.

Pauvres humains ! je pourrais rire de votre ignorance, et c'est vous qui rirez de moi et de mon pouvoir. Vous aurez raison, car vous êtes le nombre, et tout se décide aujourd'hui par des majorités, par des chiffres, enfin. Ce sont ceux-ci désormais qui régleront vos destinées. Vous allez subir la loi du hasard, du caprice du sort. La vraie science viendra plus tard comme un dernier remède. C'est elle qui dira : ceci est vrai, ceci est faux, voilà ce qu' il faut croire , Elle motivera son jugement, non sur des opinions, mais sur des faits. La vérité sera souveraine, parce qu'elle est la raison même.

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