‹ La Magie dévoiléeChapitre 18 sur 26 · AGENT MAGIQUE · texte numérisé non relu

AGENT MAGIQUE

Le mot de magie, dans son acception la plus générale, peut être pris dans un bon et un mauvais sens. Il désigne une force attractive, un ressort qui met en jeu ou le surnaturel, ou le naturel, ou le domaine inférieur ; une force ou puissance occulte agissant ou sur les esprits, ou sur les corps et, par conséquent aussi, sur toutes les couches d'air, depuis celui qui a le plus grand ressort jusqu'au plus grossier qui en a le moins.

Les gens versés dan« ces connaissances distinguent cinq sortes de magie, sans compter les nuances qui pouvent s'insinuer dans les degrés inférieurs.

Il y a d'abord la toute haute, sainte et divine magie, ou force attractive du Verbe-Dieu qui attire à soi et adopte tout ce qui, purifié, peut être reçu et admis en lui. Lorsque je serai élevé de la terre, f attirerai les hommes à moi. Cette magie divine est en rapport avec la foi, et son opération est du pur esprit.

Il est une magie naturelle et physique ; les corps s'attirent réciproquement par une proportion que le savant Newton a calculée.

Il est une magie charnelle dont la source est dans les appétits, désirs et passions des facultés inférieures de l'homme.

Il peut y avoir aussi une magie angélique, sainte, épurée et sans mélange.

On distinguait également une magie diabolique, et c'est elle qui a fait couler des torrents de sang humain.

Cette expression de magie vient de mages, ou anciens sages de Perse et d'Orient. C'étaient les savants de ces temps et de ces pays qui, ayant les sens et l'esprit plus affinés, pénétraient plus profondément que les autres dans tous les mystères de la nature, (blette supériorité morale et .physique leur donnait les plus hautes connaissances, et naturelles et angéliques mélangées. Tels furent aussi les sages d'entre les Egyptiens. Ces hommes avaient tous les aperçus et toutes les combinaisons des phénomènes de l'univers. Ce qu'ils ont vu et opéré par les forces de la nature, en sachant les mettre en jeu, est presque incroyable. On croit que Zoroastre a été leur chef. Il est possible que le mot latin imago, en français image, vienne de mages ou maggim, parce que tout se peignait dans l'imagination des ces mages, les prophéties, les oracles, etc.

Vouloir écrire sur toutes les espèces de magie, ce serait se perdre dans les ténèbres, car il y a plus de trois cents descriptions de cet art et de ses variétés.

La sorcellerie était dépendante de la magie.

Il y avait la magie physique, polygraphique, sténographique; magiesainte,onéirocratique; magie astrologique; pyromance, éromance, hydromance, géomance, physiomance, métoposcopie, chiromance, captromance ; magie politique, vulgaire, art des aruspices, art des augures, sycomance, art notoire, théurgie ; magie cérémoniale, diabolique, nécromance, et magie goétique, etc., etc.

Les philosophes chrétiens les plus avancés ne rejetèrent jamais l'existence de la magie ; elle leur ét^it d'ailleurs trop bien démontrée par Tévidence des phénomènes produits et plus encore par l'Ecriture. Voici comment ils crurent l'expliquer et la rendre sensible. Admettant la chute de Thomme, ils dirent : « L'homme, « privé de l'esprit de Dieu, est aveugle, tâtonne, pour « ainsi dire ; et, soupirant après la lumière avec une tf faim dévorante, il descendit dans ses facultés infé- « rieures, dans l'imagination, la mémoire et les sens, (( et se nourrit de toutes les lueurs que ces facultés (( pouvaient lui donner en substitut de l'union avec <( Dieu, pour être en parallélisme, en relation avec les (( objets de la terre, et devenir un citoyen du monde <( d'accord avec lui. Voilà donc la lumière divine perce due, et à sa place un feu moins pur, moins subtil, (( moins céleste, qui Tallume et qui l'éclairé. C'est ce (( que les hommes profonds appellent X esprit astral ou « feu, ou analogie avec la lumière des astres; une « quintessence de feu par rapport au feu matériel, (( mais très impur et inférieur quant au feu ou à la

« lumière qui émane de Tesprit de Dieu, esprit qui « est le plus haut. feu, la plus pure fiamme et la plus « céleste lumière.

(( Cet esprit astral^ ou feu ou lumière astrale, qui a est le plus haut degré de la lumière des esprits, est « supérieur toutefois à ce qu'on appelle Y esprit de la € natu7*e ; et il en fait la force, les vertus et les rap- « ports. »

Voilà Tagent principal, la cause des faits de magie ; c'est un feu, une lumière, une force que la science actuelle ne reconnaît point, et de là résulte s<m impuissance à produire quoi que ce soit qui ress^nble en rien à ce que faisaient les anciens philosophes. Voyons encore Topinion des plus éclairés de ces temps reculés sur ce feu et cette lumière mystérieuse.

Les stoïciens reconnaissaient un feu éther, principe de nos intelligences ; c'est de ce feu qu'elles émanaient, c'est là qu'elles retournaient.

La substance éthérée lumineuse est la base de la théologie des chrétiens, nous le prouverons tout à l'heure.

Pythagore a désigné une partie de la Divinité par le mot de lutnière, appelant Dieu non seulement la force universelle qui circule dans toutes les parties du monde, mais y joignant encore l'épithète de lumineuse, pour caractériser Fintelligence, comme il avait désigné le principe de vie par cette force vivifiante répandue dans tous les corps du monde. Par cette dernière partie l'homme tenait aux animaux, par la première il tenait aux dieux.

On peut voir dans Cicéron que la raison qui fit regar-

der les astres comme des êtres intelligents et divins, c'est qu'ils étaient composés de la substance pure et lumineuse qui forme la nature de Téther. La raison de Dieu était le feu lumineux dont les astres réunissent une portion plus ou moins grande, feu qu'on appelle autrement éther.

Saint Augustin analyse, d'après les principes de Varron, Tâme universelle du grand Tout, qu'il sousdivise en trois parties : l'animale, la sensitive et Tintelligente. Il dit que cette dernière, qu'il appelle le troisième degré de cette âme, est le feu éther qui constitue l'essence de la Divinité.

Ce que les anciens entendaient par spiritus orbis n'était pas l'élément de l'air ; il n'y avait de commun que le nom ; c'était une substance beaucoup phis subtile, plus active, émanée de Téther, et qui faisait couler avec elle l-es principes du mouvement et de la vie dans tous les animaux. C'était le fluide éthéré qui circule dans les astres et dans le ciel, et dont tous les animaux tiraient les principes de la vie, qui se manifesta, par la chaleur et le souffle de l'animal. Ainsi le feu principe, éternel et Dieu, renfermait dans sa substance le spirilus et le logos^ ou Tintelligence universelle de la nature et de tous les êtifes.

Ces idées sont absolument conformes à la théologie d'Orphée, qui concentrait dans le seul feu éther, qui contient le monde, les trois principes de la nature divine, ou la seale force divine, sous les trois noms de lumière^ conseil et vie. Tel est le Verbe chez les chrétiens : vita erat lux, et lux erat vita, et lux erai Verbum.

« Avant toutes choses, dit Orphée, l'éther fut produit

€ par le premier Dieu. L ether existait au sein du vaste

« chaos et de la nuit aiïreuse qui Tenvironnait de toutes

« parts. Du sommet de Téther jaillit un rayon de lumière

a qui éclaira la terre et toute la nature. Cette lumière,

« le plus ancien de tous les êtres, le plus sublime, est

<( le Dieu inaccessible qui enveloppe tout dans sa sub-

(c stance, et que Ton nomme conseil^ lumière et vie, >

Ces trois noms ne désignent qu'une seule substance.

L'Evangile de Jean nous présente le grand Dieu renfermant en lui la lumière et la vie, c'est-à-dire le premier principe, ou le principe universel sous-divisé en principe d'intelligence qui est la lumière, et en principe de vie qui est le spiritus des chrétiens.

La théologie de Zoroastre enseignait que, quand Dieu organisa la matière de l'univers, il envoya sa volonté ^ons la forme d'une lumière toute brillante ; elle parut sous la figure d'un homme.

L'hérésiarque Simon avançait que le Dieu suprême, qui est unique, incompréhensible, est inconnu, retiré dans une lumière ineffable, inaccessible, infinie, incorporelle, qui émane de lui et dont il remplit le sublime séjour qu'il habite ; il est lui-même une immensité de lumière.

La théologie des Phéniciens place aussi dans la substance de la lumière la partie intelligente de l'univers et celle de nos âmes, qui en est une émanation. Son irradiation est regardée comme l'acte même de l'âme pure, et sa' substance comme un être aussi incorporel que l'intelligence.

Ne vous étonnez point, lecteurs, si j'insiste tant ici sur la réalité de cette lumière soupçonnée ou vue par tant

de grands hommes ; c'est que là est notre secret, comme celui de toute puissance. Tous les extatiques, tous les somnambules ne vous parlent-ils point d'une substance lumineuse et de brillantes clartés? Le fluide magnétique lui-même, qu'ils aperçoivent tous, ne le voient-ils point sous la forme d'une lumière, et Jésus-Christ n'a-t-il pas dit : Je suis la lumière du monde ?

hommes aveugles ! et, par cet aveuglement, malheureux ! pauvres dans le sein de la plus grande abondance ; cerveaux stériles dans la plus inexorable fécondité ! quand est-ce que vous connaîtrez enfin Tinfinie richesse qui est en vous ? Quand est-ce qu'une fois repliés sur vous-mêmes vous saurez lire par les yeux de votre esprit et le sentiment de vos cœurs, dans ce livre, que vous êtes vous-mêmes, tout ce que le Grand- Etre y a pu mettre en image ? Quand pourrez-vous parcourir toutes ces pages où il a gravé de son doigt sacré la vérité de son être et de ses mystères ?

Voyez ce que le savant a fait, de nos jours, en rassemblant les forces mortes répandues dans l'espace ; elles ne sont rien, pourtant, en comparaison des forces vives et pures dont le magnétisme humain n'est qu'un faible rayon ! Voyez cette lumière découverte par Mesmer, inonder les corps, éclairer l'esprit en le tirant de son assoupissement ! Voyez-la encore sur tous vos magnétisés qui, à certains moments, en sont illuminés ! Souffle de vie, feu du génie ^ Mesmer à découvert ta source !!!

Revenons à nos citations, et montrons que les philosophes païens ont été les maîtres et les précepteurs des premiers chrétiens.

La théologie égyptienne, consignée dans le Pimander^

place dans la substance lumineuse, le Logos^ le Verbe, ou l'intelligence et la sagesse universelle de la Divinité. L'auteur de cet ouvrage nous met sous les yeux la formation de l'univers ; et le premier spectacle qu'il nous présente est celui de la lumière universelle, dans laquelle tout nage et semble être absorbé. Il nous peint de l'autre côté le contraste affreux des ténèbres qui circulent en sens opposé à la lumière. On entend un bruit violent ; c'est la voix même de la lumière qu'il appelle le Verbe : c Je suis la lumière, dit cette voix, l'intelligence <( votre Dieu, beaucoup plus ancienne que la nature « humide sortie du sein de l'ombre, ce germe brillant « d'intelligence, fils de Dieu. Ce Dieu intelligence, « réunissant en lui la fécondité des deux sexes, vie et « lumière, a engendré par son Verbe ou par sa parole « une autre intelligence artiste, Dieu du feu et du (( souffle, DeuLS ig^iis atque spiriius numen. Le Père de « toutes choses résulte de la vie et de la lumière. »

Dans saint Augustin, Félix suppose que Dieu le Père, les êtres ou les intelligences qui émanent de lui, la terre lumineuse où ils habitent, tout cela est de la même substance. Ce qui donne à entendre que la Divinité et ses émanations, ainsi que le lieu de leur séjour, ne sont autre chose que la substance lumineuse, soit corporelle, soit intellectuelle.

La même doctrine se retrouve dans un autre ouvrage, de Mercure Trismégiste, intitulé Asclèpius, L'auteur y peint le spiritus ou l'âme universelle, qui vivifie toute la nature, qui se mêle à tout et ajoute les sens à l'intelligence humaine, émanée elle-même du feu, principe intelligent qui circule dans l'éther.

Massadek, ou Zendick, docteur persan, reconnaissait

deux principes comme Maeës, et ne donnait comme lui de Ventendement et de la raison qu'à la lumière, laissant aux ténèbres une action brute.

Jamblique regarde aussi la lumière comme la partie intelligente ou l'intellect de rame universelle ou du spiritus qui imprime le mouvement circulaire au ciel.

Les oracles chaldéens et les axiomes théologiques de Zoroastre, rapportés par Psellus et par Plethon, parlent souvent du feu intelligent, principe de notre intelligence, plaçant au-dessus le Dieu père du feu intelligent.

Les Guèbres, encore aujourd'hui, révèrent dans la lumière le plus bel attribut de la Divinité. « Le feu, « disent ces anciens disciples de Zoroastre, produit la <( lumière, et la lumière est Dieu. C'est ainsi que Jean <( nous enseigne que la lumière est le Logos, et que le « Logos est Dieu. Et luxerat Verbum^ et Deus erat « Verbum, »

Les manichéens et les maguséens croyaient que la matière a la perception et le sentiment, et que ce qui lui manque, c'est l'esprit, mens^ cette perfection qui est propre à la lumière.

Tous les anciens mages établissaient un Dieu, « pre- <( mier et éternel, qui est la lumière et le principe de « toutes choses ».

Manès, définissant la nature de Dieu, dit que a c'est « une lumière éternelle^ intelligente^ très pure^ qui « n'est mêlée d'aucunes ténèbres ». 11 appelle Christ le Fils de la lumière éternelle ; ainsi Platon appelait le soleil.

Dieu est appelé perpétuellement lumière, clarté, éclat, feu intellectuel. L'Écriture sainte ne combat point

cette opinion. Dans les apparitions de la Divinité on voit toujours un feu.

A cet égard les Pères les plus habiles et les plus orthodoxes disent constamment que « Dieu est une « lumière^ et une lumière très sublime ; que tout ce « que nous voyons de clartés, quelque brillantes qu'elles (( soient, ne sont qu'un rayon de cette lumière. Que le (( Fils est une lumière sans commencement ; que Dieu « est une lumière inaccessible qui éclaire toujours et « ne disparait jamais. Que toutes les vertus qui envice ronnent la Divinité sont des lumières d*un second (( ordre, des rayons de première lumière. »

C'est en général le style des Pères avant et depuis le concile de Nicée. « Le Verbe, disent-ils, est la lumière « venue dans le monde; il jaillit du sein de cette lumière, (( qui existe par elle-même. Il est Dieu, né de Dieu; (( c'est une lumière qui émane d'une lumière. L'âme (( est d'elle-même lumineuse, parce qu'elle est le souffle « de la lumière immortelle. »

Le Verbe, en sa qualité d'homme, en a montré et le modèle et l'espérance dans la transfiguration de son corps au mont Thabor, où tout d'un coup son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comm.e la lumière,

11 y adoncun/few, une lumière qui n'est point le feu ni la lumière vulgaires. 11 a d'autres vertus, et se produit déjà entre nos mains, par un faible rayon, il est vrai ; mais tout prouve son identité avec le principe même qui servit dans tous les temps à opérer des œuvres merveilleuses ; les preuves en surabondent. Il ne faut point s'étonner si la nuit enveloppe encore une découverte aussi précieuse ; toujours on brûla les livres

qui la contenaient, on démolit les temples où elle apparaissait; souvent aussi on fît périr de mort cruelle les hommes qui osèrent la révéler. Socrate but la ciguë, Jésus fut mis en croix, et, si, un jour on compte les victimes moins illustres, on sera tout étonné d'apprendre qu'elles furent au nombre de plusieurs centaines de mille.

Il faut aussi en accuser les temps d'ignorance et de barbarie quela vérité a traversés ; ceux qui la possédaient n'osaient la révéler, et, d'après ce que je sens, je ne puis leur faire un crime de leur conduite et de leur silence. Ils choisissaient avec grand soin ceux qui devaient la transmettre, et c'était toujours sous le sceau du serment qu'elle leur était confiée. Voici ce que nous trouvons dans les livres anciens sur ce sujet. Ils contiennent presque tous la n^ême formule.

<( Qui que vous soyez, qui voulez vous adonner à cette science, gardez sous un religieux silence dans le fond de votre cœur comme un secret de religion, une doctrine si sacrée, et la celez avec une constance inébranlable qui ne vous permette jamais d'en parler, car c'est offenser la religion de faire confidence à plusieurs des choses qui touchent à la majesté de Dieu ; et le divin Platon défendit de publier parmi le peuple les préceptes et les secrets qui sont dans les mystères. »

Pythagore et Porphyre obligeaient leurs disciples au secret le plus absolu. De même Orphée exigea, de ceux qu'il recevait aux cérémonies des choses sacrées, le serment du silence, pour empêcher que la science divine ne vint aux oreilles de la profane populace. C'est pourquoi, dans son hymne du Verbe sacré, il parle en ces termes :

« Vous, amis de la vertu, je vous exhorte à n'écou- « ter que mes paroles, et à recueillir vos esprits ; au « contraire, vous qui méprisez les choses sacrées, les « lois et cérémonies de la religion, retirez- vous d'ici m promptement ; retirez-vous loin d'ici, malheureux, (( allez-vous-en bien loin de nos lieux consacrés, que « vous profanez par votre présence. Vous, mon cher (( Musée, qui vous attachez à la contemplation des «( choses divines, et qui les gardez dans le fond de votre « cœur, recueillez mes paroles, conservez-les dans votre (( mémoire, et dans cette vue ne regardez que ce grand « Auteur du monde, ce seul immortel que nous vous « enseignons dans nos discours. »

Et Virgile, parlant de la sibylle, rapporte ces paroles : « Lorsque la sibylle se présentait dans le temple, elle « s'écriait: Loin dHciy loin d'ici ^profanes ! sortez de « 7105 lieux consacrés I »

C'est aussi pourquoi on ne recevait à la célébration des mystères de Gérés Eleusine que ses disciples: le héraut était présent, qui criait à haute voix que le vulgaire indigne et profane se retirât loin du lieu des cérémonies.

On lit dans Esdras le même commandement fait aux cabalistes mystérieux des Hébreux, conçu en ces termes: « Donnez ces livres aux sages d'entre les peuples, à ceux « qui sont capables de les comprendre et d'en garder le « secret. »

Les Égyptiens faisaient leurs livres concernant les secrets de religion d'une carte hiératique, c*est-à-dire sacrée ; ils traçaient dans ces livres des caractères ou lettres symboliques. Macrobe, Marcelin et les autres historiographes disent qu'on les appelait hiéroglyphiques, pour

empêcher que les indignes et profanes ne lussent ces écritures concernant les mystères de la science et de la religion. C'est aussi ce qu'en dit Apulée en ces termes : « Après que le sacrifice est fait en proférant des paroles, « il apportait des courtines du temple certains livres a distingués par des lettres inconnues, qui suggéraient « des mots en abrégé d'un discours formel, en partie « entremêlés de je ne sais quelles figures d'animaux, (( en partie des accents noués et entrelacés en forme « de roue, et pressés comme des capréoles de vignes, « ce qui ôtait aux indigues la curiosité de les lire. »

TertuUien recommande de garder le silence dans les choses de religion ; ceux qui font autrement sont sur le bord du précipice. D'où vient cette précaution d'Apulée au sujet des mystères des choses sacrées : « Je vous « découvrirais les mystères des choses sacrées, s'il « m'étais permis de vous les dire ; et je vous en donne- « rais la connaissance, s'il vous était permis de m'écoua ter ; mais, moi qui parlerais, et vous qui m'écoute- « riez, nous serions également punis de notre téméraire « curiosité. Pour une pareille faute, on trouve dans « l'histoire que Théodore, poète tragique, fut frappé « d'aveuglement, voulant appliquer à quelque fable « certaines choses des mystères. »

Théopompe pareillement, qui avait commencé à mettre en grec quelques versets de la loi divine, fut confondu, et perdit l'esprit en un moment ; ce fut pourquoi, à la suite de son malheur, s'adressant à Dieu par de grandes prières, pour savoir la cause de cet accident, il lui fut répondu, par un songe, que c'était parce qu'il faisait un criminel trafic des choses divines en les exposant à la profanation du public.

De même un certain Numérius, curieux de secrets, devint criminel devant les dieux pour avoir communiqué au public les mystères sacrés delà déesse d'Eleusis, par l'interprétation qu'il en avait faite ; car il vit en songe les déesses Eleusines exposées à la porte ouverte d'un mauvais lieu, en habits de débauchées, et, comme il les regardait par admiration en cet état, elles lui répartirent en colère qu'il les avait tirées par force de leur retraite, et qu'il les avait prostituées à tout allant et venant. Par ce reproche il apprit qu'il ne fallait pas donner connaissance au public de cérémonies secrètes qui se pratiquaient dans les temples.

Les anciens ont toujours eu un grand soin de voiler les choses sacrées, tout ce qu'ils avaient découvert de la nature, et de les couvrir d'énigmes de diverses façons. Cette pratique a été gardée comme une loi chez les Indiens, les Brahmanes, les Ethiopiens, les Perses et les Egyptiens. C'est en suivant cette maxime que Mercure, Orphée et tous les anciens devins, comme aussi les philosophes Pythagore, Socrate, Platon, Aristoxène, Âmmonius, ont gardé le secret le plus inviolable. En cet esprit, Platon, Origène et les autres disciples d'Ammonius, au rapport de Porphyre dans sou livre de Y Education et discipline de Plotiii, ont fait le serment de ne point publier les préceptes de leur maître.

Ainsi le Christ lui-même, étant encore sur la terre, parla sous condition et de manière qu'il n'y avait que ses disciples les plus secrets qui entendissent le mystère de la parole divine, et les autres le sens des paraboles seulement, défendant au surplus de jeter une viande sacrée aux chiens, ni les fleurs aux pourceaux ; c'est pourquoi le prophète dit : « J'ai caché vos

(( paroles dans le secret de mon cœur, de peur de vous (( offenser. »

Pourquoi toutes ces craintes et ces terreurs, comme toutes ces réticences ? Est-ce une chose vaine et mensongère ? un besoin de cacher son ignorance ou sa fourberie ? Mais, avant d'accuser, il faudrait comprendre et avoir senti. Pour moi, je n'ai point la crainte des dieux ; je redoute peu pour ma vie ; je n'eus jamais de maitre, aucun serment ne me lie : libre comme l'oiseau, je puis gazouiller à ma fantaisie, et parler de la nature comme je la sens, comme elle s'est révélée à moi. Cependant un sentiment me dit que je fais le mal en touchant à ces choses ; je ne sais d'où il vient et ce qui me le donne ; peut-être m'est-il inspiré par ce qui se pratique en magnétisme, par tous ces effrontés charlatans qui polluent la vérité, qui la salissent en l'exposant sur des tréteaux aux regards de la toule. Rien ne me parut jamais si méprisable. Et je me dis : Que serait-ce donc si des mystères plus grands étaient révélés à ces hommes indignes ? Qu'en feraient-ils, grand Dieu! J'ai peur de moi-même alors que j'écris ou que je parle ; car le frein qui m'arrête dans mes aveux et mes démonstrations, bien peu semblent le posséder, et la vérité peut devenir dangereuse, placée en de certaines mains. Si j'écoute la voix qui est en moi, le murmure de ma conscience, elle me crie à chaque instant : Laisse en repos et les âmes et les corps, ne devance point les temps, marche seul dans le chemin que tu as découvert ; les hommes intelligents te suivront bientôt; attends qu'ils aient senti et que la semence jetée ait germé dans le cœur ; laisse dire et penser les hommes de science, ils sont loin de la vérité, leur

jugement n'aura désormais nulle valeur : évite asssi les gens téméraires, ceux-ci seraient Técueil.

J^obéis à cette voix avec docilités et rien, jusqu'à ce jour, n'a pu me faire bâter le pas.

La magie est fondée sur l'existence d'un monde mixte, placé en debors de nous, et avec lequel nous pouvons entrer en communication par Temploi de certains procédés et de certaines pratiques.

Le cbamp est vaste, il y a place pour toutes les idées, pour toutes les conjectures et, nous pouvons le dire, pour toutes les rêveries. L'bomme simple croit à ce monde des esprits ; le savant le rejette comme une des plus gramies erreurs des temps passés ; Thomme profond est amené à y croire par un examen sérieux des faits de nature et de lui-même.

Toutes les anciennes régions nous font un devoir de cette croyance. Nos nourrices nous bercèrent en jetant dans notre tendre cerveau toutes les idées mal traduites de monde invisible. Quel est celui d'entre nous qui n'a pas tremblé avant d'être rassuré complètement sur le mal qu'il peut nous faire? On avance dans la vie en se dépouillant graduellement de ce qu'on appelle des préjugés et des erreurs ; on rejette les écrits, les traditions du temps passé ; on doute de ce monde merveilleux que nos sens ne peuvent voir ni toucher dans leur état froid et d'babituel exercice. Tout nous paraît imaginaire ; mais cependant nous nous y plaisons.

Les revenants, pour les esprits forts, sont de pauvres diables mal avisés que Ton surprend toujours en flagrant délit d'imposture. Les âmes en peine, les feux follets sont des émanations, des lueurs phosphorescentes dégagées de corps en décomposition, en un mot

des choses natarelles et que le moindre examen fait reconnaitre à première vue pour ce qu'elles valent. Les esprits forts ont beau jeu, car il y a en ceci de gros* sières interprétations; mais ils confondent dans leur mépris des faits d'un ordre particulier qui sont inexpliqués, et dont la saisissante réalité les glacerait d'épouvante et d'effroi, si la nature où la science venait les leur révéler. Ces phénomèn>es d'un ordre élevé ont pour cause l'existence d'une force inconnue — force non moins réelle pour nous que celle qui fait trembler la terre, — qui, lorsqu'elle agit dans notre rayon, secoue bientôt notre être^ horripile nos cheveux, et rend nos yetix immobiles dans leurs orbites; cest encore par elle que la bouche s'ouvre et ne peut rendre aucun son, le sang s'arrête dans les veines comme si la vie tout à coup nous quittait.

Je souris à la vue de ces braves et intrépides champions qui, loin du danger, parlent à voix haute et ferme ; ils raisonnent sur ce qu'ils savent des choses^ et ne tiennent aucun compte du savoir des autres hommes. Tout prêts à se battre contre des éléments inconnus, ils s'irritent de ce qu'ils ne sont point provoqués au combat. Ces mêmes hommes, cependant, sont bientôt débilités par une atmosphère chaude et embrasée, ils voient leur sens s'engourdir en passant seulement dans une région froide, les seules secousses d'un vaisseau ont la puissance de les rendre méconnais* sables et de leur ôter le courage. Qu'importe ! cela ne les éclaire point. Ils ne peuvent s'imaginer que nous dépendons tous du milieu où nous vivons ; que tout ce qui le change où le modifie altère à l'instant notre manière d'être, et que juger de l'inconnu parce que l'on

sait des choses acquises, c'est souvent s'exposer à porter un faux jugement. Je n ai pas assez d'esprit pour rectifier celui des esprits forts, et d'ailleurs, à quoi bon? Je n'en vois point la nécessité. Qu'ils gardent leurs doutes, comme nous garderons notre foi vive et sincère.

Reprenons.

Il y a autour de nous, dans Tegpace, un agent différent de toutes les forces connues ; ses propriétés ou vertus n'ont que peu ou point d'analogie avec les forces mortes que la science des écoles est parvenue à découvrir. C'est lui qui fournit l'élément de notre vie, qui la soutient un temps, et la reçoit lorsqu'elle parvient à se dégager des étreintes de la matière. Nos inspirations, nos connaissances, notre intelligence enfin, tout vient de lui. Il y a de lui à nous une attraction constante, une parenté méconnue, et qui, par cela même, a cessé d'être efficace. Mais tout se retrouve aujourd'hui.

Voilà l'élément magique dont se sont toujours servis les thaumaturges, nous n'en connaissons point d'autre pour arriver à posséder quelques rayons de lumière qui puissent mener sûrement à la possession de la science occulte. Mon sentiment ne serait-il point fondé, que cela ne changerait absolument rien relativement aux faits que j'ai à transcrire ; car peu importe leur explication, si les phénomènes sont réels et ont de l'importance î Leur cause n'est qu'un objet secondaire.

En apercevant le surhumain dans certaines apparitions qui n'étaient point, il faut le dire, de pures créations du cerveau, l'homme a peuplé l'espace de génies, puis il s'est mis à les évoquer, à les appeler ; il leur a

donné des nonis, des qualités, un pouvoir, et tout ce qu'il obtenait de favorable leur était attribué, il croyait sincèrement le leur devoir.

Etait-ce une illusion, le fruit d'une imagination surexcitée? Souvent, sans doute, il en était ainsi. On attribuait à Dieu, aux génies, ce qui était dans le cours régulier des choses. Mais il exista des hommes qui n'était point abusés ; ils découvrirent d'où parlait Terreur, et d'où venait la vérité ; ils laissèrent croire au vulgaire qu'il était dans le vrai chemin ; ils dérobèrent ainsi à tous les regards de bien profondes opérations, les plus sublimes secrets. L'ignorant se trouvant abandonné à lui-même priait, conjurait, traçait des caractères, des cercles, etc., et il en résultait parfois un commencement d'œuvre, une ébauche de faits, et cela suffisait pour qu'il se crût sorcier et magicien.

L'homme qui, le premier, aimanta la pointe d'un couteau et attira quelques aiguilles d'acier dut passer pour un sorcier et aima à le faire croire. Il fit un mystère d'une chose simple et sans grandes conséquences. Ainsi de tous les arts, les découvertes se cachaient avec soin, la chimie, la physique ne furent, dans l'origine, transmises que sous le sceau du serment ; et, s'il était possible de retrouver les livres qui contenaient les premières opérations de valeur, il serait impossible à un savant de nos jours d'y rien comprendre.

La magie est de même; je pourrais défier tous les sorciers modernes de traduire le vrai sens caché sous les figures et les emblèmes que les grmoir^.srenferment. Si la clef est perdue pour eux comme pour nous-mêmes, les faits restent, ils ont leur signification ; ce sont eux qui doivent servir à reconstruire la science antique.

C*e&t une tâche difficile, de rendre concevable ce qui ne peut avoir un caractère défini, ce qui est inénarrable ; on risque de se perdre dans un vague de mots qui ne permet plus d'être compris. Mais ainsi qu'on parle de la lumière à des aveugles, sans savoir au juste ce qu'elle est, je vais pourtant essayer de dire quelque chose.

Dans les faits conservés par Thistoire des temps passés, j'étais surtout frappé «de la suspension des corps, d'ascension dans l'espace. Oe qui m'étonnait également, c'étaient les objets matériels renversés ou dépl&cés par une force que Ton disait venir du bon ou du malin esprit. Tous les livres chrétiens sont d'accord sur ces faits, aucun ne les rejette.

Certaines pratiques des sages indiens déterminaient des phénomènes ayant une identité parfaite à ceux cités plus haut.

Voyant que les ouvrages sur la magie contenaient dans leur ensemble les récits circonstanciés d'opérations propres à déterminer la même infraction aux lois de la nature, sans que les bûchers et la torture aient pu contraindre à des -désaveux les disciples éclairés de cette science, je roe disais : Comment tant d'hommes de science et de savoir auraient-ils menti sciemment, pour soutenir la plus grande des extravagances? Cela ne se peut. Et je relisais les noms de ces philosophes, de ces sages anciens précurseurs de nos arts, de nos sciences, qui portèrent la civilisation si loin par de sages lois, qui donnaient eux-mêmes l'ex-emple d'une vie souvent exempte du moindre vice: j'étais confondu, car ces philosophes, ces sages étaient tous magiciens.

Mais qu'entendaient-ils par ces mots : Pouvoir divin. Mauvais principe. Esprit de clarté^ Esprit des tènè-

hres: ^\i\&Ange^i Démon y Dieu et Diable, Enfer et Paradis ? Le pouvoir donné à Tbomine par Dieu, pouvoir auquel rien n^ résiste, la foi qui transporte les montagnes, etc. Quel enseignement et quelle lumière peut nous offrir cette longue liste de miracles, ces hommes terrassés, ces murailles renversées, Teau changée en vin, la multiplication des pains, tant de choses merveilleuses opérées par un secret pouvoir? Tout rejeter me paraissait Tœuvre d'un fou.

Il y a, me disais-je, quelque chose ici qui échappe à la raison, mais qui n'en existe pas moins pour cela, lorsque surtout je vois le don de guérir les maladies, qui n'est, il est vrai, qu'un des moins merveilleux, s'exercer par mes mains sans que je comprenne bien pair quel mécanisme ou par quelle vertu il en est ainsi. Cela me faisait penser que, si l'un était vrai, les autres dons ou facultés pouvaient bien également l'être. La science pour moi 'cessait d'être une garantie contre Terreur; n'avait-elle point dénié la réalité des œuvres modestes opérées ])ar mes mains, bien qu'elles fussent un pâle reflet de celles des anciens? Si elle s'était grossièrement trompée sur le plus commun des faits, le plus facile à constater, n'avait-elle pu se tromper sur toutes les autres facultés de l'âme humaine, sur les propriétés même de la vie :

De raisonnement en raisonnement, je finissais par conclure qu'il fallait, sans s'arrêter à aucun jugement, à. aucune opinion, chercher la vérité... Mais la route, la route qui y conduit, qui la sait? qui la connaît? Un homme de science interrogé sur un pareil sujet garde le silence ; il montre ses dents, et fait une grimace ; c'est une réponse de singe.

«Cherche, et tu trouveras; demande, et il te sera accordé ; frappe, et il te sera ouvert. »

Où? à qui? comment?... Je n'en savais rien, et pourtant V agent puissant, force des immortels^ fonctionna devant moi.

Que la mer en courroux jette à la côle les masses flottantes que l'homme a construites pour braver ses colères, ce n'est qu'un fait prévu et propre seulement à humilier notre orgueil.

Qje ces mêmes flots détachent des quartiers de rochers que les siècles avaient respectés, nous ne nous en montrons nullement étonnés.

Que la foudre ébranle les édifices les plus solidement construits, et jette la terreur dans Tâme des humains, ce n'est encore là qu'un tableau saisissant, le jeu d'une force aveugle que l'homme peut jusqu'à un certain point braver.

Qu'une trombe renverse et éparpille les habitations, qu'elle déracine les arbres séculaires et les transporte au loin, qui s'en étonne maintenant?

Mais qu'un élément, inconnu dans sa nature, secoue l'homme et le torde comme l'ouragan le plus terrible fait du roseau, le lance au loin, le frappe en 'mille endroits à la fois, sans qu'il lui soit permis d'apercevoir son nouvel ennemi, et de parer ses coups, sans qu'aucun abri puisse le garantir de cette atteinte à ^^^5 droits, à sa libeiHé, à sa 'majesté; que cet élément ait des favoris et semble pourtant obéir à la pensée, à une voix humaine, à des signes tracés, peut-être à une injonction : voilà ce que l'on ne peut concevoir, voilà ce que la raison repousse et repoussera longtemps encore. Voîlà pourtant ce que je crois, ce que j'adopte ; voilà ce

que j'ai vu, et, je le dis résolument, ce qui est une vérité pour moi à jamais démontrée.

J'ai senti les atteintes de cette redoutable puissance. Un jour, entouré d'un grand nombre de personnes, je faisais des expériences dirigées par des données nouvelles qui m'étaient personnelles ; cette force — un autre dirait ce démon, — évoquée, agita tout mon être, il me sembla que le vide se faisait autour de moi, que j'étais entouré d'une sorte de vapeur légèrement colorée. Tous mes sens paraissaient avoir doublé d'activité, et, ce qui ne pouvait être une illusion, mes pieds se recourbaient dans leur prison, de manière à me faire éprouver une très vive douleur, et mon corps entraîné par une sorte de tourbillon, était, malgré ma volonté, contraint d'obéir et de fléchir. D'autres êtres, pleins de force, qui s'étaient approchés du centre de mes opérations magiques — pour parler en sorcier, — furent plus rudement atteints : il fallut les saisir à terre, où ils se débattaient comme s'ils eussent été près de rendre l'âme.

Le lien était fait, le pacte consommé ; une puissance occulte venait de me prêter son coficours, s'était soudée avec la force qui m'était propre, et me permettait de voir la lumière.

C'est ainsi que j'ai découvert le chemin de la vraie magie.

Est-ce là tout ce que je sais de l'art ancien ? Non ; c'est le commencement de ce que j'ai à en dire, et cela est déjà suffisant pour expliquer et faire comprendre les récits des sorciers, leurs nombreuses et visibles contusions, et quelquefois leur fin malheureuse.

L'exercice de la magie demandait une âme forte, une résolution inébranlable ; la poltronnerie n'est point faite pour ces sortes d'opérations, il fallait ne point craindre les périls ; car si le diable est un mot seulement, il veut dire force ^ agent, puissance. Ce n'est que par une lutte avec cet inconnu qu'on pouvait arrivera quelque chose. Ainsi de même en nous, et dans tous les instants, la vie lutte contre la mort. Ce n'est qu'ainsi qu'elle parvient à se prolonger en dominant son ennemi : la nature entière est soumise à la même loi. Ici, il y a plus encore, il faut briser cette entrave, dominer d'abord sa propre chair, afin que la force qui nous anime passe au travers des voiles de chair et de sang qui l'environnent, et étende au loin sa sphère d'activité. C'est dans ce nouveau milieu que l'âme trouve l'ennemi, mais aussi les affinités nouvelles que donnent la puissance. Tout ce qui se fait ainsi a un caractère surnaturel, et l'est véritablement.

La science a l'instinct de ces opérations mystérieuses, mais seulement pour ou dans l'ordre physique ; elle ne parvient à quelque chose qu'en détruisant l'affinité des corps, qu'en séparant leurs éléments ; puis, s'emparant de celui-ci ou de celui-là, elle altère pendant quelques instants les lois que la nature impose. Ceci ne surprend plus personne, on attend même de la science des miracles plus grands, et on peut être certain qu'elle se dépassera bientôt. N'a-t-elle point aussi des craintes ? Ne court-elle aucun risque ? Tout est péril, au contraire, pour les hommes chargés de diriger ces forces aveugles ; car elles tendent sans cesse à revenir à leur état primitif, et pour y parvenir elles brisent le bronze et l'acier.

Or, &i des forces mortes ont cette puissaaee lorsqu'elles sont contrariées, à plus forte raison les forces vives iloivent-elles en avoir d'équivalentes, et c'est ce que l'expérience vient confirmer. Mais on les nie, y croire est un outrage au bon sens. Cette négation ne prouve qu'une chose, c'est que ceux qui s'en servent comme argument sont des hommes présomptueux et vaniteux y ils raisonnant ea aveu^es, voilà tout. Reprenons notre discours.

La science connaît les agents qu'elle emploie ; nous, nous ne les connaissons point. Voilà ce qui ôte à nos explications tout caractère scientifique. Mais nos créations, les phénomènes produits n'en existent pas moins et sont souvent à la portée des sens. Un des grands ressorts de Tintelligence déhile des savants est V imagination. Ils ne se doutent point qu'imaginer, c'est déjà créer, comme il sera facile plus tard de le démontrer ; mais, pour nous, ces créations fantastiques, comme on les nomme, peuvent recevoir une sorte de vie et de mouvement qui les fasse sortir de leur invisibilité native pour les rendre agissantes d'elle-mêmes.

Ceci est le premier degré de l'art magique, celui où il faut s'arrêter quelque temps. Votre âme subit une épreuve^ un commencement d'initiation.

Je sais bien que je dépasse en ce moment les limites de la science officielle, et que je ne suis point dans son domaine, mais dans un royaume qui lui est inconnu et qui n'a pour terme que Dieu et l'Infini. Qu'importe ! Je ne cherche point à lui ravir son bien. Je vois avec indifférence toutes ses gloires d'un jour, et préfère la science du bonhomme qui sait greffer les arbres dont les fruits sont amers, et leur en fait porter de doux. Il

fait de la magie à sa façon ; ne rompt-il pas une loi de la nature, mais sans bien se rendre compte de son oeuvre / Les humains greffent le noir et le blanc, le jaune et le cuivré, sans savoir s'il viendra de bons fruits. Chacun de nous reçoit un écusson, souvent du premier venu, et le transmet de même. Les vices et les vertus, le bien et le mal peuvent entrer en nous par le regard, par une pensée, par un désir ! La science des écoles inocule ses doutes à tous, ses sophismes, son impuissance, son mépris des vérités, sa fausse morale ; elle rend le despotisme facile à qui veut l'exercer. Ah! c'est aussi de la magie, puisqu'elle est parvenue à changer l'ouvrage sorti des mains de Dieu, à le rendre méconnaissable et odieux, de divin qu'il était ! Nous voyons toutes ces métamorphoses s'opérer sous nos yeux, nous en connaissons la source; elle n'est point, elle ne découle point de la matière et des forces mortes ; des esprits, des intelligences de diverses natures en sont les agents ; la matière prend ici la forme qu'on lui donne ; elle est passive dans toutes ces mystérieuses créations, elle n'est donc pas la cause de nos tourments et de nos malheurs.

Je suis entré dans tous ces détails, pour rendre compréhensible ce qui ne peut le devenir que par des comparaisons et des images.

Je reprends la suite démon discours.

Nous ne voyons point cette sorte de flamme qui sort de nos yeux, et qui va porter en autrui les passions qui nous animent. Nous ne voyons point nos pensées, formulées en silence, aller se faire lire dans un autre cerveau que le nôtre. Les bêtes ont un langage muet ou chanté, que les savants n'ont jamais compris et pour

lequel il n'y a point encore de dictionnaire académique, bien qu'il donne moins lieu à d'oiseuses et stériles disputes.

Tout est secret encore pour nous dans la nature ; mais Dieu a laissé à notre pénétration le soin de découvrir quelques-uns des mystères dont il lui plut de nous environner. Et ne sais-je point que, de même que rhomme voit extérieurement t^nt de chefs-d'œuvre, il peut, au dedans de lui, voir la main du maître et assister au spectacle de la vie, distinguer tous ses artifices, en reconnaître les acteurs ? Car notre édifice est un édifice commun, chacun peut y entrer comme dans un temple, et y graver son nom, y laisser des souvenirs. Ceci n'est point une image seulement, nous le tenons pour une vérité démontrable.

La science n'a donc point appris à connaître Thomme, elle n'en sait que le squelette et la forme, les chemins par où passent les messagers qui portent des nouvelles, les routes où circulent les ouvriers qui le réparent et le soutiennent, quelques-uns des laboratoires où se préparent et se font les transmutations nécessaires et indispensables. Il fallut à la science bien des milliers d'années pour acquérir ces connaissances imparfaites, qu'elle dut souvent au hasard ; il fallut que des milliers de gênérations passassent sous ses yeux de chair, et qu'elle brisât les ressorts de plusieurs millions de machines pour obtenir d'aussi maigres résultats. Elle voulut des réalités, et, pour les obtenir, elle interrogea non la vie, mais la mort ; non celui qui édifie, mais les matériaux employés ; non le génie de toutes choses, mais son propre génie. mages, réveillez -vous î venez secouer ces guenilles académiques, ces hommes qui

méconnurent Mesmer et le persécutèrent ! Venez venger les victimes de ce faux savoir. Mais non, laissez-les, au contraire, dans leur aveuglement ; la nature elle-même ne les punit-elle point assez en révélant aujourd'hui à quelques hommes ce que savent et ce qu'ignorent ces interprètes menteurs d'une langue que vous saviez si bien parler, vous, initiateurs, et instituteurs primitifs du genre humain, vous, qu'ils représentèrent au monde comme une réunion de fourbes et d'imposteurs?

' Je suis toujours emporté malgré moi dans le champ de la récrimination, comme si mes colères devaient produire un bien ! comme si j'avais la puissance d'arrêter le char de Terreur ! Il n'en est rien pourtant, je le sais; mais la plainte, lorsqu'elle est juste, soulève les soupapes qui la retiennent comprimée, et s'exhale alors de la poitrine pour empêcher le dégoût de la vie de naître, peut-être le suicide.

Les mages savaient très bien distinguer et ne confondaient point tout ce qui était seulement du domaine de la fantaisie pure ou de l'illusion ; ces créations mensongères, semblables à toutes celles que la fièvre enfante, étaient rejetées de leur science comme scories des esprits animaux, comme impuretés qui troublaient l'intelligence. Toutes ces vapeurs grossières, venant des humeurs ou d'un cerveau malade, étaient soigneusement écartées ; eux-mêmes cherchaient à s'en préserver par une austérité et par une vie habituelle qui donnait peu de prise aux sens.

C'est que la force magique doit approcher de la pureté. Comme ces essences qui perdraient leurs vertus si elles étaient mélangées, elle a besoin d'être concentrée comme les rais du soleil. Sans cela, elle ne reçoit plus

la divine semence de la création, et les œuvres sont imparfaites. Réfléchissez sur les préceptes de toutes les religions. Pour voir Dieu^ il faut être pur. C'est à ce degré de pureté de l'esprit que les œuvres répondent ; elles sont noires ou blanches, c'est-à-dire diaboliques ou angéliques. Les premières, mélange de toutes nos passions et de nos vices, de nos cupidités ou de nos appétits, ne représentent que le mal. Que Ton ne s'y trompe point, on peut, dans cet ordre mauvais, agiter^ troubler, capter^ ravir, ensorceler , produire Vimpuis* sauce ou la stérilité chez les hommes comme chez les animaux. Ceci est une partie de la magie bestiale. Delà sont nés les loups-garous, les empoisonneurs d'animaux, les noueurs d'aiguillettes, les jeteurs de sort, les tour-

menteurs par les piqûres faites aux images, etc. etc. La clairvoyance ici ne se présente plus que comme une bulle qui sort de la vase ; son agent, c'est la force du reptile qui fascine, le venin du crapaud qui gonfle le corps, l'aimant putride qui attire les âmes et les conduit au sabbat ; c'est le bouc et ses fureurs lascives ; c'est enfin l'égout noir et infectoù séjourne le diable.

On criera à l'impossibilité, au mensonge, on me croira en proie à de vaines terreurs. Que chacun s'interroge cependant, qu'il examine les actes de sa vie : n'y a t-il point trouvé le levain de tout cela, une tendance à céder à des excitations intérieures, à des colères injustes, à des désirs de vengeance ? N'a-t-il point vu dans ses rêves quelques-uns de ces tableaux effrayants ? C'est qu'ils sont en puissance dans la nature, c'est qu'en nous ou à notre porte est l'esprit du mal, et que, si nous l'écoutons, il nous accorde le funeste don que nous ne manquons point de lui demander. Il parle

à Tenfant comme au vieillard, à la femme sage comme à celle qui est débauchée ; c'est encore lui qui parlait à ces saints dont on nous représente la tentation : c'est lui qui souffle à Toreille des princes et leur conseille la vengeance. S'il pouvait seul faire le mal, il le ferait ; mais il a besoin de notre concours. S'il en est ainsi, il ne faut pas douter qu'en nous ne se trouvent les éléments propres au développement mystérieux de ces funestes virtualités.

Les mages n'écoutaient aucun de ces bas instincts, ils avaient rejeté de leur âme cet alliage que la nature a formé, l'or avait été séparé du cuivre et de Tarsenic, et de pures lumières avaient pris la place du vide laissé par les agents du mal mis en fuite. Voyez aussi la différence des œuvres, comparez :

Dons acquis. — Prévoyance des événements, connaissance parfaite des hommes, impossibilité de cacher devant eux un seul secret ; vie intérieure exempte de ce qui trouble et inquiète les mortels dans la plénitude même de leurs plus pures jouissances; détachement de tous les biens corporels, mépris de la mort, souvenir des âges passés, connaissance de la vie future.

Dons accordés. — Pouvoir d'agir sur toutes les créatures ; les besoins matériels réduits à une si stricte nécessité, qu'elle nous ferait peur à nous mêmes ; pouvoir de marcher sur les eaux et de franchir l'espace ; celui de rompre le fer, comine si la cohésion n'existait point ; action sur tous les éléments, sans en distraire même le feu ; le don de guérir les maladies les plus cruelles, et enfin, participants de la puissance de Dieu, les en devenaient la vivante image.

Voilà, bien en raccourci, les deux ordres majeurs que Ton reconnaît dans la magie. Si vous lisez avec attention les récits de l'histoire, vous trouverez que partout les faits tracés ici se sont produits, et qu'ils sont arrivés jusqu'à nous par la Judée, en traversant le moyen âge. Rien n'est si facile que de les constater, maintenant qu'ils commencent à se produire en petit ; mais, n'en doutez point, ils se produiront en grand pour humilier la race des savants, et bouleverser celle des sceptiques ; peut-être bien verrons-nous revivre des vices qui nous sont inconnus maintenant, mais qui ont apparu sur la terre : car il y aura, jusqu'à la fin des temps, lutte entre les deux principes du bien et du mal. Il ne peut rien se faire de nouveau sur la terre, aucune semence n'a été ajoutée à celles qui y furent répandues ; ce qiû a été 5*^ra, ce qui est dispm^aUra, pour revenir ensuite. Telle est la loi du destin.

Hommes, ne vous révoltez point contre les décrets de Dieu, parce qu'ils sont immuables et que vous ne pouvez y rien changer. N'a-t-il pas été généreux envers vous, puisqu'il vous a donné Tintelligence, cette lumière qui discerne le bion et le mal ? et si vous préférez les ténèbres à la lumière, le mal au bien, est-il responsable de votre choix ? Vous avez en vous les germes divins, développez-les, en ne vous laissant point séduire par cette science des écoles qui ne peut rien pour votre bonheur, car elle est frappée de stérilité. Suivriezvous des guides sans yeux et sans oreilles, si vous vous aperceviez qu'ils sont privés de ces organes ? Non, sans doute. Et pourtant, c'est ce que vous faites ; car vous n'entendez point et ne voyez pas non plus. Allez jusqu'au bout, suivez jusqu'à la tombe ces guides in-

sensés, mourez sans rien savoir, comme de vils troupeaux...

Ainsi dirait l'homme de Dieu qui voudrait vous sauver. Mais moi, je ne puis avoir cette audace ou cette témérité ; je ne puis que vous convier à la science véritable, vous montrer qu'elle a aussi ses dangers, que le bien et le mal s'y trouvent renfermés et deviennent Tun et l'autre facilement réalisables.

Dans les citations qui suivent, et dont vous chercheriez vainement la continuation dans les ouvrages de la philosophie moderne, vous trouverez une indication plus précise encore que toutes celles que je vous ai données, pour arriver à la science occulte et à Tari magique qui en est la conséquence.

(( Il te faut monter à la vraie lumière et aux clairs « rayons paternels, d'où ton âme t'a été renvoyée, « revêtue de beaucoup d'intellect. »

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