‹ La magie et l'hypnoseChapitre 16 sur 70 · MAGIE ET SPIRITISME · texte numérisé non relu

MAGIE ET SPIRITISME

§ 1. — De la sortie du corps astral et des phénomènes physiques du spiritisme.

Avant d’aller plus loin, résumons de notre mieux le chemin parcouru jusqu’ici.

Après avoir déterminé dans l'être humain l’existence d’un principe particulier ; le corps astral, nous avons demandé non pas tant à la tradition qu’aux recherches des savants contemporains et à de nombreux faits récents la preuve de l’existence de ce principe.

L’hypnotisme et la suggestion nous ont montré les réactions de ce principe et sur le corps par les stigmates et sur l’esprit par les images idéales et les actions impulsives. L’étude du Magnétismeet des états profonds de l’hypnose nous a conduit à cette curieuse constatation que le principe n’agit pas seulement dans les limites de l’organisme, mais encore qu’il m’extériorise et nous avons suivi pas à pas l’extériorisation delà sensibilité ce qui nous a conduit à parler de l’envoûtement et des réactions de la force psychique ou émanation astrale que nous aurons entrevues, enconstatantlesfaits duremords et de la psychurgie. Il nous faut maintenant aller plus loin encore et assister à l’extériorisation complète du « double » de l’homme. C’est encore à des

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expériences récentes que nous nous adresserons à ce propos. Ces expériences constituent la suite des « Sensations d’un magnétisé » dont nous avons donné un extrait précédemment.

Les Fantômes des Vivants [Extrait des « Annales des Sciences psychiques »).

Dans le numéro des Annales de mai-juin 1895» M, Laurent a décrit les sensations qu’il a éprouvées jusqu’au 3® état de l’hypnose et dont je lui avais donné le souvenir par suggestion.

Quand je parvins à déterminer chez lui des états plus profonds, je constatai que la suggestion n’avait presque plus de prise (c’est du reste là une loi générale) ; de sorte qu’au réveil, Laurent, ne se souvenant plus de rien malgré mes ordres, ne put continuer le travail intéressant qu’il avait commencé.

C’est ce travail que je vais reprendre au point où il l’a laissé.

Dès le 4® état, la sensibilité extériorisée paraît se localiser sur les deux côtés de Laurent et y former comme des lignes de forces aux deux pôles d’un aimant.

Au 7® état, elle se condense en une sorte de nuée lumineuse bleuâtre de la hauteur de son corps ; il la voit lui-même, à environ un mètre de ce corps, et j'en contrôle l’existence parce qu’elle est devenue le lieu des points sensibles pour lui. Quand on approfondit encore le sommeil, il voit se former une autre colonne, de même hauteur, à même distance, également sensible, mais de couleur rougeâtre. Enfin, dans un état encore plus profond, les deux colonnes se réunissent au-devant de Laurent en un fantôme mi-partie rouge et bleu, où toute la sensibilité est concentrée et qui s’éloigne ou se rapproche selon sa volonté, tout en ayant une tendance

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naturelle à s’éloigner. Cette colonne est translucide, elle traverse les murailles et semble éclairer les objets sur lesquels elle se pose, de sorte que Laurent a pu, grâce à ce moyen, percevoir des objets placés dans une pièce voisine, mais d’une façon fort vague.

Je donnerai dans cet article simplement le détail de mes expériences (1), suivant leur ordre et d’après mes notes prises au jour le jour; le lecteur pourra ainsi suivre l’enchaînement des faits et voir comment ils m’ont conduit naturellement et sans idées préconçues aux hypothèses que j’exposerai plus tard.

2 janvier 1894.

Je me place devant Laurent et je le magnétise avec des passes dans une demi-obscurité. Au bout de quelque temps, il voit une colonne lumineuse bleue se former à sa droite, puis s’éloigner à mesure que se succèdent les états de l’hypnose séparés par leurs phases de léthargie. En même temps se développait à gauche une colonne lumineuse rouge qui avait apparu postérieurement à la colonne bleue et qui s’éloigne également. Ces colonnes deviennent de plus en plus lumineuses, mais sans formes distinctes; ce sont des nuées de sa grosseur et de sa hauteur, représentant grossièrement le profil de son corps ; quand il soulevait l’un de ses bras, un renflement apparaissait à la nuée du côté correspondant. J’actionnai alors vivement son épigastre de manière à soutirer du fluide. Laurent déclara qu’il se sentait vider ; au bout de quelques instants, il vit les deux colonnes se réunir entre lui et moi, et former une co-

(1) Des expériences de dégagement de corps astral ont été répétées sur plusieurs autres sujets et ont donné lieu à des phénoçaènes analogues, dont quelques-uns ont été contrôlés par un appareil photographique. — Voir, dans le Paris-Photographe du 30 juin 1894, l’article intitulé : Photographie spirite.

lonne mi-partie rouge et bleue, représentant encore la forme de son corps.

J’en approchai un tison enflammé ; il accusa une forte sensation de brûlure. Quand je touchais son fantôme avec la main, il sentait mon contact ; si je pinçais ma main, il sentait le pincement, mais il ne le sentait plus dès que ma main cessait d’être en contact avec le fantôme. J’interposai pendant trente secondes la main entre le fantôme et sa jambe , après le réveil, la jambe était complètement inerte, et je dus la frictionner énergiquement pour la ramener à son état normal.

Je plaçai dans le fantôme une plaque de porcelaine recouverte de noir de fumée et je constatai que le noir de fumée roussit sur une partie de son étendue ; mais il faudrait recommencer cette opération pour être bien assuré que le changement de couleur est bien dû à l’absorption ou au frottement de la substance extériorisée.

Le fantôme ayant une tendance à s’échapper, je dis à Laurent de le laisser aller ; il me raconte alors que le fantôme monte à sa chambre et s’assied sur son fauteuil devant sa table. Je lui dis de prendre un crayon, du papier et d’écrire : « J’y suis », afin d’avoir une preuve matérielle de cette extériorisation. Il me répond que ses doigts ne peuvent tenir le crayon.

Je lui prescrivis alors do faire revenir son double et je le réveillai.

3 janvier 1894.

J’endors Laurent avec des passes par devant. Le fantôme bleu de droite commence à se développer dans le 7® état, puis le fantôme rouge de gauche apparaît dans le 8® état. Ces deux fantômes sont encore des nuées lumineuses qui éclairent les objets placés devant ou derrière (le sujet ne voit que ceux-là) ; ils suivent les regards de

Laurent et c’est ainsi qu’il peut les réunir devant lui malgré leur tendance à s’éloigner. Quand le fantôme est complet, ce qu’on pourrait appeler le double est formé, il aies mêmes tendances.

Je place de nouveau dans ce double une plaque de porcelaine couverte de noir de fumée ; la couleur de la couche se modifie par zones comme si elle était léchée par des effluves; Laurent dit que, pendant que la plaque est dans son double, elle s’illumine de points brillants ; cependant cette expérience ne me paraît pas encore suffisamment probante. Pendant que Laurent est dans les états profonds, il garde intactes ses facultés de langage et de raisonnement, mais il n’a plus de souvenirs en dehors des événements qui so sont passés pendant les sommeils précédents.

4 janvier 1894.

J’endors Laurent, Les deux fantômes se développent à la manière ordinaire, à droite et à gauche. Je les laisse s’éloigner suivant leur tendance naturelle. Laurent, qui les voit diminuer da grandeur à mesure qu’ils s’éloignent, finit par les perdre de vue. Il se sent défaillir. Je lui prescris de les rappeler ; il le fait avec des efforts soutenus. Je le réveille.

8 janvier 1894.

J’endors Laurent par devant avec des passes ; au sortir de la léthargie, dans le 7® état les deux fantômes apparaissent simultanément, bleu à droite, rouge à gauche. Je lui fais pousser le fantôme gauche, le rouge, jusqu’au mur sur lequel je place une feuille de papier et je dessine sur ce papier le contour de la lueur qu’il aperçoit ; c’est une colonne lumineuse d’environ 0 m. 20 de diamètre qui se termine à la hauteur de sa tête et descend jusqu’au sol. Je lui dis de le repousser encore plus loin ;

le fantôme pénètre dans le cabinet voisin du mien, que Laurent connaît parfaitement. Il n’en voit qu’une par* tie, celle qu’éclaire le fantôme. Je le fais repousser encore plus loin, il traverse le jardin, pénètre dans la cour intérieure, rencontre l’escalier de fer, etc. Je lui dis de le ramener à lui.

Pendant ce temps-là, le fantôme de droite, le bleu, n’avait pas changé de place ; à plusieurs reprises, j’avais pu constater sa présence, sa forme, grâce à l’impression par mes attouchements.

Laurent me prévient tout à eoup que les deux fantômes sont réunis en une seule colonne rouge et bleue ; il voit son double sur sa droite près de la cheminée. Je cherche alors son emplacement en pinçant l’air et j’arrivejusqu’à la glaee qui surmonte cette cheminée sans qu’il sente rien. Il se retourne vers sa gauche et parait tout étonné de voir un second double complet, c’est-àdire bicolore. Je suis d’abord surpris comme lui de ce nouveau phénomène ; puis je réfléchis que le fantôme qu’il a vu à sa droite n’est peut-être que le reflet de celui qui est à sa gauche. Je me porte vers ce dernier et alors Laurent me voit dans la glace à côté de son double de droite. Le véritable double était donc en avant de lui, sur sa gauche, et il était bien réellement matériel, puisqu’il se reflétait dans la glace pour le sujet.

18 janvier 1894.

J’essaie d’endormir Laurent par de grandes passes faites sur les deux côtés au lieu de l’être par devant. Je détermine ainsi les états ordinaires de l’hypnose, mais le sujet se sent gêné. La sensibilité s’extériorise bien dès le 3® état, seulement, elle se concentre de suite sur les côtés et ne se reconnaît ni sur le devant, ni sur le derrière du corps. Je continue les passes et, dès l’état suivant, le fantôme bleu apparaît très près du sujet. Je

n’ai pas continué l’expérience et j’ai réveillé Laurent par des passes transversales.

29 janvier 1894.

J’essaie d’endormir Laurent par le courant d’une pile, en mettant l’un des réophores dans une main, et l’autre dans l’autre. Après avoir tâtonné en faisant varier le sens du courant, je finis par produire le sommeil jusqu’au 3* état, mais avec peine ; le sujet est très mal à son aise et me prie de ne pas recommencer.

22 février 1894.

Laurent étant endormi et sa sensibilité extériorisée, je veux voir ce que produira sur lui l’électricité d’une machine de Wimshurst. Je fais tourner les disques ; il tourne successivement les deux branches avec la main droite : l’une des branches lui engourdit la main, l’autre lui donne une sensation plutôt agréable.

Je constate alors avec étonnement que la sensibilité a disparu pour mes pincements à distance, mais qu’elle a reparu à la surface de la peau, bien qu’il fût encore profondément endormi.

15 avril 1894.

Laurent prend de la main gauche une chaînette accrochée à la branche de la machine dont le vent repousse la flamme d’une bougie ; sa main droite reste libre.

Il s’endort et passe par les phases ordinaires de l’hypnose. Dés qu’il est arrivé au 3® état (état de rapport) il ne m’entend plus que lorsque je touche la chaîne ; sa sensibilité est cependant extériorisée pour moi sans que je prenne cette précaution, parce que je me trouve dans le champ d’action de la machine ; mais il ne sent pas un attouchement fait par une personne se trouvant dans

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d’autres conditions. Il voit rouge Taigrette lumineuse qui se dégage de la machine, du côté où il la tient.

Au bout d’un temps à peu près égal à celui qui précède l’apparition du fantôme de droite sous l’influence des passes, le fantôme apparaît très nettement à droite, mais rouge au lieu d’être bleu (1). Il augmente d’intensité à mesure que je charge d’électricité le sujet qui du reste ne paraît pas trop fatigué. Bientôt apparaît le fantôme bleu à sa gauche.

Je n’ose pas continuer l’expérience ni prendre le temps de bien analyser les phénomènes, de peur de fatiguer Laurent et d’avoir de la peine à le réveiller. Cependant je le réveille facilement en faisant passer la chaîne de sa main gauche dans sa main droite.

16 avril 1894

L® Expérience. — J’endors Laurent de la même manière qu’hier, c’est-à-dire en plaçant la chaîne du côté qui repousse la flamme (et dont l’aigrette lui paraît rouge en état de rapport) dans sa main gauche. Comme hier, le fantôme de droite a paru d’abord, coloré en rouge ; puis a paru le fantôme de gauche coloré en bleu.

(1) Ce changement de couleur des lantômes me paraît tenir au phénomène d’inversion dans la perception des couleurs, que j’ai déjà signalé avec un autre sujet. (Annales, 1894, pp. 148-150;.

En effet, quand on rapproche les houles, le Sujet à l’état de veille et moi nous voyons bleu le côté de l’arc électrique lumineux adjacent à la boule qui repousse la üamme d’une bougie, et ROUGE le côté adjacent à la boule qui attire la flamme. En cela nous sommes d’accord avec Crookes qui dit que le bleu correspond à l’électricité négative, le rouge à l’électricité positive, et que le flux électrique va du négatif au positif.

Dans les expériences du 15 et du 16 avril, Laurent inversait aussi bien les couleurs des fantômes que celles des arcs électriques.

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J’ai poussé le sommeil plus loin, les deux fantômes se sont réunis en un seul, polarisé d’une façon très confuse, et présentant dans l’ensemble une couleur violacée (mélange de rouge et de bleu). Ce double n’était pas placé entre le sujet et la machine, mais assez loin sur la gauche en arrière.

Après une nouvelle phase de léthargie, le double a pris une extrême intensité, ayant exactement la forme de Laurent et reproduisant tous ses mouvements comme s’il était son ombre.

J’ai réveillé en mettant la même chaine dans l’autre main, c’est-à-dire, dans la main droite. Les phénomènes se sont reproduits en sens inverse, mais avec lenteur ; le double s’est dédoublé en deux fantômes qui sont rentrés 'Successivement dans le corps de Laurent; puis les couches sensibles ont reparu tout autour du corps, etc.

2® Ex}oérience. — J’ai accroché l’un des bouts de la chaîne au côté de la machine dont l’effluve attire la flamme d’une bougie (qui paraît bleu au sujet), et placé l’autre bout dans la main droite du sujet. J’ai eu beau faire tourner les disques, le sommeil ne s’est pas produit. i

17 avril 1894.

J’accroche les chaînes aux deux branches de la machine et je les fais tenir par Laurent de telle manière que la boule qui repousse la flamme soit en communication avec sa main gauche ; et la boule qui attire, avec sa main droite.

Le mouvement de la machine détermine le sommeil. Les zones sensibles disparaissent au 4® état. Au 5® état le fantôme bleu reparaît à droite du sujet, très vaguement ; au 6® état, le fantôme rouge apparaît à gauche. Au 7® état, les deux fantômes se réunissent pour former le double compléter» avant et à gauche.

Pouvant actionner la machine régulièrement, sans fatigue, je prolonge l’expérience. Dans les états suivants le double se précise de plus en plus et s’éloigne ; il finit par disparaître au yeux de Laurent qui a très froid, est inquiet de son double, ne sentant pas où il est. J’arrête la machine et je lui dis de se rappeler. Il fait de vains efforts, il souffre beaucoup et fait peine à voir. Je renverse le courant en changeant les chaînes de main et j’actionne vivement les plateaux. Au bout d'un temps assez long, le double reparaît aux yeux du sujet, mais il a changé de forme. Laurent ne se reconnait plus; il continue à être inquiet ; il a l’impression d’un contact froid et gluant qui lui répugne.

J’active le mouvement de la machine et j’ordonne avec énergie au sujet de retirer à lui son double qui finit par rentrer dans son corps physique, à son grand soulagement.

Réveil en passant par les phases ordinaires.

Laurent réveillé se sent mal à l’aise. Il se presse le front pour réveiller la mémoire somnambulique et se rappelle vaguement les impressions très désagréables qu’il a eues.

Nota. — Le lendemain Laurent me raconte que depuis la séance, il est gêné, qu’il se retourne à chaque instant comme s’il sentait quelqu’un derrière lui ; qu’il lui semble qu’un élément étranger à sa personnalité s’est introduit dans son corps. Deux jours après tous ces troubles étaient passés.

25 mai 1894.

Laurent est assis sur une chaise dont les quatre pieds reposent sur des tabourets isolants. Je place dans ses mains les chaînes de la machine de la manière indiquée

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dans la séance du 17 avril (1) et je fais tourner les plateaux.

Le sujet passe par les phases superficielles ordinaires. Au 3® état, les couches sensibles se forment autour de lui. Au 6® état apparaissent des flammes rouges et bleues qui rayonnent du corps du sujet dans toutes les directions et sans ordre apparent, comme si le double fluidique était trop brutalement projeté hors du corps. Ces flammes sont sensibles sur toute leur longueur qui est d’environ six mètres. Au 7^= état le double se forme tout d’une pièce, mi-partie bleu et rouge, mais irrégulièrement ; des traînées bleues s’enfoncent dans la partie rouge et réciproquement. La sensibilité du sujet est bien localisée dans ce double. Au 8® état, le double paraît tassé et couché sur le flanc, les lueurs rouges et bleues se disposent verticalement par couches alternées. Le sujet paraît fatigué ; je le réveille (2j.

5 juin 1894.

Laurent est endormi par la machine de Wimshurst sans être isolé. Quand le fantôme bleu est formé à droite, je constate que ce fantôme est fortement repoussé par la chaîne accrochée au côté de la machine dont les effluves paraissent bleus au sujet; il est, au contraire, légèrement attiré, en tremblotant comme une flamme

(1) Cette disposition reconnue bonne sera désormais exclusivement adoptée. On remarquera toutefois que mes expériences ne permettent point encore de formuler une loi bien nette sur l’action de l’électricité ; elles ne sont pas assez nombreuses et les inversions possibles de la machine, aussi bien que de la vision des couleurs chez le sujet, sont des causes d’erreur qu’on ne pourra faire disparaître que par une étude plus approfondie de la question.

(2) Laurent, à qui j’avais doniié la suggestion de se rappeler au réveil ce qui s’était passé, a pu, après la séance, peindre à l’aquarelle ces différentes formes des fantômes. La suggestion paraît donc avoir pris, dans ce cas, jusqu’au 3’ état.

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de gaz, par la chaîne correspondant aux effluves rouges de la machine. L’effet inverse se produit pour le fantôme rouge. Avec le double complet les effets sont complexes ; ce double est fortement attiré par le fer qui est la seule substance emmagasinant la sensibilité du sujet (1).

Le sujet voit des flammes rouges au pôle S. et des flammes bleues au pôle N. d’une barre d’acier aimanté ; mais l’aimant le fatigue.

3 juillet 1894.

Laurent étant endormi à la manière ordinaire par la machine et le double étant formé, trois des spectateurs, qui sont plus ou moins sensitifs eux-mêmes, aperçoivent, quand on fait l’obscurité dans la pièce, une vague lueur à la place du double et éprouvent la sensation très nette d’un vent frais quand ils plongent la main dans ce double.

Je continue l’électrisation, sans compter les états. J’arrive ainsi bientôt à une phase de léthargie, beaucoup plus longue que les autres. Au sortir de cette phase Laurent s’écrie: « Tiens! mon double qui est collé au plafond. » Je lui demande s’il l’a vu monter; il me répond que non et m’explique que toutes les transformations dans les fantômes et le doubles^effectuent durant les léthargies.

Je continue l’électrisation: le double traverse le plafond. Nouvelle phase de léthargie encore plus longue que la précédente. Au sortir de cette phase (par approfondissement de l’hypnose), Laurent grelotte ; une sueur froide couvre ses mains ; il se plaint, dit qu’il est très affaibli, qu’il a froid. 11 perd de vue son double qui s’éloigne de plus en plus, poursuivi par des formes lu-

it) Annales, 1895, p. 144.

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mineuses paraissant d’une consistance analogue à son propre double, mais d’une autre couleur. Ces sortes de flammes ont des formes bizarres, assez semblables à celles de têtards terminés par des queues de serpent; elles viennent se coller à lui ou plutôt le lécher en passant : c'est ce qui l’affaiblit-

Je le réveille en hâte et lui donne la suggestion de se rappeler au réveil ce qu’il a vu.

Il traverse neuf phases de léthargie avant de revenir à l’état de veille; je l'avais donc poussé jusqu’au 10® état.

Réveillé, il se souvient à peu près de ses impressions et me confirme les détails précédents ; pendant qu’il parle, il se retourne à chaque instant, éprouvant la sensation d’un corps qui le frôle.

Le lendemain, il me raconte qu’il n’a pas dormi de la nuit et qu’il a revu, éveillé, les mêmes formes que pendant le sommeil magnétique, mais moinsnettement. Les sensations de frôlement continuent pendant vingtquatre heures, puis disparaissent.

10 juillet 1894.

Je suis seul aujourd’hui avec Laurent, et je me propose d'étudier avec plus de soin les phénomènes observés dans la séance du 3 juillet.

Je commence l’opération avec la machine à 10 h. 18 du matin, et j’en obtiens successivement, en partant de l’état de veille ou de crédulité, qui ont la même apparence et que j’appelle 1®'' état :

F® léthargie.

2® état.

IL léthargie.

3® état.

III® léthargie.

4® état.

IIG

LA xMAGIE ET L’ilYPXOSE

IV“ léthargie.

5® état. — 10 h. 28. Le fantôme bleu apparaît à droite.

V® léthargie.

6® état. — 10 h. 30. Le fantôme rouge apparaît à gauche ; le fantôme bleu subsiste à droite.

VI® léthargie.

7® état. — 10 h. 32. Le double complet apparaît à l'“,50 environ en avant et à gauche du sujet, qui paraît étonné d’en voir deux. Je constate que le double s’est formé devant une grande psyché dans une position telle que Laurent doit voir en effet à la fois le double et son image.

VII® léthargie.

8® état. — 10 h. 34. Le double est encore à la même place, mais les deux moitiés, l’une rouge et l’autre bleue semblent pénétrer par tranches horizontales irrégulières, comme dans la séance du 23 mai.

VIII® léthargie. — Pendant cette léthargie, j’ordonne au sujet de bien observer ce qui se passe et de se rappeler quand il sera dans l’état suivant.

9® état . — Le double s’est simplement déplacé. Le sujet se souvient de la manière dont s’est effectué le déplacement.

IX® léthargie. — Je donne le même ordre que dans la précédente léthargie.

10® état. — 10 h. 40. Le double est engagé à mi-corps dans le plafond. Laurent se souvient que ce double a commencé à osciller comme un ballon qu’on gonfle d’hydrogène, puis qu’il s’est détaché de terre et qu’il est monté verticalement sans que le plafond ait opposé un obstacle bien sensible.

X® léthargie. — Même ordre que dans les léthargies précédentes. Le corps est plusieurs fois agité do mouvements convulsifs.

1 1® état. — 10 h. 43. Laurent me dit qu’il a, par la force delà volonté, empêché son double de monter plus haut ; qu’un petit nombre de lueurs analogues à celles qu’il a déjà vues et que nous convenons d’appeler larves, s’agitent autour de lui, mais qu’il se raidit contre leur contact et que, ne pouvant le pénétrer, elles ne font que l’effleurer ; ce sont ces contacts qui ont causé les soubresauts do la léthargie précédente. Au-dessus de lui, ces larves sont bien plus nombreuses. Je lui dis de laisser monter son double ; il le fait, mais alors il commence a être assailli par les larves qu’il n’a plus la force de repousser, et il me prie de le réveiller.

lOh.45. — Je change de main les chaînes conductrices et je tourne rapidement la machine, sans compter les léthargies, de manière à ramener, le plus tôt possible, le sujet à son état normal, ce que je n’obtiens qu’au bout d’un quart d’heure.

On remarquera qu’il a fallu traverser le même nombre de phases de léthargie qu’à la séance du 3 juillet, c’est-à* dire neuf, pour la lévitation du double.

Je me propose, dans cette séance, de voir si les phénomènes relatifs auxfantômes etau double se succèdent bien dans le même ordre à l’aller et au retour, c’est-àdire pendant qu’on approfondit l’hypnose ou qu’on ramène le sujet à l’état de veille.

Le tableau suivant montre les résultats obtenus :

14 juillet 1894.

ALLER

RETOUR (1

2 h. 14. — 1^' état (veille).

I” léthargie.

2* état.

3 h. 35. — 1®*' é7at (veille).

R® léthargie.

2® état.

(1) Pour le Relou}', commencer la lecture de la colonne de droite par la fin, aussi bien dans ce tableau que dans les suivants.

LA MAGIE ET L’ilYPNOSE

ALLER

II* léthargie.

3® état.

III* léthargie.

2 h. 18. — 4° état.

IV® léthargie.

5® état. — Le fantôme bleu apparaît à droite. 11 répète comme une ombre les mouvements de la partie droite du sujet (3 minutes de conversation sans tourner la machine).

2 h. 24. — V» léthargie.

0® état., — Fantôme bleu à droite ; fantôme rouge à gauche.

VI* léthargie.

2 h. 39. — 7® état. — V.Q double complet est formé à environ 1“50 du sujet.

VII® léthargie.

2 h. 30. — 8® état. — Le double complet est plus net : il est toujours à la hauteur du sujet et il se meut facilement sous l’influence de sa volonté. Il suit les mouvements de ses yeux II traverse avec assez de difficulté lacloison qui sépare la chambre où nous opérons de mon cabinet de travail . 11 va se poser sur ma table et Laurent me dit qu’il se trouve un objet qui lui est désagréable. Je vais dans mon cabinet, je mets la main sur différents objets qui couvrent ma table et qu’il ne voit pas ; il m’arrête en me disant : « C’est celui-là », quand je touche une épreuve de mou portrait gravé cà l’eau-forte par M“® O... et donné la veille par elle (M“® O.

est un sujet très sensible). Je fais revenir le double dans la chambre et essaie, mais avec beaucoup de peine, de le faire monter.il éprouve, à un certain moment, un contact gluant sur le bras.

RETOUR

II® léthargie.

3® état. — Le sujet ne voit plus de fantôme.

III® léthargie.

4® état. — Le sujet ne voit plus que le fantôme bleu.

IV®léthargie.

5® état. — Le sujet voit encore les deux fantômes.

V® léthargie.

6® état. — Le double s’est décomposé en deux fantômes.

VI® léthargie.

7® état. — Le double est toujours là, complet.

VII® léthargie.

8® état. — Le double est toujours près du sujet.

LA MAGIE ET L’iIYENOSE

ALLER

VIII® léthargie.

2 h. 40 — 9“ état. — Le double s’est éloigné du sujet et a franchi la fenêtre ; il est suspendu dans le vide à peu près à la hauteur de son corps ; quand Laurent veut le faire descendre, il éprouve une sensation.

IX® léthargie.

2 h. 46. — 10® état. — Le double est soulevé à 2 mètres du plancher; quand Laurent veut le faire descendre, iléprouve une sensation de vertige. 11 est très affaibli.

X® léthargie. — Soubresauts.

11® état. — Le double est plus haut aue le plafond. Etat agréable.

2 h. oO. — XI® léthargie. — Soubresauts.

2 h. 32. — 12® état. — Laurent est très affaibli ; le double est à la même place. Contact légers, mais désagréables et bien localisés.

XII® léthargie. — Soubresauts bien localisés : tantôt dans les bras, tan tôtdans les jambes, tantôt sur le torse.

2 h. 56. — 13® état. — Laurent a perdu de vue son double il le croit très éloigné.

RETOUR VIII® léthargie.

8® état. — Le double est près du sujet et très net.

IX® léthargie.

10® état. — Le double est revenu dans la chambre, mais il Hotte encore, à mi-hauteur du plafond.

X® léthargie.

11® étal. — Laurent voit son double au-dessus dutoitetà sa gauche.

XI® léthargie.

12® état.

2 h. 37. — XII® léthargie.

2 h. 38. 13® état. — Je procède au réveil par l’interversion des chaînes.

En résumé, on voit que :

1® Le sujet a suivi exactement et en sens inverse, au retour (quand on le réveillait), le chemin qu’il avait parcouru à Valler (quand on l’endormait) ;

2® L’apparition du double et la présence simultanée des deux fantômes séparés se sont produites dans les mêmes états, le 7® et le 6® ;

3® Il y a eu une légère discordance dans l’apparition et la disparition des fantômes isolés ;

4“ La lévitation du double s’est produite au même, moment, pendant la 9® léthargie.

15 juillet.

Jerépèterexpériencedela veille en présence de Mgr B., docteur en théologie, qui inscrit sans rien dire les diverses phases que je m’abstiens de compter moi-même pour éviter l’objection de la suggestion mentale. D’où le tableau suivant.

ALLER

2 h.4o. — état (veille).

R® léthargie.

2® état.

II® léthargie.

3® état. — Rapport.

2 h. 49. — III® léthargie.

4® état. — Sympathie au contact de la chaîne ; fantôme bleu à droite.

IV® léthargie.

6® état. — Fantôme bleu à droite, fantôme rouge à gauche.

V® léthargie, M. de R,. . donne à Laurent la suggestion de se rappeler ce qui va se passer.

6® état. — Les deux fantômes se so7it réunis en un double unique, bleu d’un côté, rouge de l’autre. L.., dit que les deux fantômes se sont réunis progressivement en se rapprochant suivant des lignes droites, mais

RETOUR

3 h. KO. — 1®® état. — Réveil.

Aussitôt, éveillé, Laurentse précipite sur les clefs qu’il prend de la main gauche; le bras droit est complètement engourdi.

R® léthargie.

2® état.

II® léthargie.

3® état. — Plus de fantôme

III® léthargie.

4® état. — 11 n’y a plus que le fantôme bleu. M. de R... place entre le fantôme et le bras droit de Laurent sa main qui tient un tpousseau de clefs et l’y laisse quelques secondes, puis il met les clefs sur la table.

IV® léthargie.

5® état. — Le double s’est divisé en deux fantômes ; le bleu est plus visible que lerouge,

V® léthargie,

6® état. — Double complet, bleu et rouge, comme dans le 7® état. Le double peut se mouvoir autour deL... par la volonté, mais Une peuts’approcher de la machine. Mgr. B... met dans le double sa ceinture de soie vio-

LA MAGIE ET L’ilYPNOSE

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