Enseignement de la Magie au sujet de l’Envoûtement
Tous les auteurs initiés aux traditions magiques ont connu la possibilité d’agir sur le corps astral d’un individu soit sur place, soit à distance. Il sulTira de se reporter à notre paragraphe sur la Psychurgie pour voir des exemples de cette action. Paracelse employait souvent ce procédé pour la guérison des maladies graves et des affections chroniques. Eliphas Levi parle longuement de l'Envoûtement et de scs dangers.
Le misérable qui s’efforce de nuire à son semblable de cette manière lâche est presque sûr de voir échouer ses odieux essais. De plus il court malgré cela le danger de subir les effets de la loi du choc en retour. Car toute expérience criminelle qui manque se retourne contre l’opérateur qui éprouve toutes les angoisses qu’il aurait voulu faire éprouver à la victime. Pour éviter cette terrible réaction, il faut que le sorcier trouve le moyen de toucher directement sa victime, en lui prenant la main ou en se mettant de quelque autre façon en contact avec elle ; si la victime évite ce contact, le sorcier est condamné à souffrir aussi longtemps qu’il aurait voulu éprouver l’objet de sa haine. Voici plusieurs faits caractéristiques à ce point de vue.
Dépense contre V Envoûtement (1).
J’ai lu votre brochure: Peut-on envoûter? A ce propos, je vous envoie deux faits qui ont été étudiés au Centre Esotérique « Luz ».
Un charpentier français, habitant Buenos-Ayres, attribuait une partie des difficultés, qui venaient àchaque instant paralyser ses entreprises, à un ouvrier qu’il
(I) Extrait d’une correspondauce de M. H. Girgois {Initialion^ août 1895).
employait. La raison qu’il donnait de cette supposition était que sa malechance avait commencé lors de la rentrée de cet ouvrier dans ses ateliers, qu’il avait un regard mauvais, et n’était jamais content de rien, enfin que plusieurs fois il l’avait entendu marmotter des paroles incompréhensibles et enfin qu’il avait l'habitude de sortir le dernier de l’atelier, où pour un prétexte ou pour un autre, il restait seul aussi souvent que possible. Il n’osait le renvoyer, craignant d’exciter davantage sa vengeance en l’irritant. Cet état de gêne durait depuis plusieurs mois, quand, par un membre de nos centres spirites, il sut que dans un centre spécial, nous étudiions ces questions. Je notais en lui les signes d’une volonté énergique, quoique ébranlée par la lutte contre l’inconnu, je résolus de la mettre à profit, tout d’abord pour me rendre compte si réellement l’autre était un envoûteur. Je lui ordonnais de ne pas craindre, de retourner dans son atelier, de ne pas éviter le regard de son ouvrier, comme il le faisait toujours, mais au contraire de le fixer, sans cependant le faire avec affectation, de vouloir l’empêcher de nuire et, quand les regards se croiseraient, de fermer les poings en y enserrant les pouces. Je vis à ses yeux qu’il doutait de l’efficacité de ce moyen, en me disant : Oh! alors vous n’êtes pas si sorcier que lui, il fait certainement des charmes.
Sa volonté chancelante, amoindrie encore par le doute, n’aurait rien produit. Je lui proposai alors de lui donner un talisman très puissant, qu’en faisant ce que je lui avais dit et en portant sur lui le talisman, certainement nous serions plus forts que le Sorcier. Ce fameux talisman était simplement un morceau de parchemin sur lequel j’appliquai le cachet martiniste, sans volonté aucune. Après lui avoir demandé le temps nécessaire pour la consécration du talisman, il fut convenu que le vendredi suivant il commencerait
Une tentative d’envoûtement par La Voisin
l’épreuve, ne devant pas ce jour-là se trouver en présence de son ouvrier avant d’être protégé par le talisman. Je vis que sa volonté était ranimée et que je pouvais espérer le succès. En effet, il se présenta à l’atelier et sans paraître faire plus attention à l’un qu’à l’autre, il vint se placer en face de celui qu’il soupçonnait ; aidé de la pratique recommandée par moi et fort de sa foi au talisman, il le fixa, voulant se défendre de son influence mauvaise. Le choc fut terrible, l’ouvrier commença à chanceler, à balbutier, puis, pleurant à chaudes larmes, il tomba à genoux et demanda pardon à son patron, que sa foi au talisman rendait fort et généreux, le laissant sortir sans rien lui dire. Le lendemain, l’ouvrier ne reparut pas à l'atelier ; ce que j’ai regretté, parce que j’aurais aimé à savoir où il avait appris ces pratiques de magie noire. Peu à peu, les affaires du charpentier reprirent leur cours normal et il n’entendit plus parler de l’ouvrier.
Le cas : blessures à l’astral.
C’est aussi par un des Sociétaires que je suis intervenu dans cette affaire qui a paru si étrange à beaucoup. Un petit propriétaire était continuellement ennuyé chez lui par des animaux qui détruisaient ses fleurs et mettaient tout en désordre ; il voyait surtout dans sa maison un grand chat maigre, sans pouvoir se rendre compte comment cet animal hirsute pouvait y entrer. Au moment où il y pensait le moins, ce chat se promenait dans sa chambre et disparaissait presque toujours sans que portes et fenêtres fussent ouvertes. On consulta des spirites, qui y virent comme toujours des Esprits ! Les médiums en transe conseillèrent des prières, etc., rien n’y fit. Ce fait fut raconté à un centre spirite affilié au centre ésotérique, qui m’envoya ce persécuté, fatigué de prier en vain les bons Esprits.
Naturellement, je l’interrogeai sur sa vie, ses relations, les haines qu’il pouvait avoir, etc., il ne voyait
Le sorcier cnvoûlanl uu cheval.
rien qui pût motiver une vengeance, soit de mortel soit de désincarné : il était devenu spirite. Enfin, après bien des demandes, il me dit qu’un mulâtre, proche voisin de sa maison lui avait demandé plusieurs fois de la lui acheter, et qu’après plusieurs refus de le faire, il l’avait menacé de l’obliger à le faire. Ici comme dans l’ancien coloniage, sans doute à cause des souffrances de l’ancien esclavage, tous les nègres sont un peu et même beaucoup sorciers. Je ne doutais pas que ce fût le désir de se rendre propriétaire à bon compte d’une propriété qu’il ambitionnait qui poussait ce mulâtre à mettre en pratique son savoir magique. Je savais aussi que chez les sorciers, tant est vif leur désir de faire le mal, l’astral sortait inconscient pendant le sommeil, obéissant ainsi à une habitude. Ceci me fut confirmé par la victime, car si, pendant la nuit, assez tard, il voyait le chat, celui-ci le fuyait moins, disparaissait moins vite et paraissait agir avec moins de précaution que pendant le jour ; évidemment, l’astral obéissait moins à la volonté défiante du sorcier endormi. Je résolus alors de lui faire administrer une forte leçon et voici comme : Pendant environ une dizaine de jours, j’habituai le maléficié à vouloir que son propre chat ne bougeât plus. Ceci afin de pouvoir obliger, au moins pendant un certain temps, l’astral du sorcier en sommeil à obéir à sa volonté. Pour lui donner plus de foi dans l’efficacité des moyens employés pour se débarrasser de ce voisin incommode, je lui fis couper magiquement (??) plusieurs jours d'avance, une forte canne de bambou, d’environ 2m. 50, employant cérémoniellement un couteau neuf et opérant au coup de minuit. Malgré tout cet appareil suggestif mon bonhomme hésitait encore ; je voyais bien qu’il voulait quelque chose, mais quoi ? Enfin poussé à bout de questions, il me demanda le Talisman, il connaissait le cas du charpentier. Vous devez supposer que bientôt il fut en son pouvoir ; alors.
complètement rassuré et se croyant suffisamment pro* tégé, il fut tout disposé à rouer de coups le chat magique.
Une fois certain que sa volonté était assez entraînée, je lui donnai le conseil d’aller le soir, le plus tard possible, chez le mulâtre, — il est épicier, — afin de lui laisser pour son sommeil une forte impression de haine, en le revoyant. Ce qu’il fit ; le mulâtre lui offrit encore de lui acheter sa maison et, sur le refus de le faire, le menaça de nouveau.
En sortant de chez le sorcier, il brûla des parfums dans toute sa maison; comme il était très spirite, je lui conseillai une prière aux bons Esprits ; il devait, aussitôt l’apparition du chat, prendre en main un cierge, allumé d’avance, et, armé du bâton enchanté, obliger le chat à obéir à sa volonté, de le charmer par des promesses de lui vendre Ja maison afin d’endormir sa prudence: enfin, quand il serait assez fort, de lui administrer autant de bons coups de canne qu’il le pourrait, sans toutefois lâcher le cierge, utile seulement pour neutraliser un bras, craignant qu’emporté par la colère ou par le succès il finit par le tuer. Le résultat fut ce que j’espérais..., l’astral vint presque inconscient et il eut beau jeu. Le lendemain, mon homme, satisfait, vient me raconter l’aventure, regrettant d'avoir été obligé de conserver le cierge en main, que sans cela certainement il en aurait fini avec le chat. Il ne savait encore rien de l’état du mulâtre, ne se doutant pas (je le lui avais caché), qu’en frappant le chat c’était le sorcier qui recevrait les coups.
Je lui affirmai que si c’était comme j’en étais sûr, le mulâtre qui lui jouait ce mauvais tour, celui-ci devait être très malade et blessé. Il ne pouvait me croire. Je l’accompagnais, et, sous prétexte d’intérêt pour la santé de son voisin, nous entrâmes à l’épicerie. Quel ne fut pas son étonnement d’apprendre que le mulâtre était
LA MAGIE ET L’iIYPNOSE
très malade et très fortement blesssé et contusionné ; nous insistâmes pour le voir et nous le vîmes couvert de compresses et en très piteux état. Dès notre visite, qu’il ignorait, il commença à trembler et nous supplia de le laisser tranquille, qu’il ne ferait plus de mal. Il tint parole, au moins pour son voisin.
Vous devez noter que, dans ces deux cas, la Volonté développée, soit par l’entraînement, soit surtout par la foi, a suffi pour dominer ces envoûteurs et sorciers et leur faire perdre leur pouvoir.
Agréez mes salutations fraternelles.
Girgüis D. G.É.
Depuis nous avons personnellement eu Toccasion en France de faire cesser un envoûtement ayant créé une Maison Hantée. Voyez La Maison Hantée de Valenee en Brie, par Papus, 1 broch. in-18, chez Chamuel.
Répercussion des blessures du corps astral.
On lit dans V Histoire critique des pratiques super-stitieuses, par Pierre Le Brun (4 vol. in-12, Paris, V® Delaulne, 1732, liv, II, ch. ni), qu’un nommé Denis Milanges, rendu malade par un sorcier, crut voir son fantôme dans un accès d’égarement et le frappa au visage. Une neuvaine fut suivie d’une apparition de saint Maur dans une église, ayant à ses côtés l’ombre du berger, qui paraissait blessé au visage. Denis Milanges guéri, le sort retomba sur le berger, qui n’obtint sa guérison qu’après des prières de sa victime.
Ce récit concorde, quant à la nature des phénomènes, avec l’histoire du herger de Cideville, blessé au visage parce que son ombre (ou corps astral) fut atteinte assez
(1) Initiation, octobre 1894.
légèrement, et aussi avec l’histoire de cette sorcière qui mourut du coup dont fut frappé son corps astral, et dont VInitiation a parlé (1).
Saturninus.
(1) Delrio (Disquisüiones magicœ, I,II, ch. xviii) raconte qu’un crapaud ayant rendu prodigieusement pesante la barque d’un matelot qui s’était disputé avec une tavernière, ce crapaud fut transpercé d’un coup d’épée : la femme mourut à la même heure, lin cordonnier de Ferrare ayant blessé un chat noir qui était venu jouer auprès de son enfant malade, une sorcière qui avait promis sa guérison fut blessée mortellement au même endroit (Serclier, V Antidémon historiaL p. 442).